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La morale laïque : mais qu’est-ce que c’est ?

A l’annonce de Vincent Peillon d’instaurer – de réinstitutionnaliser ? – l’enseignement de la morale laïque à l’école, les sondages ont été dithyrambiques, voire soviétisants, avec plus de 90% d’opinions favorables (ici) !

En fait, rien de plus normal, étant donné la question posée : "Approuvez-vous l'introduction à l'école de cours de morale laïque, durant lesquels seraient enseignés aux enfants les principes et les comportements du 'vivre ensemble' dans notre société".

Qui peut s’y opposer ? Autrement dit, comment obtenir une caution éthique en formulant une question qui ne l’est pas ? Car c’est bien d’éthique qu’il s’agit ici et pas uniquement celle des instituts de sondage ou des politiciens.

Les premiers sont passés maîtres dans la composition de baromètres sociaux censés donner la température du climat social dans les entreprises, avec les résultats que l’on connaît : ce ne sont pas les salariés de France Telecom ou de Renault qui démentiront.

Les seconds, à l’instar de NKM, sont souvent hors sujet : "La République (…) est censée garantir le vivre ensemble qui passe par l'attachement à des valeurs politiques. (…) cela sous-entend une véritable réflexion collective sur la morale qui prévaut dans notre société, puisque chaque société humaine se dote de normes qui régissent les comportements publics et privés de ses membres". (ici)

Comme si, en France, la morale ne pouvait s’incarner que par les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité ! Ou encore, comme si elle relevait de la conformité, c’est-à-dire de la bonne observation des règles et des lois !

Valeurs ou vertus ?

Plutôt que de valeurs, il vaudrait mieux parler de vertus de base : respect, intégrité, audace, responsabilité, etc. Au-delà des sourires entendus de ceux qui pensent automatiquement à la vertu de la rosière, illustrons cela par un exemple très simple :

La valeur nutritive d’un aliment s’exprime en calories, ou selon sa composition en protéines, glucides, lipides et fibres. La vertu nutritive de cet aliment s’apprécie par les résultats de sa digestion. Elle résulte moins dans la quantité que dans la qualité des produits et tient moins à sa composition chimique qu’à l’organisme de celui qui la consomme.

En transposant cette image à l’école, nous dirions que l’enseignement de la morale déclare, énonce, affiche des valeurs, mais ces valeurs sont-elles toujours bien comprises et assimilées par les élèves ? L’engagement des élèves s’obtient par la mise en œuvre de leurs vertus, encouragées par l’enseignant. Qui méprisera l’importance de l’esprit de solidarité ou de loyauté dans la vie, y compris en dehors de l’école ?

Mais, ainsi que le souligne Ruwen Ogien : "L'école peut apprendre ce que c'est qu'être un bon citoyen, mais elle n'a peut-être pas la vocation et les moyens de rendre les gens vertueux". (ici)

Conformité bien ordonnée…

D’un autre côté, s’il suffisait de respecter les lois ! Le naufrage de l’Erika s’est produit dans les eaux internationales, donc, son affréteur n’est pas coupable ! Souvenons-nous aussi de cette expression politique malheureuse : "Responsables, mais pas coupables".

Autrement dit, ce n’est pas en multipliant les lois et règlements que l’on fera progresser l’éthique. Dans le monde de l’entreprise, les banques et les compagnies d’assurance sont les plus soumises à une réglementation contraignante et internationale. Est-ce que cela les rend plus éthiques pour autant ?

D’un autre côté, lorsqu’une ministre des Finances exhibe un "Code éthique" des banques qui ne traite que des bonus des traders, ou que le Medef se dote avec force publicité d’un Comité d’éthique, cela laisse peu de doutes sur les intentions : de la cosm’éthique !

A la place d’un arsenal de textes, ne vaudrait-il pas mieux développer la formation de son propre jugement, ou de son libre-arbitre ? Ou, comme le disait fort justement Aline Giroux : "Ne faudrait-il pas dénoncer le juridisme, qui réduit l’initiative des individus en transformant leur intervention ?" (ici)

Redonner du sens !

Le plus grave dans cette histoire est que toutes les analyses s’accordent sur le fait qu’il faut "redonner du sens" (au contenu de l’enseignement, à la discipline, aux comportements, …).

La bonne question est, nous semble-t-il : Pourquoi a-t-on perdu ce sens ? Et ensuite : Est-ce que les causes de la disparition de sens sont toujours en place ? Et enfin : Est-ce l’école de la République qui est la mieux placée pour gérer et améliorer cette situation ?

Si la finalité est de rendre de futurs citoyens plus aptes à adopter des comportements éthiques pendant et après leur scolarité – objectif louable s’il en est, sans doute faudrait-il mettre à contribution des visions, des analyses et des éclairages issus de tous les milieux et ne pas laisser les enseignants s’exprimer seuls, à partir du seul contexte qu’ils connaissent : le monde de l’Education nationale…

La diversité des points de vue et des expériences est à ce sujet primordiale. Cela revient à chausser des lunettes éthiques pour observer et commenter le monde tel qu’il est.

Les lunettes éthiques ? On ne peut pas les beurrer !

Tous les commentaires

29/09/2012, 16:59 | Par dianne

L'école de la République n'est sans doute pas l'espace unique pour traiter de ces questions. Mais si elle ne le fait pas, les cagots s'en donnent à coeur joie et récupèrent la mise. C'est beau comme du sarko.

Morale, vertu, valeurs, éthique... quel que soit le terme employé il y a toujours des voix pour tonner que ce n'est pas le lieu propice.

Or, jusqu'à preuve du contraire, c'est le seul lieu qui a une chance de voir réunis des (jeunes) gens d'horizons différents qui se frottent la couenne et en tirent des conclusions (formatrices ou déformatrices) quant à leur projet de vie.

Il n'est pas question de multiplier les lois en cette matière mais bien de donner de celles qui existent une lecture adaptée à l'âge des auditeurs. Cela n'est en rien incompatible avec l'exercice du jugement. Bien au contraire.

Non, tout n'est pas possible. Oui on a des droits. Mais oui on a des devoirs. Depuis des decennies, ces derniers ont été purement et simplement passés à la trappe par des cohortes de géniteurs éblouis par leur descendance et qui pour assurer son épanouissement ne voyaient pas malice à pourrir la vie des autres.

Résultat : Moidabord est devenu la devise de cette foutue république en perdition. Avec tous les désastres que cela implique. Chacun pour soi. Et du coup, "Dieu" pour tous ? Au secours !!!

 

 

29/09/2012, 18:10 | Par Gilbert Pouillart

Dianne a raison : un lieu de vie sociale qui pourrait (devrait) faire se rencontrer et vivre, et agir   ensemble les enfants et adolescents pendant dix années décisives de la construction de leur personne, c'est ce qu'est l'école.

Les plus jeunes y arrivent dans un groupe social qui n'est, ni la famille, ni le groupe informel des fréquentations habituelles ; un milieu "institué", qui a ses règles propres, à identifier (elles ne sont pas toutes explicites), à affronter selon des stratégies diverses. Premier apprentissage :  autant de groupes, autant de façons de vivre différentes. Comment, là-dedans, vivre, acquérir et modifier un statut personnel, jouer un ou des rôles qui ne sont, ni ceux de la maison, ni ceux de la rue ?

Qu'en même temps, l'école soit le lieu où l'on acquiert et exerce des compétences communes indispensables à la vie dans la société large, en redouble l'intérêt.

Pour ces deux missions, l'école n'a pas besoin de "morale", de règles universelles et intangibles à appliquer , entraînant des sanctions (positives ou négatives). Elle doit informer sur les "règlements" (plus tard, les lois), et gérer leurs applications et/ou leurs modifications. Le jeune doit participer à ce travail, avec des pouvoirs croissants à mesure qu'il grandit, y devient plus expert, et plus mûr; et, en conséquence, doit exercer des responsabilités de plus en plus étendues.

Ce travail "social" ne s"'enseigne" pas (sauf pour des cours, travaux et recherches sur l'histoire des moeurs et des lois). Il s'effectue au long des jours, doit être identifié, reconnu, débattu  ; et donner lieu à des décisions, à mettre en oeuvre, et dont il faudra évaluer, et l'effectuation, et les suites . L'esprit du travail de "l'école institutionnelle" de Vasquez et Oury ; celui des "Freinet" ,et tant d'autres, peuvent informer les enseignants et les grands élèves, susciter des réactions, des initiatives.

Le temps nécessaire ne peut être celui de "cours" disciplinaires. L'emploi du temps scolaire devrait donc prévoir des "sessions" en tant que de besoin : rappel des règles du groupe, modifications à imaginer, proposer, discuter, rédiger ; traitement d'une situation de crise dans le groupe ; bilans d'activité sociale, etc...

Bien sûr, la maîtrise de plus en plus grande de la langue parlée et écrite est rendue à l'évidence nécessaire ; l'apprentissage des démarches d'identification d'une situation du groupe, de débat, de négociation, , d'évaluations multi-critériées (avec recherche de critères pertinents à chaque problème), vont aider le groupe, et participer à une éducation citoyenne.

Avec des exigences croissantes à mesure de leurs progrès, les groupes pourront élaborer leurs lois d'autogestion, et veiller à ce qu'elles soient compatibles avec les règles imposées à l'institution par les pouvoirs publics. Pour cela, les enseignants doivent être des aides toujours disponibles, des recours en cas de difficulté trop grave, des témoins de la vie sociale, des instigateurs d'expression, de proposition, de débat, des ressources de savoirs pratiques. Leur statut de responsables, au croisement de la société large, de leur administration, des familles, des élèves , est source d'autorité.  Ils ne sont pas des "exécutants", ni des détenteurs de pleins pouvoirs. Ils sont , "au croisement", la cheville indispensable :ceux qui connaissent les désirs et les projets des us et des autres, les forces disponibles, les inévitables incompréhensions et conflits virtuels ou actuels.

L'objectif nr'est pas une école idéale ; il est d'identifier ce qu'elle est, en chaque lieu et à chaque moment ; et de s'efforcer de l'aider à remplir ses deux missions.

J'ai essayé d'être bref et clair. Je serai reconnaissant de me voir signaler mes lacunes, montrer mes erreurs ...

30/09/2012, 06:59 | Par AA Bradley

La morale laïque, c'est simplement celle qui permet de vivre en société le plus harmonieusement possible. Pas besoin de religion pour cela.

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