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Les enjeux de la critique des médias
Une conférence, puis un débat lors du Forum Social de Cornouaille, organisé par l'Association des Forums Sociaux de Cornouaille et consacré aux médias, le 30 mai 2009 à Quimper : une critique non manichéenne des médias est-elle possible?
Dans cette conférence : la nette différence entre "le pôle sérieux" (Noam Chomsky...) et "le pôle insultant" (PLPL devenu Le PLan B...) de la critique manichéenne des médias ayant une certaine vogue dans les mouvements sociaux et dans les gauches critiques, les confusions entre radicalité (selon l'étymologie mise en avant par Marx : "prendre les choses à la racine") et manichéisme, les limites de l'analyse des "industries culturelles" chez les philosophes allemands Theodor Adorno et Max Horkheimer, les simplifications du "modèle de propagande" du linguiste et militant américain Noam Chomsky, les pistes stimulantes de la sociologie du "champ journalistique" amorcée par Pierre Bourdieu, les apports des études de réception des médias, en particulier celles du promoteur "néo-marxiste" des cultural studies britanniques Stuart Hall...
Cette conférence a été suivie par un débat, centré sur la critique des médias mais qui a également abordé d'autres thèmes comme celui de la place de la question de l'individualité dans le renouveau actuel de la critique du capitalisme.
Sur la façon dont je conçois les termes du débat entre une critique manichéenne des médias et une autre critique des médias, on peut compléter l'analyse par trois textes :
- "De quelques problèmes des nouvelles radicalités en général et de PLPL en particulier", revue alternative bordelaise Le Passant Ordinaire (aujourd'hui disparue), n°36, septembre-octobre 2001.
- "Rester critique face à la critique des médias", entretien, site radical Dissidence.fr, avril 2007.
- "Vers une nouvelle critique des médias", revue québecoise de gauche radicale Á Bâbord ! (Montréal), n°18, février-mars 2007.
Par ailleurs, on trouve sur internet la traduction française d'un texte théorique important de Stuart Hall : "Codage/décodage" (1e version britannique : 1973), revue Réseaux (CNET), n°68, novembre-décembre 1994.
Enfin, la politiste Brigitte Le Grignou, qui se situe dans le sillage des travaux de Pierre Bourdieu, a proposé une synthèse des études de réception à l'échelle internationale (sur les informations télévisées, les séries comme Dallas, etc.) dans l'ouvrage : Du côté du public – Usages et réception de la télévision, Paris, Economica, 2003; on peut aussi écouter sur internet ses cours à l'Université Populaire de Lyon : "Résistances des publics à la culture de masse" (année 2005-2006).

Tous les commentaires
Bonjour Philippe Corcuff, J'ai bien apprécié votre conférence sur un sujet qui nous tient tous ici à coeur, à savoir les médias, et en particulier la distinction finale que vous faîtes entre position manichéenne de certaines critiques et position radicale qui vise à aborder les problèmes "à la racine". Sur cette difficle question, on touche à la fois à des technologies (usage de différents supports à destination des masses dont la maîtrise nécessite un professionalisme pointu) et aux messages qu'on veut faire passer par ces technologies de masse (information, communication, professions de foi, publicité), etc... A mon avis, le sentiment de "manipulation" vient du décalage constaté entre l'énorme potentiel technologique et notre grande ignorance du métier, d'une part, entre le brouillage des messages d'autre part où ce qui est présenté comme de l'information n'est en fait que de la communication déguisée. On le voit tous les jours avec nos ministres qui défilent les uns après les autres au JT pour nous expliquer leur politique au lieu d'assister à des débats contradictoires sur l'utilité de leur politique, les journalistes qui ne seraient pas aux ordres étant immédiatement remerciés le lendemain. Ils font de la com, pas de l'info. Un autre exemple criant est celui du message publicitaire : ainsi, un spot passe en boucle actuellement sur toutes les chaînes pour faire acheter chez Leclerc. Il se présente comme un message informatif au service du consommateur perdu devant la valse des étiquettes et l'inflation des produits alimentaires. Leurs équipes "indépendantes" sont allées voir chez les concurrents et toutes ont conclu que le jus d'orange est en moyenne moins cher chez...Leclerc. (notez le "en moyenne" qui empêche d'être attaqué pour déclaration mensongère). Pour nous convaincre définitivement, l'image s'arrête un quart de seconde sur des seins pulpeux qui se trémoussent avant de passer au jus d'orange avalé à la plage. Tous les professionnels savent que même en s'adressant à un public averti, citoyen et responsable, on est sûr de les toucher par des images quasi invisibles à l'oeil nu qui imprègnent la rétine et par leur effet répétitif genre méthode Coué. Le seul message qui passe, en-dehors de toute théorie du complot, c'est alors sa finalité, à savoir : faire acheter des produits Leclerc au plus grand nombre en citant le nom de tous les concurrents déclarés plus chers. On est loin de la volonté objective d'informer ou d'échanger par l'interactivité qui est l'éthique du journalisme comme à Mediapart...
Merci pour ces compléments.
. Traduit du diaffoiranto en français, ça m'intéresserait bougrement. . jpylg
Je suggère, jpyl, de commencer par définir ce qu'est le "diaffoiranto". Est-ce relatif au médecin de Molière, auquel cas, il ne prend qu'un "f", ou est-ce une homotéthie de l'espéranto, auquel cas on voit mal à quoi ressemblerait cette langue reconstituée...
. J'ai défini le diaffoiranto. . Mais je ne mettrai pas le lien, qui est d'ailleurs extrêmement facile à trouver, parce que en ramenant mon diaffoiranto dans cette affaire j'ai été bête et méchant. . Certes, Philippe Corcuff a quand il écrit, tendance à un certain ésotérisme langagier, mais je ne suis pas sûr que ce soit du diaffoiranto, si on définit le diaffoiranto comme le moyen de cacher le vide de la pensée. D'une part. . D'autre part, il semble que quand il s'exprime oralement (j'ai seulement commencé à écouter ces deux enregistrements), le langage de Philippe Corcuff soit clair. . Je tâcherai donc de consacrer le temps nécessaire à cela, d'autant que le sujet m'intéresse vivement et que, d'autre part, j'ai une forte sympathie pour la Cornouaille. (Ce qui doit être, au moins, un point qui me lie à Corcuff) . jpylg
Vous ne l'envoyez donc pas " se faire foutre " ? Vous vous ramollissez dangereusement, mon bon.
. http://www.mediapart.fr/club/blog/jeanpaulyveslegoff/210509/c-est-rare-un-con-parfait-mediapart-en-un . http://www.mediapart.fr/club/blog/jeanpaulyveslegoff/290509/pouvoir-des-mots-et-theorie-batifolante . Le parfait ne batifole pas. Ce harcèlement cache une volonté de censure. . Le parfait compte sur la connerie des approximatifs pour avaler sa théorie et, fort de leur silence qui est une sorte d'approbation, valider ses pratiques. . jpylg .
en toute objectivité, jpylg, je pense que Philippe Corcuff gagnerait à être mieux connu. On peut certes être d'accord ou pas d'accord avec lui mais il faut lui reconnaître une pensée construite qui a des choses à dire, et mieux, qui n'avance pas une idée sans la confronter à une autre, ce qui nous change de la langue de bois habituelle qui semble être la langue étrangère la plus répandue en ce bas monde...
. " je pense que Philippe Corcuff gagnerait à être mieux connu. " . J'en suis tout-à-fait convaincu, mais à mon avis, il ne tiendrait qu'à lui qu'il soit mieux connu et mieux compris. . Il faudrait qu'il renonce à son langage technique et ésotérique - j'ai eu tort, je le répète, de parler, dans son cas, de diaffoiranto. . Qu'il revienne au langage ordinaire qui est parfaitement apte à exprimer ses analyses et ses positions. . Le langage philosophique technique se justifie dans un certain nombre de contextes, il ne se justifie pas, il est même - pour jargonner à mon tour, "contre-productif" - dans le cadre d'une philosophie politique militante. . Cela étant, je n'ai pas encore écouté ses vidéos. . jpylg
. J'ai tenté d'écouter la première vidéo, qui comporte, si je comprends bien, l'exposé de philippe corcuff sur sa critique de la critique des médias. Cette vidéo dure environ une heure; la seconde vidéo d'une même durée , semble être constituée par la discussion. . Je dois dire que j'ai arrêté au bout de dix minutes, quitte à reprendre demain à la onzième. L'impression que j'en tire est que si le conférencier a quelque chose à dire, il n'est pas pressé du tout d'y venir. . jpylg
. Après donc une écoute des dix premières minutes de la première vidéo, j'en ai consacré vingt autres, ce matin , à la suite. . Par conséquent, sur une conférence de une heure, je connais, à l'heure actuelle, la moitié. . Philippe Corcuff a annoncé qu'il faisait "la critique de la critique des médias". Je me figurais que dans cette critique de la critique des médias, il y avait aussi la critique des médias de Philippe Corcuff. . Enfin de compte, ce que je me demande surtout c'est que ce pense Philippe Corcuff des médias. Des médias. Non pas de la "réalité sociale", des "structures socialdes", du "néo-libéralisme" ou des sciences sociales en général. Certes, il ne lui est pas interdit de connaître les philosophes ou les sociologues qui ont écrit sur les médias; c'est même une bonne chose qu'il les connaisse, et c'est encore une bonne chose qu'à cette occasion, il nous les fasse connaître. . Mais je ne souhaite pas, personnellement, suivre les cours de Philippe Corcuff, même s'il pourrait se faire que j'en aie grand besoin. Je désire savoir ce qu'il pense des médias. . Voici comment, je résumerai ce que j'ai compris de la première moitié de sa conférence. Dans les dix premières minutes, il dit qu'il va bientôt commencer. Moi, il m'aurait fallu vingt secondes, peut-être une minute; mais ces salauds des forums sociaux de Cornouialle ne m'ont jamais invité. Je vais d'ailleurs de ce pas leur dire ce que j'en pense. . Dans les vingt minutes qui suivent, j'ai compris qu'il évoquait essentiellement l'Ecole de Francfort et Noam Chomsky. L'école de Francfort (Adorno, Horkeimer), c'était pas mal, mais ça date beaucoup.Noam Chomsky s'est maintes fois montré courageux dans ses prises de position sur la politique de son pays; mais pour ce qui est de sa critique des médias, c'est du conspirationisme et du "misérabilisme" (c'est-à-dire du mépris élitiste). . J'ai enfin compris, ce qui n'était pas trop difficile, en raison de force allusions faites depuis le début, que Corcuff allait nous dire ce qu'il pense de Bourdieu. Je ne sais pas si je saurais jamais ce qu'il pense lui-même des médias, mais il semblerait très possible qu'il pense ce qu'en pense Bourdieu. . Bourdieu qu'il connaît bien. Il faut noter que Philippe Corcuff n'est jamais dans le subjectivisme, mais dans le scientifique; les sciences sociales, pour être plus précis. La science sociale contemporaire. Le dernier cri. . J'ai lu sur un autre fil, consacré au même sujet : " Chomsky et le «complot médiatique» - Des simplifications actuelles de la critique sociale , qu'il se plaignait d'être maltraité par un peu tout le monde et qu'il n'aimait pas qu'on lui oppose certains arguments qui, à son corps défendant, l'orientent vers la dogmatisation de ses points de vue. . J'espère qu'il va très prochainement arrêter de me lire, si ce n'est déjà fait, car, pour moi, les "analyses" de Philippe Corcuff sentent le dogmatisme à plein nez. Ce qui est d'autant plus exaspérant que ce dogmatisme se présente sous les oripeaux de la méthodologie scientifique. . ( à suivre). . jpylg
. J'ai donc écouté la seconde partie de la conférence et je pense avoir à peu près compris la position de Philippe Corcuff concernant sa critique des médias. . Il est contre la critique simpliste et manichéenne , style Chomsky, qui fait des médias un instrument de propagande au service de l'ordre politique. . Il est pour une critique radicale, c'est-à-dire allant à la racine, position qui, généralement, n'est pas comprise et lui vaut souvent d'être insulté. . Cette critique radicale l'amène à considérer l'existence d'ordres différents, tels que l'ordre politique, l'ordre économique et l'ordre médiatique qui répondent à des logiques différentes. . Dans l'ordre médiatique, en particulier, il existe du jeu, de la contradiction qui, pour ceux (dont lui-même) qui luttent pour une émancipation individuelle et collective, permettent de faire passer leurs messages et donc faire progresser la bonne cause. Une preuve en est, c'est que Besancenot est passé chez Drucker. . Ma conclusion est que Philippe Corcuff est un très brave type, mais que tant qu'il n'y aura que lui pour faire de la critique sociale et de la critique des médias, il n'y a aucun danger pour l'ordre dominant. . jpylg
Bonjour,
merci pour toutes les connaissances que vous incrivez dans votre blog. Cependant, une question me tracasse. Je voulais vous demander pourquoi vous n'intervenez pas dans le cursus 'Journalisme' de l'IEP de Lyon. En effet,je suis étudiante à l'IEP, entrée directe en 4ème année, et je suis surprise, et déçue, de voir que vous n'intervenez pas dans ce cursus, alors que j'en suis sure les étudiants en seraient que plus enrichis. Pour tenter de changer le monde des médias, il faudrait que des personnes comme vous puissent véhiculer aux étudiants, qui à l'IEP sont loin d'être critique envers le traitement de l'info, les outils nécessaires. Ce qui manque, je trouve, grandement à Science Po.
Merci et continuez....