Jeu.
31
Jui

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Séries télé et critique des médias

Compliquer notre lecture critique des médias à travers les séries télé : un petit livre de synthèse d'un professeur en sciences de la communication, Jean-Pierre Esquenazi, et un texte abordant la réception de la série américaine Ally McBeal sous l'angle des individualités contemporaines...

 

1) Á propos d'un livre de Jean-Pierre Esquenazi

 

 

Mythologie des séries télé

Jean-Pierre Esquenazi

Le Cavalier bleu (http://www.lecavalierbleu.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=236)

96 pages

14,50 euros

 

 

Jean-Pierre Esquenazi, chercheur en sciences de la communication, nous invite opportunément à réévaluer les séries télévisées, et en particulier les séries américaines (de Star Trek et Columbo aux plus récentes Ally McBeal, Urgences, Les Sopranos, Sex and the City, Desperate Housewives...). Il interroge leur double caractéristique de « produits commerciaux » et d'« objets culturels ». Ce qui préserve des marges d'autonomie créatrice et critique.

 

En prendre la mesure suppose de rompre avec un certain mépris élitiste : « Ainsi n'avons-nous jamais su nous défaire d'une conception aristocratique de la culture et sommes restés prisonniers d'une peur instinctive vis-à-vis du peuple, non en tant qu'acteur politique, mais en tant qu'acteur culturel ». Il s'adosse à une enquête auprès d'amateurs de séries, repérant de véritables « petites communautés de téléspectateurs », susceptibles de s'élargir à des cercles plus grands de sociabilité autour de telle ou telle série ; l'intime se nouant à des embryons de collectif.

 

Cette approche nous incite à complexifier notre critique des médias : 1) en identifiant des zones de contradictions et de jeu au sein des « industries culturelles » capitalistes reconduisant largement, par ailleurs, les stéréotypes dominants, et surtout 2) en récusant la vision misérabiliste d'une masse de téléspectateurs supposés totalement « aliénés », et donc en intégrant davantage leurs capacités critiques et leur activité imaginaire, points d'appui potentiels d'une politisation anticapitaliste.

 

Tordant quelque peu le bâton dans l'autre sens, Esquenazi tend toutefois à sous-évaluer les contraintes socio-économiques et idéologiques sur la production des séries.

 

* Paru dans Tout est à nous ! (hebdomadaire du NPA), n°48, 25 mars 2010

 

 

2) « L'individu est-il soluble dans le marché ? De Marx à Ally McBeal », par Philippe Corcuff

 

Texte d'une conférence présentée dans le cadre de l'Université Populaire Montpellier Méditerranée, le 14 mai 2007, disponible sur le site de La Brèche numérique (cliquer) ; il s'appuie notamment sur une étude de réception de la série télé Ally McBeal parmi des téléspectatrices et des téléspectateurs français.

 

Tous les commentaires

03/05/2010, 17:34 | Par Velveth

Ne pas laisser au néolibéralisme le monopole de l’individu...

Clin d'oeil

03/05/2010, 17:51 | Par Philippe Corcuff en réponse au commentaire de Velveth le 03/05/2010 à 17:34

De retour du Mexique, en déplacement professionnel pour un colloque et deux conférences (dont une en hommage à l'ami Daniel Bensaïd à l'Université Nationale Autonome de Mexico), où j'ai été bloqué quelques jours supplémentaires à cause du volcan islandais et d'où j'ai du revenir par l'Espagne... puis j'ai enchaîné des conférences sur l'altermondialisme dans la banlieue de Nantes, puis à Genève, et me voilà qui reprend à peine pied sur Mediapart...

 

J'ai suivi les débats autour du NPA de loin (notamment sur ton blog), et je vais essayer de m'exprimer sur ce plan dans les deux semaines qui viennent...

03/05/2010, 23:18 | Par Dominique Conil

Les références d'Esquenazi, en matière de séries "récentes", datent ... de pas mal de temps. De pas mal d'idées reçues, peut-être ? Et ne rendent en aucune façon compte de ce que peut être une série, américaine ( allez, au pif, The Wire) ni française ( bon, là, peu de choix disons Pigalle la nuit).

Soit: un feuilleton au sens dix-neuvième du terme, un révélateur social, un langage cinématographique autre que celui du 1h30 tout compris.

Allez, tiens, sans vous conseiller le téléchargement illégal, renseignez-vous et surtout regardez les premiers épisodes diffusés de Treme, de David Simon, déjà initiateur de The Wire: on y retrouve, pile poil, pas mal de ce que raconte Naomi Klein à propos de la Nouvelles Orléans dans La Stratégie du choc, mais avec des humains...

Alors Ally mc Beal, la petite communauté d'addicts, ce fut vrai., autrefois. Treme, 1,1 millions de spectateurs pour la première diffusion premier soir, 600 000 de plus en rediff; ce n'est plus une petite communauté, mais surtout c'est un vrai regard sur un pays, une ville, des gens, des héros et des pas héros, un système, et tout ça, qu'on ne décroche pas...

L'aristocratie de la culture ? Dont qui ne peut se défaire ? Qui à être culturellement défait ?

Il serait plus intéressant de se pencher sur les comment les contraintes économiques et idéologiques peuvent produire de souterraines bombes comme the Wire ou Treme. Ou même the Shield, ou même Mad men, ou même Weeds, ou Breaking bad,ou même (je recule un peu dans le temps) Six feet under : bref des oeuvres parfois, des surenchères souvent, mais pas Ally mac beal et Urgences. Ou alors, étudions l'impact de Dallas.

04/05/2010, 02:14 | Par Philippe Corcuff en réponse au commentaire de Dominique Conil le 03/05/2010 à 23:18

On peut tout à fait être sensible à l'étonnante série The Wire (je prépare avec la philosophe Sandra Laugier un mini-dossier sur The Wire pour la revue Contretemps web), sans sous-estimer pour autant les dimensions subversives du côté des imaginaires intimes et des frustrations personnelles de la réception d'une série moins immédiatement critique comme Ally McBeal (en tout cas c'est ce que j'ai perçu dans l'enquête que j'ai menée). Il y a parfois des réserves de subversion dans l'ordinaire le plus prosaïque qu'on n'arrive pas toujours à percevoir avec un regard trop "politique", "intellectuel" ou "culturel", mais davantage avec un effort de compréhension sociologique.

 

D'ailleurs la question du jugement esthétique et/ou politique sur une série et la question de sa réception (et de ses appropriations ordinaires) sont deux questions (partiellement en tout cas) dissociables.

04/05/2010, 20:11 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de Philippe Corcuff le 04/05/2010 à 02:14

Aucune contestation des réserves de subversion dans le prosaïque, mais une remarque sur le côté un peu émoussé de ladite subversion, si longtemps après: Ally Mac Beal, 1997, quand même. Les séries ont changé et nous obligent à repenser appréhension et lecture, non ?

Prosaïque et subversion dans Weeds, par exemple.

Desperate housewives, ne date que par le contenu, après une première saison piquante, la série en est vite revenue à une sorte de sit-com amélioré.

Et donc, pas de regard si "politique", si "culturel", si "intellectuel", sur The wire notamment, lire ici. D'où les imaginaires intimes et les frustrations personnelles ne sont pas du tout absentes, d'ailleurs, mais imbriquées dans un autre univers.

Difficile, quand même, dans l'après-coup, de ne pas y penser. Mais croyez bien qu'en visionnant demain le quatrième épisode de Treme, leur nouvelle production, ce sera plaisir d'abord.

 

 

 

04/05/2010, 19:10 | Par Lincunable

Et si la série télé n'avait aucun but culturel mais purement commercial ? Dénoncer l'élitisme de ceux qui la méprisent n'en fait pas un objet culturel de masse mais le désir d'une reconnaissance intellectuelle de ce qui appauvrit le sens critique et la réflexion. Soyons clair : les séries sont tournées à faible budget pour occuper un maximum d'espace télé et tenir sur la longueur. Dans une même soirée sur plusieurs mois peuvent être ainsi présentés plusieurs épisodes d'une saison voire plusieurs saisons de plusieurs épisodes, ce qui évite d'avoir à imaginer des programmes personnalisés différents et multiples pour les chaînes de télévision, les produits étant livrés clefs en main et se repassant en boucles d'une chaîne à l'autre. Ceci ne veut pas dire que les séries soient forcément inintéressantes. Qu'il s'agisse de Docteur House, de 24h Chrono ou de Prison Break, on peut s'identifier assez facilement aux héros sympathiques à force d'être anti-héros, mais une fois qu'on en a vu un épisode, c'est comme si on les avait tous vus puisqu'ils sont tous construits sur le même modèle comme des big-macs de chez mac do. Ce qui nous tient en haleine est uniquement une histoire sans fin dont on attend toujours quelque chose qui n'arrive pas, le tout sous une tension savamment entretenue par un effet crescendo même si la suite est sans suite et si on sort de là non pas enrichi intellectuellement mais contents d'avoir passé le temps sans regarder l'heure alors qu'on se demandait justement comment on aurait bien pu l'occuper.

05/05/2010, 19:34 | Par Fantie B.

Interroger cette culture là, une nécessité ! Ce qui n'empêche pas d'en "consommer" aussi avec plaisir. Et oui, nous (certains d'entre nous seulement ?) sommes peut-être doubles.

 

J'ai décroché de Desperate, mais seulement après plusieurs saisons, à cause de l'habitude prise, ou d'un certain humour, je ne sais pas.

J'ai aimé Les Sopranos, et bien d'autres, dont surtout Twin Peaks et Six Feet Under. J'ai découvert House grâce à Pointvirgule sur le club Mediapart. Et je sais qu'il me reste The Wire pour quand je voudrai.

(Mais d'abord, la fin de Lost...)

 

Ces séries ne m'empêchent pas de penser, au contraire, la plupart du temps, j'y trouve quelque chose "en plus" du moment de distraction. Elles me sont aussi nécessaires que de bons bouquins de SF par exemple (dans le désordre, Ursula Le Guin, Connie Willis, Christopher Priest).

Les individus, et les collectifs ou les systèmes dans lesquels ils sont pris et dans lesquels ils jouent.

05/05/2010, 20:18 | Par Velveth en réponse au commentaire de Fantie B. le 05/05/2010 à 19:34

Twin Peaks et Six feet under !

Fantie, vous frappez fort...

Je suis amateur d'un certain nombre de séries dont celles ci-dessus nommées mais aussi de créations US comme Damages ou française comme Engrenages.

Elles ne passent que sur Canal + .

J'y trouve des références politiques marquées - plus que de la subversion sauf pour une série US méconnue Nurse Jackie , pied de nez au "politiquement correcte".

Ainsi la 3ème saison d'Engrenages commençait hier au soir par une mise en cause directe de la dépendance du parquet...

Newsletter