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L'argent est-il devenu obsolète ?
Euro P1 bientôt euro K j'ai la soluce!© petercoatAnselm Jappe, philosophe
Médias et instances officielles nous y préparent : dans les prochains mois, voire semaines, une nouvelle crise financière mondiale va se déclencher, et elle sera pire qu'en 2008. On parle ouvertement des catastrophes et désastres. Mais qu'est-ce qui va arriver après ? Quelles seront nos vies après un écroulement des banques et des finances publiques à vaste échelle ? Actuellement, toutes les finances européennes et nord-américaines risquent de sombrer ensemble, sans sauveur possible.
Mais à quel moment le krach boursier ne sera-t-il plus une nouvelle apprise dans les médias, mais un événement dont on s'apercevra en sortant dans la rue ? Réponse : quand l'argent perdra sa fonction habituelle. Soit en se faisant rare (déflation), soit en circulant en quantités énormes, mais dévalorisées (inflation). Dans les deux cas, la circulation des marchandises et des services ralentira jusqu'à pouvoir s'arrêter complètement : leurs possesseurs ne trouveront pas qui pourra les payer en argent "valable" qui leur permet à leur tour d'acheter d'autres marchandises et services. Ils vont donc les garder pour eux.
On aura des magasins pleins, mais sans clients, des usines en état de fonctionner parfaitement, mais sans personne qui y travaille, des écoles où les professeurs ne se rendent plus, parce qu'ils seront restés depuis des mois sans salaire. On se rendra alors compte d'une vérité qui est tellement évidente qu'on ne la voyait plus : il n'existe aucune crise dans la production elle-même. La productivité en tous les secteurs augmente continuellement. Les surfaces cultivables pourraient nourrir toute la population du globe, et les ateliers et usines produisent même beaucoup plus que ce qui est nécessaire, souhaitable et soutenable. Les misères du monde ne sont pas dues, comme au Moyen Age, à des catastrophes naturelles, mais à une espèce d'ensorcellement qui sépare les hommes de leurs produits.
Ce qui ne fonctionne plus, c'est l'"interface" qui se pose entre les hommes et ce qu'ils produisent : l'argent. La crise nous confronte avec le paradoxe fondateur de la société capitaliste : la production des biens et services n'y est pas un but, mais seulement un moyen. Le seul but est la multiplication de l'argent, c'est d'investir un euro pour en tirer deux.
Cependant, les contempteurs du capitalisme financier nous assurent que la finance, le crédit et les Bourses ne sont que des excroissances sur un corps économique sain. Une fois la bulle crevée, il y aura des turbulences et des faillites, mais finalement ce ne sera qu'une tempête salutaire et on recommencera ensuite avec une économie réelle plus solide. Vraiment ? Aujourd'hui, nous obtenons presque tout contre payement. Si le supermarché, la compagnie d'électricité, la pompe à essence et l'hôpital n'acceptent alors que de l'argent comptant, et s'il n'y en a plus beaucoup, nous arrivons vite à la détresse. Si nous sommes assez nombreux, nous pouvons encore prendre d'assaut le supermarché, ou nous brancher directement sur le réseau électrique.
Mais quand le supermarché ne sera plus approvisionné, et la centrale électrique s'arrêtera faute de pouvoir payer ses travailleurs et ses fournisseurs, que faire ? On pourrait organiser des trocs, des formes de solidarité nouvelles, des échanges directs : ce sera même une belle occasion pour renouveler le lien social. Mais qui peut croire qu'on y parviendra en très peu de temps et à une large échelle, au milieu du chaos et des pillages ? On ira à la campagne, disent certains, pour s'approprier directement des ressources premières. Dommage que la Communauté européenne ait payé pendant des décennies les paysans pour couper leurs arbres, arracher leurs vignes et abattre leur bétail... Après l'écroulement des pays de l'Est, des millions de personnes ont survécu grâce à des parents qui vivent à la campagne et aux petits potagers. Qui pourra en dire autant en France ou en Allemagne ?
Il n'est pas sûr qu'on arrivera à ces extrêmes. Mais même un écroulement partiel du système financier nous confrontera avec les conséquences du fait que nous nous sommes consignés, mains et poings liés, à l'argent, en lui confiant la tâche exclusive d'assurer le fonctionnement de la société. L'argent a existé depuis l'aube de l'histoire, nous assure-t-on : mais dans les sociétés précapitalistes, il ne jouait qu'un rôle la plus funeste des inventions des hommes", mais en tant que processus non maîtrisé, chaotique et extrêmement dangereux. C'est comme si l'on enlevait la chaise roulante à quelqu'un après lui avoir ôté longtemps l'usage naturel de ses jambes. L'argent est notre fétiche : un dieu que nous avons créé nous-mêmes, mais duquel nous croyons dépendre et auquel nous sommes prêts à tout sacrifier pour apaiser ses colères...
Personne ne peut dire honnêtement qu'il sait comment organiser la vie des dizaines de millions de personnes quand l'argent aura perdu sa fonction. Il serait bien d'admettre au moins le problème. Il faut peut-être se préparer à l'après-argent comme à l'après-pétrole.
Théoricien de la valeur et spécialiste de l'oeuvre de Guy Debord, Anselm Jappe a notamment écrit Les Aventures de la marchandise (Denoël, 2003) et Crédit à mort (Lignes, 254 p., 20 €).
Article paru dans l'édition du 01.11.11


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L'argent a quand même été inventé d'abord pour simplifier et faciliter le troc. Personnellement, je suis pas sur que ce serait un progrès d'être payé en moitié de chèvres et tomates mures et de devoir passer du temps à les troquer avec les autres pour pouvoir me procurer le reste de ce qui m'est nécessaire.
Surtout que si mettons que je sois payé en tomates, si la demande ou la production de tomate varient, ma capacité à me procurer le reste de ce qui m'est nécessaire varira aussi vu que la valeur d'échange de mes tomates contre le reste varira. Ce qui signifie que le troc est soumis aux mêmes problèmes de change que l'argent mais de manière plus importante (voir plus loin)
Donc à mon avis, il est difficile de revenir en arrière sur l'existance d'une monnaie d'échange.
De manière amusante on peut noter que des denrées utiles ont été utilisées comme monnaie.
Par exemple les fèves de cacao en Amérique du Sud, qui était au final consommée par les riches/nobles sous forme d'une boisson aux vertus magiques/religieuses. Avec de difficiles problèmes de fluidité de la monnaie en fonction de la distance à la récolte suivante.
Plus efficace, le riz a longtemps été utilisé comme monnaie d'échange en Asie. D'ailleurs, même longtemps après l'invention de l'argent, les seigneurs féodaux japonais continuaient de payer leurs guerriers et nobles en riz, que ceux-ci devaient ensuite le plus souvent négocier contre de l'argent pour obtenir le reste des marchandises qu'ils voulaient.
Le point commun de ces deux monnaies, c'est qu'elles sont faciles à conserver, échanger, stocker, que dans le même temps elles ont une valeur d'usage (surtout pour le riz) mais aussi que la quantité de monnaie disponible dépend d'aléas agricoles et climatiques, provoquant des phénomènes de bulles/ inflation/ récession dus à l'état des récoltes.
Si on réfléchit bien le même se posait avec les monnaies en or ou argent, dont la quantité en circulation pouvait beaucoup varier en fonction de la découverte/ l'éxploitation des mines d'or/d'argent.
Toujours pour citer un exemple japonais, le Japon ancien avait deux monnaies, l'une en argent utilisée dans la région d'Osaka et l'autre en or utilisée dans la région de Tokyo. Les biens agricoles et etc... venaient majoritairement d'Osaka et étaient payés en argent. Les biens manufacturés étaient produits à Tokyo et étaient payés en or. Le difficile ajustement des taux de change entre monnaie en or et monnaie en argent ont provoqué ex nihilo d'innombrables crises économiques voires disettes jusqu'à l'apparition d'une monnaie unique.
Donc s'il est correctement controlé ( par exemple par les accords de bretton-woods, mais aussi par le retrait de la création monetaire des banques ), un système avec une monnaie unique non dépendante d'aléa naturels ou autres assurerait une plus grande stabilité économique.
Alors que le retour au troc, qui peut être modélisé comme un nombre de monnaies différentes égal aux nombres d'objets échangeables (chacune associée à un objet, leurs variations les unes par rapport aux autres donnant la valeur d'échange lors d'un troc) provoquerait des problèmes récurrents de taux de change et donc une crise économique permanente secteur par secteur.
D'ailleurs historiquement, le système de troc était souvent appuyé sur une agriculture vivrière qui permettait aux pauvres de garder majoritairement la tête hors de l'eau, les artisans s'en tirant globalement parce qu'ils appartenaient à une catégorie sociale plus élevée (et donc plus riche) et parce qu'ils étaient organisés en guildes/corporations qui évitaient soigneusement les excédents de production (en particulier en controlant le nombre d'artisans autorisés à pratiquer leur métier).
Après, c'est vrai que si la confiance dans la monnaie disparait, le système actuel se crashe, ne serait ce pour commencer que parce on ne peut pas retirer tout son argent en liquide sans faire se crasher les banques (problème de fond propre) et que pour aller plus loin, la masse de pièces et de billets existantes est très loin de la quantité d'argent existant "virtuellement" uniquement sous forme d'écriture comptable.
Par contre, je suis un peu plus pessimiste que vous, en cas de retour à l'auto-suffisance à l'échelle locale dans un monde chaotique, les rendements agricoles
vont s'effondrer à cause de la pénurie d'engrais (globalement importé), de carburant (importé), de pièces de machines... Sans parler qu'il est impossible de faire des recoltes dans une période dominée par le pillage. Le degré de complexité des machines qui nous entoure demande des échanges commerciaux importants pour être réalisable et une forte productivité agricole permettant à des gens de se consacrer à d'autres taches que l'agriculture vivrières. Donc à mon avis, une situation pareille nous renverrait à un niveau technologique pré-industriel et donc à une population beaucoup plus réduite qu'actuellement.
Si on regarde les choses d'un autre point de vue, avec ou sans argent, il est impossible de continuer à faire tourner l'économie chinoise (et mondiale en générale) par le déficit commercial américain, puisque celui-ci est basé sur la consommation des ménages elle-même basée sur le sur-endettement. Le système actuel est absurde parce qu'il nécessite de toujours créer plus de croissance (alors qu'à cause des gains de productivité il faut toujours moins de ressources et d'employés pour produire la même chose) et que tout le monde soit exportateur net ( mais il faut bien des importateurs nets pour créer des exportateurs nets).
Mais je suis loin de penser qu'on est acculé, d'abord parce qu'on n'a pas épuisé les options économiques "classiques", vu que renflouer les banques ca n'a rien à voir à un plan de grands travaux keynesiens, il reste aussi la dévaluation monétaire/inflation pour faire payer les dettes des états aux riches qui la possède... qu'à plus petite échelle (un état américain, les pays nordiques), des problèmes financiers du même genre ont été parfaitement résolus par une mise sous tutelle voire une nationalisation temporaire des banques, et que globalement l'argent nécessaire existe (même si les gens qui le possèdent préfèrent s'en servir pour spéculer contre leurs intérets collectifs à moyen terme pour gagner plus maintenant ).De l'autre coté, le système productif est fonctionnel d'un point de vue besoin de main d'oeuvres, consommation de matières premières. Donc un "reset" du système financier aboutirai à une situation viable.