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La mort d'un philosophe
Je ne sais si quelqu'un, déjà, a signalé la mort de Pierre Hadot , qui fut professeur au Collège de France- je ne jette qu'un coup d'oeil rapide sur les blogs, tant me fatiguent certaines postures, tant me lassent certaines impostures -. Un philosophe, celui-là, un vrai. Qui ne clamait pas à tous les vents qu'il l'était. Mais qui faisait son boulot, sérieusement, avec le souci constant de ses auditeurs et de ses lecteurs, en n'usant jamais du vocabulaire précieux à la mode. Pendant longtemps j'ai conseillé à mes potaches la lecture de Qu'est-ce que la philosophie antique? (Folio, 1995) - une introduction lumineuse aux commencements de la philosophie et à un commencement toujours possible de l'acte même de philosopher. Toujours à lire. Il avait mis l'accent sur les exercices spirituels que proposent toutes les grandes morales de l'Antiquité (Exercices spirituels et philosophie antique, Albin Michel, 2002), ce travail de soi sur soi sans lequel il semble difficile de se dire philosophe - par quoi il rencontrait les préoccupations de Michel Foucault (L'herméneutique du sujet, cours au Collège de France 1981/82 et Le gouvernement de soi et des autres, cours 1982/83). Son livre sur Marc-Aurèle, La citadelle intérieure (Fayard, 1992) est un remarquable travail sur les Pensées du seul philosophe-roi dont nous ayons gardé le souvenir et sur la doctrine stoïcienne.
Bon, bien sûr, ce genre d'information passe inaperçu et l'Elysée n'aura pas caressé le projet de lui faire des obsèques nationales comme pour Haliday,. Depuis que j'ai appris ce truc époustouflant, je fais des prières quotidiennes pour que les amis de notre Président fassent de vieux os afin que nous soit épargnée la honte de voir la nation rendre hommage solennellement à Bigeard, Clavier, et autre Haliday !


Tous les commentaires
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" Un philosophe, celui-là, un vrai. Qui ne clamait pas à tous les vents qu'il l'était. "
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Exact !
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jpylg
Il faut se demander ce qu'une certaine philosophie "officielle", qui n'est pas à la Sorbonne mais sur les plateaux de télévision, nous cache de la pensée vivante...
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On ne peut mieux dire
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jpylg
Idem kairos et JPYLG....
Pierre Hadot
ce visage est superbe, qui semble regarder la mort qui approche avec un air de défi. Tout à fait étonnant. Où avez-vous trouvé cette photo?
Pour votre remarque sur la télé, bien d'accord avec vous. Faudrait dire qu'il y a une incompatibilité entre philo et télé - du moins, la télé telle qu'elle est devenue - ceux que les journalistes appellent des "philosophes" ou des "essayistes brillants", parce qu'ils ont entendu dire qu'ils l'étaient ou parce qu'ils les ont entendu dire qu'ils l'étaient, offrent du travail de la pensée une image bien ternie - mobiliser ce qui leur reste d'intelligence pour promouvoir le livre qu'ils n'ont même pas écrit eux-mêmes, c'est à peu près tout ce qu'ils savent faire.
Alors, vous pensez, des exercices spirituels, un combat à mener contre la manière habituelle d'être ou de paraître, tout cela n'est pas vendeur et va faire fuir l'auditeur sur la chaîne concurrente.!!!
Jadis, très tard, quand tout le monde était couché, sauf les insomniaques et les retraités, on pouvait voir et entendre des philosophes ou des chercheurs ou des artistes réfléchir à haute voix sur leur travail- et c'était souvent très beau. Cela s'appelait, si je ne me trompe, 3Le cercle de minuit" ? Est-ce que ça existe toujours ? moi, je n'ai plus de télé.
Merci pour le billet et le visage.
Peut-être l'ai-je entendu sur France Culture, parler de "ce travail de soi sur soi sans lequel il semble difficile de se dire philosophe" Mais sans aller jusqu'à retenir son nom. Ce que je regrette.
@ Fantie B
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C'était un spécialiste (philosophie antique), pas un vulgarisateur.
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jpylg
Jean-Paul-Yves : Pas le temps de l'explorer, mais voilà ce que donne le moteur de recherche de France Culture (radio France plutôt) au sujet "Pierre Hadot" :
http://sites.radiofrance.fr/rs/recherche/index.php?acces_rapide=%23&KEYWORDS=Pierre+Hadot+
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Merci beaucoup. C'est un lien très précieux. Je n'aurai pas non plus le temps nécessaire, bien sûr; mais je vais tâcher d'en écouter quelques-unes (émissions).
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jpylg
Merci de mettre au jour une information sur cet homme.
"Mais le rôle de la philosophie consistera à savoir rechercher d'une manière raisonnable le plaisir, c'est-à-dire en fait à rechercher le seul plaisir véritable, le plaisir d'exister. Car tout le malheur, toute la peine des hommes, vient de ce qu'ils ignorent le véritable plaisir." A propos, d'Epicure, in "Qu'est-ce que la philosophie antique ?"
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savoir rechercher d'une manière raisonnable le plaisir
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Ce qui pourrait nous ramener à Onfray dont il a été question sur un autre fil, moins éloigné de celui-ci qu'on pourrait le penser.
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http://www.mediapart.fr/club/blog/slimelight/050510/onfray-faux-paria-vrai-populiste
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jpylg
Effectivement, Michel Onfray tient la philosophie d'abord comme un art de vivre, un savoir qui ne vaut que comme sagesse, et en cela il renoue avec "l'inspiration" antique : il s'agit de bien vivre, ce qui est toujours, selon des approches différentes, sinon opposées, vivre pour le bien...
Tout le probléme, qui reste entier, peut-être, étant de savoir si le "bien" peut se passer du "bien commun" (ou "bien public"). Et si non, définir en commun ce que serait le bien public. C'est à dire, naïvement : puis-je prendre plaisir à être heureux si je dois enjamber les corps autres que le mien allongés ou assis sur le trottoir? (Pour aller marcher librement au marché (libre ;-) de la place des Marronniers. Parce qu'aujourd'hui, c'est marché, et faut pas le louper!)
Tout le probléme, qui reste entier, peut-être, étant de savoir si le "bien" peut se passer du "bien commun" (ou "bien public"). Et si non, définir en commun ce que serait le bien public. C'est à dire, naïvement : puis-je prendre plaisir à être heureux si je dois enjamber les corps autres que le mien allongés ou assis sur le trottoir? (Pour aller marcher librement au marché (libre ;-) de la place des Marronniers. Parce qu'aujourd'hui, c'est marché, et faut pas le louper!)
Une pensée quand même pour Diogène, qui veut rester dans sa jarre et ne demande à Alexandre que de passer son chemin...
Puis-je être heureux alors que les personnes que j'aime sont malades, vieillissent et meurent ? Se réjouir du mauvais sort des autres, ou même y être indifférent, est-ce la même chose que simplement goûter le fruit des saisons qui se présente ? Ne faut-il pas se méfier d'une culpabilité permanente qui se renverserait en une forme de la bonne conscience ? Dois-je attendre la société parfaite, dont la formule se dispute encore, pour saisir ma part de chance, c'est-à-dire mourir vivant au lieu de laisser les morts enterrer les morts ? La philosophie antique, que Pierre Hadot revivifie dans ses ouvrages et son enseignement, maintient ouvertes et actuelles ces questions et quelques autres...
Le plaisir (ce qui me plait), ou le bonheur (La bonne heure, qui me met de bonne humeur)?
"Plaisir d'exister" : décidément à lire, Pierre Hadot. Et j'ai décidément eu bien tort de perdre mon Epicure.
La philosophie antique, c'est pas du toc.
C'est même de l'éthique !
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Et tac !
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jpylg
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PS Excusez-moi. je sais: c'est facile. j'ai pas pu m'empêcher.
C'est d'ailleurs Michel Foucault qui a fait entrer Pierre Hadot au Collège de France. Avant cette élection pour laquelle Foucault n'a pas ménagé son énergie (lui qui commençait à en perdre), Pierre Hadot tenait un cours à l'EPHESS, dans une petite salle tout en haut de la Sorbonne. C'était le soir, vers 20h ou quelque chose comme ça. Pierre Hadot racontait (c'est le mot) à un auditoire de dix ou douze personnes, la vie épicurienne dans la secte du même nom. Il tenait dans ses mains une quantité de fiches dans lesquelles il se perdait souvent et s'excusait humblement: "bon, je crois que j'ai oublié chez moi ce que je voulais vous dire..."(!!!), et il rebondissait alors sur une anecdote de toute façon toujours aussi intrigante ou amusante. Il y a une année aussi où il a parlé des représentations picturales de l'amour, de la naissance d'Aphrodite en nous distribuant des photocopies noir et blanc de tableaux célèbres... Il était intarissable sur la mythologie grecque. Parfois (souvent), il était accompagné de sa femme, Ilsetraut, sorte d'institutrice de province déguisée en "pâtisserie à la crème" (Foucault dixit). Ilsetraut était fidèle à sa formation de philologue allemande: rigueur infaillible, clarté et précision, elle nous emmenait dans les méandres étymologiques au pas d'une chef scout traversant une forêt dont elle aurait connu toutes les embuches, "et on ne lambine pas, derrière!"
Hadot parlait d'une voix hésitante, tremblante, et il avait du mal à finir ses phrases. Mais son maigre auditoire était fidèle jusqu'au dernier jour. Je suis allé l'écouter de temps en temps au CdF. Rien n'avait changé. Un auditoire clairsemé d'une petite trentaine de personnes. Sa voix hésitante. Ses fiches. Dans son discours de réception, il avait remercié Foucault et en avait profité pour exposer publiquement les divergences qui les distinguait à propos de la parrhèsia et de l'érotikè grecques. En fait, ils étaient trois à échanger sur la sexualité hellénistique et romaine, car Paul Veyne avait lui aussi une grande curiosité savante dans ce domaine et ils ont échangé sur le sujet pendant toutes les dernières années de la vie Foucault. C'était au début des années 80. Les journaux parlaient du "silence des intellectuels", répercutant déjà, encore, toujours, la désespérante incapacité des hommes politiques de droite comme de gauche, de prêter l'oreille à cette parole à la fois pleine et en mouvement, précise et tatillonne, ferme et rigoureuse, de ceux qui cherchent et qui travaillent.
Mais il y a une chose qui m'a totalement surpris ici, c'est la photo de Pierre Hadot : il ne ressemblait pas du tout à ça, au point que dans les premières secondes j'ai pensé que ce n'était pas lui! On dirait qu'elle a été prise alors qu'il était déjà mort. Ce regard dont je ne conteste pas le caractère fascinant est pour moi un regard vide, d'un vide abyssal aux antipodes du regard de mon ancien professeur des sectes hellénistiques. Enfin je l'ai reconnu aux traits tirés qui rident son visage en profondeur, et surtout en lui ajoutant les grosses lunettes de myope qu'il portait en permanence.
Voilà.
Je ne savais qu'il venait de mourir. Robert Maggiori n'en a rien dit dans Libé?? Si c'est le cas j'en suis très amèrement déçu. Ce serait un peu comme si Robert me trahissait à travers le temps - j'allais dire "une fois de plus", mais cela aurait été un peu injuste, en tout cas un peu excessif. Il ne m'a jamais trahi. Il m'a laissé tomber. Mais c'est une autre histoire.
Merci à toi Patrick Rodel d'avoir prononcé cette oraison pour un helléniste français talentueux, resté méconnu du grand public contemporain pendant qu'il contribuait activement à la marche de la philosophie.