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La théorie du CYGNE NOIR appliquée aux mouvements de rébellion dans les pays arabes, n'en déplaise aux Experts !
Lorsqu’en 2008, la crise financière éclate au grand jour, grand fut le nombre d’observateurs avisés pris au dépourvu de leurs prédictions. Le flip arrière constituant à justifier a postériori ce qui s’est passé n’est pas d’un grand intérêt, sauf qu’il donne l’avantage à ceux qui, férus de chiffres clefs et d’illustrations historiques parviennent à relier le présent au passé avec une aisance déconcertante. Les évènements qui se déroulent sous nos yeux dans le monde arabe participent pourtant du même processus d’auto-organisation, renvoyant dans le même temps les analystes et les meilleurs experts en géostratégie internationale à des joueurs de flutes moyen-orientales. A force de répéter que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ou qu’il n’est pas bon d’avoir raison trop tôt, les visionnaires les plus entêtés finissent toujours par avoir raison,… tout dépend finalement du terme : court moyen ou long, auquel on se rattache ! Alexandre Adler, éminent chroniqueur sur France Culture et grand spécialiste des questions internationales peut aujourd’hui expliquer pourquoi la Tunisie, l’Egypte et la Libye se retournent contre leurs dirigeants, comment les grands équilibres d’autrefois ont pu se maintenir si longtemps au gré du bons sens et des vents contraires ! Dans son livre : « J’ai vu finir la fin du monde ancien », parut en 2002, Alexandre Adler a exposé tous les scénarios possibles du plus optimiste au plus pessimiste, mais nulle part, la chute des régimes Tunisiens, Egyptiens et Libyens n’a été envisagée : La Tunisie était censée continuer avec succès sa marche en avant en s’appuyant sur les mêmes fondamentaux politiques, la Turquie devait je cite : « être au milieu du gué dans presque tous les domaines… », la Libye quant à elle ne posait visiblement pas de soucis ni au monde ni à son auteur eu regards du nombre de droits de citer extrêmement réduit voir quasi inexistant, etc.., etc. Dernièrement le 25 février dans sa chronique sur France Culture, le même déclare que les trois forces en puissance qui vont émerger de ce printemps Arabe seront l’Iran, l’Egypte et Israël, expliquant point par point l’ensemble des enjeux dans la région ; or, dans son livre en 2002, l’ Arabie Saoudite figurait dans le Top 3 des futurs enjeux, avec je cite encore «Si , comme on peut le penser, l’Arabie Saoudite y participe, Abdallah pourrait alors réaliser son rêve d’une grande confédération arabe. »Alexandre Adler comme d’autres intervenants, ne serait ils pas prisonnier d’une rhétorique tellement bien huilée, qu’il emprisonnerait son auteur dans des scénarios que ce dernier souhaiterait voir se réaliser ? En distribuant les bons et les mauvais points, et en hiérarchisant ainsi au gré de l’actualité les pays évoluant en première League, de ceux de moindre influence, ne mènerait il pas une recherche personnelle de validation de son savoir ? A moins qu’il n’ait quelques difficultés à masquer son envie profonde d’en découdre d’une part avec les iraniens, de réduire l’influence géopolitique de la Turquie dans la région, d’autre part !En fin de compte, chacun tend à considérer son savoir comme une propriété personnelle qu’il est nécessaire de diffuser, protéger, et défendre. Mais faut il nécessairement détenir du savoir faire de la prospective ? Un visionnaire ne serait t il pas un joueur qui aurait gagné et qui saurait décomposer avec brio la cause de son succès ? Rien n’est pire pour un érudit que de se faire distancer par un intuitif inculte sur la scène publique. Comme l’a remarquablement démasqué Nassim Nicholas Taleb dans son dernier livre : « le Cygne noir », ce que l’on ne sait pas compte finalement beaucoup plus que ce que l’on sait. Si l’on s’en tient à sa définition, la crise arabe aurait toutes les caractéristiques d’un Cygne noir : aberration, Impact très fort, prévisibilité a postériori. Parce que nous dit Taleb : « nous rejetons notre cécité face au hasard et aux évènements qui se démarquent de nos attentes scientifiques ou non… », les Experts seraient bien inspirés de faire preuve de plus d’humilité et de prudence dés lors qu’ils sont inaptes à prédire des évènements imprévisibles. Le phénomène de démocratisation auquel on assiste actuellement dans le monde arabe, s’il pouvait bien sur être annoncé, avait en revanche très peu de chance de se réaliser dans cet ordre et de cette façon.Messieurs les Experts, quand on a la chance de pouvoir s’exprimer chaque jour et sur longue durée dans un média de grande qualité, il faut savoir assumer ses erreurs de trajectoire en public, et reconnaitre parfois l’existence de cygnes noirs.Pierre Distinguin


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