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mauvais esprit
je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je ne peux pas m'empêcher de trouver réjouissants les soubresauts actuels de la sphère financière, de trouver étonnant le silence de ceux qui nous gouvernent - il est vrai qu'il est plus facile de déclarer la guerre aux pirates somaliens qu'aux pirates de la haute finance internationale - et encore une fois plutôt comiques ces visages qui s'allongent au fur et à mesure que baissent les indices boursiers. Je sais, ce n'est pas très politiquement correct et ce n'est pas du tout charitable. Je n'oublie pas tous ceux qui sont et vont être les victimes des délires spéculatifs des banquiers et autres assureurs qui, eux-mêmes, se sortiront très bien de cette mauvaise passe ; victimes dont il parait assez évident qu'ils n'ont pas joué en bourse, donc pas spéculé parce que leur manquait l'argent minimal pour le faire.
Mais je me souviens de ce qui se disait, écrivait, chantait, lorsque,dans les années 80, le système communiste a implosé, lorsqu'un terme a été mis à cette peur des possédants par, ô ironie délicieuse, ceux-là même qui les avaient tellement fait trembler. Marx est enfin mort et sa doctrine enterrée. Soyons réalistes, ne rêvez plus Nous avons gagné,parce que nous sommes les meilleurs, tout simplement. C'en est bien fini de l'histoire, de l'espoir de changer le monde.(et j'ai lu ici même qu'il fallait célébrer la fin du messianisme marxiste comme du messianisme judéo-chrétien) Le monde est à nous, et c'est notre vision du monde qui se mondialise. Vive coca-cola, vive l'american way of life ! et que crèvent les pauvres, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas été assez intelligents pour s'enrichir.
Ben, ça va pas si bien que ça et il va peut-être falloir songer à changer , si seulement il nous reste un peu de temps. Les vainqueurs d'hier se réveillent aujourd'hui avec une sacrée gueule de bois. La main invisible censée réguler les marchés tremble si fort que tout menace de s'effondrer et que la raison pète les plombs - on appelle ce phénomène "panique".
Je me demande s'il n'y a pas une cause commune à ces deux séismes que nous avons subis en un temps record et dont nous n'avons pas encore épuisé les répliques Cette cause serait ce qu'on peut appeler l'économisme, c'est-à-dire la domination exclusive d'une prétendue rationalité économique, qui n'est que le fruit de l'imagination de théoriciens coupés du réel et des véritables besoins des hommes, qui n'est que la justification des intérêts d'un petit nombre. Grosse erreur d'orientation ! on nous promettait de nous conduire au paradis et on nous menait en vérité dans le mur. Faut croire qu'on s'est trompé, qu'on a accordé sa confiance à quelque chose et quelques uns qui ne la méritaient pas ; on a fait crédit, on a cru, alors qu'il aurait été plus malin de se montrer incrédule à l'égard de ceux qui n'ont jamais cessé de se discréditer. On nous a seriné que l'ennemi c'était le curé alors que nous aurions mieux fait de comprendre que l'ennemi véritable c'était le banquier - cette idée qui me parait très pertinente dans sa simplicité, je l'emprunte à Henri Guillemin - mais qui se souvient encore de lui ? - cet historien non-conformiste de nos républiques. On s'est gaussé de ces minus qui récitaient leur credo et on allait confier ses économies au banquier.
Si on se mettait à réfléchir un peu sérieusement ?


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Je suis d'accord avec votre analyse sur la question financière. Mais devons-nous lire, en creux, la nostalgie-réhabilitation d'un certain messianisme judéo-chrétien donnant du (un) sens à l'histoire ?
PatrickRÖDEL Cela ne me gêne nullement d'affirmer que l'espérance, en moi, n'est pas morte tant d'un point de vue politique que d'un point de vue eschatologique : au rebours de toutes les tentatives contemporaines pour ôter toute pertinence à l'utopie et à l'espérance, je continue d'avoir, chevillée en moi, la conviction que le principe-espérance (titre de ce bouquin étonnant d'Ernst Bloch) est la seule chose qui ouvre à une autre vision du monde et donc à une volonté de transformer celui dans lequel nous vivons. En dépit de cela, nulle nostalgie, nul désir réac de revenir en arrière - je sais trop les impasses, les déviations, les aberrations, les crimes -, mais est-ce le principe qui a fait preuve de sa nocivité ou quelque bifurcation calamiteuse à un moment donné de l'histoire ? j'essaie de répondre à cette question en désignant l'économisme et ce qui est derrière et qui est une fascination pour l'argent, pour la possession. Réhabilitation ne me plait pas non plus si cela a pour conséquence de gommer le négatif préalablement mentionné ; mais si cela implique que l'on revisite les textes où ce messianisme s'est exprimé pour y retrouver une nouvelle énergie plus conforme à son esprit, oui, bien sûr. Je trouve également fort stimulants les textes de Derrida sur le messianisme sans messie.
Si on se mettait à réfléchir un peu sérieusement, intelligemment ? Je ne suis pas sûre d'y arriver. A la volée, qu'en pensez-vous ? Le communisme n'est qu'un idéalisme, qu'une utopie, soit. Karl Marx ne concevrait la société humaine que d'un point de vue économique Donc acte. Le libéralisme n'est qu'un idéalisme, une utopie. Interventionnisme, protectionnisme, nationalisme, politique budgétaire, tout va à l'encontre de cette théorie. Le marché est un chaos. Les sociaux-démocrates modernes, les démocrates-chrétiens, les royalistes, bayrouistes, imaginent encadrer ce chaos, réglementer un système indéfinissable ! C'est comme si nous cherchions à mettre un cadre, une réglementation, des lois contraignantes à l'expansion de l'espace...Ils y croient dur comme fer et leur argument ultime est l'absence de contre proposition. Malheureusement ce sont eux qui ont l'éducation pour nous inventer un système qui replacerait l'homme, la nature au cœur de celui-ci. Samuel Dixneuf parle de nostalgie du messianisme judéo-chrétien. Je me demande si les concepts du sauveur et de l'apocalypse ne sont pas intrinsèque à toute pensées humaine (occidentale? même si la globalisation...). Dans 2001 l'odyssée de l'espace, S. Kubrick nous amène à penser, à mon sens, que l'intelligence, l'humanité prend racine dans la destruction, s'opposant à la nature. (Ce personnage mi-homme mi-bête prenant conscience de la puissance de destruction d'un simple bâton ). Autre chose...Je fus saisis d'apprendre que la cellule ne vieillissait pas, la mort étant programmée en elle-même pour protéger la vie, que la mort soit partie intégrante de la vie pour pérenniser celle-ci. Et si tout système issue de la pensée ne serait-il pas une source de plus en plus puissante de destruction? De fait, la Connaissance Fondamentale et les Arts seraient une sortie contemplative à ce cycle infernal, si j'ose dire...Vivre en cherchant le savoir, mourir après avoir cherché, aimé et partagé ?
PatrickRÖDEL merci de votre contribution à ma petite réflexion et, bien sûr, il y a urgence, il me semble à se mettre nombreux à la tâche. Je ne peux répondre à toutes vos remarques ; peut-être ce que je viens d'écrire à Samuel Dixneuf vous apportera-t-il quelques éléments de réponse. Je veux simplement préciser que je ne mettrais pas sur le même plan les termes d'idéalisme et d'utopie. L'idéalisme est une philosophie qui s'oppose au matérialisme, pour lui c'est l'idée qui l'emporte sur la matière, qui détermine (?) la matière. Pour le matérialiste, c'est l'inverse évidemment. L'utopie quant à elle est une vision critique de la société et la description d'une société autre reposant sur d'autres principes ; en ce sens, l' utopie a pu être vue comme une des manifestations les plus abouties du principe-espérance. Du coup, à partir de ces définitions, on ne peut pas mettre sur le même plan le marxisme et le libéralisme. Ce que j'ai suggéré, c'est qu'on peut chercher une des causes de l'effondrement du système soviétique (que je n'assimile pas à la théorie de Marx) et une des causes des crises à répétition du libéralisme dans une erreur fondamentale commune : avoir cru qu'il y avait des lois économiques auxquelles les véritables besoins et attentes des hommes devaient être soumis, alors qu'elles ne faisaient que tenter de justifier les intérêts individuels d'une classe de bureaucrates, d'un côté, ou d'une classe de capitalistes, de l'autre.