cercle de silence
Article paru dans le Sud-Ouest du 16 avril
"Ce sont les Franciscains de Toulouse qui ont inventé les "cercles de silence", ces rassemblements qui protestent sans un mot contre la situation faite en France aux étrangers sans papiers. D'autres villes s'y sont mises depuis. A Bordeaux, c'était la première fois hier,
place Pey-Berland.
Dans le cercle formé à Pey-Berland, certains prient, d'autres pas. Certains, beaucoup, ont depuis longtemps dépassé l'âge des barricades, d'autres pas. Ils ne diront pas qui ils sont ni d'où ils viennent. Tout au plus sait-on que différentes organisations, religieuses mais pas seulement, ont appelé au rassemblement, comme elles le feront chaque troisième mardi du mois. Un tract anonyme revendique simplement :"Nous dénonçons et refusons l'enfermement des étrangers dans les centres de rétention administratifs".
Des photos du centre de rétention de Bordeaux, faite par la Cimade, service oecuménique d'entraide pour les étrangers confirment que les défenseurs des sans-papiers se recrutent dans tous les milieux et à tous les âges.
Mais ce silence... Ils se tiennent tous droits et recueillis, forçant les passants à chuchoter après avoir déchiffré le tract que les plus nombreux portent scotché au dos. Parfois les passants se joignent au cercle qui s'agrandit jusqu'à 150 personnes. Quelques pressés, pas beaucoup, traversent le cercle sans rien regarder. Sans perturber les gens de la ronde. Qui se sont sans le dire donné rendez-vous pour le deuxième cercle, le 20 mai."
Article non-signé, ce qui ne me permet pas de remercier celui ou celle qui l'a écrit d'avoir dit en peu de mots ce qui s'est vécu le 15 avril pendant une heure.


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Belles manifestations, à multiplier dans les villes petites et moyennes, pour rendre une visibilité à ceux qui sont enfermés, tandis que chaque jour nous allons et venons, libres de nos déplacements. Si vous avez des informations pratiques (adresses pour les tracts et les photos), je suis preneuse, pour tenter de démarrer un cercle dans la ville la plus proche du village où je vis. Merci de m’écrire via Mediapart.
Dans le tintamarre où nous vivons, un silence peut quelquefois faire beaucoup de bruit... à condition encore que l'on en parle. C'est le mérite de "Sud-Ouest" de l'avoir fait. Cela dit, sur ces sujets-là, il faudra bien qu'un jour ou l'autre des voix qui font autorité poussent enfin une gueulante! Si l'on amenait les télés à montrer ces silences... Mais, bavardes, courtes de vue et futiles comme elles sont, c'est leur demander de se renier elles-mêmes.
Bonjoir, J'ai lu vos différents textes sur le silence, et pour moi c'est du Magritte! ("ceci n'est pas une pipe") . Dans le cas des franciscains, à mon avis, ils font ce qu'ils savent faire, ne pas parler, on peut même supposer qu'ils n'aiment pas parler ( des anorexiques de la parole?)! Ils pourraient tout aussi bien déposer des mannequins habillés en franciscains, l'évènement existerait tout autant. . Ils seraient "révolutionnaires" si ils faisaient comme certaines manifestantes, taper sur des casseroles, en rupture avec leur statut et la facilité? . Pour moi il s'agit plus d'une "coquetterie intellectuelle" (désolé, je ne trouve pas la formulation exacte, qui ne soit pas "blessante") comme la prière pour les souffrants du monde. . Toujours selon moi, un peu vulgairement, le seul silence c'est la mort (et peut être certaines phases du sommeil?), le reste c'est un discours intérieur, parfois égoïste, parfois bruyant, parfois paisible, mais toujours un discours.
Les fransiscains ne sont pas des chartreux ! Ils ne sont pas des purs contemplatifs. Ils sont impliqués dans la vie de ce monde et savent très bien parler. Simplement leur approche est différente de celle dominante. Il ne s'agit pas d'accuser des personnes, de se poser en juge, de faire de la politique (l'Eglise a bien intégré la séparation de l'Eglise et de l'Etat) il s'agit de rappeler un certain nombre de valeurs fondamentales et d'inviter le plus grand nombre à s'en souvenir. Le silence ne repousse pas, n'aggresse pas. Le silence, ce n'est pas la mort, dès qu'il est habité.
PatrickRÖDEL merci, Nicolas, d'avoir remis les pendules à l'heure ; je m'étais promis de le faire, mais je ne me souvenais plus où j'avais vu cette erreur commise sur les franciscains. Erreur de précipitation, comme aurait dit Descartes, et qu'on se condamne à commettre souvent si l'on réagit à chaud à un billet, réaction réflexe en quelque sorte et non pas réponse réfléchie.
Bonjoir, A priori, rien ne permet de dire que ma réponse soit réflexe et non réfléchie! Pour avoir travailler dans l'associatif avec des religieux en tout genre, acceptez que je sois plus proche de la théologie de la libération ou des prêtres ouvriers que des contemplatifs ou des franciscains! Permettez moi d'exprimer mon opinion, ce silence est pour moi "folklorique" et que même habité il peut être un exercice neurobiologique, un refus d'engagement, une fuite métaphysique, avec le même pouvoir que la prière pour sauver de la misère du monde. (Elle peut sauver celui qui prie comme le silence conforte le silencieux) Demandez à Sarkozy, avec ce type de manifestants, il peut faire des économies en fonctionnaires CRS, il en redemandera! L'avantage de dieu et des religieux c'est qu'ils ne sont pas pressés. La souffrance des autres (et parfois la leurs(?)) est un don ou une épreuve divine (voir mère Théresa...) cela ne pousse pas à la révolte ou à l'engagement, sauf pour les théologiens de la libération ou les prêtres ouvriers (moi athée et "bouffeur" de soutanes je les admire!)