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toi, j't'aime pas

Etrange cette manie qu'ont tant de nos contemporains de mêler l'affectif à l'argumentatif. Ce qui est presque aussi pernicieux que de laisser l'affectif l'emporter sur l'argumentatif. On n'entend plus que ça : les éléphants du PS ne peuvent pas blairer Ségolène, - et nombreux sont ceux qui partagent ce sentiment et ne cherchent pas plus loin (d'ailleurs, elle est nulle, répètent-ils avec un touchant unanimisme et sans apporter beaucoup de preuves de cette prétendue nullité) - laquelle, chaque fois qu'elle rappelle qu'il faudrait bien que des gens qui appartiennent au même parti s'aiment assez pour y cohabiter sans trop de meurtres, se fait taxer de catho ringarde, digne fille d'un père militaire. Bon, je ne vois pas que ça fasse avancer beaucoup le débat.

C'est la même chose dans les discussions, ici même, qu'il m'arrive de survoler." Je ne vous aime pas" apparait un argument massue. "Je vous aime bien", "je vous trouve sympathique", "vous que j'aimais". Je veux bien, je comprends ces réactions épidermiques, mais honnêtement, je ne vois pas l'intérêt qu'il y a à en faire tout un fromage, surtout quand c'est au détriment de la discussion elle-même. On n'a rien dit quand on a dit "j'aime" ou "j'aime pas" c'est ce qui vient après qui est intéressant, c'est-à-dire les raisons qu'on peut donner de cet amour ou de cette haine, ou pour en rester à une expression plus neutre, de ces différences d'appréciation ,les arguments qu'on peut présenter pour tenter de convaincre les autres du bien-fondé de ses préférences ou de ses aversions. Et si l'autre a des arguments sérieux, plus valables que les miens, on peut même reconnaitre qu'on avait tort - si, si, j'vous assure, en tout cas je me souviens d'avoir rencontré, jadis, des gens qui disaient admettre avoir eu tort, morsqu'ils pensaient que...

C'est sans doute très idéaliste de continuer de croire qu'il y a des règles de discussion, des règles de politesse aussi (et pourtant civisme, civilité, citoyenneté, hein, ça appartient au même registre), qui permettent, si on les respecte (et le respect de certaines règles ne va pas sans le respect des autres, on peut l'espérer), de mener un débat, je ne dis pas dépassionné, mais où la passion ne plombe pas le débat. Est-ce vraiment une nécessité de dire à X ou Y qu'on ne l'aime pas ? alors qu'il suffit parfois pour ne pas s'aigrir le caractère de l'ignorer tout simplement. Quand je suis dans le métro ou dans le tram, il m'arrive, comme à tout un chacun, de trouver que ce bonhomme a une sale gueule de con, que cette femme a une tête à claques - pour autant je ne vois pas l'intérêt qu'il y aurait à le lui dire ; sur le net, en revanche, ce genre de réaction me semble monnaie courante : on s'autorise de cet étrange et relatif anonymat pour sortir des trucs qu'on rougirait de sortir si on avait la personne en face de soi.

Ou bien est-ce le signe d'une telle désaffectivité qu'on ne donne à ces termes aucun contenu ? encore un effet pervers de la télé où l'agressivité à l'égard des gens sans importance n'a d'égal que la flagornerie à l'égard des puissants ? mais rien de vrai là-dedans, rien d'authentique ? ça n'a pas d'importance.

J'ai la faiblesse de croire que ça a de l'importance et que c'est une des raisons pour lesquelles il est tellement difficile de discuter dans cette foutue société. Et je n'ai rien contre une saine colère, je me lasse seulement de ceux qui s'y laisse systématiquement aller.

 

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Toi, j'te connais pas spécialement, tu ne me fais ni chaud ni froid, mais j'aime bien ton billet, alors j'te le dis....

Il est vrai ce billet, sur toute la ligne. D'ailleurs pour une fois, je ne vais pas commenter tellement la justesse de l'observation me semble pertinente ! Juste pour dire que surement vous avez en partie raison, il est difficile de discuter en société quand les affects prennent le dessus, tiens c'est drôle, cela me fait penser au monde du travail ou pourtant, la plupart du temps, on reussit a controler ses affects, enfin, presque toujours, par obligation. Du coup, peut-être se "lache-t-on" ailleurs? Est-ce une partie de l'explication ?

Votre billet me paraît une intéressante contribution concernant l'article de la rédaction Débattre, pas se battre. Je pense qu'on mêle souvent l'affectif à l'argumentatif... ou l'argumentatif à l'affectif car les deux ne sont pas complètement distincts dans le débat, ils s'entrecroisent notamment dans cette façon d'échanger par clavier et écran interposé. Ce qui me paraît important c'est que nous soyons conscients de cette particularité dans le débat qui est la façon de dire, de faire savoir, de donner à voir où chacun de nous participe avec ses arguments mais aussi sa singularité, son affect ... Comme vous "quand je suis dans le métro ou dans le tram, il m'arrive de trouver que ce bonhomme a une sale gueule de con, que cette femme a une tête à claques - pour autant" moi non plus je n'ai pas une envie irrépressible de le lui dire! Mais parfois un geste, un regard, un visage, une attitude m'attire et me donne envie de faire savoir que j'apprécie. Et sur le Net j'ai plutôt le désir, la volonté de manifester ce que j'apprécie dans la lecture des autres, ou ce qui donne à penser, ou ce qui fait débat, au-delà de l'accord ou le désaccord qui me semble en l'occurrence moins pertinent. Et sur la juste remarque de Christel<:i> sur le monde du travail, on peut observer les tours et les détours qui prennent parfois les arguments pour cacher ou transformer les affects, visibles ou invisibles, conscients ou inconscients! Tout ceci pour dire que j'ai apprécié votre article et je fais un pouce pour recommander qui est une autre forme de dire "j'aime"!

Bonjour Patrick Rodel, Hélas, nous vivons dans une société où le chacun pour soi cherche à l'emporter sur l'autre, du haut de sa petite personne, en faisant valoir ses gros muscles ou ses gros mots, quand ce n'est pas sa grosse carrosserie ou artillerie, sans égard au respect élémentaire que l'on doit à l'autre, pour qui se dit civilisé. Il est vrai que je suis candide, mais je préfère ne rien dire que d'aggraver une situation où bien souvent le malheur découle de malentendus entre malentendants. Encore une fois, le savoir-vivre est la clé du bien-vivre, non ?

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