D'une catastrophe à l'autre
Retour d'un weekend sur l'île de Ré. L'eau s'est retirée qui s'était précipitée par les brèches ouvertes dans des digues, insuffisamment entretenues, par une mer déchaînée. Elle laisse derrière elle une désolation dont on peine à imaginer qu'elle pourra, un jour, s'effacer. Une gangue de boue immobilise le paysage : toute trace d'herbe a disparu - couleur uniformément grisâtre. Et l'on s'étonne que les plages lavées par une mer maintenant apaisée aient recouvré leur blondeur innocente.
Mais, il n'est pas que le paysage qui soit, durablement, abîmé. Toute l'activité économique de l'île a souffert : les commerçants qui venaient de recevoir les stocks pour la saison nouvelle, les restaurateurs dont les cuisines sont inutilisables, les viticulteurs, les maraîchers, dont les terres sont souillées, les sauniers, les ostréiculteurs qui ont vu leur travail anéanti. Il faudra des années pour reconstruire l'île qui est revenue, en quelques heures, à l'état qui était le sien au treizième siècle - trois îlots séparés. Le pire est peut-être encore à venir, avec les prochaines grandes marées.
Je n'ai pu m'empêcher de penser aux difficultés qui attendront la gauche si elle parvient à remporter l'élection de 2012. Comment reconstruire ce qui a été détruit par S. et son équipe ? comment réapprendre à vivre à une population douloureusement traumatisée et dont le moral a été atteint en profondeur, comme le révèlent les résultats de ce premier tour des régionales - record d' abstention, remontée du FN, succès sans doute en trompe l'oeil du PS...-. Par où commencer ? qui réconforter en premier ? que réparer de toute urgence ? Tout retard sera vécu comme une trahison, toute acceptation de ce qui a été cassé par les autres comme une vilénie insupportable, toute volonté d'aborder des dossiers que la lâcheté de la droite aura laissés en héritage comme une agression digne de ceux-là mêmes que l'on aura, enfin, chassés... Pas simple, tout ça.


Tous les commentaires
Oui, Patrick, bien d'accord. Comme vous, j'ai le sentiment qu'en 5 ans, notre Président aura fait un tort considérable à notre beau pays. Même en tenant compte de la crise, j'ai le sentiment qu'il a encouragé les gens dans leur égoïsme, qu'il a jeté aux oubliettes ce qui nous restait d'esprit de solidarité.
Et, dans tout cela, en cas d'alternance, comme dans la belle île de Ré, la tâche sera immense, tant le mal aura frappé au cœur des gens.
Vous aussi, cher Patrick Rödel, comme nous tous,
car c'est ce que nous devrions, devrons, tous adopter comme nouvelle attitude,
celle précisément, qui consiste à se demander ce que nous pouvons faire pour nous-mêmes, et enfin cesser de croire que "ils", que "eux" et que "yzonka" vont faire quelque-chose pour nous.
Ceux qui prôneront la responsabilisation contre l'infantilisation,
ceux qui prôneront la prise de conscience collective du bien commun, contre l'individualisme marchand,
c'est à eux, qu'il faudra accorder notre confiance et nos suffrages.
À ceux qui, précisément, cesseront de nous enfumer dans la démagogie,
à ceux qui, précisément, sembleront les plus exigeants et les plus décidés à nous voir compter sur nous-mêmes, et non sur "les autres"...
On est bien d'accord là-dessus. Je suis bien conscient qu'il revient à chacun d'entre nous de prendre en main son propre destin et qu'il ne faut surtout pas s'en remettre, aveuglément, à quelqu'un qui ne poursuit que ses intérêts. Mais, bon, qu'est-ce qui va permettre que ces actions individuelles se fédèrent pour gagner en efficacité ? comment allons-nous nous reconnaître ? comment saurons-nous que les valeurs qui nous animent sont les mêmes que celles qui animent tel ou tel que je ne connais pas ? est-ce à l'intérieur d'un parti ? dans une écurie électorale ? et comment se faire entendre tout en évitant que sa parole ne soit pas confisquée ? ce passage de l'individuel au collectif me parait de plus en plus délicat, tant fait défaut une véritable éducation à la citoyenneté.
J'entends bien qu'il faut résister à toute forme de démagogie, mais je me demande si'il n'y a pas une forme d'illusion nécessaire à tout engagement politique, à toute espérance.
Enfin, si je ne dois compter que sur moi-même (si je suis vraiment un adulte), je ne peux pas non plus me priver des autres, de relations de confiance avec eux ou du moins avec certains d'entre eux, je dois aussi pouvoir compter sur eux.
Ca se complique sacrément.
Ne pourrait-on pas comparer l'abstention à une forme de défaitisme: comme si, face à la catastrophe de Xynthia, les habitants de l'île de Ré baissaient les bras?
C'est pire encore que du défaitisme, que baisser les bras puisque l'abstention est souvent produite par le système lui-même qui n'a pas intérêt à ce que les gens entrent dans la vie politique et y exercent les droits et devoirs qui sont les leurs : c'est être à des années lumières de l'expression politique, c'est n'avoir pas conscience de faire partie d'un corps (électoral, en l'occurrence) puisque on est à ce point rejeté, exclu qu'aucune relation ne peut exister.
Je suis souvent étonné que les "raisons" que certains abstentionnistes peuvent donner de leur abstention reprennent mot pour mot les arguments ressassés par les hommes politiques dans leur pseudo-critique de la politique politicienne.
Et la rue des oubliés ? Inondée ?J'y ai beaucoup pensé...
je n'en ai aucune idée, mais cela m'étonnerait : la configuration de l'île d'yeu est toute différente de celle de Ré. La rue des oubliés est plutôt sur la hauteur : les oubliés surnagent !
Pardonnez moi, j'avais confondu les deux îles.... Mais heureuse quand même de savoir que les Oubliés surplombent tout ça !