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Chomsky à contre-courant

Noam Chomsky, en visite à Paris en cette fin de mois de mai, est un grand savant et un intellectuel engagé courageux, mais il a aussi contribué à orienter la critique politique contemporaine sur des chemins simplistes...

Les secteurs critiques des milieux intellectuels et de la gauche, et surtout des gauches radicales, bruissent de mille feux uniformément élogieux depuis que Noam Chomsky est sur notre territoire. Ils ont, d'un certain côté raison. Tout d'abord, Chomsky est un grand linguiste, comme le montre le socio-linguiste Pierre Encrevé dans un entretien avec Sylvain Bourmeau sur Mediapart. (« Le paradoxe de Chomsky », 28 mai 2010). Et puis, depuis la guerre du Vietnam, c'est un grand intellectuel engagé, qui a combattu courageusement, de l'intérieur, l'impérialisme américain. D'autant plus, avec une insertion libertaire qui m'est particulièrement sympathique. Béret bas Docteur Chomsky et camarade Noam !

Mais...car il y a un mais...La critique des médias comme des relations internationales proposée par Chomsky, avec ses tonalités conspirationnistes, apparaît très en deçà des savoirs produits par les sciences sociales critiques aujourd'hui sur ces terrains. Elle tend même à occulter les apports de ces sciences sociales critiques au profit d'une lecture plus simpliste et manichéenne. C'est en tout cas une hypothèse à soumettre à la discussion dans un contexte où le flot d'éloges des fans enthousiastes mêle les points forts de Chomsky et ce qui me semble constituer des points faibles. En ce sens, je suis en désaccord avec Pierre Encrevé quand il indique dans l'entretien de Mediapart : « Pourtant si on lit sa critique des médias, elle n'est pas très différente de celle de Bourdieu ». J'ai essayé justement de montrer qu'il y avait des différentes importantes entre les deux critiques des médias.

Je renvoie à un article précédemment mis en ligne sur Mediapart : « Chomsky et le "complot médiatique" - Des simplifications actuelles de la critique sociale », paru initialement dans la revue Contretemps, n°17, septembre 2006, repris sur Mediapart, 12 juin 2009.

Mais ici je ne m'arrêterai brièvement que sur un seul exemple, qui interroge aussi l'adhésion spontanée, sans guère d'esprit critique, de nombreux citoyens, journalistes et intellectuels critiques aux écrits politiques de Chomsky comme un seul bloc, sans nuances. Cet exemple je l'ai déjà développé dans un texte de Rue 89 : « Autour de "Chomsky & Cie" : peut-on penser contre soi-même ? », Rue 89, 8 décembre 2008.

D'une contradiction logique de Chomsky dans un entretien avec Daniel Mermet...

J'ai ainsi repéré dans des extraits d'un entretien de Chomsky avec Daniel Mermet publiés dans Le Monde diplomatique (« Le lavage de cerveaux en liberté », n°641, août 2007) une grosse contradiction logique.

Au départ de l'entretien, Chomsky reconnaît (proposition A) :

« Le travail sur la manipulation médiatique ou la fabrique du consentement fait par Edward Herman et moi n'aborde pas la question des effets des médias sur le public [référence à Edward Herman et Noam Chomsky, Manufacturing Consent, Pantheon, New York, 2002]. C'est un sujet compliqué, mais les quelques recherches en profondeur menées sur ce thème suggèrent que, en réalité, l'influence des médias est plus importante sur la fraction de la population la plus éduquée. La masse de l'opinion publique paraît, elle, moins tributaire du discours des médias. » (p.1)

Mais plus avant dans la conversation, le même Chomsky dit (proposition B) :

« C'est d'ailleurs l'une des grandes différences entre le système de propagande d'un Etat totalitaire et la manière de procéder dans des sociétés démocratiques. (...) Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ; il instille la ligne directrice comme l'air qu'on respire. On ne s'en aperçoit pas, et on s'imagine parfois être en présence d'un débat particulièrement vigoureux. Au fond, c'est infiniment plus performant que les systèmes totalitaires. » (p.8)

Dans le premier extrait, Chomsky nous indique fort honnêtement que, n'ayant pas directement travaillé sur les effets des médias sur le public, il ne peut pas en dire grand-chose. Les études dont il a connaissance indiqueraient seulement que « la masse de l'opinion publique » serait moins influencée par les médias que sa composante « la plus éduquée ».

Dans le deuxième extrait, il pose une grande efficacité (donc des « effets » puissants) du « système de propagande » des « sociétés démocratiques ». Mais il ne peut pas s'avancer avec tant de certitude, alors que :

1) il est censé ne pas avoir de données précises en la matière ;

2) le peu qu'il peut en dire, en regard des travaux qu'il a lus, nous orienterait vers une faible efficacité sur la majorité de la population.

Ici son propos contrevient au principe de non-contradiction des arguments rationnels les uns par rapport aux autres, bref exprime un vice de raisonnement d'un point de vue logique. Pour en sortir, il faudrait insérer une série de médiations entre les deux propositions pour les rendre compatibles.

...à une double interrogation sur « le modèle de propagande » et sur le « penser contre soi-même »

Ce petit exemple nous invite à une double interrogation.

Tout d'abord, cela restreint la portée du « modèle de propagande » proposé par Chomsky dans l'analyse des médias. Il peut nous dire des choses sur le contenu des messages diffusés par les médias dominants, mais pas sur leurs effets sur la population. Or, avec le thème de « la fabrication du consentement », Chomsky (et encore plus, vraisemblablement, ses lecteurs des gauches critiques) veut quand même nous dire que ces messages sont bien efficaces, que cela produit bien un formatage de « l'opinion », une « aliénation » de la population...Or il ne peut pas rigoureusement le dire avec les méthodes (principalement l'analyse de discours puisés dans les médias et des déformations qu'ils produisent) et les données dont il dispose. Il le reconnaît d'ailleurs fort honnêtement dans le début de l'entretien du Monde diplomatique, mais l'oublie peu après...

Le deuxième problème concerne la difficulté des publics critiques qui adhérent aux thèses politiques de Chomsky (au sens de coller à) à reconnaître la contradiction logique pointée et les limites qui en découlent quant à la portée du « modèle de propagande ». Ils ont souvent avalé sans problème la contradiction à l'écoute de l'entretien sur France Inter, puis à sa lecture dans Le Monde diplomatique, alors qu'ils l'auraient vraisemblablement plus souvent perçu s'il s'était agi d'un entretien de BHL avec Claire Chazal ! Sur Chomsky, ils apparaissent souvent même énervés et agressifs quand la contradiction est désignée : « Ce n'est pas possible, puisque c'est Chomsky ! » Comment un ignoble « traître », « vendu aux médias dominants et au capitalisme », comme moi, a-t-il pu ainsi faire de « l'entrisme » au sein du NPA ? Le flot des commentaires qui suivent mon article de Rue 89 peut être lu comme une illustration de cette pente. Dans ce cas, cela signalerait a contrario une piste intéressante dans l'analyse des effets des médias, peu suivie par Chomsky mais présente dans l'analyse de « l'idéologie » par Marx et Engels : l'auto-illusionnement.

Est-ce que cela ne veut pas dire que les publics critiques oublient trop souvent que le « penser par soi-même » inclut une composante du « penser contre soi-même » ? Qu'on se doit alors d'être davantage vigilant quand il s'agit de ses propres évidences, de sa famille politique, de ses références intellectuelles, etc. ? Et que radicalité (au sens étymologique repris par Marx de « saisir les choses à la racine ») n'équivaut pas à manichéisme, mais implique au contraire complications et nuances?

Si l'on prend ces précautions : bienvenue au grand savant et à l'intellectuel engagé courageux qu'est Noam Chomsky !

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Tous les commentaires

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Ah ! je l'attendais, Corcuff !

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Merci de nous éclairer, Philippe ! Et merci du rappel du "penser contre soi-même". Comme c'est original !

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jpylg

Philippe Corcuff s'attaque à un vivant c'est formidable il nous avait habitué à penser contre les morts médiatiques (Bourdieu, Baudrillard) et plus recemment Louis Gruel. C'est bien! C'est un saut qualitatif de la critique puisqu'une réponse lui peut être faite. J'espère pour lui qu'elle le sera, cela mettrait de l'eau dans son vin. Et Philippe continue sa terrible ascension médiatique. Allez Phillipe continue de nous surprendre!

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" Ici son propos contrevient au principe de non-contradiction des arguments rationnels les uns par rapport aux autres, bref exprime un vice de raisonnement d'un point de vue logique. Pour en sortir, il faudrait insérer une série de médiations entre les deux propositions pour les rendre compatibles. "

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Quel sophiste, ce Corcuff ! Quel art de noyer le poisson !

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jpylg

J'ai jeté un coup d'oeil très rapide à votre article. Et, je suis désolé car je n'ai absolument pas saisi le problème que vous soulevez.

Ainsi, en supposant que les traductions françaises soient justes et que j'ai bien compris les extraits que vous citez (je ne suis pas allé à la source...), je ne vois absolument pas la remise en cause du principe de non contradiction à laquelle vous faites allusion, les deux affirmations étant en effet très différentes.

En résumant : (« -> » : influence)
(proposition A) média -> opinion des plus éduqués
(proposition B) média -> ligne directrice de la société.

Ne peut-on donc par exemple tout simplement imaginer que le poids des plus éduqués (cf. leur poids économique, démocratique - taux de participation...- voire doxa, structures) prime, c'est à dire un lien :
média -> opinion des plus éduqués -> pouvoir (ex : politique...) -> ligne directrice de la société.

On encore d'autres solutions ?

Merci de m'éclairer.

Bien vu Mblablabla...

Autrement dit, agissez sur les prescripteurs d'opinions d'une société et vous agirez sur la société dans son ensemble...

Il faudrait avoir l'ensemble de l'intervention de Chomsky pour pouvoir décider ou non s'il s'est réellement contredit dans ce cas précis...

@mblablabla

Remarque tout à fait pertinente et qui relève d'une analyse plus proche de la véritable logique (la seule): il n' y a pas de contradiction logique dans les propositions de chomsky, parce que ce ne sont pas des propositions logiques au sens de la logique pure (mathématique) comme peut le voir n'importe quel matheux connaissant un peu ce domaine. Il y a d'excellents articles sur les bases de la logique sur Wikipédia pour ceux qui veulent savoir ce qu'on peut appeler "proposition logique". Cela est d'ailleurs assumé explicitement par le locuteur (qui connaît sans aucun doute infiniment mieux la logique que M. Corcuff) puisque la pseudo-proposition A exprime une opinion ("paraît", "suggère") opinion qui n'est d'ailleurs pas contradictoire comme vous le dites avec celle exprimée dans la pseudo-proposition B.

Les publics critiques doivent toujours rester critiques.

Bien vu.

Est-ce que Michel Onfray prépare un nouvel ouvrage, No à Chomsky ?

Que vient faire Michel Onfray dans "cette histoire" ?

Que je sache, ce n'est ni un ami de Corcuff ni de Chomsky...

Mon cher Velveth, Onfray est partout en ce moment, même là où il ne devrait pas être !!!

Roudinesco devrait suivre assez rapidement !!!

Avez-vous pensé à aller regarder sous votre lit Clin d'oeil ?

J'y cours...

Pour le connaître un peu, il est capable de faire Argentan-Paris rien que pour se cacher sous un lit !

Le point soulevé par votre papier n'est-il pas une constante :

même la formule "penser contre soi même" peut n'être qu'une formule et susciter une adhésion admirative sans distance.

Il me semble que Chomsky, dont j'apprécie bien des positions, est aussi à analyser comme "phénomène" dans le monde intellectuel ( soit : basculer d'une adhésion à une autre, par effet de renversement et à partir de là, faire groupe). C'est ce que je retiens de vos lignes. L'adhésion ne concerne pas que les moules.

Le compliqué est de maintenir de l'engagement, de la conviction sans adhérer ...

Je converge avec vous sur deux grands points :

 

- ceux qui voudraient "adhérer" au "penser contre soi-même" comme d'autres adhérent à Chomsky (ou à Marx, ou à Freud, ou à Onfray...) seraient dans un cas de figure analogue;

 

- il vaudrait mieux parler d'engagement (ménageant une autonomie personnelle et des marges de distanciation critique) que d'adhésion (comme on parle d'"adhérents" des associations, des partis et des syndicats). Et d'ailleurs ceux qui sont en dehors des associations, des syndicats et des partis ne sont parfois pas moins adhérents (en ce sens de coller à) que ceux qui s'engagent dans ces organisations; le cas de l'adhésion à Chomsky comme plus largement nombre de modes d'expression sur internet révèlent beaucoup d'adhérents en ce sens (ou de croyants) parmi ceux qui se croient libres de toute attache associative, syndicale ou partisane.

 

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" la formule "penser contre soi même" peut n'être qu'une formule "

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C'est une formule, chère Marielle, particulièrement bidon.

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La véritable difficulté est de penser par soi-même.

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Pour cela, il faut d'abord apprendre à se méfier des intellos bidon - et pire que tous, les intellos dogmatiques et sectaires, camouflés sous le manteau du philosophe et armés de ses techniques - qui prétendent vous y aider et qui, en réalité, vous en empêchent.

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jpylg

Pour ceux qui veulent intervenir, en développant des thèses et des hypothèses, sans lire le texte concerné donné en lien (n'est-on pas là à un pic du rationalisme critique des Lumières! mais c'est si courant sur internet en général et sur Mediapart en particulier), j'indiques que la fin de l'entretien du Monde Diplomatique indique : "Propos recueillis par Daniel Mermet, revus et corrigés par l’auteur".

 

Je ne suis pas hostile, bien au contraire, à l'exploration de toutes les hypothèses permettant de sauver la cohérence logique de ces propos de Chomsky. Mais ceux qui iront lire le texte concerné n'y trouveront pas les médiations pour l'instant proposées.

 

Par ailleurs, il ne s'agit pas dans l'analyse de Chomsky ici (et en général sur les médias) du poids économique et politique général des "plus éduqués", mais de "propagande", de "manipulation médiatique", d""opinion publique" et de "fabrication du consentement". Ce qui est plus précis, et renvoie à des effets de la "propagande" dominante sur les populations.

 

Les "plus éduqués" dont parle Chomsky ne sont pas ceux qui produisent la "propagande", mais ceux qui la gobent le plus facilement : par exemple selon les critères de Chomsky, une grande partie des blogeurs de Mediapart, qui semblent avoir un capital scolaire moyen plus élevé que la majorité de la population.

 

Le premier passage parle de "l'influence des médias" et le second d'efficacité ("efficace") du "système de propagande". Ce qui m'est apparu fort analogue, d'autant plus que dans d'autres passages et écrits Chomsky associe médias et "propagande".

 

Enfin, mon propos ne visait pas à invalider en général la pensée de Chomsky, bien au contraire, mais à pointer une contradiction et des limites à ses écrits politiques sur les médias. Ce qui apparaît comme une démarche beaucoup plus modeste.

 

Mais le croyant ne peut imaginer que son idole pourrait, comme n'importe quel humain (comme l'auteur de ce texte), produire des contradictions logiques. Il faut donc diviniser le grand intellectuel, et éloigner toute perplexité susceptible de nuire à une croyance en bon ordre de marche. Et c'est comme cela que certains éteignent les Lumières en se présentant à leur service!

 

Comme le note le philosophe Clément Rosset dans Le réel. Traité de l'idiotie (1977) : "Il n'est pas de remède contre la clairvoyance : on peut prétendre éclairer celui qui voit trouble, pas celui qui voit clair".

Euh, je m'excuse Philippe Corcuff mais je ne connais pas, très peu plutôt, Noam Chomsky et vous pouvez (vous ou un autre) le déboulonner (ou pas) tant que vous voulez que ça ne me fera ni chaud, ni froid...

"Les "plus éduqués" dont parle Chomsky ne sont pas ceux qui produisent la "propagande", mais ceux qui la gobent le plus facilement : par exemple selon les critères de Chomsky, une grande partie des blogeurs de Mediapart, qui semblent avoir un capital scolaire moyen plus élevé que la majorité de la population."

Malgré ma petite tête, j'avais quand même bien compris ce que voulait dire Chomsky et ce que vous avez relayé, et je pense que Mblablabla aussi, nous disions seulement que ces "plus éduqués" pouvaient être des prescripteurs d'opinion assez influents dans une société, voilà tout...

En ce qui me concerne, ne voyez aucune attaque personnelle contre vous, il ne s'agissait que d'essayer de trouver une explication à ce qui vous semble être une contradiction du discours Chomskyen !!!

De là à nous renvoyer à un Traité de l'idiotie ???

La formule "le poids des plus éduqués (cf. leur poids économique, démocratique - taux de participation...- voire doxa, structures) prime" de Mblablabla ayant quelques ambiguïtés, j'ai préféré préciser les choses, au cas où... Mais cela ne signifiait pas que je pensais que vous n'aviez compris.

 

Contrairement à d'autres interventions, je n'ai pas vu d'"attaque personnelle" dans vos interventions, pour l'instant, comme ce que je dis de Chomsky (sur fond d'admiration pour son oeuvre savante et pour son engagement) ne constitue pas, selon moi, une "attaque personnelle" (ni un "déboulonnement").

 

Mais pourquoi "expliquer" d'abord une contradiction en éliminant la dite contradiction, en retrouvant la cohérence (nécessaire?) du Grand Intellectuel?

 

Une dernière précision : "idiotie" n'est pas quelque chose de disqualifiant chez Clément Rosset, mais quelque chose de positif; cela renvoie au grec idiotès (particulier, unique), c'est la saisie d'une "singularité stupéfiante, comme émergence insolite dans le champ de l'existence".

"Contrairement à d'autres interventions, je n'ai pas vu d'"attaque personnelle"

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Entendons-nous bien: il est bien évident que "noyer le poisson" et "conservateur" sont d'insupportables attaques personnelles.

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J'avoue cependant, pour être tout à fait honnête, comme on dit dans certains milieux, que "sophiste" et "intello bidon", ce n'est pas particulièrement flatteur.

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jpylg

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Si j'avais été dur, j'aurais ajouté : pédant.

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jpylg

Bien reçu Philippe Corcuff...

Et bien compris aussi (du moins je le pense) le cheminement intellectuel qui consiste à "expliquer" obligatoirement (pour certains d'entre nous) une incohérence relevée chez un Grand Intellectuel et ce justement parce qu'il en est un...

Pour "l'idiotie", n'ayant pas fait de Grec et n'ayant pas lu l'ouvrage de Clément Rosset, je l'avais pris au sens qu'on lui donne en général dans la vie courante.

Merci de vos explications.

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" En ce qui me concerne, ne voyez aucune attaque personnelle contre vous "

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En ce qui me concerne, Philippe Corcuff, j'espère que vous comprenez bien que ce que je suis en train de dire, c'est que vous êtes - pour dire le moins - un conservateur.

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jpylg

@P.Corcuff,

Monsieur, j'avoue ne pas bien comprendre les contradictions que vous soulignez.

1°Parce qu'il n'y a pas, à ma connaissance d'Etat Totalitaire (ET) d'un coté et de l'autre des Etats démocratiques (ED )mais un continuum où les ET peuvent avoir des dessous démocratiques et les ED des positions totalitaires ( cf aujourd'hui même sur Médiapart l'article de grande tenue de Grandmaison sur la démocratie à la française) et partant avoir, vis a vis des appareils idéologiques d'Etat ( cf sur ce point : l'étendue de leur contrôle), des politiques infiniment complexes ( Réfléchir sur ce point entre le Vénézuela et Cuba, la France, l'Italie et les Pays-bas ou l'Angleterre).

2°Par ce que le système de propagande, je préfère parler de manipulation, s'articule autour de sa plus grande efficience. Tout communicant vous le démontrera sans problème et que l'efficience pour un ET n 'est pas la même que pour un ED. Ne serait-ce que par rapport à la classe moyenne qu'il convient soit d'écraser et de taire soit de circonvenir.

3° Par ce que le "penser contre soi-même" me parait un cocncept un peu glauque. Tend-il a remplacer ce que nous appelions jadis l'aliénation? ou la Réification?

Ainsi l'ED ne cherche à toucher que" les classe éduquées" parce qu'elles sont celles qu'il veut agglomerer à sa puissance alors que l'ET vise avant tout à les faire taire à les maintenir dans des rangs cernés et contrôles par "le peuple" ( c est a dire ceux que l'on désigne comme tel et que l'on instrumentralise et traumatise par un type de discours spécifique en jouant de symboliques souvent connues et repérées ( voir par exemple la propagande- manipulation auquel le dernier film de Bouchareb a donné lieu).

4° Par ce que Chomsky est plus attaché aux origines internes du discours ( sa réception et son émission) qu'à son contenu .En cela contrairement à Bourdieu et à Goldmann.

5° Mais tout cela ma parait broutille.

Avec mes meilleurs sentiments.

 

Dès que Chomsky paraît, Philippe Corcuff cite Philippe Corcuff... L'enjeu doit être important.

Passons sur la "tonalité conspirationniste" attribuée à un ouvrage de 653 pages (La fabrication du consentement, dans la nouvelle traduction aux éditions Agonne), sur la base d'une dizaine de citations dont la plupart sont tronquées ou décontextualisées pour leur faire dire... ce que tout l'ouvrage réfute.

Quelques mots sur la prétendue "contradiction logique" qui, selon Philippe Corcuff, "restreint la portée du « modèle de propagande » proposé par Chomsky". Cette contradiction n'existerait que si l'efficacité dont parle Chomsky était l'efficacité de la propagande sur la population. Or il ne dit rien de tel.

Mais évidemment seuls des esprits simplistes, incapables de penser contre eux-mêmes ( et de saluer, par conséquent, la finesse de Philippe Corcuff), auront relevé ce petit trucage qui tient lieu de complexité nuancée.

Citations "tronquées" et "trucage" : la conspiration n'existerait pas dans les écrits de Chomsky sur les médias, mais pour les croyants de l'Eglise chomskienne de la critique des médias il y aurait bel et bien un obscur "complot" derrière ces critiques...

 

Ne flirterait-on pas là de nouveau avec une contradiction logique?

 

Et s'il n'y avait dans les critiques de certains aspects des écrits de Chomsky que de simple critiques, localisées, non générales, contreversables, sans rien d'autre "derrière" ?

 

Mais quand on hésite entre James Bond et Monseigneur Lefebvre, ce n'est pas possible!

Plus c'est gros... Allons, allons, Monsieur Corcuff... Pourquoi préférez-vous dénoncer une variété de conspirationnisme que de répondre à des arguments? Parce que c'est à la mode ou parce que c'est votre mode? Faut-il vous répondre sur le même ton? Quiconque n'est pas un dévôt de la secte corcuffienne serait un illuminé de la secte chomskienne? Suffit-il, pour ne pas répondre à des arguments, de répliquer que les questions que l'on vous pose relève d'un interrogatoire policier?

Non, il n'y a pas de contradiction logique entre deux énoncés qui ne portent pas sur le même objet.

Oui, critiquer un ouvrage sans restituer ses arguments, en prélevant quelques citations tronquées ou sorties de leur contexte ne permet pas une discussion rationnelle.

 

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La stratégie de Corcuff (et ses semblables) est simplement grossière.

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Mais comme l'avait dit en son temps cet autre penseur pour soi-même qu'était Barnum: "Plus c'est gros, plus ça passe".

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jpylg

Contradictions ? Je dirais plutôt tour de passe-passe. Les éléments manquant pouvant être explicités ou pas.

Les visions de génie deviennent vite des mets en conserve pour intellos...

Toute pensée de "l'aliénation" n'est-elle pas confrontée au fait qu'elle prétend échapper à un conditionnement dont elle pose l'asolu ?

Enfin une question stimulante qui ouvre l'espace du questionnement, plutôt que de chercher à rassembler les croyants d'une église!

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@ Philippe Corcuff

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Enfin une question stimulante, dites-vous...

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Je n'ai rien contre les questions, certes; mais je n'ai rien contre les affirmations non plus.

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J'en ai vu quelques unes vous concernant que je trouve tout-à-fait aussi stimulantes que des questions.

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jpylg

 

Le film d’olivier Azam et Daniel Mermet « Chomsky et compagnie » édité par les mutins de Pangées se termine par une invitation « militante » de Chomsky à l’ascencion du Pic du Canigou.

Par ce clin d’œil, Chomsky rappelle à la foi, un souvenir de jeunesse quand avec son épouse il entreprenait cette ascension, (ce qui lui vaut l’admiration inconditionnelle de tous les Catalans), mais aussi il souligne que son but premier est de combattre le renoncement face à l’obstacle qui n’est qu’en apparence insurmontable. Contre les différentes formes de pouvoir et les idéologies qui les justifient, il montre que les changements sociaux sont à notre portée.

Alors que bon nombre d’intellectuels, sont dans la résignation, le cynisme conformiste ou la pensée molle, rien que pour cette invitation à en finir avec la fabrique de l’impuissance et ses chiens de gardes intello, Chomsky mérite notre respect et notre admiration. Là aussi réside la clé du retentissement de sa visite en France.

Face à l’intellectuel qui a développé le concept de « l’auto défense intellectuelle » et qui ne cesse de nous inviter à développer par nous même une pensée critique contre les différentes formes de pouvoir et les idéologies qui les justifient, lorsque la corne de brume sonne dans le brouillard : il faut rester vigilant…ne pas perdre notre esprit critique face à Chomsky ! Bienvenue Noam !!

J’ai du mal à prendre au sérieux la corne de brume.

Chomsky est un penseur qui répond à trois critères

1) Inlassable…son engagement militant contre l’impérialisme de son propre pays n’a jamais cessé, ni faibli.

2) Implacable…il poursuit la mise à nu des mécanismes de domination avec une détermination admirable

3) Inclassable…en fait c’est sur ce point que la corne de brume fait couac. Chomsky n’appartient à aucune chapelle idéologique. C’est pourquoi parler d’ « église » concernant Chomsky est selon moi un contre sens de première grandeur.

Il n’y a pas d’hagiographie, ni de prêt à penser chez lui. Il ne cherche pas à nous faire penser comme lui pense, mais il s’emploie à nous faire comprendre que nous pouvons provoquer des changements.

« Le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changements » Noam Chomsky.

+1

"C’est pourquoi parler d’ « église » concernant Chomsky est selon moi un contre sens de première grandeur."

Malheureusement, le prophète désigné fondateur d'une église, est très souvent, sinon toujours, désigné contre sa volonté .

Effectivement, en parlant d'"église", je visais des adeptes, des croyants, mais pas Chomsky lui-même. Même un penseur rationaliste et libertaire peut faire l'objet d'usages para-religieux et dogmatiques...

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" Même un penseur rationaliste et libertaire peut faire l'objet d'usages para-religieux et dogmatiques..."

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Effectivement, cher Philippe ! Vous commencez à devenir intéressant dans votre démarche d'éveil de la conscience...

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Comme vous le dites: un penseur qui se croit rationaliste et libertaire peut faire l'usage d'objets para-religieux et dogmatiques...

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jpylg

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Très bon résumé !

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J'en retiendrai surtout ceci :

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"Chomsky n’appartient à aucune chapelle idéologique. "

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C'est ce qui lui vaut d'être taxé de simplisme par des penseurs bidon qui voudraient se faire passer pour révolutionnaires et qui sont des conservateurs de première ...

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jpylg

Philippe,

1. Vous devriez ne pas vous citer autant, citer des articles écrits par vous, renvoyant à d'autres articles. C'est un argument d'autorité, de fait.

2. Je résume la question à l'interview de Chomsky versus votre article d'ici. D'autant plus que je ne saurais dire quelque chose de l'oeuvre de Chomsky. Mais Chomsky intervenant dans le champ politique, se prêtant donc à l'exercice d'être critiqué par quiconque, dans ce texte, je peux intervenir. Comme tout un chacun. Mais à ma façon.

3.Je suis d'accord avec la contradiction logique que vous soulignez.

4. J'ajoute que ce texte commence par une référence à une opinion publique révélée très classiquement par des sondages, sondages dont il n'est rien dit, Opinion publique opposée aux dépenses militaires US et favorables à un Proche-orient dénucléarisé.

Qu'est donc cette opinion publique populaire et éclairée qui s'exprime si étrangement lors des consultations électorales, lesquelles sont des sondages des plus remarquables?

5. Chomsky attribue le succès du nazisme en Allemagne dans les années 30 à une efficacité des techniques de marketing. Des historiens proposent une approche plus complexe...

6. Chomsky est un propagandiste de la liberté d'expression telle que conçue aux USA, qui permet aux héritiers des tueurs racistes du Ku Klux Klan de s'exprimer.

Il critique alors les "intellectuels français". Lesquels ne sont pas tous attendris à l'idée que les négationnistes s'expriment, au contraire de Chomsky. Cette liberté d'expression, censée sans limites, est-elle utilisable concrètement par des anticonformistes d'extrême-gauche dans ces USA qui ont vu exterminés, entre autres, le Black Power? Cette conception de la liberté d'expression n'est-elle pas conforme à cette société néolibérale où les idées sont indifférentes, ou plutôt strictement équivalentes à leur valeur marchande et publicitaire?

7. Ce que dit Chomsky de Lénine et Trotsky est caricatural. Mais ce n'est décidément pas un historien.

8. L'anarchie définie par un "dépassement des structures d'autorité et de domination": qui en dehors des capitalistes est contre?

Cher Pascal,

 

Merci pour ces précisions.

 

Juste des pistes complémentaires sur une de vos interrogations. Citer mes propres articles en référence ne me semble pas renvoyer dans ce cas à un "argument d'autorité". Si on parle de mon "autorité" dans le monde savant, elle est énormément moins importante que celle de Chomsky (en tant que grand linguiste). Si on parle de mon "autorité" dans le milieu des citoyens critiques et radicaux, elle est aussi énormément moins importante que celle de Chomsky. Et dans les deux cas, la disproportion s'aggrave énormément à mon détriment si on se place à une échelle internationale (et non plus seulement française). Face à la double "autorité" énorme de Chomsky, savante et politique, je n'ai que les petits outillages artisanaux de mes raisonnements et de mes arguments à visée rationnelle.

 

Par contre, il est vrai qu'il peut y avoir des traces de pente narcissique dans le fait de me citer moi-même, pente narcissique adossée à certaines habitudes académiques. Or il me semble que ces habitudes imbriquent de manière difficilement dissociable pratiquement des pentes négatives (narcissiques) et positives (des dimensions techniques du travail intellectuel). On construit souvent dans les milieux universitaires ses raisonnements, ses arguments et ses travaux en référence à ses travaux antérieurs, qui constituent des points d'appui (des sortes d'échafaudages) pour ces travaux ultérieurs.C'est un problème général des travaux intellectuels, qui si on les juge sous le seul angle critique seront appréhendés dans leurs pentes narcissiques en oubliant l'aspect technique.

 

Là c'est le problème formulé en général (et qu'on peut pointer dans nombre de textes que je peux écrire, sur Mediapart ou dans mes textes académiques, comme chez nombre de mes collègues). Si on passe au cas particulier de mon billet, il y a des spécificités fortes qui viennent atténuer ce problème :

 

- Je voulais inviter à une distanciation critique vis-à-vis de Chomsky, qui ne soit pas une invalidation générale (notez que dans nombre de commentaires la possibilité même d'une petite critique est ressentie par beaucoup comme une invalidation générale inacceptable), mais simplement ouvrir la possibilité d'un petit pas de côté, se proposant d'outiller les esprits les plus critiques d'une réflexivité critique supplémentaire leur évitant de participer à un "culte de la personnalité" non critique d'un esprit critique comme Chomsky (car on se trouverait là face à une autre contradiction logique : l'attitude a-critique vis-à-vis de personnalités qui nous invitent comme Chomsky à développer notre esprit critique).

 

- Pour ce faire, je ne voulais pas répéter ce que j'avais déjà écrit sur Chomsky, d'où la référence à ces textes antérieurs, en particulier celui qui critiquait de manière développée "le modèle de propagande" de Chomsky (dans la revue ContreTemps, repris sur Mediapart, ce qui avait déjà suscité à l'époque nombre de commentaires et controverses). Ces textes participaient des échafaudages de ce nouveau texte. Quant au texte de Rue 89, ce nouveau texte n'en était qu'un prolongement à l'occasion de la venue de Chomsky à Paris.

 

- Si les travaux de Chomsky sont fortement reconnus dans le monde universitaire français sur le plan de leur apport théorique à la linguistique, ses écrits concernant la critique des médias sont très largement considérés dans les sciences sociales critiques françaises (je dis bien les courants critiques de la sociologie, de la science politique et des sciences de la communication et de l'information, en particulier ceux qui se réclament de la sociologie de Bourdieu, mais d'autres aussi comme ceux qui se réfèrent aux "cultural studies" et d'autres) comme trop simplistes. Si bien que Chomsky n'est presque jamais cité en France dans les bibliographies des travaux (ou même les manuels) universitaires traitant de manière critique des médias. Ce faisant, il n'y a presque rien d'écrit dans les sphères universitaires françaises critiques sur la critique chomskyenne des médias, à cause d'une sorte de désintérêt implicitement très critique. Mon texte de ContreTemps est un des rares articles français prenant appui sur les sciences sociales pour critiquer la critique des médias de Chomsky. Et ce n'est pas dans une revue académique, mais une revue politique. Car, étant par ailleurs militant des gauches radicales et altermondialistes, je sais que la critique chomskyenne des médias a, par contre, de forts échos dans ces milieux, contrairement au milieu universitaire critique français.

 

Bonsoir,

Suite à votre réponse dont je viens de prendre connaissance, je me suis permis de vous relire rapidement ainsi que le lien de référence. La contradiction que vous mettez en avant et que je ne comprends pas bien ne tient-elle pas aux faits que vous comparez, à mon avis à tort :

 

I) deux types d'études différentes :

- des études sur « l'influence des médias sur l'opinion de la population », faites en nombre insuffisant (A) versus suffisant (non A)
- avec des études réalisées - elles en nombre suffisant - sur l'étendue des débats publics et qui ont démontré que ces débats se font « dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires » (B)

 

II) efficacité du système de propagande (contrôle des sociétés démocratiques tout en donnant le change, l'impression que la parole est libre) et changement de l'opinion majoritaire :

- l'effectivité d'un changement d'opinion de la majorité de ceux qui sont soumis aux médias (non A) ?
- l'« efficacité du système de propagande » (B)

Chomsky ne met-il pas d'ailleurs en évidence un déficit de démocratie, c'est à dire la non représentation des opinions de la majorité (dans ce système de propagande) ?

 

@CORCUFF

1- Le penser contre soi même m'a toujours paru une ressucée du doute méthodologique, avec une nuance de modernisation dans ce que ça contient de mesures de précaution contre les influences groupales subies, pas assez conscientes (ethnocentrisme, sexocentrisme, classocentisme,etc.).

C'est seulement la vigilance critique appliquée à sa propre pensée. Sans quoi pas de science. Pas de philo, voire pas de pensée. Une sorte de truisme autodéfinissant de la pensée. Pas de quoi casser trois pattes à un canard.

2- à vous relire attentivement, alimenté par vos précisions apportées sur le fil, je ne suis pas sûr que la contradiction que vous relevez soit si patente que cela. la première assertion porte sur son approche scientifique, ses limites, et l'accessibilité remarquable des classes cultivées à l'influence des médias, ce qui est encore un truisme (ceux qui lisent et écoutent les arguments y sont plus sensibles que les autres). La seconde sur le caractère insidieux de la guerre idélologique en démocratie. Ces deux assertions ne se téléscopent pas, se complètent, et peuvent très bien cohabiter.

Enfin attirer l'attention sur la sorte de coup d'Etat permanent que les dirigeants tentent d'opérer, et sur les moyens dissimulés qu'il metttent en oeuvre pour aboutir, ne peut pas sérieusement être traité de conspirationisme. Il suffit de fréquenter un tout petit peu des gens au pouvoir, d'avoir été chargé de quelques négociations pour s'en apercevoir.

La manipulation décrite par NC est un souci constant, activement réfléchi, et qui foire heureusement, souvent.

 

 

@ pascal b

D’habitude je lis vos commentaires sans éprouver le besoin de vous répondre et ce pour une raison simple : ce que vous pouviez dire, même si j’avais des réserves, allait dans ce que je considère être le bon sens du combat pour l’émancipation.

Chomsky arrive à Paris et c’est la monté au créneau. J’ai dit cela avec amusement en parlant de corne de brume pour ne pas désigner la sensibilité politique qui s’exprime sur le sujet et avec l’objectif de ne pas froisser cette sensibilité qui à mes yeux joue une partition intéressante et vivifiante dans le concert idéologique de notre pays.

Mais là de quoi avez-vous peur sinon de vous-mêmes ?

Les intellectuels qui déglinguent le libéralisme avec le talent et l’audience de Chomsky sont-ils si nombreux ?

Connaissez-vous beaucoup d’intellectuels Américains qui viennent à la rencontre de syndicalistes Français comme le fait Chomsky le 30 mai à la maison des métallos ?

Croyez vous que Chomsky va se présenter en sauveur suprême devant les 4 syndicalistes qu’il va rencontrer ?

L’ « opinion publique » dont parle Chomsky ? c’est tous ceux à qui on ne demande jamais l’avis, ceux qui sont « ailleurs » il dénonce sans se lasser la domination idéologique Américaine, et en démonte les rouages :

« Que désigne le terme de « communauté internationale » ? Si on regarde les choses de près, on se rend compte que la « communauté internationale » désigne en fait les Etats-Unis et tous ceux qui sont d’accord avec eux. Tous les autres ne font pas partie du reste du monde. Ils sont ailleurs. »

(Conférence prononcée au Harvard Mémorial Church à Cambridge, Massachussetts.) Que Chomsky soit soumis à la critique comme tout penseur c’est pour moi une évidence. Mais voyez vous il ne me vient pas une seconde à l’esprit de considérer la venue de Chomsky « à contre courant » de mes combats. Je n’éprouve aucune crainte, et je ne me sens pas suffisamment « pur » dans mon esprit critique pour alerter mes concitoyens : Attention Chomsky est dans les parages sortez votre « esprit critique » vous allez fréquenter le « négationnisme », la caricature du léninisme et du trotskisme, peut-être même permettre au Ku Klux Klan de s'exprimer.

Si j'avais eu la possibilité, je serais allé écouter Chomsky qui n'est pas du tout un adversaire pour moi.

Corcuff cite un article de Chomsky, le critique, et je trouve qu'en effet cet article est décevant.

Le terme "opinion publique" fut critiqué par des politistes, tout en restant difficile à éviter. C'est une question politique importante. Le risque est de construire une image mythifiée du peuple, et de méconnaitre les clivages qui le traversent. La façon dont Chomsky intervient dans cet article me semble criticable.

Lorsqu'à la fin des années 90, Bourdieu a soutenu les luttes existantes et investi son autorité dans ce soutien , ses interventions politiques n'ont pas toujours été applaudies dans la gauche de gauche.

Mon titre "Chomsky à contre-courant" ne signifiait pas que Chomsky allait à "contre-courant" de mes combats émancipateurs et des combats émancipateurs en général. Le "à contre-courant" signifiait que j'allais à "contre-courant" d'un certain consensus dans les milieux critiques auxquels je participe, consensus dans lequel l'esprit critique m'est apparu peu présent (ce qui semble paradoxal vis-à-vis d'un penseur qui appelle fermement au développement de l'esprit critique; ce paradoxe ne concernant pas Chomsky lui-même mais ses admirateurs français). Bref j'exprimais une sorte de sympathie critique (ce que Bourdieu appelait un "soutien par la critique" pour l'opposer aux formes d'adhésion en bloc qui ont fait tant de dégâts par le passé).

"Il n’y a pas d’hagiographie, ni de prêt à penser chez lui. Il ne cherche pas à nous faire penser comme lui pense, mais il s’emploie à nous faire comprendre que nous pouvons provoquer des changements."

C'est bien cela qui me frappe: quelques choses très chères chez cette grande figure, voire, on le sent d'abord: " modeste", et ensuite, on le voit "lumineux".

++1

A M. Corcuff,

Je trouve, pour le moins osé de produire une critique de Chomsky en s'appuyant sur deux extraits d'une interview...

Pour contrer l'analyse que vous dites "conspirationniste", il faudrait, à mon avis, en se basant sur un (ou plusieurs) exemple(s) précis tiré(s) de La Fabrication du Consentement, donner des arguments prouvant l'invalidité (ou l'insuffisance) du "modèle de propagande" élaboré par Herman et Chomsky. Bref, aux faits et aux raisonnements SUR CES FAITS, il faut pouvoir opposer d'autres faits ou d'autres raisonnements sur ces mêmes faits. Les exemples de propagande sont légions dans les livres de Chomsky : pourquoi ne pas reprendre les analyses que Chomsky fait des assassinats politiques en Amérique centrale et dans les pays de l'Est afin de nous montrer que ses raisonnements sont fallacieux ou "conspirationnistes" ? Et si, à lissue de votre propre analyse, les rélfexions chomkyennes se révèlent insuffisantes, il serait alors judicieux d'expliquer à quoi, selon vous, on peut attribuer le traitement médiatique différencié des assassinats au Salvador et en Pologne (si vous constatez que ce traitement est bien différencié). Bref, il faut se plonger dans les sources et montrer PREUVES à l'appui que ces auteurs ont tort. Par ailleurs, si, dire que les programmes et la vision des événements proposés par TF1, FR2 ou Le Monde sont déterminés par les propriétaires de ces médias, la publicité, les sources d'information... (les filtres décrits par Herman et Chomky) vous semble inacceptable, il faut alors nous expliquer pourquoi les points de vue de ces médias sont très proches les uns des autres lors des guerres menées par les Etats-Unis, lors de grands débats comme celui sur le TCE, celui actuel sur les retraites...

Cordialement.

 

Pour cela, je renvoie à l'article cité au début de l'article : « Chomsky et le "complot médiatique" - Des simplifications actuelles de la critique sociale », paru initialement dans la revue Contretemps, n°17, septembre 2006, repris sur Mediapart, 12 juin 2009 .

 

Ce billet avait une visée plus ponctuel, et concernait la question des "effets" et de "l'efficacité" de ce que Chomsky appelle "propagande".

 

Sur la question des "faits" : j'ai appris dans les sciences sociales qu'ils ne sont jamais des "faits bruts", mais sélectionnés comme faits pertinents par une grille d'analyse implicite ou explicite. Ainsi l'historien Marc Bloch nous indiquait:

"les textes, ou les documents archéologiques, fût-ce les plus clairs en apparence et les plus complaisants, ne parlent que lorsqu'on sait les interroger" (dans Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien, manuscrit écrit vers 1941-1943)

Et les sociologues Pierre Bourdieu, Jean-Claude Chamboredon et Jean-Claude Passeron renchérissaient :

"il faut se garder d'oublier que le réel n'a jamais l'initiative puisqu'il ne peut répondre que si on l'interroge" (Le métier de sociologue, 1968).

 

J'ai proposé la notion de "trame narrative" dans l'article de ContreTemps, pour indiquer comme les faits, les personnages et les événements sont plus ou moins associés dans une narration, un récit, portant déjà des éléments d'interprétation. Aux trames narratives qui me semblent principales chez Chomsky (l'une avec des tonalités conspirationnistes, l'autre avec des tonalités économistes), j'ai proposé d'autres trames narratives tirées de Marx, de Bourdieu et des "cultural studies" contemporaines.

Mêmes réinterprétés, analysés et discutés, les événements ont bien lieu : il s'agit, je crois, pour Chomsky de montrer qu'il existe en quelques sortes deux poids-deux mesures pour le traitement de ces événements dans les médias : quantitativement et qualitativement, les articles consacrés d'une part aux assassinats en Amérique centrale et d'autre part à la mort d'un prêtre polonais, différent très fortement dans les médias américains. A quoi, selon vous peut-on attribuer une telle différence de traitement ? Chomsky et Herman, quant à eux, l'expliquent grâce à leur modèle de propagande et aux "filtres" de ce modèle. Si leur explication n'est pas la bonne, quelle autre pouvons-nous avancer ? Pour expliquer, il n'existe, à mons avis qu'une seule voie : se plonger dans les sources et tenter de trouver des causes aux phénomènes observés autres que celles avancées par Chomsky. Tout le reste est, à mon sens, sans intérêt dans la recherche de la vérité. Comme disait Marc Bloch : « les causes en histoire, pas plus qu'ailleurs, ne se postulent. Elles se cherchent »

Cordialement.

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" Tout le reste est, à mon sens, sans intérêt dans la recherche de la vérité. "

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Vous n'avez pas encore compris que, pour Corcuff, la presse est très bien dans une société qui est très bien ?

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Surtout quand on l'aura améliorée grâce à ses prises de position solidement référencées et ses fines analyses politologiques.

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jpylg

Remplacer "faits" par "événements" ne fait pas disparaître le problème épistémologique : filtrer les "faits" (ou les "événements") pertinents (le traitement de la cause palestinienne dans les journaux occidentauix ou le traitement d'Israël dans les journaux des pays arabes, le traitement de BHL par Le Point ou le traitement de Noam Chomsky par Le Monde Diplomatique, etc.), découper ce qu'on va faire entrer dans ces "faits" (ou "événements"), c'est-à-dire l'ampleur de la focale (par exemple, un temp t ou un espace temporel plus large, tel article du Figaro ou du Monde ou une série d'articles du Figaro ou du Monde, etc.), lier les "faits" (ou les "événements") dans des phrases et des récits portent déjà l'ombre de l'interprétation sur les "faits" (ou les "événements"). On ne peut donc pas se contenter de dire que les "faits parlent d'eux-mêmes" ou que "les événements sont survenus" (même "fût-ce les plus clairs en apparence et les plus complaisants", comme le rappelle Marc Bloch), même s'il y a bien une factualité dont on doit rendre compte (de larges secteurs des sciences sociales contemporaines, s'ils sont prudents quant à la construction des faits et pluralistes quant aux interprétations possibles, ne sont pas pour autant relativistes au sens du "tout se vaut").

 

Dans l'article cité de ContreTemps, je suggère que les notions d'auto-illusionnement idéologique chez Marx et Engels, de "champ journalistique" et d'"habitus" chez Pierre Bourdieu ou de "codage/décodage"de Stuart Hall sont plus pertinents pour rendre compte du type de dissymétries et de déformations pointées par Chomsky, dans des théories plus amples des rapports sociaux, que "le modèle de propagande".

 

La vérité est une bien une recherche, mais qui ne s'arrête pas plus devant l'apparente évidence de tel "fait" (ou tel "événement"), que devant LA Théorie supposée Miracle ou Le Penseur Génial...

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" LA Théorie supposée Miracle ou Le Penseur Génial..."

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Ou le perroquet dogmatique, inconscient des mécanismes qui le meuvent...pas plus que des intérêts qu'il sert...

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jpylg

 

Je n'ai jamais affirmé qu'il fallait suivre Chomsky aveuglément aussi génial soit-il. Mais je reviens donc à mon interrogation : si vous pensez que le "modèle de propagande" élaboré par Chomsky et Herman est insuffisant pour analyser l'interprétation par les médias des événements (je vous donnais l'exemple des assassinats politiques) et que vous penchez plus pour une analyse inspirée de Bourdieu etde Marx, à mon sens, le plus intéressant serait de tenter ce type d'approche (à propos des guerres impériales, du TCE, ou de quelque autre sujet que ce soit). Je n'ai pas votre culture générale, je ne connais pas Stuart Hall et je n'ai pas lu beaucoup de Bourdieu, mais simplement, je trouve qu'une bonne théorie est celle qui se rapproche le plus de l'idée que l'on se fait de la vérité et qui, par ailleurs, vise à l'émancipation de chacun. Les faits sont peut-être construits, mais pour le moment, j'ai pu nuancer certaines approches de Chomky en lisant d'autres livres sur les mêmes sujets (par exemple le livre de Charle sur la Presse), mais : tous ces livres se fondent sur des sources et, à partir de ces sources, proposent une interprétation de l'évolution de la presse et des médias. Bref, une étude sur l'histoire des chevaliers de l'an Mil au Lac de Paladru ne peut être remise en cause que par une autre étude sur les chevaliers de l'an Mil au Lac de Paladru (ou sur des chevaliers d'un lac voisin). Je ne goûte pas trop l'exégèse sur un auteur dont toute la vie est (ou fut) tournée vers l'action : untel relisant Barthes, qui lui relit Michelet... Les livres de Michelet sont des actes politiques et historiographiques incroyables, visant à émanciper l'humanité. Le reste (le style de Michelet...) ne m' apporte pas grand chose : cela me rappelle Latour relisant Einstein, j'ai passé un bon moment... mais à rire.

En tous les cas, je vous remercie d'avoir pris temps de me répondre.

Cordialement.

Ps : sur votre conseil, je lirai, si j'ai le temps, des livres de Hall et de Bourdieu

Je converge avec vous : la concentration sur l'exégèse d'un auteur apparaît comme une entrée trop limitée d'un point de vue scientifique. C'est une tendance théoriciste liée à l'utra-spécialisation du travail académique. Mais un autre écueil, et une autre tendance de l'ultra-spécialisation du travail académique, est plutôt empiriste cette fois : elle s'intéresse à certains "faits", qui parleraient d'eux-mêmes, indépendamment du mode de filtrage et de construction théorique des dits "faits". Les sciences sociales, empiriques-théoriques, naviguent entre ces deux écueils.

 

C'est pourquoi dans l'article de ContreTemps, je me suis arrêté sur Marx-Engels, Bourdieu et Hall pour formuler un problème précis : celui de l'analyse des médias dans le rapport avec le modèle de Chomsky, mais pas comme exégèse de chacun de ces auteurs.

 

Par contre, en sciences sociales la critique scientifique procède fort rarement par un raisonnement : "une étude sur l'histoire des chevaliers de l'an Mil au Lac de Paladru ne peut être remise en cause que par une autre étude sur les chevaliers de l'an Mil au Lac de Paladru (ou sur des chevaliers d'un lac voisin)". C'est à partir de nouveaux terrains qu'est souvent interrogé un modèle dans nos disciplines, et non pas en refaisant (comme dans un laboratoire) la même expérience. C'est dans ce sens que Jean-Claude Passeron a identifié certaines spécificités du régime épistémologique des sciences sociales (un cadre analogique et comparatif) par rapport aux sciences de la nature (voir Le raisonnement sociologique, 1° éd. : 1991; réédition 2006).

 

Pour ma part, mon terrain empirique sur ces questions est assez éloigné des exemples de Chomsky : il concerne une étude de réception en France de la série télévisée américaine Ally McBeal (on en trouve une trace sur internet : « L'individu est-il soluble dans le marché ? De Marx à Ally McBeal ») .

Merci pour vos éclaircissements. Je persiste pourtant à penser que pour contredire les analyses de Chomsky, rien ne vaudra une nouvelle étude (inspirée d'autres théories) sur les faits qu'il a lui-même déjà étudiés (comme Lahire l'a fait avec des objets déjà étudiés par Bourdieu, dans la Culture des individus : cette étude nous en apprend beaucoup plus que n'importe quel traité épistémologique).

Quant aux "sciences sociales", je n'ai jamais entendu Chomky s'en réclamer, ce qui d'ailleurs, le rend très lisible et accessible.

Je clos ici la discussion, je pense que vous ne m'en voudrez pas.

Merci encore.

 

Il y a une certaine malice pour un contre pouvoir qui a abandonné l'idée d'être au pouvoir a dire le contraire de ce qu'il pense lorsqu'en face le pouvoir s'est laissé avoir à son propre jeu du système de propagande et d'ennemi intérieur systématique. Au risque, par contre de brouiller durablement les pistes pour qui sort les phrases de leur contexte. Le penser contre soi même et par soi même prend alors tout son sens.

Après j'adhère à l'idée que dans les systèmes dits démocratiques la pression est insinueuse, officiellement on a toujours le choix, mais la façon dont on nous le présente influe beaucoup sur le résultat. Par exemple, on a beaucoup entendu de critiques dernièrement sur l'utilisation des données personnelles sur facebook. Un certain nombre d'articles de presse et de reportages télévisés et d'interview nous ont rassuré quand aux modifications qui vont être faites sur ce site afin de permettre à chacun de laisser accessibles ou non ces données aux autres utilisateurs (par exemple journal BFM d'il y a deux jours, pour pas le citer, ou je sais l'exemple est caricatural). Ce reportage terminait sur un ton rassurant -pour ne pas dire rassuré- en disant grosso modo que les choses allaient dans le bon sens. Je suis sur que si l'on faisait un sondage à la suite du visionage d'un reportage la plupart des gens diraient qu'il sont plus confiant qu'avant pour confier leur données à facebook . Pourtant, pas un mot sur la non transmission de ces données aux états ou ce qui allait être fait pour les utilisations commerciales, alors que c'était l'accroche du reportage, le sujet d'inquiétude.

L'utilisation du pouvoir médiatique prend alors son sens. Si un reportage comme celui ci peut au mieux être qualifié de communication au pire de publicité, ce n'est en aucun cas du journalisme, puisqu'il ne cherche pas à répondre au problème qu'il prétend avoir soulevé. Le problème de nos démocratie moderne, c'est qu'il n'y a presque plus de place pour le journalisme critique, pour les libres penseurs. La plupart des médias relayent la propagande d'état, laissant bien sur une place à l'opposition pour laisser croire à chacun qu'il est libre de son opinion en présentant deux "sensibilités", quand ils ne s'arrangent pas pour trouver une opposition factice à l'intérieur du gouvernement, pour ne pas avoir à parler des contres pouvoirs. Le problème de nos démocratie modernes c'est qu'on s'attache plus souvent à savoir de qui, de quel parti politique ou si l'idée est de droite ou de gauche avant de porter un jugement, une critique. Ainsi Eric Woerth disqualifiait Martine Aubry sur l'age de la retraite non pas en argumentant sur le débat de fond, à savoir comment trouver l'argent manquant (hausse des cotisation, fin du bouclier fiscal, taxation des profits, recul de l'age de départ...) mais en la plaçant comme "aussi à gauche" que le front de gauche avec le lot de sous entendu populistes qui vont avec (irresponsable, utopistes, minorité politique voir stalinistes- quand on voit ce que les deux derniers présidents ont emprunté aux idées d'extrême droite...) Et ainsi façonner les opinions dans le schéma des partis.

D'ou l'urgence à repenser par soit même, et parfois contre soit même, contre le soi social qui nous est imposé (puisque vous êtes de telle classe vous devez penser ainsi - Kropotkine n'était il pas aristocrate?) contre les schémas pré établis de pensée politique qu'on veux bien nous présenter, nous abreuver depuis l'enfance contre le fait de juger une idée d'abord sur sa "pureté" (c'est quoi cette connerie?) ou sur le fait qu'elle est bonne parce que tout le monde pense comme ça et mauvaise parce que l'on connait avant le débat le rapport de force et donc on s'aligne sur la majorité pour prétendre avoir raison. Copernic était bien seul à dire que la terre tournait autour du soleil. La démocratie ce n'est pas dire parce qu'on a la majorité on a raison. La démocratie, c'est laisser la place au débat, et ensuite trancher selon la majorité quand et seulement quand les protagonistes du débat n'ont pas réussi a s'entendre sur la meilleure façon de faire les choses (si tant est que tout le monde dispose des mêmes moyens d'expressions) ou mieux, savoir ne pas se laisser imposer un calendrier de décision quand le problème n'est pas tranché. Le projet social ne devrai d'ailleurs être conditionné que par la nécessité de faire quelque chose "ensemble", et non par la nécessité de quelques uns de se maintenir au pouvoir.

Laissez le droit à Chomsky et à chacun d'être en dehors des carcans idéologiques de systèmes politiques que vous n'avez même pas vécus, ou pire de sa nationalité. D'ailleurs, si l'on adhère à l'adage selon lequel les vainqueurs écrivent l'histoire, nos systèmes politiques modernes sont bien plus proche des dictatures soviétiques ou la personne qui était en haut de la pyramide était "le premier secrétaire" et ou la surveillance était généralisée que de la démocratie Grecque.

Petit complément.« A mon avis, « théorie de la conspiration » est devenu l'équivalent intellectuel d'un mot de cinq lettres. C'est quelque chose que les gens disent quand ils ne veulent pas que vous réfléchissiez à ce qui se passe vraiment » (Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir : tome I, Aden, 2005, p. 56-57.). Il exagère, Noam : ce n'est pas toujours vrai ! Mais on peut se reporter à cet article que je viens de découvrir : http://www.acrimed.org/article3298.html

C'est un article fort riche et fort intéressant sur la façon dont l'accusation de "théorie du complot" est utilisée pour disqualifier des critiques des médias sans répondre à leurs arguments, et pour disqualifier aussi le travail journalistique de Plenel.

Merci.

Le problème, c'est que je ne suis pas certaine que Philippe Corcuff procède différemment, même s'il arrive qu'il se méfie des amalgames façon Taguieff ou Philippe Val.

J'ai bien compris que ce texte d'Henri Maler est porteur d'une critique des médias qui n'agrée pas à Philippe Corcuff.

Je préfère très nettement la critique sociale de CQFD à celle, limitée, d'ACRIMED...

http://www.cequilfautdetruire.org/

 

Cher Pascal,

 

Il y a certes des usages amalgamants et trop larges de la notion de "théories du complot" (comme on peut le trouver dans certains discours de Pierre-André Taguieff cités dans l'article d'Acrimed, mais pas dans tous : son livre Les Protocoles des sages de Sion : faux et usages d'un faux, 1ère éd. : 1992, réédition Berg International/Fayard, 2004, demeure une contribution importante à une critique sérieuse des "théories du complot"). Mais cela n'invalide pas nécessairement la notion même de "théories du complot" (et ses usages plus resserrés; je m'exuse de renvoyer encore une fois à un de mes textes : "Le complot ou les mésaventures tragi-comiques de la critique"), ce que tend à faire cependant l'article de l'Acrimed (l'existence d'usages amalgamants de la critique du "capitalisme" ou du "totalitarisme" n'empêchent pas d'avoir un usage plus précis et contrôlé de ces notions, par exemple).

 

D'ailleurs l'article d'Acrimed ne laisse-t-il pas entendre que la notion (pourtant erronée selon eux) de "théorie du complot" serait...un complot visant à "calomnier" la (vraie!) critique des médias qu'ils incarneraient au profit des dits médias ? Ainsi l'article se termine par :

"Elle annexe à des critiques qui peuvent être fondées des imputations sans preuves qui fonctionnent alors comme de simples calomnies. Et la calomnie peut frapper d’autant plus largement que la théorie de « la théorie du complot » telle qu’elle est construite, est un vaste fourre-tout attrape-tout qui fonctionne par association de mots et mélange tous les genres : journalistiques et scientifiques, théoriques et polémiques, militants et politiques. C’est sans doute pourquoi elle plaît tant dans l’espace médiatique."

Un modèle de la "méthode Corcuff". Où y a -t-il la moindre trace de "complotisme" dans cette phrase ??? Un exemple des "imputations
sans preuves qui fonctionnent alors comme de simples calomnies".

" C'est quelque chose que les gens disent quand ils ne veulent pas que vous réfléchissiez à ce qui se passe vraiment » ...

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Très bien ! Ce que veut Philippe Corcuff, grand pourfendeur du conspirationnisme, c'est que les gens réfléchissent non à "ce qui se passe vraiment", mais seulement à ses élucubrations gauchistes.

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jpylg

Pas d'accord avec ton exemple philippe. Il est relativement simple d'en sortir d'ailleurs de cette soit disant contradiction. La différence entre régime totalitaire et démocratique d'information. Le régime démocratique est beaucoup plus pernicieux et profond par les formes de pouvoir qu'il déploie et les formes d'implications qu'il suscite. Je pense que chomsky ne cesse de répondre à ces accusations de manichéisme et de théorie du complot (il le fait dans chomsky & co ou chomsky et le pouvoir, je sais plus très bien). Il le fait par la théorie du consentement d'ailleurs. Dans les passages que tu donne, il dit bien le détachement entre une analyse du système médiatique et ses effets. Ce qui aboutis à: les classes populaires ont leur autonomie relative vis à vis du système médiatique. dans le second exemple chomsky parle de tout autre chose que de l'analyse de contenu d'un système médiatique (d'une machinerie lourde), il parle d'une atmosphère.... Moi j'aurais tendance à utiliser la distinction socialité primaire et secondaire d'alain caillé pour résoudre cette contradiction qui n'en est pas. Dans le système totalitaire grossier, on laisse se développer une pensée autre que celle du système (construction par opposition). dans une société démocratique, la socialité secondaire recouvre la socialité primaire, il y a de moins en moins de détachement, la pensée formatée vise à transformer la pensée libre. (bien grosse et vague hypothèse!!)

Chomsky me parait plus cohérent qui ni parait, même si il semble dire les choses simplement et de manière un peu formatée justement (jme suis couché vers 3h hier parce que j'ai écouté son intervention au collège de france, j'ai rien appris de nouveau, il répond toujours aux même questions assez simplicistes elles aussi, avec pratiquement les mêmes mots, les mêmes exemples, c'est là qu'on voit le mode routinier de la pensée).

Pourquoi vouloir "résoudre" absolument la contradiction de Chomsky ? La plupart des penseurs, conservateurs ou critiques, ne révèlent-t-ils pas le plus souvent de telles contradictions, comme la plupart des humains ? Pourquoi participer à bâtir une énième statut impeccable ? Les grands penseurs ne sont-ils pas aussi grands par leurs fragilités, donc leur humanité ? Et, par delà leurs fragilités, les plus intéressants d'entre eux ne nous invitent-ils pas à aiguiser notre esprit critique, y compris face à eux ?

 

C'est simplement cette modeste piste que je voulais lancer, ce qui rejoint d'ailleurs ce qui est dit sur le "mode routinier de la pensée".

 

Reste notre désaccord sur l'exemple. Chomsky n'a pas de théorie de "l'autonomie" des classes populaires à ma connaissance. Il signale seulement dans ce texte de manière succincte (et c'est une des très rares fois qu'il le fasse) certains résultats des études de réception des médias (qu'il connaît peu d'ailleurs, car elles sont maintenant fort nombreuses, contrairement à ce qu'il dit), en distinguant "population la plus éduquée" et "masse de l'opinion publique". Je ne comprends pas toujours pas en quoi "effets des médias" et "efficacité du système de propagande" seraient de natures différentes; et le thème du "consentement" relie justement les deux.

 

Ce thème du "consentement" suscite alors une interrogation déjà énoncée plus haut :

 

"Toute pensée de "l'aliénation" n'est-elle pas confrontée au fait qu'elle prétend échapper à un conditionnement dont elle pose l'asolu ?" (29/05/2010 17:54 Par kairos)

 

Ici, mais cela déborde largement le cas de Chomsky et des médias, Jacques Rancière peut se révéler utile pour identifier le problème :

"On peut comprendre à partir de là comment le situationnisme est devenu ce qu'il est devenu de nos jours dans sa version banalisée, comme critique du consommateur démocratique abruti par les médias.Ce qu'il y a derrière, c'est la manière dont toute la tradition critique-marxiste révolutionnaire a absorbé un certain nombre de présupposés inégalitaires ; il y a les actifs et il y a les passifs ; il y a ceux qui regardent et il y a ceux qui savent. Ce qui en gros revient à dire : il y a ceux qui sont capables, il y a ceux qui ne sont pas capables. Á partir de là, il y a plusieurs stratégies possibles : ou l'on pense qu'il faut qu'une avant-garde réunisse les gens capables pour mettre dans la tête des incapables les moyens de s'en sortir ; ou bien on prend la position du grand seigneur désenchanté qui constate qu'effectivement le moment de l'action est passé et que désormais ses contemporains sont voués à mariner indéfiniment dans le spectacle" (La Revue Internationale des Livres et des Idées, n°12, juillet-août 2009).

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L'article signalé par Camille Payet :

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http://www.acrimed.org/article3298.html

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n'est pas sans intérêt, sans doute, mais je le trouve assez rasoir. Heureusement que je n'ai fait que le survoler. Je suis sûr que Philippe Corcuff, dans ce contexte, serait très à l'aise et ne manquerait pas d'argument pour rétorquer à P.A. Targuieff et à Endhoven.

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J'aurais préféré qu'Endhoven nous donne les définitions (et les nuances) des mots :

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COMPLOT, CONSPIRATION, COMPLICITE ET CONNIVENCE.

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Avec, à l'appui, des exemples concrets : par exemple: le journalisme d'investigation est-il plutôt complotiste, conspirationniste, complice ou de connivence ?

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jpylg

on peut être prof émérite, compagnon de route d'engagements salutaires et être simpliste voire populiste : chomsky confond le sens critique des citoyens (pas aussi manipulables qu'il le dit) et la volonté du pouvoir de controler les medias en liant aides financières et contenu politique, revues multiples et fusion des directions, C'est de l'indépendance des médias qu'il faut s'inquiéter pas du manque d'esprit critique des citoyens

Sans confondre les deux il n'est pas interdit de supposer qu'un manque d'indépendance des média ne va pas dans le sens de développer l'esprit critique des citoyens. Ou qu'a l'inverse des média libres et indépendants ou il est permis aux lecteurs de commenter et discuter des sujets favorise l'esprit critique. Ce qui est plutôt bien, non?

Où avez-vous lu que, selon Chomsky, les citoyens sont "manipulables"? Je ne connais pas cette référence. Merci d'avance.

Il y a des hésitations de Chomsky sur cette question (qui sont vraisemblablement en rapport avec la contradiction relevée dans le billet). Par exemple:

 

- "Quand on regarde une série à la télévision, par exemple, on ne pense pas : "Je suis en ce moment victime de la formule de Mohawk Valley" [renvoyant à une campagne de propagande anti-syndicale dans les années 1930 aux USA]. Pourtant en réalité vous l'êtes. Car, ce que l'on regarde, c'est une image de la vie qui nous est insufflée jour après jour." (N. Chomsky, "Propagande et controle de l'esprit public", revue Agone, n°34, 2005, pp.37-38)

 

- "Sans doute l'adhésion des médias, avec un minimum de dissidence, à un ordre du jour officiel a-t-elle généralement pour effet de pousser le public dans la direction voulue, mais tout est une question de degré. (...) Ce qui n'implique aucunement que toute propagande médiatique soit nécessairement efficace." (N. Chomsky et E. Herman, préface de 2002 à La fabrication du consentement. de la propagande médiatique en démocratie, Agone, 2008, p.11)

Rien dans ces citations n'indique que les citoyens sont "manipulés" : c'est cette idée de "manipulation" qui est généralement contestable quand elle prétend expliquer l'impact des médias, sur lequel la recherche "hésite" encore, bien que je sois convaincue, pour ce que j'en sais, qu'elle récuse l'idée d'un formatatage généralisé des esprits. Ce que Chomsky récuse aussi.

Pour répondre sur l'apparente contradiction, j'ai envie de prendre quelques exemples tout bête.

une majeure partie de la population prendra 5 ou 10 mn le soir pour regarder le jt, d'une oreille en préparant à manger, ou bien lira le quotidien gratuit trouvé dans les transports le matin. Ce qui reviens à lire les dépêches AFP de la journée. Peut être que la partie la moins éduquée de la population, à qui on donne les travaux les plus durs et les plus longs trouvera moins de temps et de sujets intéressant ou qui la touche directement et filera tout de suite à la page mots croisées, ou chercher les gamins à l'école parce que pas les moyens de payer une nourrice, ou bien se sentira tellement exclue qu'elle ne s'intéressera que très peu à l'actualité. En ce sens, une partie de la population est moins réceptive aux messages des médias dans son ensemble, mais trouvera toujours le temps de discuter 5mn à la machine à café, devant l'école ou le soir en rentrant au domicile du gros titre ou de la polémique du jour, comme une ligne directrice diffuse donc, même si elle n'occupe que peu de temps et d'espace par rapport aux autres priorités de la journée ( les médias n'étant pas les seuls systèmes de contrôle). Par ailleurs ne pourrai -t- on pas dire, en prenant appuis sur leur étude, que la plupart des médias sont avant tout la propriété de quelques uns pour quelques uns? Malgré tout, le système démocratique leur impose la pluralité des opinions. Au moins en apparence. Ainsi lors du débat de la présidentiel, la discution était relativement houleuse sur l'augmentation du smig. Un candidat se montrait ferme et disait il n'y aura pas d'augmentation plus que l'indice du coup de la vie (de mémoire), les finances du pays ne le permettent pas pour faire cette démarche dans la fonction publique, la priorité est à l'investissement pour relancer la croissance, si les français veulent gagner plus, ils n'ont qu'a travailler plus. L'autre annonçait que le smig serai à 1500€ d'ici 2012, la priorité étant la relance de la consommation qui aurait pour effet mécanique la relance de la croissance, le bien être des français, la répartitions des richesses. Deux discours économiques à priori diamétralement opposés. Pourtant à y regarder de plus près, si l'on consultait l'indice prévisionnel auquel faisait référence le premier candidat, le smig pour 2012 était donné à ......................................1500€!! Ahahah quel bande de sacrés farceurs!

Les remarques que j'aurais pu faire sur la non incompatibilité des deux assertions de Noam Chomsky, ont été faites plus haut. En revanche j'insisterai sur un point, soulevé aussi. Si l'on n'est pas d'accord avec ce que dit un auteur, on précise ce en quoi on n'est pas d'accord, c'est à peu prés ce que fait Philippe Corcuff dans ce texte vis à vis de N Chomsky. Mais ce qu'on peut lire dans ses réponses aux commentaires critiques sur ce fil me semble prendre une autre tournure : là, il me semble que ce ne sont pas les remarques critiques qui sont critiquées en retrour, mais la démarche des commentateurs, voire leur personne. Ils seraient membres d'une église ayant Chomsky pour idole. Décrédibiliser l'auteur d'une idée pour décrédibiliser l'idée dont on ne veut pas, ne relève pas d'un débat intellectuel d'un niveau réellement valable.

C'est comme cela qu'il me semble que l'on peut entendre certains arguments de l'article d'Acrimed mis en lien plus haut à propos du concept de "théorie du complot" : il ne s'agirait pas d'étudier si les thèses avancées ont une once de vérité ou pas, mais de postuler qu'elles sont forcément fausses et que les auteurs de telles idées sont des "complotistes". Or, des personnes qui ont réfléchi en privé et à plusieurs sur la façon d'obtenir, d'exercer ou de garder le pouvoir, cela a toujours existé : la langue française a même inventé un mot pour cela : "complot".

J'aimerais bien penser que ce que dit Chomsky de la propagande et du formatage de l'opinion soit faux. Mais nous voyons, hélas, tous les jours des exemples de la façon dont le citoyen consommateur et électeur est conduit " à l'insu de son plein gré" à faire ce qu'on attend de lui. Cela me donne l'occasion de poser ici un lien sur un site où l'on peut entendre le "Discours de la servitude volontaire" de Etienne de la Boétie en MP3 (Olivier Gaiffe sur audiolivre).

Ne pas accepter d'examiner la possibilité qu'une contradiction soit présente chez un grand penseur, en se situant uniquement "en défense de", pour lui élever une statue, cela me semble avoir des analogies avec le fonctionnement historique des églises religieuses comme de para-églises laïques (celles qui ont développé les "cultes de la personnalité"). Et cela ressemble à certains mécanismes décrits par La Boétie dans son discours.

Pourquoi serait-ce particulièrement important pour "le camp émancipateur"? Parce que historiquement "le camp émancipateur" a généré aussi des églises, certaines aux effets soft, certains aux effets totalitaires ("stalinisme", "maoisme", etc.). Et donc, parce que justement il vise l'émancipation (et non la soumission), le camp émancipateur a un devoir de vigilance libertaire particulier vis-à-vis de son propre camp, y compris face à des penseurs libertaires comme Chomsky.

 

Comment ne pas souscrire à une déclaration si générale? Mais, en l'espèce, la contradiction n'exite pas. Même si elle existait, une critique généreuse et féconde commencerait par prendre la mesure de l'apport de Noam Chomsky à la critique des médias, quitte à s'en séparer en cours de route. Tout le contraire d'une critique ergoteuse et stérile, qui ne sert qu'à promouvoir les apparences d'esprit critique.

PS. Je viens d'envoyer à Acrimed le relevé - critique... - de citations tronquées et décontextualisés qui tiennent lieu de critique de Chomsky par Philippe Corcuff. Je ne sais ce qu'ils en feront, puisqu'ils ont déjà publié un article qui aborde ce sujet.

Le conspirationnisme pratique (et théoriquement dénié) n'abandonnerait donc pas ses liens avec la bonne vieille technique du rapport de police..l'Acrimed se transformant en RG vis-à-vis des pensées critiques trop louches, insuffisamment dans les clous?

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Corcuff s'exprimant autrement qu'en discours !

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Décidément, on aura tout vu !

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D'ici qu'on découvre qu'il peut penser par lui-même, sans son arsenal de références bibliographiques, y a pas des kilomètres.

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jpylg

@ Philippe Corcuff (j'ai sauté un message)

Pour l'instant le seul représentant des RG de la pensée critique, c'est vous-même.

A Philippe Corcuff

Par quel mécanisme la critique faite à la critique est-elle considérée ici comme un refus d'examiner la possibilité d'une contradiction ? Est-ce à dire que le seul fait que l'on ne soit pas d'accord signifie que l'on n'a pas réfléchi à la question ? On ne pourrait qu'être d'accord avec votre façon de voir quand on considère ce que vous énoncez ?

Pour reprendre le thème : selon moi, si seul un certain nombre de personnes, les plus intellectuelles pour le dire vite, est effectivement influencé par la propagande, cela n'est pas incompatible avec le fait que toute la population est plus ou moins soumise à celle-ci. Car l'influence présente de multiples aspects, qui vont de la modification volontaire de l'usage des mots dans les médias et les discours, à la mise en avant systématique de ce que font plusieurs bandes de gars surpayés avec un ballon bicolore, en passant par les messages véhiculés par la pub ou les journaux pour ados. De plus, les supposées élites intellectuelles sont les plus contaminées par des discours biaisés mais répétés ( telle cette mise en avant de la "théorie du complot" dès que l'on souligne la différence entre les discours et les actes, ou cette idée que si les entreprises dégagent des bénéfices c'est tout le monde, y compris le salarié, qui en bénéficiera), mais elles ont elles-mêmes un pouvoir de propagande, parfois à leur insu. Ce sont elles qui font ces pubs, ces émissions, ces journaux bas de gamme. Ce sont elles qui transmettent la "culture" de l'efficience, de l'évaluation et de la compétition dans les entreprises, ce sont elles qui descendent ces messages dans les groupes politiques auprés des militants.

Garder l'esprit l'ouvert, accepter la possibilité du doute et de la critique du discours entendu, ne pas éliminer la possibilité d'être en présence d'une stratégie d'influence volontaire me semble le minimum pour garder une bonne santé intellectuelle. Considérer que cette attitude a à voir avec l'appartenance à quelque chapelle que ce soit est, au mieux, une erreur, au pire, de la désinformation.

C'est pourquoi je n'adhère pas à cette conception d'un "camp émancipateur". Ou bien on est à la recherche de la vérité, ou bien on a des a priori. Et, souvent, on est à la recherche de la vérité et on traque ses a priori. Etre à la recherche de la vérité n'empêche pas de se tromper, mais impose de le reconnaitre quand on a des signes que c'est le cas. Et la question du nombre de personnes qui pensent comme soi ou autrement n'a aucune valeur pour cette question-là. C'est la réalité de l'expérience, la cohérence et la logique des arguments qui doivent prévaloir.

La publicité, le marketing, les stratégies d'influence n'ont jamais été aussi développées, théorisées, utilisées, qu'actuellement. Il faut aller observer les rayons des librairies dans ces domaines pour comprendre l'étendue du problème, et que le soulever ne correspond pas à l'élucubration de quelques utopistes en mal de reconnaissance sociale. C'est d'autant plus important que, pour réagir à un mouvement qui semble inexorable, il faut d'abord comprendre qu'il ne s'est fait qu'avec notre consentement. Et qu'il n'est pas inexorable.

Je rajouterai que le point, soulevé plusieurs fois, selon lequel ceux qui pensent qu'il existe une propagande à laquelle on est soumis sans le savoir, mépriseraient l'homme de le considérer comme crédule et manipulable, est faux. C'est parce que l'homme a des affets, des sentiments, qu'il est manipulable. C'est parce qu'il n'est pas paranoïaque, qu'il est manipulable. C'est parce qu'il accepte de se poser des questions, souvent c'est parce qu'il ne peut pas imaginer que l'autre peut avoir beaucoup moins de scrupules que lui. Bref, ce sont les qualités humaines de l'homme qui le rendent vulnérable à la propagande et à la manipulation. Ce n'est pas pour cela qu'il faut se méfier de tout, mais seulement garder la possibilité du doute : c'est déjà ça...

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Votre très long raisonnement, madame, cache l'essentiel, que vous aviez pourtant commencer par énoncer quand vous disiez : " On ne pourrait qu'être d'accord avec votre façon de voir quand on considère ce que vous énoncez ? "

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C'est aussi simple que cela : quand on n'est pas d'accord avec Corcuff, c'est que l'on raisonne mal. On raisonne mal car on ne dispose pas des références qu'il est, toutefois, assez généreux. Pour vous rappeler.

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Si, finalement, vous ne le rejoignez pas dans ses conclusions, c'est, en dernière analyse, un problème d'honnêteté.

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jpylg

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" Par contre, il est vrai qu'il peut y avoir des traces de pente narcissique dans le fait de me citer moi-même, pente narcissique adossée à certaines habitudes académiques. " Corcuff, plus haut 00h06

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Il y a toujours quelque chose de pathétique dans un début de prise de conscience. Mais en général, cela ne va pas très loin.

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Imagine-ton l'intéressé en train de découvrir à quel point il est conservateur et fabrique du formatage d'opinion depuis de nombreuses décennies ?

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jpylg

Comme vous n'avez pas répondu à mon dernier commentaire et que je ne comprends toujours pas la contradiction que vous mettez en avant, je me permets de revenir vers vous. Peut-être aviez-vous jugé avec indulgence que, ma réponse n'ayant aucun sens, mieux valait rester silencieux qu'être cruel envers moi. Quitte à m'enfoncer, je préférerais toutefois comprendre.
Sachez sinon que je ne me sens pas l'âme d'un fidèle, d'une quelconque église et d'autant moins de celle de Chomsky que je ne connais guère (ayant juste lu il y a quelques années Failed States). En revanche j'ai quelques notions de « logique » de par mon métier.

Pour essayer de comprendre, après que vous avez choisi deux extraits, une proposition A et une proposition B, je cite votre conclusion :

« Dans le deuxième extrait, il pose une grande efficacité (donc des « effets » puissants) du « système de propagande » des « sociétés démocratiques ». Mais il ne peut pas s'avancer avec tant de certitude, alors que :
1) il est censé ne pas avoir de données précises en la matière ;
2) le peu qu'il peut en dire, en regard des travaux qu'il a lus, nous orienterait vers une faible efficacité sur la majorité de la population. »

Je ne comprends pas la contradiction. En effet :

1) Vous dites qu' « il est censé ne pas avoir de données précises en la matière » :
- Vous semblez faire référence au peu d'études sur « l'influence des médias sur l'opinion » à laquelle il est fait allusion dans la proposition A
- Vous en concluez qu'il n'a donc pas pu étudier l'efficacité du système de propagande. Pourtant ce sont deux choses différentes. Les études sur « l'efficacité du système de propagande » à laquelle il est fait allusion dans la proposition B m'apparaissent être réalisées sur tout autre chose : l'étendue des débats publics, des opinions qui y sont exprimées. D'après ces études, qu'on imagine avoir été réalisées en nombre suffisant puisqu'ayant abouties à des conclusions : le débat public se fait « dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires ». Les études menées afin de prouver l'efficacité du système de propagande n'ont donc rien à voir avec les quelques études - d'ailleurs non menées par Chomsky lui-même - qui se sont attachées à étudier l'influence sur l'opinion ; les études de Chomsky étudient semble-t-il (?) la diversité des opinions débattues, des points de vue exprimés au travers des médias, en comparaison avec ce qu'on serait en droit d'attendre.

2) quand vous dites que « le peu qu'il peut en dire, en regard des travaux qu'il a lus, nous orienterait vers une faible efficacité sur la majorité de la population ».
- Vous semblez faire référence au peu d'efficacité « des médias sur l'opinion » sur une majorité de la population , à laquelle il est fait allusion dans la proposition A
- Vous en concluez que cela est contradictoire avec « l'efficacité du système de propagande », le fait que celui-ci soit « performant » auquel il est fait allusion dans la proposition B. Toutefois, si je ne m'abuse, mais c'est là que je connais mal Chomsky - je suis néanmoins allé lire le texte source que vous recommandiez à raison avant de s'exprimer sur votre contribution -, selon celui-ci « l'efficacité du système de propagande » se traduit par « le système de contrôle des sociétés démocratiques s'attachant à donner le change, l'impression que la parole est libre ». Il ne semble pas dire que l'efficacité du système de propagande devrait avoir pour effet de faire changer d'opinion des personnes qui y sont soumis. Tout au contraire, car il semble pointer un déficit de démocratie, c'est à dire la non représentation des opinions de la majorité (dans ce système de propagande finalement peu ouvert).
En fait, je ne vois pas les deux contradictions que vous pointez ici.

Au sein du texte source de référence, mon problème réside plutôt dans le lien, le passage, sans autres explications - directement - de l'extrait correspondant à votre proposition B au cas de l'Allemagne des années 30. En effet, Hitler sera, si je ne m'abuse, porté au pouvoir par une majorité (convaincue par son programme, sans autre vraie alternative, ou encore... ?), mais je ne suis pas historien. Sans voir de contradiction explicite, il me manque ici quelques chaînons...
Vous remerciant de m'éclairer. N'hésitez pas à être un peu « cruel » avec moi si je n'ai rien compris comme cela semble être le cas.

Je ne vois pas très bien ce que signifierait une "efficacité" du "système de propagande" médiatique, qui n'impliquerait pas que les citoyens y adhérent ou y consentent plus ou moins (Chomsky parle de "consentement"), et même au contraire où la majorité des citoyens aurait des opinions dissidentes. D'où le lien établi entre les deux propositions.

 

Vous posez un autre problème, qui me semble important, qui concerne la faible qualité démocratique des institutions politiques des démocratiques représentatives de marché, et les faibles capacités d'intervention qu'elles laissent aux citoyens. Cela m'apparaît un problème différent de la question de l'efficacité du "système de propagande" médiatique. Ou cela obligerait l'analyste à s'intéresser à un autre terrain : comment les mécanismes de propagande médiatique contribueraient à freiner les capacités d'action des citoyens, sans que l'on postule nécessairement que ces citoyens "consentent" en masse à la dite propagande? Je n'ai rien lu de Chomsky travaillant dans cette direction. Dans les textes de Chomsky, il y a le plus souvent trois grandes dimensions : 1) le plus important en général en volume consiste en une analyse de contenu des messages médiatiques (surtout la presse écrite) pour pointer dissymétries de traitement et déformations; 2) une analyse de la propriété des grands médias, établissant un lien mécanique entre propriété économique et contenu des messages diffusés (alors que la notion de "champ journalistique" chez Bourdieu pointe des liens indirects entre les deux, et donc une autonomie relative, variable en fonction des médias concernés, du second); et 3) quelques énoncés théoriques quant à l'efficacité du système de propagande médiatique dans les démocraties représentatives de marché et la logique du "consentement" qui y dominerait.

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" Vous posez un autre problème, qui me semble important, qui concerne la faible qualité démocratique des institutions politiques des démocratiques représentatives de marché, et les faibles capacités d'intervention qu'elles laissent aux citoyens. Cela m'apparaît un problème différent de la question de l'efficacité du "système de propagande" médiatique. "

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Non ! C'est pareil !

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Votre blabla diaffoirantiste n'a d'autre but que de noyer le poisson par la pseudo-réflexion du maître ès bidonnage qui tue le "penser par soi-même".

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jpylg

Merci de m'avoir répondu, toutefois je ne vous comprends toujours pas.

Vous me dites dans votre réponse que selon vous :
« l'"efficacité" du "système de propagande" médiatique selon Chomsky implique que les citoyens y adhérent ou y consentent plus ou moins (Chomsky parle de "consentement"). »
On s'accorde sur le fait que l'efficacité tient à l'obtention de ce consentement.
Cela signifie qu'on accepte ce système (qui nous donne suffisamment « le change, l'impression que la parole est libre » selon Chomsky).
Cela ne signifie pas forcément qu'on adhère activement à ce système, et encore moins qu'on adhère aux idées/opinions de ce système.
De fait, mon argumentation (point 2) réfutant votre seconde contradiction m'apparaît toujours pertinente.
Sinon, vous faites valoir dans votre réponse que les études de Chomsky traitent majoritairement « d'analyse de contenu des messages médiatiques pour pointer dissymétries de traitement et déformations (…) ou d'analyse de la propriété des grands médias, établissant un lien mécanique entre propriété économique et contenu des messages diffusés... ».
Le travail de Chomsky s'attache donc, si je comprends bien, très majoritairement à montrer que le système de propagande « donne le change, l'impression que la parole est libre », que ce système est efficace selon son acception puisqu'il y a consentement à l'existence de ce système malgré les biais que Chomsky s'attache à mettre en évidence par l'étude des grands médias : les opinions et arguments exprimés ont beau se faire « dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires », nous consentons malgré tout à accepter ce système. Ainsi les études de Chomsky prouvant l'efficacité de ce système sont donc conséquentes.
De fait, mon argumentation (point 1) réfutant votre première contradiction m'apparaît toujours pertinente.

Ainsi je ne vois toujours pas vos 2 contradictions.

In fine, vous me dites que je poserais un autre problème, celui de « la faible qualité démocratique des institutions politiques des démocratiques représentatives de marché, et les faibles capacités d'intervention qu'elles laissent aux citoyens.»
Non, je ne parle, je crois, que de l'efficacité (!) : de notre consentement, du fait qu'on consente à accepter ce système qui donne (suffisamment pour que nous restions passifs et ne nous rebellions pas...) « le change, l'impression que la parole est libre » alors que les opinions exprimées sont très limitées, rentrant « dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires ».

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Excusez moi d'interférer, mon cher mblablabla; simplement pour dire que :

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" la faible qualité démocratique des institutions politiques des démocratiques représentatives de marché...etc.", c'est du diaffoiranto.

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Tandis que "République bananière", c'est du français.

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Est-ce que vous sentez la nuance ou bien, par hasard, serait-ce que vous percevriez le soupçon d'une contradiction logique ?

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jpylg

Parfois l'intercompréhension se révèle difficile pratiquement, et il vaut mieux laisser reposer...

 

Je voulais vous dire toutefois que je trouve plus intéressant votre mode d'intervention dans les débats, qui pointe de nouveaux problèmes, en laissant ouverte la possibilité que les interlocuteurs se déplacent au cours de la discussion, que celui d'autres qui empruntant le vocabulaire à tonalité conspirationniste du "troncage" et du "trucage" ne vous laisse que le choix de défendre de manière polémique votre point de vue initial ou de vous rendre à la police de "la vraie critique des médias" pour être jugé...


Un dernier essai toutefois quant à notre intercompréhension, tenant compte de vos arguments. Certes la proposition A et la proposition B ne sont pas strictement équivalentes (comme quelqu'un l'a indiqué plus haut il ne s'agit d'ailleurs pas de propositions au sens de la logique formelle, mais de telles propositions dans les sciences humaines, ne relevant pas strictement de la logique formelle et donc aux formulations plus approximatives, qui constituent l'essentiel des propositions en sciences humaines, n'en sont pas moins soumises à des exigences de cohérence logique), mais on a de fortes analogies et des passages entre les deux (entre le thème des "effets des médias sur le public"/"influence des médias" et celui de "l'efficacité du système de propagande médiatique" dans les démocraties). Et j'ai bien indiqué dans mon billet qu'une contradiction logique pouvait être pointée, sauf si on insèrait "une série de médiations entre les deux propositions pour les rendre compatibles".

 

Vous insérez des médiations rendant les propositions de Chomsky moins contradictoires, en avançant l'hypothèse d'un "consentement" qui ne serait pas une adhésion à la propagande dominante (hypothèse intéressante). Mais ni dans l'entretien du Monde diplomatique, ni dans le livre le plus systématique de Chomsky, avec Herman, La fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie (1° éd. américaine : 1988; trad. franç. Agone2008), on ne trouve développé cette hypothèse. C'est donc votre hypothèse théorique, pas celle de Chomsky. Pour Chomsky, la contradiction demeure, à moins qu'il ne remplisse lui-même les médiations (ou que quelqu'un montre que dans les textes disponibles Chomsky remplit bien ces médiations)..

 

Si on examine maintenant votre hypothèse (votre théorie critique des médias, à partir de Chomsky, mais au-delà de Chomsky), il reste toutefois des éléments de contradiction logique (mais atténués), car le consentement-non adhésion apparaît quand même comme une forme d'effet des médias sur le public et d'influence des médias (la majorité de la population n'adhérerait pas au contenu de la propagande, mais serait en quelque sorte paralysée par le système de propagande médiatique). Et ce "consentement", les études de Chomsky ne l'ont jamais "prouvé", car il n'a jamais travaillé sur les effets (directs) de la propagande ni sur l'efficacité (indirecte) du "système de propagande". Le "consentement" est un postulat de son modèle, pas quelque chose que ses enquêtes vérifient. Elles ne peuvent d'ailleurs pas le vérifier avec les moyens qu'il utilise, car il vérifie empiriquement deux choses principalement dans ses études : 1) la concentration du pouvoir économique dans la propriété des médias, et 2) les dissymétries et déformations dans les discours produits dans les médias.

 

Et si l'intercompréhension ne peut marcher cette fois tant pis, on aura essayé...

Merci pour votre réponse. Je ne connaissais pas le terme d' « intercompréhension » (néologisme ?) ; j'aime bien.
D'accord avec vous si vous acceptez que « la proposition A et la proposition B ne sont pas strictement équivalentes ». Après, vous voyez « de fortes analogies et des passages entre les deux (entre le thème des "effets des médias sur le public"/"influence des médias" et celui de "l'efficacité du système de propagande médiatique" dans les démocraties) », cela vous entrainant à pointer une contradiction que je ne partage pas ; car tout notre problème réside dans notre interprétation différente de « l'efficacité du système de propagande médiatique » dans les « démocraties » (les deux expressions entre guillemets sont selon moi primordiales, la première prenant tout son sens au regard de la démocratie).

Comme je vous l'ai dit dans mes premières interventions , je ne connais guère Chomsky, j'avais juste lu auparavant Failed States (qui pointait un grave déficit démocratique aux USA principalement au travers d'une analyse approfondie de l'expression publique /médiatique des institutions au sens général).
J'ai aussi lu le texte que vous proposiez. C'est à partir de ce texte que je me suis fait une idée de ce qu'il devait entendre par « efficacité du système de propagande médiatique » et, suite à votre intervention, par consentement. Je suis prêt à accepter que ma compréhension du consentement est une/mon hypothèse et pas celle de Chomsky. Cela pourrait ainsi expliquer que ceux qui comprennent « correctement » cette notion de consentement passe, dans le texte du Monde Diplomatique, allégrement de votre proposition B à l'exemple de l'Allemagne des années 30, alors que dans mon cas il me manque des chaînons logiques... (pouvoirs ? ...)
Revenons néanmoins au texte du Monde Diplomatique, Chomsky dit :
« La « ligne » n’est jamais énoncée comme telle, elle est sous-entendue. On procède, en quelque sorte, au « lavage de cerveaux en liberté ». Et même les débats « passionnés » dans les grands médias se situent dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires. Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ; il instille la ligne directrice comme l’air qu’on respire. On ne s’en aperçoit pas, et on s’imagine parfois être en présence d’un débat particulièrement vigoureux. ».
Ce qui m'a paru important de retenir est :
« Les débats « passionnés » dans les grands médias se situent dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires », de fait « le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace ».
C'est pourquoi, j'en ai conclu que l'efficacité selon Chomsky tenait au contrôle de la parole médiatique publique, restreinte, dans un cadre finalement très limité au regard de ce qu'on est en droit d'attendre dans une démocratie. Cela ne va en effet pas de soi, puisque la démocratie signifie à la fois l'expression de la pluralité et le contrôle des pouvoirs.
Il montre qu'il n'y a pas d'expression de la pluralité dans les médias tout comme il montre qu'il n'y a pas de contrôle des pouvoirs, car celui-ci impliquerait un changement de la ligne directrice au profit de l'expression de la pluralité, alors qu'il ne note aucune évolution notable dans le temps mais au contraire une vraie continuité dans les bais qu'il pointe. Il y a donc, pour ces deux raisons, un déficit d'expression démocratique auquel nous consentons cependant, c'est cela selon moi « l'efficacité du système de propagande médiatique » dans les démocraties.
Sinon, dans l'éventualité où l'on accepterait mon hypothèse quant au sens que donnerait Chomsky à efficacité » et « consentement » , vous me dites qu'il « reste toutefois des éléments de contradiction logique (mais atténués) » car « ce "consentement", les études de Chomsky ne l'ont jamais "prouvé" car il n'a jamais travaillé sur les effets (directs) de la propagande ni sur l'efficacité (indirecte) du "système de propagande". » Vous me dites ainsi que « le "consentement" est un postulat de son modèle, pas quelque chose que ses enquêtes vérifient ».
Je ne suis pas d'accord sur ce point.
Selon mon interprétation, le modèle de Chomsky, comporterait en effet au départ un postulat, ou plutôt une réalité. Dans ce modèle, le système médiatique tel qu'il existe et sur lequel vont porter les études est accepté : c'est un fait, c'est la réalité, c'est simplement ce qui existe, c'est ce que les médias produisent tous les jours (sans que personne n'aille brûler les kiosques, ne mette le feu aux rédactions...).
Je ne parlerais toutefois pas à ce stade de « consentement ».
Pour moi, l'introduction du terme « consentement » nécessite de mettre en évidence l'acceptation (passivité) d'un système très insatisfaisant au regard de ce qu'on est en droit d'attendre d'une démocratie.
Cela nécessite donc d'abord de mettre en évidence les biais importants de ce système.
Vous dîtes que Chomsky « vérifie empiriquement deux choses principalement dans ses études : 1) la concentration du pouvoir économique dans la propriété des médias, et 2) les dissymétries et déformations dans les discours produits dans les médias. ».
Selon moi, en travaillant ainsi, il met en évidence, les biais importants (discours, possession...) de ce système.
Dans un second temps, il faut considérer que la logique voudrait dans une démocratie (contrôle des pouvoirs) que tout système non conforme à l'expression d'une pluralité (l'objet des études empiriques de Chomsky) soit rejeté, réformé, amendé afin de prendre en compte cette expression de la pluralité.
Force est de constater l'évidence : on consent à accepter ce système non pluraliste, contrairement à ce qu'on en droit d'attendre voire d'exiger d'une démocratie. C'est n'est pour moi qu'ici que peut être avancée la notion de « consentement ».
C'est pourquoi sa méthode (avec mon interprétation de « consentement ») m'apparaît valable :
Hypothèses, postulats : démocratie = contrôle du pouvoir, expression de la pluralité
Travaux empiriques : productions des médias, société
Résultats :
pas d'expression de la pluralité dans les médias, pas de contrôle démocratique des médias par une remise en cause du biais permanent
Conclusion : pas de démocratie (contrôle du pouvoir, expression de la pluralité) dans les médias + acceptation de cet état de fait = Consentement

Ce consentement m'apparaît en fait être l'expression d'une certaine paresse, d'un certain confort, d'un certain manque de courage face à ses intérêts bien compris...

Toutefois, si ce n'est pas ce qu'il explique dans La fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, que je n'ai pas lu, je vous concède alors que cela pose un problème...

J'aurais encore ici quelques différences :

 

- "Il montre qu'il n'y a PAS d'expression de la pluralité dans les médias" : A la lecture de ses textes, je ne crois pas qu'il montre cela. Il met en évidence un pluralisme restreint (ce que je suis près à suivre). Mais il peut alors être tenté dans certaines formulations de passer de "restreint" à "faux" pluralisme ou encore pluralisme "illusoire", voire même à "leurre" entretenu consciemment pour empêcher un "vrai" pluralisme (c'est là qu'on toucherait notamment des zones conspirationnistesdans ses formulations).

 

- Votre hypothèse de consentement-sans adhésion me semble toujours ne pas tenir complètemeznt à partir des méthodes et données de Chomsky. Il peut y avoir une grande diversité de causes expliquant la passivité des citoyens et le "consentement", qui n'ont pas nécessairement à voir avec les médias, leur propagande et le pluralisme limité qui s'y exprime (par exemple, dès le 16° siècle avec son Discours de la servitude volontaire La Boétie propose un mixte entre amour de la domination et habitudes, avec la notion d'"idéologie" Marx pointe notamment des phénomènes d'auto-illusion, Pierre Bourdieu avec la notion de "violence symbolique" construit un couple associant méconnaissance de l'arbitraire de la domination/reconnaissance de la naturalité de la domination et de la place des dominants, en rapport à certains de nos échanges antérieurs on pourrait renvoyer à la faible qualité démocratique des institutions des démocraties représentatives de marché indépendamment des médias, par ailleurs des études disponibles sur la précarité et le chômage pointent des effets modérateurs de ces situations sociales sur le niveau de contestation des populations concernées et même de l'ensemble de la population, etc.). Etayer un lien causal entre le système de propagande médiatique et le consentement supposerait des investigations spécifiques permettant d'isoler ce facteur et ses effets sur le consentement des citoyens (et donc des enquêtes spécifiques bien au-delà de l'analyse de la propriété des médias comme de l'analyse de contenu des messages, renvoyant notamment à ce qu'on appelle aujourd'hui dans les sciences sociales des études de réception). Mais on ne peut pas inférer automatiquement de la propriété des médias et des biais de leurs messages la production du consentement observé par ailleurs (au moins consentement indirect par non rébellion).

 

Quant à la définition de la démocratie, il y en a de nombreuses dans l'histoire de la philosophie politique comme dans les représentations citoyennes, (certaines insistent sur le pluralité et d'autres sur l'unité, sur la souveraineté populaire ou sur l'équilibre des pouvoirs, sur les mécanismes représentatifs, directs, participatifs, etc.) et il est difficile de partir d'une définition unique pour juger de ce que devrait faire la population en général dans une situation supposée démocratique en général...

Etant absent hier après-midi -), je vous réponds avec un peu de retard, veuillez m'en excuser.

Rassurez-vous, quand j'écris "Il montre qu'il n'y a pas d'expression de la pluralité dans les médias", c'est un raccourci et je veux bien dire un pluralisme restreint. Sinon, je n'ai pas vos connaissances et manque peut-être de subtilité, je ne connais pas les « conspirationnistes », je ne vois donc pas de problèmes à dire « illusoire » / « leurre », si le pluralisme restreint n'est pas perçu ainsi - c'est à dire comme restreint - par tous et qu'il donne l'illusion d'un pluralisme totalement ouvert, non restreint.

Autrement, je ne suis pas sociologue mais il s'avère que je connais un peu Le discours de la servitude volontaire de La Boétie et la notion de "violence symbolique" de Pierre Bourdieu : je suis donc d'accord avec tout ce que vous me dites. Quant à une notion proche qui se trouverait chez Marx, je vous crois. Je m'accorde aussi avec vous sur les effets modérateurs qu'ont la précarité et le chômage sur le niveau de contestation des populations qui sont concernées par ces fléaux. Je ne savais pas que ces situations avaient même un effet sur l'ensemble de la population, c'est intéressant.

Vous continuez : « Etayer un lien causal entre le système de propagande médiatique et le consentement supposerait des investigations spécifiques (….). Mais on ne peut pas inférer automatiquement de la propriété des médias et des biais de leurs messages la production du consentement observé par ailleurs (au moins consentement indirect par non rébellion). » Je suis encore une fois d'accord avec vous. Toutefois, j'ai l'impression de plus en plus vive que nous ne parlons pas d'un même consentement. Vous me prêtez (pauvre de moi -) ) une acception / notion de consentement plus générale que je lui donne. Vous semblez faire référence dans ces deux paragraphes à un consentement à la situation politique (pardonnez-moi, ce terme est un peu impropre, mais j'espère que vous me comprendrez, c'est le consentement général auquel vous faites allusion). Ma notion serait beaucoup plus restreinte : circonscrite au seul fait qu'on consente, et bien que vivant en démocratie, à ce que la parole publique des médias (!) reste illusoirement plurielle.

Sinon, j'imagine bien qu'il y a plusieurs notions de démocratie (« dans l'histoire de la philosophie politique comme dans les représentations citoyennes »). Je partage avec vous le fait qu'« il est difficile de partir d'une définition unique pour juger de ce que devrait faire la population en général dans une situation supposée démocratique en général... ». Toutefois, le raisonnement que j'explicitais à la fin du mail précédent est un peu différent. Selon moi, il n'y a pas de démocratie sans pluralité ni contrôle des pouvoirs ; ce sont des conditions nécessaires mais en aucun cas suffisantes. La démocratie est donc a minima cela (pluralité et contrôle des pouvoirs). Mettre en évidence que celles-ci sont absentes des médias permet de prouver qu'il n'y a pas exercice de la démocratie dans ce domaine - les médias. On consent pourtant à cet état de fait très insatisfaisant (alors que l'on se targue de ce mot de démocratie, par exemple dans ces mêmes médias)...

Je crois que notre échange, après des incompréhensions mutuelles de départ, a peut-être fait surgir des clartés supplémentaires. Ce qui est finalement assez rare sur internet.

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"N'hésitez pas à être un peu « cruel » avec moi si je n'ai rien compris comme cela semble être le cas. "

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Cela me rappelle le dialogue entre le masochiste et le sadique :

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Le maso: - S'il te plaît, fais-moi mal !

Le sado : - Non !

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jpylg

On pourrait aussi prendre l'acception de ce mot par affaiblissement : « désagréable ».

Je laisserai toutefois le dernier mot à Clément Rosset plus conforme à ce que j'ai in fine voulu exprimer : « Il n’y a probablement de pensée solide (...) que dans le registre de l’impitoyable (…) Tout ce qui vise à atténuer la cruauté de la vérité, à atténuer les aspérités du réel, a pour conséquence immanquable de discréditer la plus géniale des entreprises comme la plus estimable des causes. »

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Si ces paroles s'adressent à moi, elles s'adressent à un convaincu.

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Si elles s'adressent à Corcuff, elles s'adressent à un spécialiste.

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jpylg

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Ce qui me paraît insupportable dans le discours de Philippe Corcuff, c'est que nous avons à faire à un propagandiste du NPA (post-soixanthuitard et retraité du gauchisme) qui s'affuble du manteau de philosophe, qu'il est d'ailleurs, car on voit de tout en philosophie.

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jpylg

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on voit de tout en philosophie.

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Comme en théologie.

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jpylg

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" je trouve qu'une bonne théorie est celle qui se rapproche le plus de l'idée que l'on se fait de la vérité et qui, par ailleurs, vise à l'émancipation de chacun. "

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C'est ce qu'écrit Y-EJ plus haut.

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Pour ma part, j'appellerai volontiers cela: penser par soi-même.

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Un truc à quoi l'on reconnait infailliblement les intellos bidon d'aujourd'hui c'est qu'ils passent leur temps à commenter le commentaire de celui qui commente celui a commenté celui qui a fait telle ou telle lecture de je ne sais plus qui qui a écrit on ne sait plus exactement quoi.

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jpylg

Jonath ! Sors immédiatement du corps de jpylg !

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Mouha ha ha ! smiley21/NATEgyptSKlaugh.gif

jpylg, tu me fais penser à Perceval dans Kamelot d'Alexandre Astier quand il répond " C'est pas faux ! lorsqu'il n'a pigé que couic à ce qu'on lui a dit.

Toi, éminent doctorant, quand tu ne sais pas quoi répondre, tu suspends des points. Une manière de sauver les apparences....

En tout cas, l'éminent doctorant (bidon ?) se conduit comme un rustre et un garnement mal élevé sur ce fil.

Tiens tiens.... Ca rappelle quelque chose. Autre abonné brillant et généreux, autres fils, autres temps....

je crois qu'on avait déjà discuté de ces contradictions. Mais je me demande toujours s'il s'agit effectivement de contradictions. Autrement dit, ne peut-on pas dire à la fois que La masse de l'opinion publique paraît, elle, moins tributaire du discours des médias. Et Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace. La contradiction se résout par l'autre proposition, selon laquelle en réalité, l'influence des médias est plus importante sur la fraction de la population la plus éduquée. On l'a vu, par exemple, en 2005 lors du référendum sur le "traité constitutionnel", où les classes les plus éduquées ont majoritairement "reflétées" les positions prises par la plupart des journaux (et vice et versa). Mais cela veut dire en même temps que les personnes les moins éduquées sont les plus indépendantes, plus libres, et les personnes les plus éduquées, les plus manipulables. Moins en en sait, mieux c'est en quelque sorte...

En réalité, ne pourrait-on pas dire plutôt que les moins éduquées sont aussi les plus éloignées des discours intellectuels (politiques ou autres) les moins intéressées, les plus indifférents par ces discours ? D'un autre côté, ne peut-on pas dire que les classes éduquées se trouvent plus proches sociologiquement des journalistes ce qui fait que les discours des uns et des autres, leurs visions du monde, ont plus de chance de se joindre ? Dans ces condition, il ne s'agirait pas stricto censu de manipulation...

Sylvain,

 

Deux remarques qui rebondissent sur ton message :

 

- Ton hypothèse supposerait une théorie plus élaborée et explicite de ce que c'est que "le système de contrôle" des sociétés démocratiques et de son "efficacité" que ce que l'on trouve chez Chomsky, et qui ensuite ne soit pas que postulée mais étayée empiriquement (or ce qu'étayent empiriquement les études de Chomsky, ce sont : a) la concentration dans la propriété des médias, et b) les dissymétries et déformations dans le contenu des messages). Par exemple, cela voudrait dire d'avoir une théorie sur la place des "plus éduqués" (ceux qui ont du capital culturel selon Bourdieu) dans le système de domination. Or cette référence aux "plus éduqués" dans les effets des médias sur l'opinion est assez rare et rapide chez Chomsky (qui justement n'a pas travaillé directement, comme il le rappelle honnêtement dans la première proposition, sur cette question). Il faudrait déployer (théoriquement et empiriquement) des médiations entre effets des médias sur "les plus éduqués" et la place ensuite de ces "plus éduqués" dans le système de domination aboutissant à un "contrôle" plus efficace des sociétés démocratiques par rapport aux sociétés totalitaires. Ce n'est pas un descriptif du système de propriété des médias et une analyse de contenu des discours (essentiellement de la presse écrite, avec une grande place d'un journal comme le New York Times) enrobés par une théorie sommaire du "système de propagande" qui peut remplir ces trous.

 

- Par ailleurs, Chomsky ne parle pas du "système de controle" de sociétés démocratiques en général, mais de la place (qui apparaît chez lui prépondérante) du "système de propagande" médiatique dans ce système de contrôle. Et là il manque encore davantage de médiations (théoriques et empiriques) à déployer. J'ai rappelé plus haut qu'on pouvait faire des hypothèses autres quant à une non-rébellion valant "consentement" indirect de la majorité de la population des sociétés démocratiques, qui ne passe pas par le "système de propagande" médiatique (01/06/2010 14:56Par Philippe Corcuff) : [par exemple, dès le 16° siècle avec son Discours de la servitude volontaire La Boétie propose un mixte entre amour de la domination et habitudes, avec la notion d'"idéologie" Marx pointe notamment des phénomènes d'auto-illusion, Pierre Bourdieu avec la notion de "violence symbolique" construit un couple associant méconnaissance de l'arbitraire de la domination/reconnaissance de la naturalité de la domination et de la place des dominants, (...) on pourrait renvoyer à la faible qualité démocratique des institutions des démocraties représentatives de marché indépendamment des médias, par ailleurs des études disponibles sur la précarité et le chômage pointent des effets modérateurs de ces situations sociales sur le niveau de contestation des populations concernées et même de l'ensemble de la population, etc.] Exemple concret : lors du référendum sur le TCE la domination médiatique du "oui" se révèle fort peu efficace sur le vote, et ce qui conduit à ne pas tenir compte, au final, du "non" majoritaire, ce sont des décisions du pouvoir politique, pas "le système de propagande" médiatique.

 

amicalement

 

Je vais fermer ce fil. Certains se plaignent que cela devient difficile à suivre. Pour ma part, en dehors de quelques zones de discussion raisonnée qui permettent de déplacer un peu les positions initiales en précisant certaines dimensions, je trouve que cela tourne un peu en rond.

 

Mon nom a pu servir de punching-ball habituel à certains. Je pense que je joue pour ceux-là un rôle de service public, afin que leur ressentiment (à l'égard de beaucoup de choses et de gens, et peut-être à l'égard d'eux-mêmes) ne déborde pas trop et soit quelque peu canalisé sur ma modeste personne ("tronqueur", "truqueur", "conservateur", etc. bref un salaud et un traître). Les rapports de police ont été établis sur moi, comme il se doit dans une vision policière de l'histoire en termes de conspirations, et les jugements seront fermement prononcés sur l'Acrimed ou ailleurs (ou ils ont déjà été prononcés, puisqu'il semble être dans ma nature d'être coupable, et donc pourquoi s'embarrasser de procédures?). Je n'avais pourtant fait qu'énoncer la possibilité d'une contradiction localisée dans les écrits politiques de Chomsky, sur fond de reconnaissance de sa qualité de grand savant (en linguistique) et d'intellectuel engagé courageux (notamment au cours de la guerre du Vietnam : il lui a fallu alors passer outre le fort conformisme académique que je connais bien en tant qu'universitaire). Cette hypothèse de contradiction localisée, on n'était pas obligé de la partager et elle était alors discutable de manière raisonnée (ce qu'ont fait quelques-uns). Mais il semble que, pour certains, elle ne pouvait même pas être énoncée, car simplement "diffamation" et "trucage". Ca en dit long sur la conception du pluralisme de ces certains, alors que je croyais qu'ils reprochaient au "système de propagande" médiatique des démocraties représentatives de marché leur manque de pluralisme justement? S'agirait-il de remplacer le pluralisme limité des sociétés capitalistes-démocratiques par un unanimisme chomskien, avec statues, chansons, cérémonies, etc. obligatoires ? Ce serait tellement éloigné des références libertaires de Chomsky lui-même.

 

Or, c'est là que la bât blesse : pas du côté de Chomsky, mais des croyants se réclamant de Chomsky. Ainsi, comme dans le premier texte sur internet où j'avais pointé cette contradiction (« Autour de "Chomsky & Cie" : peut-on penser contre soi-même ? », Rue 89, 8 décembre 2008), il y a de nombreux croyants qui veulent élever des statues, sans tâches, sans contradictions, sans fragilités, dans de nouveaux cultes de la personnalité, sans tenir compte des déboires d'hier des militants de l'émancipation sur ce plan. En contradiction avec tant le rationalisme critique que la pensée libertaire de Chomsky lui-même.

 

Je suis inquiet de cet aveuglement, de cette défaillance de l'esprit critique et de l'argumentation rationnelle, parmi ceux qui sont pourtant prompts à qualifier la masse de la population d'"aliénée" (je précise que ce n'est pas un terme de Chomsky, mais que c'est d'usage courant dans les dénonciations ordinaires des médias) par la propagande médiatique.

 

Cela me rappelle un aveuglement que j'ai récemment signalé lors de l'animation d'un "atelier d'apprentissage du philosopher" dans le cadre de l'Université populaire de Nîmes. Pendant des décennies, une des phrases d'un des livres les plus diffusés dans le monde, Le manifeste communiste de Marx et Engels (1848), a été lu par des millions de croyants (dont moi quand on m'a formé au marxisme à la fin des années 1970) à l'envers de ce qui était écrit. Marx et Engels écrivent : "L'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses conflits de classes, fait place à une association où le libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous".Or la plupart des marxistes (et des anti-marxistes) comprenaient : le libre épanouissement de tous est la condition du libre épanouissement de chacun. Ils ne changeaient pas la phrase, mais l'interprétaient de manière inverse à l'ordre logique de ses propositions. Et si à l'époque, quelqu'un avait avancé une lecture inverse, il aurait été traité d'"individualiste petit-bourgeois" et de "traître à la classe ouvrière". Encore aujourd'hui, je rencontre des personnes qui le pensent, tant l'inertie des croyances est forte, même quand le texte lu apparaît simple et clair (ce qui n'est pas toujours le cas dans la prose politique).

 

Enfin, pour terminer ce fil, tout en étant pessimiste, j'espère qu'une remarque de Michel Foucault sur la critique sera un jour entendue : "je crois qu'il ne faut pas confondre la critique utile contre les choses avec les jérémiades répétitives contre les gens" ("Le philosophe masqué", avril 1980).

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