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Mélancolie de Miossec : des intimités bringuebalantes à une politique radicale
Á la suite de la mort de Daniel Bensaïd, j'ai écouté en boucle une chanson du dernier album de Miossec :« Seul ce que j'ai perdu (m'appartient à jamais) ». Les chansonnettes nous prennent par surprise : sans rapport direct entre le contenu du texte et l'événement qui m'affectait, sa tonalité mélancolique s'accrochait à mes états d'âme du moment, m'emportant dans un périple poétique, philosophique et politique...

Dans l'album Finistériens (2009), Miossec nous entraîne ainsi avec son premier titre, « Seul ce que j'ai perdu (m'appartient à jamais) », dans une mélancolie de la perte. Cette chanson résonne comme en écho à des écorchures singulières. Des expériences à chaque fois uniques mais aux éclats analogiques. Une telle exploration des méandres de nos intimités pourrait nous dire des choses sur la politique. Comme un oxygène poétique larguant les amarres des langues de bois et des langues de vent consacrées comme « politiques » : du nauséabond débat sur l'identité nationale aux crocs-en-jambe de Sarkozy/Villepin, de l'improbable moralisation du capitalisme par Obama/Sarkozy à son improbable chlorophyllisation par Borloo/Cohn-Bendit ...
Après les ruptures comme après la mort, le passé de nos émerveillements ne s'éteint pas nécessairement : « Que les minutes et les secondes/passées entre mes bras/Tu ne pourras jamais me les voler ». Amours, amitiés, éblouissements esthétiques ou intellectuels, émotions politiques..., le mouvement s'accompagne de pertes, les pertes nous emplissent de plénitudes encore actives : « Seul ce que j'ai perdu/M'appartient à jamais/On n'efface pas ce qu'on a adoré ». L'éloignement peut alors constituer une fidélité : « Car aujourd'hui je vais m'enfuir/En te gardant à tout jamais ». Dans le ton bravache (« Tu ne pourras jamais l'arracher »), il y a certes une tentation nostalgique flirtant avec la rancœur, sans pour autant noyer nos faiblesses dans ses eaux acides. Le passé, le présent et l'avenir se télescopent, en dehors des successions sagement lisses de ce que Walter Benjamin critiquait, dans ses thèses Sur le concept d'histoire (1940), comme « un temps homogène et vide »[1].
Les passages du temps, voire les désillusions, ne brisent pas inéluctablement les enchantements d'hier, mais leur donnent parfois une autre place dans nos topographies personnelles : « L'image reste toujours collée au mur/Même si le mur s'est effondré/Le lierre gardera à jamais/nos murmures ». Jacques Rancière notait un jour que « si l'on vit de promesses, on vit aussi, heureusement, de leur déception »[2]. Le « heureusement » nous retient par la manche, d'une autre façon que les vers de Miossec, pour que nos épreuves ne s'abîment dans la corrosion de l'amertume.
Les tensions tramant nos fragilités ne renvoient pas qu'à des discordances temporelles, mais également à des déséquilibres dynamiques au cœur de nos désirs : entre stabilités protectrices et instabilités navigatrices, familiarités et découvertes, repères et attrait de l'inaccessible. Se décrocher, s'accrocher... Les souvenirs continuent à nous attacher d'une certaine manière, « comme on s'accroche au comptoir », alors que nous cherchons à nous envoler vers d'autres cieux : « Es-ce que l'on devient un peu trop fou/Quand on ne s'accroche/plus trop à rien/Est-ce que ça vous fait un bien fou/De faire du vélo sans les mains ». Pesanteur ou apesanteur ? L'une ne va peut-être pas sans l'autre, avec hésitations, chocs, aveuglements réciproques.
La matière intime pétrie par les mots de Miossec est susceptible de connaître des interférences avec la matière collective travaillée par la philosophie politique. Ainsi notre pensée politique peut avoir besoin d'un éclairage affiné des sinuosités temporelles, afin de sortir de l'enfermement néolibéral dans un présent perpétuel nous offrant au mieux le miroitement de jouissances exclusivement immédiates. S'émanciper du « présentisme »[3], mais sans fétichiser des passés mythologiques, parfois meurtriers, contrairement à la nostalgie post-maoïste d'un Alain Badiou. Tout en récusant la fuite en avant dans un avenir absolutisé en lieu paradisiaque. Après les déconvenues historiques des croyances dans un Progrès à majuscule supposé inéluctablement bénéfique, c'est la moindre des prudences.
Visionnaire quant à ces deux écueils, Maurice Merleau-Ponty écrivait, dans Les aventures de la dialectique (1955), que « les tares du capitalisme restent des tares, mais la critique qui les dénonce doit être dégagée de tout compromis avec un absolu de la négation qui prépare à terme de nouvelles oppressions »[4]. Plutôt une présence au monde, comme à nos désirs traversés par lui et le traversant, lestée par les fils de la mémoire et ouverte aux échappées inédites de l'à-venir. En tension. « Rester fidèle à ce qu'on fut, tout reprendre par le début, chacune des deux tâches est immense », martelait encore Merleau-Ponty en 1960 dans Signes[5]. Deux ambitions contradictoires et toutes deux indispensables. En se percutant, nécessairement.
Vivre, penser, assumer des antinomies, une « équilibration des contraires » pour reprendre l'expression de Proudhon[6], plutôt que viser, en une inspiration hégélienne, «la synthèse » définitivement bouclée. Plus précisément ce que Merleau-Ponty appelait « le Hegel des manuels »[7], qui a tant nourri l'architecture mentale des progressismes, en interaction avec la quête para-religieuse de « l'harmonie »propre aux chrétiens sociaux. D'autres Hegel, à la postérité moindre, apparaissent pourtant plus stimulants, comme celui mis en valeur par Jean-Luc Nancy de « l'inquiétude du négatif », se dérobant à la fermeture dans la positivité de cette fameuse « synthèse » finale[8].
Se coltiner des tensions, déplaçables mais non dépassables dans un tout englobant et cotonneux, c'est également tutoyer l'imprévisible. Avec une boussole, certes, mais sans filet de sécurité imparable. Comme dans nos vies intimes de Miossec incomparables et apparentés. Vent debout, en Finistériens, face à « la ferme certitude de l'incertitude », selon les mots de l'incontournable Daniel Bensaïd dans son Pari mélancolique[9]. Loin des ronrons politiciens et des arrogances manichéennes concurrentes ; à la découverte de sentiers périphériques, dans le souffle de la politique comme aventure. Une aventure « radicale », au sens donné par Marx d'une patiente opiniâtreté à « saisir les choses à la racine »[10]. Or pour le même Marx « la racine, pour l'homme, c'est l'homme lui-même »[11]. Et on a appris depuis que cet humain se présente comme un nœud de complications...
Notes :
[1] Walter Benjamin, « Sur le concept d'histoire » (1940), dans Œuvres III, Paris, Gallimard, collection « Folio-Essais », 2000, thèses XIII et XIV, p.439.
[2] Jacques Rancière, entretien avec Robert Maggiori, Libération, 5 mars 1998.
[3] Selon l'expression de l'historien François Hartog, dans Régimes d'historicité - Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003.
[4] Maurice Merleau-Ponty, Les aventures de la dialectique (1ère éd. : 1955), Paris, Gallimard, collection « Folio-Essais », 2000, pp.320-321.
[5] Maurice Merleau-Ponty, Signes, Paris, Gallimard, 1960, préface, p.12.
[6] Pierre-Joseph Proudhon, Théorie de la propriété (1ère éd. posth. : 1865), Paris, Paris, L'Harmattan, collection « Les Introuvables », 1997, p.206.
[7] Maurice Merleau-Ponty, Sens et non-sens (1ère éd. : 1948), « La querelle de l'existentialisme » (1ère éd. : 1945), p.100.
[8] Voir Jean-Luc Nancy, Hegel - L'inquiétude du négatif, Paris, Hachette, 1997.
[9] Daniel Bensaïd, Le pari mélancolique, Paris, Fayard, 1997, p.294.
[10] Karl Marx, « Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel » (1ère éd. : 1844), repris dans Œuvres III, Paris, Gallimard, collection « Bibliothèque de la Pléiade », édition établie par Maximilien Rubel, 1982, p.390.
[11] Ibid.
Texte de « Seul ce que j'ai perdu (m'appartient à jamais) »
(paroles de Miossec - musique de Miossec et Yann Tiersen)
Seul ce que j'ai perdu
M'appartient à jamais
Tu aurais peut-être dû
Savoir que c'était vrai
Que les minutes et les secondes
Passées entre mes bras
Tu ne pourras jamais me les voler
Qu'elles resteront gravées dans ma mémoire
Comme on s'accroche au comptoir
{Refrain:}
Est-ce que l'on devient un peu trop fou
Quand on ne s'accroche plus trop à rien ?
Est-ce que ça vous fait un bien fou
De faire du vélo sans les mains ?
Est-ce qu'il faut se sentir à bout
Pour se sentir enfin si bien ?
Seul ce que j'ai perdu
M'appartient à jamais
On n'efface pas ce qu'on a adoré
L'image reste toujours collée au mur
Même si le mur s'est effondré
Le lierre gardera à jamais nos murmures
Ce que je garde en souvenir
Tu ne pourras jamais l'arracher
{Refrain x2}
Seul ce que j'ai perdu
M'appartient à jamais
Des plus grandes blessures
À la moindre petite plaie
Car aujourd'hui je vais m'enfuir
En te gardant à tout jamais
{Refrain}

Tous les commentaires
Philippe Corcuff,
Tout, vous aurez tout tenté !
Rires.
Le pire est à venir, je le crains... Inquiet pour votre santé, balottée entre crises de rires et crises de nerfs, je vous conseille dorénavant de protéger vos yeux...par un voile, peut-être?
Philippe Corcuff,
Obsédé du voile.
Philippe Corcuff,
Attention ! La Modération vous guette !
Deux belles découvertes en une matinée:
ce billet au "périple brinquebalant" et cette chanson de Miossec.
Lu, relu, recommandé.
Merci, Philippe. Merci.
Madame Marcandier-Bry,
M'étonne pas !
Je comprends que Corcuff déteste Badiou. Mallarmé vs Miossec, quoi... Arf !
Et Cabrel ? La ligne de masse du XXIème siècle ?
En tout cas, votre façon de répondre à hêtre montre que comme tous les pourfendeurs de l'antitotalitarisme, vous avez les traits de ceux que vous dénoncez. En l'occurence, la psychiatrisation du discours politique...
Corcuff, aile gauche du sarkozysme dans sa nullité.
Camarade Jean,
Oh !
Faut dire que Philippe Corcuff et la vérité, ça fait deux, ou trois, ou quatre (tout dépend du degré de mélancolie). Je crois que la blouse blanche de psychiatre de film d'horreur de Philippe Corcuff lui va mieux que la vérité.
Une remarque. La modération, c'est bon pour ceux que l'on considère comme des cochons d'abonnés, pas pour les VIP du paysage socio-écolo-médiatique.
Pour Corcuff, Ally Mc Beal est une série anticapitaliste... Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha !
Un rêve de midinette devenu le nec plus ultra d'une théorie marxiste postmoderne, warf !
Camarade Jean,
Je me demande si Corcuff connaît Sa Suffisance Bourmeau... et Michel Houellebeq !!!!!
Rires.
Houellebecq,
réactionnaire livide antifreudien,
et
Corcuff,
chef de la tendance anticommuniste du NPA.
Belle compagnie pour Sa Suffisance !
Camarade Jean,
Sa Suffisance se contente de peu. Du moment qu'elle parade !
Ce billet a été conçu par un pauvre malheureux prétendant philosopher à partir de chansonnettes en s'adressant à d'autres pauvres malheureux du même type souhaitant interactivement mélancoliser. Je ne peux que conseiller humblement à Saint Jean d'aller servir la messe de BaDieu dans des espaces spirituellement plus élevés (sur son blog, par exemple, que dis-je son Temple, ou sur celui de l'Hêtre Suprême). Car ici, à ras de terre, l'encens post-maoiste commence à nous enfumer grave (excusez ce vocabulaire de crotteux)? Alors que dans le ciel pur des Idées, on n'entend plus le chant lugugre des centaines de milliers de "contre-révolutionnaires" qui ont légitimement péris au cours de la Grande Révolution Culturelle chinoise sous l'oeil juste du Glorieux Mao...
Philippe Corcuff,
Vous êtes, comme vous dites si bien, "un pauvre malheureux". Vous tombez mal. Je ne pratique pas la pitié.
- L'insulte, ou ce qui reste de Corcuff quand il n'y a plus rien.
- Pourquoi ? A-t-il déjà été autre chose que rien ?
Je n'en attendais pas moins de l'Hêtre Suprême. La pitié c'est justement pour les pauvres malheureux comme moi, pour les faibles, par pour les Esprtis Forts et Conquérants. Merci votre Grandeur!
Philippe Corcuff,
Trop de majuscules écrasent votre propos... Masochiste comme vous l'êtes, je peux comprendre ça.
Le sens de sa faiblesse et l'admiration pour La Grandeur n'est pas nécessairement masochisme, O Hêtre Suprême!
Se poser en minuscule (à raison, en l'occurence), perclus de ressentiment et d'écume - voilà ce que Corcuff, Poujade et Le Pen partagent.
L'encens post-maoiste peut faire tourner la tête au saint Jean le plus éclairé : "BaDieu, pardonnez-leur, ils ne savent plus ce qu'ils disent".
Après de telles hauteurs de la Conne-Essence (peut-être qu'Hitler aurait ajouté une petite touche de Grandiose dans la liste?), le tournis me prend et je dois malheureusement revenir sur cette basse terre.
Dorénavant sur ce fil, je ne pourrais que babiller avec les pauvres malheureux qui ne s'intéresseraient plus ordinairement qu'à Miossec, la mélancolie ou Daniel Bensaïd. Adieu, tout là-haut, saint Jean et Hêtre Suprême...
Visiblement, votre parti n'a pas daigné vous sonner pour rendre publiquement hommage à Daniel Bensaïd dont votre récupération est assez gerbante...
Quant à votre discours sur le mode "moi, le petit, moi, le sans-grade", il est connoté, incontestablement. Pas besoin de convoquer Hitler pour dissiper l'évidence.
Corcuff, qui "vien(t) tout juste d'avoir (ses) 14 ans"...
Sylvain, votre ton est ici d'un mépris insupportable.
L'amitié de Bensaïd pour Corcuff, leur compagnonnage intellectuel étaient connus: la revue Contretemps, les éditions Textuel, etc.
L'hommage à la Mutualité rendu à Bensaïd n'était pas un évènement mondain où qui parlerait à la tribune serait un des "happy few".
En termes d'insupportable, les corcuffiens feraient bien de balayer devant leur porte. On ne porte pas impunément des accusations mensongères sur un courant politique hexagonal - en l'occurence, les maos -, on ne diffame pas non plus, à la PLPL pour le coup, un philosophe - ici, Alain Badiou - sous prétexte qu'il n'est pas libertaire et que par ailleurs, on - PC, ici - n'y comprend rien.
Les méthodes de Corcuff sont abjectes. Soit. Répondons-y !
Je co-signe le post de pascal b.
Ces propos, Sylvain, sont indignes.
Je ne parle pas, ici, de l'hêtre et le néant qui tente vainement d'exister à vos côtés et dont vous entendez tirer profit.
Toute honte bue.
Vous avez l'indignation bien sélective et, honnêtement, je ne rappellerai pas votre sortie sur Badiou au moment de la mort de Bensa parce que, question honte, c'était assez élevé.
Sinon, votre façon de parler de hêtre en citant de façon déformée un philosophe que votre bande a toujours honni (cf. le dernier livre de M. Lequenne), si ce n'est pas honteux. La façon du camarade hêtre d'écrire est lapidaire et alors ? Quel dogmatisme, encore!
Je n'ai jamais fait partie d'aucune bande. Sinon de copains d'école ou de fac. Il y a longtemps. Sinon, j'ai eu et ai des camarades.
En paraphrasant Yizhar, vous émettez des idées sur toute chose avec une ignorance merveilleuse...
La Ligue était sartrienne ? Ah ? Première nouvelle... Je dois en effet être un merveilleux ignorant (ce qui, au passage, devrait plaire à PC, vu qu'il aime Rancière, arf !)... A moins que...
Camarade Jean,
Velveth n'accepte d'autre camaraderie que celle dont Philippe Corcuff et lui-même sont les heureux protagonistes.
Selon le subtil Velveth, si nous sommes camarades, c'est bien que l'un de nous deux est dominé par l'autre !
Peut-être pense-t-il que notre relation est bâtie sur un schéma que lui-même connaît bien...
Très loin de Rancière, le sieur Velveth.
Malheureusement...
Velveth,
Spécialiste des brèves de comptoir.
— "Toute honte bue" ?
— Oui... "Boire" !
— ...
— Miossec !
— Ah !
Philippe Corcuff,
Spécialiste d'un mot de trois lettres (cinq lettres au féminin, quelle parité ?), ce qui, pour lui, fait déjà beaucoup de lettres.
http://www.cairn.info/revue-mouvements-2004-2-page-187.htm
Philippe Corcuff, La société de verre : pour une éthique de la fragilité.
Armand Colin, 2002, 269 pages, 21,50 €.
Sans doute avant tout parce que le livre de Philippe Corcuff ne cherche d’aucune manière à l’éviter, il y a d’abord un sentiment de perplexité. Comment faut-il lire ce livre pour lequel, dès la quatrième de couverture, on annonce « des matériaux aussi différents que les chansons d’Eddy Mitchell et d’Axelle Red, les films de Martin Scorsese et de John Woo […], la sociologie de Pierre Bourdieu, la pensée écologique de Hans Jonas ou les politiques de Rosa Luxemburg et du sous-commandant Marcos » ? Il n’est en tout cas pas possible de considérer l’opuscule comme une compilation désordonnée et fourre-tout si l’on entend bien l’auteur, qui confie, à la fin de son introduction et à propos de la menée à bien des ambitions investies dans la rédaction : « Le résultat est brouillon, provisoire, lacunaire, insatisfaisant. Comme le plus souvent le travail intellectuel » (p. 12). Travail intellectuel : on doit donc considérer le livre de Philippe Corcuff comme tel, et s’efforcer, à l’instar de ses interlocuteurs dans le privé, de l’écouter « parler successivement d’Eddy Mitchell, de Sylvester Stallone et de Ludwig Wittgenstein sans [le] prendre pour un esprit dérangé » (p. 13)… Mais alors vient une question : de quel type de travail intellectuel s’agit-il ? Le titre laisse ouvertes les possibilités : Philosophie politique ? Sciences sociales ? « Investigations existentielles » ? Philippe Corcuff fait en réalité le choix de ne pas choisir, et ce n’est donc certainement pas avec les « rigidités » des catégories disciplinaires qu’on peut l’appréhender ; il faudrait plutôt entrer directement dans ses analyses qui n’ont pas vraiment de genre, et, au fil des « questions ordinaires », des « tâtonnements philosophiques et sociologiques » et des propositions pour une « politique de la fragilité » (pour reprendre les intitulés des trois parties du livre), se laisser simplement saisir par les impressions de lecture…
L’impression principale, la plus attendue en tout cas, tient évidemment à cette diversité et cette multiplicité des registres mobilisés (chansons de variété, cinéma, polars, ouvrages théoriques, écrits politiques). « […] J’ai souvent tiré une leçon d’un film américain stupide », avertit une citation de Wittgenstein placée en épigraphe à la première partie, comme pour dire, dans la lignée du philosophe, que la trivialité qu’on va lire est une manière délibérée de faire craquer le point de vue intellectualiste… Mais comme pour dire aussi à qui serait pris d’un sentiment de banalité et de manque de sérieux qu’il fait fausse route : la trivialité des références ne doit pas signifier que le niveau est bas. D’ailleurs il est aussi question dans La société de verre de grands penseurs (français, germaniques et même anglo-saxons), et de grands thèmes (l’identité, les Lumières, l’humanisme, la démocratie), et il faut a priori jouer le jeu de ce parcours particulier pour accéder à l’universel, celui qui nous concerne tous, celui dont il est question dans les courts résumés de sérieuses théories socio-philosophiques que Philippe Corcuff dispose très largement dans son ouvrage, et notamment dans la deuxième partie où, comme on dit, ça ne rigole plus (si les chanteurs de variété « ont tenu la main de la lectrice et du lecteur dans leurs premiers pas », la deuxième partie, elle, doit « [solliciter] leurs muscles (ici intellectuels) de manière plus soutenue »).
Il est en fait impératif de prendre ce pli spécifique – sérieux mais sans excès, ou inversement, léger mais point trop n’en faut – pour se sentir à l’aise dans le livre de Philippe Corcuff. Parce qu’à vrai dire, pour peu qu’on ne « joue pas le jeu » justement, et qu’on refuse d’accepter de choisir entre un dédain aristocratique pour la vulgarité et une adhésion à un éclectisme effectivement brouillon et surtout vaguement démagogique – on verra peut-être d’autres choses.
Sur le fond, il semble que l’absence d’ancrage disciplinaire autorise ou justifie l’absence de rigueur. Comme souvent ailleurs, la double casquette philosophe et sociologue fonctionne comme un instrument de contournement des exigences respectives de la pratique philosophique (le langage conceptuel est plus qu’incertain – la dernière page lue, on ne sait pas plus précisément ce qu’est le produit d’appel, l’« éthique de la fragilité »), et de la pratique sociologique (le discours se fait au niveau de « la société », quand bien même Corcuff lui-même reproche à d’autres (Giddens) l’absence de références aux classes sociales). Concrètement, le résultat s’incarne dans des formulations qui vaudraient presque celles, pourtant critiquées par Corcuff, de Baudrillard sur le 11 septembre : ainsi celle qui ouvre l’opuscule – « Nos sociétés contemporaines sont devenues des sociétés de verre, aux institutions fragiles et fragilisantes pour les individus. ». Il s’incarne par ailleurs dans une façon de « faire science » sans faire de la science : les hypothèses n’en sont pratiquement pas, puisqu’elles ne sont ni à la fin d’un processus déductif, ni au début (ainsi « l’hypothèse d’un renforcement tendanciel […] des traits narcissiques des subjectivités » (p. 67), ou celle d’une « société où l’incertitude et l’inquiétude s’étendent » (p. 135). Bien sûr on pourrait discuter du matériel sociologique en considérant les chansons, les romans noirs et les films hollywoodiens ; mais encore faudrait-il que ceux-ci soient vraiment constitués comme tel (ce qui demanderait de s’interroger sur ce que c’est que faire un film, écrire une chanson, en termes sociologiques).
Ce qui est étonnant est qu’en plusieurs endroits de son livre, Philippe Corcuff livre une vision du « discours sur le social » qui va dans le sens de ces critiques. Mais à vrai dire, et littéralement, il ne fait pas ce qu’il dit. Fait-il autre chose ? Peut-être. À en croire l’avalanche des références personnelles qui jalonnent le livre – notamment dans les dédicaces en tête de presque toutes les sous-parties ! (un exemple parmi d’autres, lu à la page 53 : « aux belles narcissiques qui ont ensoleillé et parfois assombri mon chemin ») – à travers ces références donc, qu’on ne peut pas sérieusement confondre avec une réflexivité méthodique, l’écriture de Philippe Corcuff nous fournit sans doute bien moins d’éléments sur « la société » (éventuellement « de verre ») que sur « Philippe Corcuff »… Un document sociologique sur les goûts et les représentations d’un socio-politologue tenté par l’essayisme à grand tirage n’est, de ce point de vue, pas sans intérêt. •
Wilfried Lignier
Second lien ou "Mais qui paye Corcuff, Ménard libertaire, pour ses basses oeuvres ?"
http://www.acrimed.org/article2434.html
Miossec? Mélancolie? Daniel Bensaïd?...
http://www.acrimed.org/article1590.html
Où il est démontré que Corcuff voit des Vichynski partout parce qu'il en est lui-même un héritier (presque) subtile...
Incapacité à argumenter, insultes ad hominem, lectures tronquées de ce qui le dépasse, béret pour faire "peuple" et baguette...
A Double-Pattes et Patachon,
Pitoyables, vous êtes de plus en plus pitoyables !
Vous croyez insulter Philippe Corcuff, vous n'insultez que vous-mêmes.
Dans votre mégalomanie galopante, vous ne réalisez même plus à quel point vous vous ridiculisez !
Malsain, je crois que c'est le mot juste pour qualifier votre esprit. Vous vous nourrissez chacun de la haine de l'autre, mais c'est une nourriture qui vous détruit chaque jour un peu plus. Vous atteignez sur ce fil un point de non retour. Suicide en direct live ? Rien de grandiose, que du pathétique.
Comment peut-on en arriver là ?
Philippe Corcuff,
Votre billet m'a beaucoup émue.
Miossec, mélancolie, Daniel Bensaïd.
La vie comme elle va.
Néfertari,
hystorienne.
Que ce soit vous, la présidente de son club de soutien, finit de discréditer PC.
Bien sûr, bien sûr ! (faut pas contrarier les dingues !)
Tu m'en fais un beau toi de discrédité !
Néfertari,
Spécialiste de la dépense à tout prix et de la carte de discrédit.
Néfertari,
Restauratrice dont le restaurant a pour nom : "Pitié ! Pitié ! Pitié ! Nous ne sommes responsables de rien ; c'est le diable communiste qui est responsable de tout".
— C'est un peu long comme nom, non ?
— C'est à la longueur de Néfertari...
Les ivrognes qui tutoient, laissons-les ; ils -elles - finissent par dessouler...
Lamentable! Mao et Staline, tels Dupond et Dupont et route pour un stage sur les rives du fleuve Amour !
michbret,
Quel rapport entre Staline et Mao ?
Ce texte, quand même, c'est juste bon pour Biba tant il ne dit rien sinon balancer deux trois références allusives bien que chics (bah, oui, Rancière, Benjamin ou Nancy, ça en jette - et plus que Bourdieu ou Besancenot).
On sent le type qui se gargarise d'impressions vagues de jouissances mélancoliques, un romantique à la manque qui vient des années après Chateaubriand, Hugo et Baudelaire (oui, oui, ce "romanti[que] déromantisé"), qui n'a rien à dire mais qui dit quand même, noyé dans son narcissime (res)sentimental.
On eut jadis Sully-Prudhomme, on a désormais Corcuff et son salmigondis.
Au contraire, ce texte dit mille choses, ces choses que l'on ne dit pas, enfin pas comme ça.
Parce que la mélancolie est là. Parfois le chagrin.
Et toi Sylvain, du haut de ton mépris qui te rend si petit, tu n'en peux plus de haine parce que tu ne supportes pas cette image que les mots de Philippe nous renvoient : un nous-même fragile, brisé par une lame plus forte que les autres.
Tout est émotion dans ce billet, et les émotions ça te fait peur, alors tu galvaudes, tu ironises, tu insultes. Ton malaise est si palpable Sylvain, si palpable.... Tu crois qu'en défaisant Philippe Corcuff, en le rabaissant aux yeux de tous ceux qui liront ce fil, tu vas te sauver de ce qui te fait si peur : ces évènements-rupture, ces évènements-mort qui nous rappellent, au cas où on l'aurait oublié, que nous ne sommes que de petits bouchons ballotés sans cesse entre nos passés et nos futurs. Nos futurs qui se cassent parfois la gueule à cause de l'imprévisible.
"Romantique à la manque" écris-tu, "noyé dans son narcissisme sentimental"... C'est toi qui te manques, et qui te noies dans tes propres salmigondis. Un gamin jaloux et immature, c'est l'image que tu donnes de toi ce soir.
et c'est bien dommage.
Néfertari,
Bouchonne.
Néfertari,
Reine des gentils sentiments du petit bouchon.
Un temps pour les insultes, un temps pour la commisération poisseuse... Cela s'appelle le parlementarisme.
P'tain c'est la guerre ici, pluie de coups bas.
On est MieuxAuSec......
@ +NEO-
michbret,
Quel rapport entre Vertubleu et Velveth ?
Aucun; C'est vous et Sylvain Jean
michbret,
Vous faites erreur. Je puis vous assurer que je ne suis pas Vertubleu. Libre à vous de me croire ou de ne pas me croire.
Au vu de la suroccupation délirante (on a sans doute là des morceaux d'anthologie dans l'histoire de Mediapart, qui pourraient intéresser les archéologues des temps futurs) de ce fil par Saint Jean de BaDieu et par l'Hêtre Suprême, par compassion afin qu'ils puissent prendre un peu de repos avant d'aller polluer d'autres fils et trouver ainsi une énergie renouvelée pour crever sur le dos des autres (les différentes figures du Mal qui hantent Mediapart, dont je ne suis qu'un exemplaire bien minuscule) les abcès de ressentiment et de haine qui semblent les tarauder, par esprit partageux (je ne peux pas garder pour moi tout seul Saint Jean de BaDieux et l'Hêtre Suprême, les autres fils en ont bien droit à des petits bouts, quand même!), je vais fermer ces commentaires.
Désolé pour ceux qui auraient voulu interagir autour de Miossec, la mélancolie et/ou Daniel Bensaïd! Et n'oubliez pas d'écouter les deux versions de la chanson de Miossec (la version audio et la version video live) : ça vaut le coup!