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Critique existentielle du capitalisme et éthique chez Christian Arnsperger
Chercheur belge, Christian Arnsperger (voir son blog Transitions) a récemment proposé une Éthique de l'existence post-capitaliste (Cerf, 2009), une occasion de revenir aussi sur sa précédente Critique de l'existence capitaliste (Cerf, 2005).
1) Christian Arnsperger, Éthique de l'existence post-capitaliste. Pour un militantisme existentiel, Cerf, 2009, 320 p., 23 euros
Économiste et philosophe belge, Christian Arnsperger a proposé en 2005 une stimulante Critique de l'existence capitaliste (Cerf). Il y montre comment la logique d'accumulation du capital entretient nos angoisses en s'efforçant vainement de colmater nos brèches existentielles. Sa nouvelle Éthique de l'existence post-capitaliste synthétise les acquis du précédent livre. Cependant son originalité consiste dans l'exploration d'alternatives post-capitalistes d'un point de vue existentiel, pour « (re)politiser les questions spirituelles ».
Une telle démarche appelle une mise en cause des gauches traditionnelles. Un post-capitalisme renouvelé suppose en premier lieu une rupture avec les stalinismes et autres maoïsmes, porteurs d'« un autoritarisme négateur de l'individualité ». Mais « la social-démocratie capitaliste » apparaît aussi comme une impasse, par sa défense de « deux systèmes de sécurité sociale - l'un capitaliste, l'autre non capitaliste - en prétendant pouvoir les faire coexister (...) d'un côté, s'assurer par le profit, par le gain personnel, par la rentabilité engrangée ; de l'autre, s'assurer par la redistribution, la solidarité ».
Afin de se désintoxiquer du poids de l'imaginaire capitaliste en chacun de nous, tout en stimulant une imagination émancipatrice, Arnsperger met l'accent sur une ressource politiquement inhabituelle, puisée dans la tradition des sagesses philosophiques : la voie des « exercices spirituels ». Il n'y aurait pas de transformation sociale véritablement radicale, sans processus de transformation de soi propre à des « militants existentiels ». Certes, cela n'irait pas, non plus, sans cadres collectifs, aptes à soutenir cette démarche. D'où la proposition de généraliser des « communautés existentielles critiques » : expériences collectives de tailles diverses s'efforçant, dès maintenant, de se déconnecter de la prégnance capitaliste.
Aujourd'hui, face à une conjoncture morose, les anticapitalistes ont parfois l'esprit chagrin. Deux voies de fuite peuvent se présenter à eux. La première apparaît travaillée par un fétichisme électoraliste, qui ne voit de supposé « sérieux politique » que dans l'immersion dans les jeux politiciens, au risque d'être happés par eux comme tant et tant par le passé. La seconde prend la forme d'un gauchisme identitaire, forme politique du « On est les champions », égrainant de prétendues vérités intangibles indépendamment de toute efficacité pratique. Contre ces deux types de repli, le livre d'Arnsperger constitue une invitation à l'inventivité ; la (re)découverte des contrées post-capitalistes se profilant comme un voyage passionnant.
Davantage d'humilité ?
Dans ses formulations unilatérales et exclusives, le livre pose toutefois des problèmes. Cédant à une pente traditionnelle en philosophie, le ton se situe souvent en surplomb, prétendant saisir « les fondements » de ce qui est et établir des « fondations », en contradiction avec l'humilité du « militantisme existentiel ». Pourquoi ne saisir comme base de la condition humaine que la logique pessimiste de l'angoisse vis-à-vis de la mort, sans en envisager les tensions avec d'autres potentialités plus optimistes, comme les pulsions créatrices ? Pourquoi passer « d'abord » par l'auto-transformation personnelle ? Marx ne parlait-il pas dans la IIIème thèse sur Feuerbach (1845) de « la coïncidence de la transformation du milieu et de l'activité humaine ou la transformation de l'homme par lui-même » ? Le choix de « l'évolution » dans le changement du monde ne sous-estime-t-il pas la pesanteur des rapports de force, les ruptures ou les moments d'intensification de la créativité collective ? Pourquoi la lutte syndicale est-elle mise à l'écart ? Malgré sa tendance à l'intégration aux mécanismes capitalistes, n'y observe-t-on pas également l'apprentissage de capacités de résistance ? Pourquoi devrions-nous choisir les expériences alternatives contre la prise du pouvoir politique ? Ne pourrait-on associer de manière pluraliste ces deux fronts avec le front revendicatif ? Comment envisager une rénovation et un enrichissement de la forme-parti, oubliée, à la lumière des aspects existentiels ?...
On voit que, même dans certains de ses excès, cet ouvrage aiguise notre questionnement. N'est-ce pas là une caractéristique des livres importants ?
Philippe Corcuff
Paru dans Tout est à nous ! - La Revue (mensuel du NPA), n°6, décembre 2009-janvier 2010
2) Critique de l'existence capitaliste - Pour une éthique existentielle de l'économie, de Christian Arnsperger, Cerf, 2005, 210 pages, 17 euros.

Le capitalisme se révèle tout à la fois pourvoyeur d'inégalités sociales et brouilleur de sens. C'est la piste sur laquelle nous entraîne Christian Arnsperger, philosophe de l'économie.
Selon lui, «le capitalisme nourrit, de façon mécanique, les angoisses mêmes qui lui donnent de la force (...) renforce sans cesse notre peur de ne plus être reconnus et de ne plus assumer notre propre finitude existentielle». Au cœur des dégâts causés par le capitalisme sur nos individualités, il y aurait la négation de la finitude humaine, c'est-à-dire des limites corporelles et mortelles de chaque être humain. La course sans fin à la consommation entretient nos angoisses en s'efforçant vainement de colmater nos brèches existentielles. Et le capitalisme nous rend inégaux dans ce marathon au final frustrant : les privilégiés cherchent à nier imaginairement leur finitude aux dépens des autres, dans l'exploitation des autres.
Pour Arnsperger, la dynamique capitaliste s'inscrit dans une impasse existentielle. C'est aux anticapitalistes que revient la tâche d'inventer un monde égalitaire, offrant des possibilités partagées permettant à tous ses membres d'assumer une finitude partagée. Il y va d'une répartition radicalement différente des moyens (économiques, culturels, politiques...) permettant d'alléger le poids de la finitude de chacun, afin que chacun puisse s'assumer comme mortel. Plutôt que de se fourvoyer dans les dérivatifs inventés par le capitalisme pour nous masquer notre finitude, une telle émancipation nous aiderait «à habiter lucidement la béance, à accepter la brèche de sens d'une existence toujours en question».
Cet ouvrage s'avère un complément stimulant à la critique marxiste du capitalisme, mettant en évidence la variété des ressources critiques à l'œuvre dans la philosophie et les sciences sociales contemporaines, à côté et en relation avec un marxisme ouvert.
Philippe Corcuff
Paru dans Rouge (hebdomadaire de la LCR), n°2159, 18 mai 2006

Tous les commentaires
ah ben , Philippe, vous allez vous faire des amis !! C'est moins consensuel que le livre de "Jean-François Motul sur la sexualité de la tomate" dont je parle sur mon dernier billet !
Allez, je vous laisse prendre des coups. Moi je vais en boire. (Bourgueil)
Deux pistesde lecture passionnantes. Merci.
A la lecture de ce billet, il me revient deux petits éclairs:
- ce que disait hier, le balourd médiateur de la République: "les français sont psychiquement épuisés..." en n'en tirant comme conséquences de ce diagnostic qu'un meilleur accueil dans la fonction publique (!).
- les fondamentaux de "la décroissance" formulés par Paul Ariès dans son dernier bouquin (La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance, Editions La Découverte). Une issue pour l'impasse existentielle. Extra !
Tout est à nous !, très bonne revue.
http://www.npa2009.org/content/la-r%C3%A9volution-chinoise%E2%80%89%E2%80%89-mati%C3%A8re-%C3%A0-r%C3%A9flexion-par-pierre-rousset
Bonjour Philippe Corcuff et merci pour ces lectures qui portent à la réflexion.
Je ne suis pas sûr que capitalisme et luttes syndicales, voire capacités de résistance en général soient antagonistes. Il se peut même que pouvoir d'accumulation permanente de richesses ou de produits de consommation et contre-pouvoirs au changement permanent aillent de pair comme une nécessité du juste équilibre. D'ailleurs, si l'on excepte le syndicat maison faire-valoir du régime en système communiste, il n'y a jamais eu de contre-pouvoirs dans un tel système, ce qui explique sans doute sa sclérose puis sa chute.
Par ailleurs, cette réflexion pose aussi la question de la création dans l'activité humaine. Certes, "la logique d'accumulation de capital entretient nos angoisses" et sert probablement de comblement à notre absurdité existentielle, mais n'est-ce pas le propre de la création ? A quoi bon vouloir sans arrêt créer de nouvelles oeuvres ? N'en a-t-on pas suffisamment avec celles existentes ? Pourquoi créer de nouveaux produits, de nouvelles techniques permettant de créer de nouveaux produits, de nouvelles sciences permettant de créer de nouvelles techniques permettant de créer de nouveaux produits ? Pourquoi mobiliser des masses financières sans cesse plus importantes pour réaliser des programmes de développement sans cesse plus ambitieux ?
En d'autres termes, le capitalisme n'est-il pas inhérent à la condition humaine, seul comptant le colmatage de ses errements où l'homme qui devrait être l'objectif du capitalisme est trop souvent perdu de vue par lui à long, moyen et court terme ?
au changement de comportements
Vos questions pointent des problèmes difficiles. On peut tenter de déplacer certaines formulations pour les aborder autrement :
- Selon Christian Arnsperger, le capitalisme n'est qu'un des modes de traitement historiquement situé de nos angoisses existentielles. Les ethnologues et les historiens mettent d'ailleurs en évidence que le capitalisme n'a pas toujours existé, et donc qu'il ne peut être considéré comme "inhérent à la condition humaine". Ce serait donc plutôt une des façons historiques inventées pour faire face à des questions émegeant de la condition humaine.
- On peut envisager une création qui n'accompagne pas seulement une fuite en avant face à la question de la finititude, mais qui assume la finitude. C'est une telle création post-capitaliste qu'Arnsperger a en tête, et qui suppose selon lui une dimension de travail sur soi (ce que vous appelez "changement des comportements")
lol
soit, Philippe Corcuff, le capitalisme n'a pas toujours existé en tant que système d'accumulation de capitaux puisque la monnaie comme intermédiaire aux échanges n'a elle-même pas toujours existé (elle daterait de -650). Mais en tant que système d'accumulation de richesses, il me semble que si : prenons l'âge des métaux (-3000) : il s'agissait bien de constituer des stocks disponibles jusqu'à plus soif qu'on pouvait utiliser en tant que de besoin pour échanger et manifester sa puissance (voir les nombreux "trésors princiers" retrouvés de l'époque). Si l'on remonte encore plus loin, la domestication des animaux et l'élevage avait aussi pour but d'accumuler des richesses, alimentaires cette fois, puisqu'il s'agissait de se constituer des stocks alimentaires dont la consommation pouvait être différée dans le temps ou échangée contre d'autres richesses.
En revanche, sur la question de la finitude, je suis bien d'accord. Mais il s'agit alors moins de contester la nécessité du capitalisme que de savoir si l'accumulation de richesses est toujours adaptée ou non aux besoins (peut-être se trompe-t-on de richesses à accumuler, peut-être aussi n'est-il pas nécessaire d'en accumuler autant d'un seul coup sans risquer de s'appauvrir globalement en épuisant ensuite toutes les ressources potentiellement disponibles).
Cordialement.
Attention à la tentation de de "naturaliser" une forme sociale et historique comme le capitalisme en l'adaptant à une supposée "nature humaine" (il y a tant de définitions diverses et contradictoires de ce que serait une "nature humaine", ne serait-ce que dans la philosophie occidentale, que cela conduit plutôt à une certaine prudence vis-à-vis de la tentation de résumer a priori et par avance la vie des humains en société à des caractéritiques qui seraient invariables, une prudence donc vis-à-vis de la notion même de "nature humaine"; la notion de "condition humaine", notamment utilisée par Hannah Arendt, pour se dissocier justement de celle de "nature humaine", pointe quant à elle simplement des contraintes et potentialités biologiques et naturelles qui seraient traitées différemment selon les époques et les sociétés)! Soyons donc prudents, en posant des questions qui précisent ce dont on parle :
- Est-ce "accumuler des richesses" existe dans toutes les sociétés humaines connues? Pas au sens d'accumulation privative de richesses (on peut accummuler des ressources pour des dieux, ou simplement accumuler des stocks afin que la collectivité se prémunissent face aux aléas, mais ce n'est pas la même chose).
- Est-ce qu'"accumuler des richesses", au sens d'accumulation privative, quand cela existe, constitue l'axe valorisé comme le principal par l'organisation sociale? Pas dans toutes les sociétés qui connaissent une dimension d'accumulation privative de richesses.
- Est-ce qu'"accumuler des richesses", au sens d'accumulation privative, a exactement les mêmes significations sociales et dans le cadre des mêmes rapports sociaux, dans les différentes sociétés où cela existe? Non.
- Et puis il y a nombre de sociétés où le théologique, le politique et l'économique sont tellement imbriqués qu'il y a du flou et de l'ambigu pour savoir si l'accumulation de richesses se fait au profit des dieux, des "princes", des "prêtres" ou autres? Et dans quelle mesure on peut d'ailleurs clairement y dissocier des élites religieuses, politiques et économiques, inscrites dans des espaces autonomes et mues par des logiques autonomes, comme dans nos sociétés?
Ces questions nous amènenent à spécifier quelques traits de ce qu'on peut appeler alors historiquement "capitalisme" au sens moderne :
- une logique d'accumulation du capital, comme axe principal valorisé par l'organisation sociale, alimentée par la recherche d'un profit à court terme;
- une propriété pivée des moyens de production (ou une main-mise bureaucratique sur ceux-ci dans le cas d'un capitalisme d'Etat);
- des rapports sociaux d'exploitation entre capitalistes et salariés;
- une sphère économique devenue autonome, "désencastrée" des autres rapports sociaux (selon Karl Polanyi), puis avec des tendances hégémonisantes sur les autres sphères des rapports sociaux.
Il y a une tentation forte dans la pensée humaine à la généralisation hâtive, c'est-à-dire une prétention à saisir le maximum de données avec le minimum de concepts (d'où les succès renouvelés de la notion de "nature humaine" notamment). Une tendance forte des sciences sociales modernes (et de certains secteurs de la philosophie, comme celle de Ludwig Wittgenstein par exemple) vise plutôt, à l'inverse, à dégonfler ces prétentions, en étant plus sensible aux variations en fonction des contextes et des usages, des périodes, des types de sociétés, etc. Ce qui nous conduit à assumer davantage les fragilités des savoirs humains sur les sociétés humaines.
merci pour toutes ces précisions, Philippe Corcuff, auxquelles j'adhère. Il ne s'agit pas bien sûr de "natutaliser". Mais le terme "accumulation privative" me laisse perplexe. Le capitaliste moderne est-il vraiment dans une accumulation purement "privative" ? Ne redistribue-t-il pas lui-même une partie de ses gains par la force des choses ? Ne crée-t-il pas des richesses nouvelles permettant de développer des activités, pour lui-même certes, mais pour le plus grand nombre aussi. C'est le capitaliste qui crée l'emploi et les marchés (même s'il y ajoute parfois le chômage et le monopole commercial).
Inversement, à l'exception des sociétés égalitaires qui sont quand même assez rares dans l'histoire humaine, même si la survie du groupe dépend d'une solidarité minimale de tous, ce sont les plus forts qui monopolisent les richesses et qui distribuent des miettes au reste du groupe (voir la part du lion ou le droit d'ainesse), que le profit soit à court, moyen ou long terme.
Vous avez raison d'appeler des précisions : le fait que l'accumulation soit orientée privativement (par des intérêts privés) ne signifie pas que cela n'a pas certaines conséquences générales positives sur l'ensemble de la société (que ces conséquences générales positives soient liées à la dynamique d'accumulation du capital - créer de nouveaux marchés et de nouveaux biens, etc., c'est là qu'on voit que toucher simplement à la propriété du capital ne suffit pas à traiter les dégâts écologiques du capitalisme, car dans ce cas les conséquences positives et négatives peuvent se télescoper, et les secondes même déborder les premières - ou aux effets des luttes sociales et politiques mettant certaines contraintes sur cette accumulation).
Pour le reste, vous voulez dire - et je suis d'accord - que nombre de sociétés humaines sont basées sur l'inégalité, la hiérarchie, la domination et l'exploitation. Mais les formes d'inégalité, de hiérarchie, de domination et d'exploitation varient et ne prennent pas toutes la forme historique du capitalisme (hier ou demain?). Le capitalisme est même plutôt une forme historique récente dans l'histoire largement inégalitaire des sociétés humaines. Mon souci est de ne pas mettre un seul nom (adossé à une "essence"?) aux tonalités quelque peu intemporelles sur cette forte tendance inégalitaire : "le capitalisme".
vu sous cet angle, je vous rejoins.
Reste la question de la répartition de la richesse. Le capitalisme peut-il admettre la loi du plus fort comme système d'accumulation de richesses au risque d'entretenir la lutte de classes permanente entre concepteurs, producteurs et négociants (capitalisme sauvage) ou doit-il envisager des règles équitables de répartition des richesses produites collectivement pour que tout le monde y trouve son compte (capitalisme social) ?
Economiste et philosophe ensemble ,beaucoup d'incompétence réunie ,et en plus il est belge
.... ces critiques(fonctionnaires profs en général ) aigris du capitalisme ont beaucoup de temps libre pour écrire n'importe quoi....une justification de plus de la nécessaire diminution des effectifs de la fonction publique et de la régularisation du temps de travail des enseignants .
lol ... wittgenstein chez renault ... lol ...
23 € et 17 € respectivement, c'est cher !!!
Il suffit juste de relire "Richesse des nations" d'Adam Smith, le père du capitalisme moderne, datant de 1776, et on y lit déjà que Smith préconisait impérativement que des institutions "ethiques" de régulations des écarts et des inégalités sociales, soient mises en place en parallèle du marché capitalistique.
Dans les 1 200 pages de ce livre, Smith n'évoque qu'une seule fois l'expression de "main invisible" du marché, preuve s'il en est qu'il prévoyait bel et bien des contre pouvoirs à caractère social.
De la régulation donc.
Le seul problème, c'est qu'aucun capitaliste n'a écouté ce conseil du père fondateur, privilégiant toujours plus de profits, à l'image des Friedman et Von Hayek.
Mais cela sera peut-être résolu par le Gouvernement Mondial qui se met actuellement progressivement en place, et qui pilotera les choses dans une sorte de capitalisme d'état à la Chinoise.
A moins, que l'étatisme et sa bureaucratie induite ne tuent finalement le marché, ainsi que le prévoyait Schumpeter dans sa prophétie des années 30 ( "Capitalisme, Socialisme et Démocratie" J. Schumpeter).
A suivre donc.
@ +NEO-
c'est quoi c'délire ?
C'est pas du délire c'est écrit dans les 2 bouquins que je cite.
Quant aux propositions de mises en place d'institutions propres à réguler les écarts et inégalités sociales, préconisées par Adam Smith, lire l'interview d'Amartya Sen, prix nobel d'économie 1998, qui les étaie dans une interview qu'il donne au journal Le Monde du 16 octobre 2009.
@ +NEO-
euh dsl, non je parle pas de ce que vous racontez, mais de ce que parle le livre dont est question ce thread, je me ferais jamais à ce genre de salmigondis psychologisant abstrait " anticapitaliste " qui parle d'économie sans jamais en parler, pour faire miroriter des choses idiotes, je trouve cela consternant.
" Selon lui, «le capitalisme nourrit, de façon mécanique, les angoisses mêmes qui lui donnent de la force (...) renforce sans cesse notre peur de ne plus être reconnus et de ne plus assumer notre propre finitude existentielle». Au cœur des dégâts causés par le capitalisme sur nos individualités, il y aurait la négation de la finitude humaine, c'est-à-dire des limites corporelles et mortelles de chaque être humain. La course sans fin à la consommation entretient nos angoisses en s'efforçant vainement de colmater nos brèches existentielles. Et le capitalisme nous rend inégaux dans ce marathon au final frustrant : les privilégiés cherchent à nier imaginairement leur finitude aux dépens des autres, dans l'exploitation des autres. "
l'essentiel du résumé du texte ... véritablement trés constructif comme alternative ...
Conversation riche d'enseignements. M. Corcuff se réclame de Jacques Rancière mais il est loin, si loin, du maître ignorant. On est plutôt là dans l'abrutissement qu'exécrait Jacotot.
Au centre, Philippe Corcuff et autour, les disciples timides. Mais attention, tout discours qui décentrera la position douloureusement acquise par M. Corcuff sera traité de stalinien.
Alors, j'ai deux questions (de disciple timide - ahah):
d'abord, pourquoi "post-capitaliste", plutôt que socialiste ou communiste (hormis pour des raisons stratégiques, que cela n'est plus convaincant de se dire socialiste ou communiste)?
et ensuite, cette question de la finitude... bon je comprends que nous allons tous mourir, et que donc, il est bien vain de vouloir s'opposer à ca, ou de se le dissimuler par des ruses psychologiques... et effectivement peut-être que le capitalisme, par le biais de la consommation, fournit une telle ruse, s'appuie donc sur cette angoisse de mourir pour fonctionner. Mais franchement, à part quelques cas pathologiques, qui fonctionne comme ca? N'est-ce pas accorder trop de succès à cette "consommation"? et la consommation ne s'explique-t-elle pas autrement? (au delà de la satisfaction de "besoins, la volonté de distinction symbolique, par exemple).
Par ailleurs, une éthique militante ne se nourrit-elle pas du refus d'une telle finitude, quelque part? J'ai un peu l'impression que l'acceptation de la "béance du non sens de nos existences"n'est pas véritablement un trait de la psychologie militante. Le militantisme n'est-il pas précisément ce qui donne du sens à l'existence, pour un certain nombre de personnes? et puis au final, le militant n'est-il pas celui qui préfère, dans certaines situations, prendre le risque de sa vie, plutôt que persister à survivre dans une finitude qui n'est pas la sienne?
Mandela par exemple, dans son discours du 20 avril 1964 (à un tribunal hostile ; il est alors jugé pour sabotage je crois), finit comme ceci:
"J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique, dans laquelle tout les personnes viveraient ensemble en harmonie, et avec des chances égales [désolé ma traduction n'est pas terrible]. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et que j'espère réaliser. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir."
Autrement dit, n'y a-t-il pas, en face de la "finitude", quelque chose comme l'idéal, quelque chose dont la valeur est infinie, le sens est plus fort que la vie (ou que certaines situations de vie)? Ce sont des circonstances exceptionnelles, certes; et qu'il est peut être problématique de généraliser; mais cela ne nous dit-il pas quelque chose tout de même?