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L'Elève Gilles d'André Lafon

Il y a quelques mois, j'avais écrit le plaisir pris à la lecture de ce roman mal connu d'André Lafon (1883/1915), qui fut l'ami de François Mauriac, et regretté qu'on ne le trouve plus en librairie. Ce livre est maintenant de nouveau disponible, Le Festin ayant eu la bonne idée de le rééditer, avec la préface que Mauriac avait donnée, en 1956, à l'édition du Club du livre français, et une postface de Jean-Marie Planes ; l'un et l'autre texte indispensables pour bien prendre conscience de ce qui fait de L'Elève Gilles un de ces livres rares dont on s'étonne qu'il ne figure pas dans toutes les bibliothèques, à côté Musil, d'Alain Fournier ou de Jules Renard.

"Comment va-t-il être accueilli, ce Gilles revenu parmi nous ? se demande Mauriac. Il n'attirera même pas un regard des pontifes d'aujourd'hui. Je le souhaite presque : mieux vaut le silence que ces jugements qui croient tomber de haut. Mais je ne les redoute pas (...) Ceux de mon âge qui ne t'ont pas oublié t'ouvriront les bras. Ils te berceront et ce sera comme s'ils berçaient l'écolier qu'ils furent, si pareils à toi ; ils retrouveront sur ta figure chétive le goût des larmes de l'enfance, cette odeur de chair, de terre et de pluie."

Je pourrais poser la même question, cinquante ans plus tard. Qu'il peut sembler lointain et étrange ce temps où les prières accompagnaient les heures et les travaux des hommes - du Benedicite à l'Angelus, de la messe dominicale à celle de Minuit, des Rogations au Rosaire égrené pour éloigner l'orage qui gronde - ! ce temps où les distances sont si longues à franchir que tout éloignement ressemble à un exil ! où, dans l'ennui des provinces, seul un rideau soulevé permet une ouverture sur le monde ! Et pourtant je suis persuadé qu'en ouvrant L'Elève Gilles on pénètre dans ce monde de l'enfance qui n'a pas fondamentalement changé, monde de solitude et de rêves, de souffrances (les adultes sont souvent empêtrés dans leurs propres difficultés et les gamins perdus devant l'arbitraire des règles qui les enserrent) et de joies (le jardin de la Grangère est ici l'illustration d'un Paradis de couleurs, de saveurs, de bruits qui sert de contrepoint à la grisaille du collège) où tout est encore incertain et mystérieux.

Le tout est servi par une langue dont Jean-Marie Planes souligne à juste titre l'"intemporalité" et la "force". "C'est l'art de l'écrivain à dire sans effets son cosmos personnel, à le nommer, donc à lui donner vie, qui constitue ce récit en "roman poétique".

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Merci Patrick Rodel de nous dire tout cela à l'image du silence d'un paysage qui vous "transporte" ... je vais le lire et probablement l'offrir. Merci

Idem !

Je reviens sur ce bonheur de lecture resté longtemps introuvable. J'en avais fait l'acquisition lors d'une remarquable réédition il y a quelques années. Dommage que ce billet n'ait pas eu plus d'échos.

Plaisir comparable à celui que peut procurer le Grand Meaulnes mais planté dans un Sud-Ouest de marais et de brumes. Une rencontre rare à ne surtout pas esquiver pour les amoureux des "petites" musiques d'enfance dont les notes nous accompagnent la vie durant.

oui, je suis bien d'accord avec vous : ce bouquin est admirable. Ce n'est pas la première fois que je regrette que les billets de critique littéraire, si j'ose l'expression, ne soient pas parmi les plus commentés. Mais, après tout, les gens ne pensent pas toujours à venir, après avoir lu les livres recommandés, donner leur avis ! et avant de les avoir lus, ils n'ont évidemment rien à en dire...

On devrait fonder une asso dédiée à entretenir la mémoire d'André Lafon !!!

Bien contente que ce billet soit remonté.... J'avais dû noter quelque part sur un post-it "Elève Gilles/André Lafon"... puis le paumer. Du coup, cette fois, plus question de le louper !

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