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de la décence ordinaire

Je pérégrine entre Paris et Rouen. Retrouvé, avec toujours le même plaisir, la bibliothèque Jacques Doucet. Petite pièce feutrée, murs tapissés de dossiers qui contiennent une partie du fonds remarquable de manuscrits de littérature française, accumulé par ce mécène qui avait su s'entourer de bons conseillers (Aragon, en particulier). Il n'y a pas foule. C'est à côté, à la bibliothèque Ste Geneviève, que les étudiants se pressent. Recherche de luxe, pourrait-on dire, et comme on en rêverait pour tout le monde.

Trois après-midi de bonne pioche, comme dirait Flaubert dont le dernier tome de la correspondance m'accompagne. Heureuse époque où l'on s'écrivait et où l'on pouvait garder les lettres qu'on avait reçues dans des porte-feuilles de cuir souple. Ce que nous écrivons, sur internet, s'efface presque au fur et à mesure - ce qui devrait nous inviter à beaucoup plus de modestie. La correspondance sur laquelle je travaillais, entre Guillemin et Hoppenot, fourmille de détails passionnants et toute une époque revit, entre 1945 et 1968.

Pour lire dans le métro, quand on y peut respirer, un petit livre de Bruce Bégout dont je recommande vivement la lecture. Sur la décence ordinaire, qui est un concept essentiel d'Orwell. Et qu'il est bien utile de lire en ces moments où l'indécence des pseudo-élites nous a foutus dans la mouise qu'on sait. Il y a des analyses de simple bon sens que les caciques de la gauche seraient bien inspirés de méditer, histoire de se remettre dans la tête les valeurs qui sont celles des gens ordinaires - l'honnêteté, le sens presque inné de ce qui est moche et de ce qui est convenable.

 

 

Tous les commentaires

. La "décence ordinaire" s'appelle aujourd'hui, (et depuis bien des années déjà) le "politiquement correct". . Politiquement se prend au sens large, c'est-à-dire englobe l'universitairement correct, l'historiquement correct, le philosophiquement correct, l'éditorialement correct, le médiatiquement correct, j'en passe. . Quant à la "novlangue" elle n'a jamais pris. C'est son contraire qui a pris, et qui fait fureur, et qui a pour nom : le diaffoiranto. . J'explique ici les grands principes de fonctionnement du diaffoiranto . . jpylg

PatrickRÖDEL cher jpylg, je ne saurais trop vous recommander la lecture de ce livre de Bégout, de même l'excellent livre que Michéa a publié, chez Climats, sur Orwell éducateur. Vous devriez y trouver des analyses qui vous intéresseront et qui vous montreront que la décence ordinaire ne correspond pas du tout à ce que vous croyez. Je peux comprendre votre rage contre ce que vous appelez drôlement le diaffoiranto, mais les auteurs auxquels je fais allusion sont tout à l'opposé de ce verbalisme creux qui se fait passer pour de la philo.

Je viens de m'acheter " A ma guise" de Orwell et le tout petit livre de Bégout "De la Decence Ordinaire".Je vais les lire, et comme vous dites Patrick Rodel, ce n est pas du tout ce que JPYLG pense être. Je vais me regaler en lisant ces deux livres. Marie Paule.

chère Marie93 . Je ne connaissais pas Bruce Bégout, quant à Orwel, j'ai lu 1984 et La ferme il y a de longues années et je n'avais pas mémorisé le concept de "common decency" . D'après la courte critique que je lis du livre de Bruce Bégout, la "common decency" est "ce sens moral inné" qui incite les gens simples à bien agir. (ici) . Donc, ce n'est non seulement pas ce que j'avais compris,(i.e. le politiquement correct), mais son exact contraire. Le politiquement correct, c'est l'amoralité innée ajoutée à la stupidité congénitale. La "common decency" serait donc l'antidote. . D'autre part, il ne m'a pas échappé que ce livre de Bégout a une qualité objective, donc indiscutable, c'est d'être court : 128 pages. . J'ai peur qu'on ne puisse pas en dire autant d'un autre ouvrage du même Bégout : "La découverte du quotidien", qui fait 600 pages. . ici . La philosophie ne me semble valoir la peine que dans son rapport au quotidien, ce qui est, parait-il, le sujet. Mais quand j'aperçois qu'il est rapidement question d'attribuer "l'inquiétude originelle" à la problématicité du monde", je crains de humer déjà des relents de diaffoirantisme. . jpylg

cher Patrick Rödel . Je lirai l'ouvrage de Bruce Bégout, dont j'ignorais l'existence; votre premier article avait suffi à me convaincre qu'il m'intéresserait. . Quant à Michéa, je lirai également "l'empire du moindre mal" et "la double pensée", mais je dois vous dire que je le connais par son ouvrage de 1999 "L'enseignement de l'ignorance" qui doit se trouver quelque part dans ma bibliothèque. . Cet ouvrage a joué un grand rôle pour moi, alors que, justement à cette époque je me lançais dans des études complémentaires et tardives. Il a beaucoup contribué à me forger ce sentiment que vous prenez pour de la rage (d'autres y voient de la haine, ou du nihilisme ou du désespoir) et qui est autre chose. . Ce n'est certainement pas la conclusion de Michéa, mais celle à laquelle je suis parvenu, en lisant Michéa et quelques autres et en comparant à mon expérience, est celle-ci : c'et bien l'ignorance que l'on enseigne non seulement dans nos écoles, mais également dans nos universités. . Les citoyens qui vont, se se gargarisant de leur titre d'enseignants-chercheurs sont, en réalité, des enseignants-gardiens. Au demeurant,presque toujours des gens honnêtes et compétents. De bonne compagnie, en outre. Mais des gardiens quand même, comme les gardiens de musée. . Je crois que je peux me permettre de dire que c'est l'ignorance qu'on enseigne - et non seulement l'ignorance mais on enseigne, de surcroît, à enseigner l'ignorance - puisque j'ai subi les épreuves qui étaient imposées et obtenu les diplômes auxquels je prétendais. Sauf que je n'avais plus l'âge d'entrer dans le système. . Je n'ai aucune rage. Je sais bien que je donne cette impression à beaucoup. (Je regrette toutefois qu'elle soit partagée par des personnes comme vous). Je peux aussi faire dans la nuance. La dialectique, la rhétorique, la stylistique ne sont pas sans charme à mes yeux. Mais j'ai envie de m'exprimer autrement. . Quant à ce que j'appelle le "diaffoiranto", ce n'est pas seulement une expression drolatique. Mais j'y reviendrai. Je n'abandonne jamais mes idées fixes, qui sont notamment : la religion, le formatage de l'opinion, la politique professionnelle. . Enragé ? Non. Obsédé ? Admettons. . jpylg

J'associe souvent la décence élémentaire à l'élégance du savoir-vivre. Ce qui me rappelle, en parlant de rectitude politique, qu'il me faut au moins dire bonjour, bonsoir, ici à tous.

Rappel salutaire d'un écrivain dont le concept de common decency n'a strictement rien à voir avec le politiquement correct mais beaucoup plus, effectivement, avec une forme de savoir-vivre.

Un angliciste ne voudrait-il pas nous éclairer sur le sens exact de "common" ici, et (pendant qu'on y est) sur le sens précis de l'expression "conventional wisdom" ? Merci.

bonjour Melchior, que pensez-vous de 'sagesse populaire', pour rendre 'common wisdom' ? Et pour 'conventional wisdom' , du 'gros bon sens' ?

Cette expression "histoire de se remettre dans la tête", va-t-elle dans ce sens que l'on souhaiterait, de la pudeur, de la politesse, et d'un certain savoir-vivre, mais surtout serait-elle bonne ? Vouloir qu'on se mette martel en tête ? Tu meurs ? Non.

JPYLG vous êtes incorrigible. Heureusement que vos écrits sont d'un intérêt certain et que votre pensée est si utilement éclairante, parce qu'avec vos idées fixes et votre incroyable faculté de NE PAS lire ce que les autres écrivent, vous avez encore pu froisser un nouveau Médiami qui pourtant était visiblement et justement "de votre bord" dans sa vision du politiquement correct comme instrument novlanguesque ou dia-machin-chosesque.
Comment pouvez-vous lire "Il y a des analyses de simple bon sens que les caciques de la gauche seraient bien inspirés de méditer, histoire de se remettre dans la tête les valeurs qui sont celles des gens ordinaires - l'honnêteté, le sens presque inné de ce qui est moche et de ce qui est convenable" et y trouver une apologie du politiquement correct???
Merci à Patrich Rödel en tous cas, et oui, à JPYLG aussi :-)

. Cher Axel J, . Ne mélangeons pas tout. Tout d'abord, il est évident que je ne lis pas tout; mais ce que je lis, j'essaie de le lire correctement et je peux m'y reprendre à plusieurs fois. . Notamment, vous, je vous lis et je me réjouis de votre retour. J'essaie aussi de lire Patrick Rödel, à chaque fois que je vois sa signature. Il ne m'a pas échappé que c'est un opposant au système et il m'intéresse beaucoup. Je ne l'ai jamais supposé d'être politiquement correct et je ne m'attaque à aucun universitaire en tant que personne; je n'attaque, d'ailleurs, me semble-t-il, jamais aucune personne en tant que personne. En revanche, je peux m'attaquer à des idées défendues par tel ou tel. Je peux, aussi m'attaquer à des catégories, par exemple, aux groupies de ségolène, aux béni-oui-ouistes de la démocratie et aux accros du congrès de Reims. Bien sûr, parmi ceux-là, je ne me fais pas des amis. Mais je ne cherche pas d'amis : ceux que j'ai me suffisent. Ce que j'attaque, en réalité, c'est un système et - oui ! - je ne crains pas de dire que ce système pour produire la servitude volontaire et l'aveuglement choisi qui lui sont nécessaires, utilise, entre bien d'autres moyens l'école et l'université et j'ose encore ajouter que, pour cela, le système doit compter sur la passivité de ses fonctionnaires, quand bien même il peut se trouver que ce soient des savants. . Pour en revenir à la décence ordinaire, il y a au moins vingt ans que j'ai lu Orwell, et je n'avais pas en mémoire ce concept. J'ai rectifié mon erreur; mais elle me semble mineure: car ce que dénonce Orwell ce sont bien les voies qui mènent au fascisme à venir. (Car le fascisme n'est pas derrière nous: il est devant nous).Le politiquement correct est la voie royale pour le fascisme à venir. Je ne vais pas relire Orwell pour la circonstance, je lirai peut-être le livre de Bruce Bégout. Quoiqu'il en soit, pour ce que j'ai compris de la "décence ordinaire", cette "posture" pour parler un peu diaffoiranto, cette posture j'ai peur qu'elle soit insuffisante. . La révolte me semble préférable, même vouée à l'échec. Ou, à défaut, l'expression d'une libre pensée; comme la vôtre, comme celle d'Etoile66 qui n'a pas peur même, à l'occasion, de donner un peu dans l'outrance. (Et de plusieurs autres, Dieu merci, sans lesquels je ne serais pas ici). . Tant mieux, mille fois tant mieux s'il y en a qui n'aiment pas cela, parmi ces bienpensants qui hésitent entre voter pour sainte ségolène, sainte martine ou saint bertrand. . jpylg

Jpylg: "Le politiquement correct est la voie royale pour le fascisme à venir." - C'est sûr. On rejoint aussi le billet d'Edwy Plenel où l'on décortique comment le contresens voulu du choix de l'expression "Etats Généraux" (alors que c'est le contraire d'états généraux) est encore une fois un coup de propagande qui se sert de ces expressions "de-gauche-sympathique-avec-si-possible-le-mot-social-dedans" pour noyer le poisson. Et c'est tout le monde, de nos jours, qui parle comme ça, des mots creux et ampoulés pour cacher sa propre incompétence mais aussi tous les coup portés aux citoyens et à la société.
La participation active et enthousiaste de millions de consommateurs audimatés.

. La différence entre Edwy Plenel et moi, c'est que je pense pas un instant que tout soit de la faute à Sarko. . Et je ne pense pas un instant que la solution passe par Ségo. . Ségo, comme sarko, et tous les usurpateurs de la politique professionnelle ont besoin de la servitude volontaire et de l'aveuglement choisi des citoyens dont ils vivent. . jpylg


 
Bonjour tous,
Cher JPYLG, la fin de votre commentaire ci-dessus me rappelle ces deux vers :
Peuple stupide à qui ma puissance m'enchaîne, Hélas ! mon orgueil même a besoin de tes bras.

Ça fait plaisir, après quelques jours en Ukraine, de retrouver des espaces, comme ici, où les gens conversent "gentiment" sans trop vite verser dans l'agressivité (trop souvent le cas!)! Bonne journée à tous!...et je vais m'offrir le bouquin de Bégout!

. Salut, M Philips. . Quel temps faisait-il en Ukraine ? . jpylg

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