Sun.
27
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Le sacré et le profane

La collision des faits dans l'actualité, nous rend perplexe et nous incite à revisiter un thème de nos chères études : la dualité du sacré et du profane. On a longtemps cru que la laïcité pouvait être confondue avec l'espace profane. Or, la laïcité a elle-même ses centres de sacralité, ses lieux de cultes et de vénération : les musées, les bibliothèques, les écoles et universités, les lieux d'assemblée politiques (...), lieux de savoir, et de décision. Le sacré traditionnel ou traditionnaliste s'insinue au delà de ce que nous pouvons imaginer.

 

La venue du pape nous a rappelé qu'il pouvait rendre sacré tout ce qu'il touche à défaut de soigner les malades par imposition des mains : sa présence aux Bernardins a resacralisé cette caserne de pompiers réhabilitée en espace culturel. Il ne manquait que le goupillon et la bouteille de champagne écrasée contre un pilier pour que l'on puisse inaugurer ce nouveau vaisseau culturel et donc cultuel. Le pape, toujours lui, a assuré une messe sur l'esplanade des invalides a rendu un lieu de sacralité républicaine et guerrière plus sacré en l'offrant au piétinement de la ferveur catholique : parvis et pelouse compris. Ce qui, somme toute, est une rechristianisation du champ de Mars, 214 ans après la fête à l'Être Suprême voulu par Robespierre.

Puis, les journalistes - corporation que l'on aime bien par ailleurs - ont été saisi d'une soudaine fébrile ferveur par le déplacement de la sacralité jusqu' à Lourdes. Ils en ont perdu leur précaution naturelle pour qu'inmanquablement un fait hypothétique et strictement religieux se transforme en réalité avérée : en effet, pourquoi dire "la grotte où la vierge est apparue à Bernadette" au lieu de "la grotte où la vierge serait apparue à Bernadette". Les chaines de télévision auraient-elles un lien avec Radio-Vatican ?

Heureusement, pendant toute cette période, on avait fermé la station de métro et de RER Saint-Michel-Notre Dame pour empêcher les travailleurs-morlocks ne surgissent par hordes pour montrer leurs faciès émasciés et tristes à la face rayonnante à la sacralité de la cathédrale.

 

Pour mieux nous aider à réfléchir sur la sacralité, donnons la main à nos voisins allemands. La palme de la sacralité est à décerner aux responsables du club de Hambourg qui propose un espace d'enfouissement des dépouilles des supporters dans un terrain (de foot) non loin du stade officiel du club. Reste à savoir quel eest l'endroit le plus sacré : le terrain où l'on joue ou le terrain où l'on est enterré.

 

Tous les commentaires

kairos Ne doit-on pas dire "est", puisque même s'il s'agit d'une hallucination, Bernadette a bien vu la Vierge? "Serait" ne laisserait-il pas penser que la petite bergère pourrait mentir?

Touché ! Que ce soit une hallucination ou une réalité cela "est". Disons que "serait apparue" peut exprimer une retenue sur la réalité, sinon je ne vois pas comment distinguer le vrai du rêve. De fait, les tenants du "vrai" gagnent sur les tenants du rêve puisque l'assertion à l'indicatif établi une réalité. Je ne doute pas un instant que Bernadette ait vu quelque chose en chien et loup, elle fut certainement sincère. C'est l'absorption de cette sincérité et sa transmutation en phénomène magique puis en réalité historique qui embarrasse le rationaliste.

. Permettez-moi d'intervenir : . La question du terme approprié quand on rend compte d'une apparition de type mariale - mais c'est la même chose à propos des fantômes, des vaisseaux-fantômes ou des soucoupes volantes, - ne peut être tranché sans qu'il soit question de la réalité du phénomène. Sujet difficile, insoluble s'il en est. Quelle est la réalité d'une hallucination nous renvoie, in fine, à la question de la réalité de la réalité. On n'est pas sorti de l'auberge. . Je crois qu'en histoire la problématique de la réalité est plus simple: a-t-on la preuve que le fait allégué a eu lieu ? (la preuve au sens que les historiens donnent à ce mot). . A ce sujet, je trouve qu'il est plus que discutable de présenter le pape comme le successeur de Pierre (voir, comme le disent certains commentateurs, le 364ème successeur de Pierre). Il faudrait être sûr que Pierre est le premier pape et que sont fiables les listes successorales. . D'un autre côté, sortir une expression comme "l'hypothétique successeur de Pierre", ou le "possible successeur de Pierre" consisterait à clamer que les bases historiques du christianisme sont particulièrement incertaines, ce qui n'est pas vraiment le sujet et n'entre pas dans les cordes des métiers de l'information quand un chef spirituel comme le pape est reçu par un pays comme la France. . Cela fait donc partie des problèmes insolubles. . jpylg

Cher Jean-Paul-Yves, Non, seulement je vous permets mais je vous invite. Oui, le problème est insoluble du point de vue scientifique : je parle comme vous de l'histoire scientifique celle que l'on peut constater, évaluer, mesurer et concevoir. Toutefois, je crois que si nous nous positionnons dans une science de la Culture c'est à dire une discipline qui s'interesse aux conditions d'apparitions de discours et de structures sociales autour de ces discours (cas des Religions), il peut devenir interessant de savoir qu'elle posture convient à telle forme de pouvoir. Puis constater si n'apparait pas des glissements furtifs de discours qui viennent d'un centre de pouvoir pour conquérir un autre centre : par exemple je pense autant au glissement du discours de l'immigration tenu par l'extrême droite puis qui s'est insinué puis institutionnalisé dans la Droite et une partie du Centre (pour faire caricatural) qu'au discours de validation implicite de discours religieux, mais aussi plus violemment aux positions créationnistes nord-américaines qui construisent un discours "historique scientifique" en s'appuyant sur la Bible. En témoignage de ce dernier point, j'ai vu un reportage (Quand et où ?) sur Arte (?) ou consort montrant des touristes américains dans le grand canyon encadrés par un animateur qui leur indiquait que les couches sédimentaires qu'il regardaient dataient du deuxième jour de la création et que cette autre roche datait du troisième jour. Argh ! Relisons Bachelard.

. j'ai vu un reportage (Quand et où ?) sur Arte (?) ou consort montrant des touristes américains dans le grand canyon encadrés par un animateur qui leur indiquait que les couches sédimentaires qu'il regardaient dataient du deuxième jour de la création et que cette autre roche datait du troisième jour. Paul Fièvre . C'est ça ! Et moi j'ai vu dernièrement, à la télé, que Benoit XVI était le 264ème successeur de Saint-Pierre ! . A + . jpylg

Newsletter
Je m'identifie