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Lectures critiques du capitalisme : Marx et Weber

Un classique datant de 1932 du philosophe allemand Karl Löwith consacré à deux des grands penseurs du capitalisme : Karl Marx et Max Weber, traduit pour la première fois en français dans la belle collection dirigée par Miguel Abensour « Critique de la politique » aux éditions Payot...

 

* Karl Löwith, Max Weber et Karl Marx, Paris, Payot, collection « Critique de la politique », 192 p., 20 euros *

 

 

Karl Löwith (1897-1973) est un philosophe allemand. Du fait de ses origines juives, il a perdu son autorisation d'enseigner en 1935, a émigré à Rome en 1936, puis aux Etats-Unis en 1941. Il est retourné en Allemagne en 1952. Son texte sur Marx et Weber a été initialement publié en 1932, devenant un classique de la pensée critique. Il est seulement traduit en français pour la première fois en 2009 par Marianne Dautrey, avec une préface du philosophe italien Enrico Donaggio.

 

Mais Karl Marx (1818-1883), critique révolutionnaire du capitalisme et militant communiste, et Max Weber (1864-1920), pionnier de la sociologie allemande et tenant d'un libéralisme politique modéré, ont-ils des choses en commun ? Ils sont d'abord considérés par les sciences sociales contemporaines comme deux de leurs fondateurs les plus éminents. E. Donaggio ajoute une autre convergence au cœur du livre de Löwith : « Ce que peut devenir l'homme dans une société où le capitalisme a assumé la puissance du destin : voilà donc ce qui tourmentait Marx et Weber ». Cette inquiétude vis-à-vis du capitalisme avait, selon Donaggio synthétisant Löwith, une face optimiste avec Marx - « la liberté de tous, après le capitalisme » - et une face plus pessimiste avec Weber - « la dignité de quelques-uns, malgré le capitalisme ».

 

Löwith s'intéressait à la façon dont le jeune Marx (1841-1845) avait formulé une « critique de l'aliénation de soi », prolongée par la suite dans le livre I du Capital (1867) : « L'expression économique de l'aliénation de soi humaine est la "marchandise" en tant que celle-ci est le caractère marchand que revêt l'ensemble des objets du monde moderne ». La marchandise, ainsi considérée, ce ne serait pas une catégorie d'objets parmi d'autres, mais la mesure tendancielle de l'ensemble des objets et des êtres. Mais, selon Marx, l'humanité aliénée et disloquée de l'homme dans la société bourgeoise pourrait « à nouveau être unifiée (...) par un dépassement social de la division du travail (telle qu'elle était jusqu'ici), en général, et de la caractérisation en classes, en particulier, à laquelle cette humanité est soumise ». Dépassement, qui passe par l'action politique prolétarienne : « Le prolétariat est la conscience de soi de la "marchandise", car il est tenu de s'aliéner au même titre qu'une marchandise, mais il développe, ce faisant, une conscience critico-révolutionnaire, une conscience de classe », expliquait Löwith.

 

Optimisme de la volonté, pessimisme de l'intelligence

 

C'était l'extension hégémonisante de la rationalité instrumentale (visant un ajustement moyens/fins en vue d'une efficacité pratique), comme ses effets de spécialisation et de bureaucratisation des activités, qui focalisait l'attention de Weber dans l'univers capitaliste. Weber était sensible, comme Marx, à la déshumanisation portée par ce processus. Mais, davantage pessimiste, il lui attribuait une force historiquement plus structurante que le révolutionnaire. Dans un texte prémonitoire de mai 1918, il envisageait ainsi ce que pourrait être le chemin bureaucratique de « la suppression du capitalisme privé » : « on verrait la bureaucratisation s'étendre désormais aussi à la direction des entreprises nationalisées ». D'où, pour Löwith, une perspective éthique et politique distincte de celle de Marx : « comment l'homme en tant que tel pris dans son humanité inéluctablement "parcellisée" pouvait malgré tout préserver, dans son intégrité, la liberté de responsabilité personnelle de l'individu ».

Après les déconvenues du XXème siècle - bureaucratisation sociale-démocrate soft et bureaucratisation stalinienne totalitaire, notamment -, n'est-il pas temps de puiser à la fois dans Marx et dans Weber pour alimenter notre optimisme de la volonté et notre pessimisme de l'intelligence ?

 

* Paru dans Tout est à nous ! - La Revue (mensuel du NPA, http://www.npa2009.org/tout-est-a-nous/revue), n°10, mai 2010

 

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09/07/2010, 11:13 | Par jean_paul_yves_le_goff

 

Je souhaite le rétablissement de toute urgence du tracker

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http://www.mediapart.fr/club/blog/jeanpaulyveslegoff/090710/le-tracker

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