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Un département pas si has been
On parle beaucoup ces temps-ci de la suppression de notre cher département, cet archaïque échelon administratif vieux de 200 ans.
A l’heure de la mondialisation, l’ingénieux principe de ces frontières, conçues comme tout le monde le sait afin que le chef-lieu ne puisse être distant de plus d’une journée de cheval des autres villes du territoire, ne semble plus trouver grâce à nos yeux.
Un thème qui sacrifie, assez légitimement bien sûr, à la théorie en vogue du « Glocal », cet axiome qui voudrait que la meilleure façon pour les anciens échelons de s’adapter à notre économie mondiale serait ce regroupement en territoires plus grands, donc plus forts, plus crédibles et plus lisibles, sur un marché international aux échelles bouleversées par les évolutions en matière de transport et de communications. En témoignent le mouvement de décentralisation intensifié avec la loi du 28 mars 2003, le transfert de compétences aux régions comme principaux acteurs de la décentralisation, et le développement de l’intercommunalité.
Pour autant on peut aussi observer que le département continue d’engranger des succès, qui témoignent d’une volonté, de la part de cette frontière à laquelle nous sommes habitués depuis l’époque où notre Napoléon national foulait encore le sol de nos voisins d’un pas guerrier, de ne pas s’éteindre si facilement.
Tout d’abord, si la mode est au déni systématique de son manque de crédibilité, on peut pourtant remarquer que les autres échelons n’en bénéficient pas pour autant d’un regain d’intérêt et d’identification de la population. Combien de citoyens savent aujourd’hui qui est le président de leur conseil régional, s’intéressent aux affaires des autres départements de leurs régions ?
On peut ainsi légitimement soutenir qu’en accord avec le principe « small is beautifull », il est beaucoup plus facile de s’identifier, à un territoire de quelques milliers de kilomètres qu’à une région aussi étendue et aussi diverse que l’Aquitaine. Nous portons les couleurs de notre département sur notre boite au lettre, notre voiture, et même désormais sur nos vêtement, comme en témoigne par exemple le succès de la marque « 64 » (Pyrénées-Atlantiques, pays basque) qui vient d’ouvrir un magasin même à Paris.
Une propension naturelle, donc, de l’individu à se distinguer en adoptant et en se reconnaissant dans un environnement à sa mesure et à son échelle, sous peine de se perdre et de se diluer dans le gigantesque déshumanisé. Dès lors, le problème est ici de déterminer dans quelle mesure cet attachement est humainement légitime face à la logique économique, et dans quel mesure il participe d’une preuve supplémentaire de notre conservatisme vis-à-vis de nos exceptions culturelles, quand nous devrions nous tourner vers le monde et surtout, vers l’Europe.
Possiblement, la réponse se trouverait peut-être, une fois n’est pas coutume, dans la nuance : un individu aux identités diverses mais « perfectamente compatibles » (cf. « L’auberge espagnole »), citoyen d’une région européenne et mondialement intégré, et habitant du limousin, du Vercors, des Bouches-du-Rhône. Une attache locale donc, comme contrepoint complémentaire de notre « européanité » et d’une mondialisation nécessaire, mais potentiellement souvent déstabilisante. Le département n’est ainsi peut-être pas une institution à enterrer si facilement. Et puis c’est bien connu, nous aimons tous nos has-beens…!


Tous les commentaires
Oui. C'est au fond toujours la question de l'identité particulière, différente opposée à l'universel... Il ne faut absolument pas abdiquer son identité pour prendre part à toute organisation plus large et plus ouverte sur le monde te les autres, l'Europe, parexemple, bien au contraire. Sinon se pointe rapidement le risque totalitaire de l'uniformité manipulatrice qui aliène et même dissout les particularités pourtant nécessaires richesses fondamentales, mieux, fondatrices, donnant sens et vie à l'ensemble...
Il vous faudrait cependant définir quelles identités prétendent défendre les départements. Si j'ai bien retenu mes cours d'histoire, les départements ont surtout été conçus par antinomie à la notion de pays (dans un sens local, par exemple le Perche, le Vexin, etc.) afin de casser précisément l'identité qui était rattachée à ces pays. Le but de la manoeuvre étant certainement d'empêcher un retour de la féodalité qui a prospéré sur ces territoires. Je prends votre exemple du Pays Basque à témoin. Ce n'est pas tant l'identité pyrénéo-atlantique qui se revendique (sauf peut-être chez les surfeurs estivaux auxquels s'adresse la marque au 64 cerclé), que l'identité basque qui est bien un pays. D'ailleurs, j'ai du mal, mis à part pour la Seine Saint-Denis, à percevoir une identité aux départements. Personne ne se revendique Yvelinois ou Seine-et-marnais. On est Marseillais plutôt que des Bouches-du-Rhône. Loin de moi l'idée de nier l'utilité d'un échelon local entre la municipalité et la région, cependant je ne crois pas que ce soit par la défense de l'identité que l'on doive le jusitifer. Cordialement. Nestu
@ Netsu : tout d'abord la marque 64 était à l'origine en effet destiné aux surfeurs, mais en fait si vs regardez l'évolution de leurs collections vs verrez qu'elle vise désormais un public généraliste. ET d'autres signes identitaires sont monnaie courante : l'autocollant 64 sur sa voiture par exemple (d'ailleurs peu utile si on habite vraiment le département...) Ensuite je ne cherche pas à donner aux départements une importance et une signification supérieure à celles qu'ils revêtent souvent: certains département sont en effet relativement dépourvu d'âmes. Mais pour le 13 par ex. , marseillais pendant une dizaine d'années, je dirais qu'on se sent avanttout marseillais certes, mais que le 13 n'est pas non plus renié justement. Un caractère identitaire donc, pour en venir à votre dernier point, qui découle du découpage plus ou poins légitime opéré en l'an 8 je suppose: contrairement a ce que vs dites je crois plutot que les raisons de la création de cette circonscription étaient avant tout administratives, puis le besoin de contrer les insurrections par une présence locale des sous préfets.Créés par Napoléon, le département n'avait pas vocation à nier d'une qquonque façon un patriotisme dont Napoléon avait trop besoin pour alimenter ses armées et garder le contrôle sur son territoire...
Je trouve cela tres interressant, et je vois bien le département de la dordogne(24) arboré sur un t-shirt un lobe de foie gras et une truffe pour le coté identitaire et dans son dos une image de la grotte de Lascaux pour le coté touristique et à la fois retour aux sources. Sourires et grande fierté malgré tout. Je serai pret à le porté pour afficher mon appartenance à ca département. Une belle campagne peut se profiler sur tout le territoire français. Un pays tres riche, et en tous domaines. Bonne journée
Merci pour ces précisions. Les nécessités administratives n'impliquent cependant pas adhésion identitaire. Je crois que le désintérêt pour la politique à l'échelon départemental ou régional vient, outre de l'opacité de la répartition des compétences des collectivités territoriales pour le commun des citoyens, d'un faible sentiment de communauté que peuvent représenter pour leurs habitants les départements et les régions.
Donc, question intérressante. On peut aussi se demander la place que peut prendre à l'avenir l'intercommunalité ?