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L’urbaniste barcelonais qui veut réconcilier Toulouse et son fleuve

L’urbaniste barcelonais qui veut réconcilier Toulouse et son fleuve par Christian Bonrepaux sur www.frituremag.info


 

busquets-3bc79-b76b8.jpgJoan Busquets et son agence travaillent sur les centres urbains et les quartiers anciens. L’architecte urbaniste a fréquemment réfléchi à la liaison entre la ville et le fleuve, ou la ville et la mer. Il intervient dans de nombreuses villes européennes et a joué un rôle de conseil sur des projets à Buenos Aires, Sao Paulo, Singapour… Dans les années 80, il a pris une part active à la réhabilitation de Barcelone, dont l’aménagement du front de mer et celui des infrastructures ferroviaires. Il a été choisi sur concours par la Ville de Toulouse pour redynamiser le centre-ville.

- En quoi consiste votre intervention à Toulouse ?

Joan Busquets – Avec mon assistant, Peter Jan Versluys, nous devons réhabiliter le centre-ville et surtout réaménager les espaces publics. Dans toutes les villes de cette taille, les banlieues sont l’objet d’une croissance énorme. Il s’agit de redonner à la ville son rôle de centre ville dans l’agglomération.

- Quels sont les atouts et les handicaps du centre de Toulouse ?

J.B. – A mon sens, Toulouse bénéficie de davantage d’atouts que de handicaps. De nombreuses villes ont vu leurs centres détruits, soit par la guerre, soit lors de la croissance de l’après-guerre : une vague de volontarisme optimiste a permis de penser que l’on pouvait tout démolir. Cela a été fait à Boston par exemple. Ce n’est pas le cas ici où le centre a été relativement bien préservé. C’est un atout très important. La Garonne en représente un autre. Mais son articulation avec la ville doit être repensée.

- De quelle manière ?

J.B. – Toulouse a une histoire compliquée avec son fleuve. Elle l’a isolé, enserré dans des digues. Elle n’est pas la seule : Barcelone avait perdu le contact avec la Méditerranée, nous avons travaillé à le lui rendre. Aujourd’hui, on a l’impression que le fleuve constitue davantage une séparation avec le quartier Saint-Cyprien qu’un mode de communication. Nous voulons créer les conditions d’une approche logique de la Garonne. Qu’il soit naturel de s’y rendre de n’importe où du centre de Toulouse et qu’il en constitue le cœur, entre rive droite et rive gauche. Ce n’est pas une utopie. Cela a été fait à Zurich et à Copenhague où deux piscines ont été installées sur le fleuve et où une troisième est en construction. A Toulouse, on peut concevoir des modes de traversée spécifique du fleuve à la saison sèche. Chaque centre-ville a sa propre histoire et ce sont aux habitants d’imaginer leurs modes d’appropriation. Nous, nous sommes là pour créer une dynamique, pour fluidifier les communications et permettre la mise en acte de cette imagination. Une des urgences, et nous allons commencer par là, est de repenser la rue Pargaminières. A l’heure actuelle, elle constitue un lieu assez ingrat : trottoirs étroits, voitures en transit. On va planter quelques arbres sur les petites placettes par exemple. Quelques éléments de mobilier urbain feront que les gens comprendront qu’elle nous conduit vers le fleuve. Mais nous n’en sommes qu’au début de nos réflexions.

lamina_valores_ambientales-0a7de-ee469.jLe centre de Toulouse et son "octogone"


- Reste la difficulté que vous avez évoquée, et qui est commune à tout le centre de Toulouse, l’omniprésence des voitures…

J.B. - C’est vrai : tous les jours, 28 000 véhicules traversent la ville. Mais le problème n’est pas spécifique à Toulouse. Dans les années 70, la municipalité de Barcelone avait projeté de couper les arbres de la Rambla pour faire de la place aux voitures ! Il y a aujourd’hui consensus pour limiter au maximum leur place tout en permettant aux personnes de l’agglomération d’accéder au centre-ville. Par rapport à d’autres villes, ce centre a su préserver une activité économique. Cela favorise les flux de voitures difficiles à gérer mais je préfère de loin avoir à résoudre ce genre de difficulté que d’avoir à faire à un centre économiquement mort, comme c’était par exemple le cas à Tolède qu’il a fallu revivifier. Il convient d’assurer la première place au piéton. Vélos et voitures doivent l’accompagner. Aujourd’hui, c’est l’inverse : les barrières métalliques et let poteaux placés un peu partout sur les trottoirs donnent l’impression qu’ils protègent les voitures. Ils entravent en tout cas la circulation des piétons. Quant aux vélos, il faut leur assurer des pistes cyclables à double sens et mettre ces pistes en cohérence. Il faut assurer la fluidité et la continuité de circulation aux piétons et aux cyclistes, garantir aux gens le libre choix entre la marche, le vélo ou le tramway.

- Au chapitre des handicaps à sa dynamisation, le centre de Toulouse apparaît petit pour une ville de cette importance.

J.B. – Je ne suis pas d’accord. Le centre de Toulouse est suffisamment grand. Mais, entre centre historique et centre économique, ses composantes donnent l’impression de se tourner le dos. Compans Caffarelli, la place Occitane, l’Université de sciences sociales, le Palais de justice, le quartier des Jacobins… Tout cela ne communique pas assez… ou parfois n’est pas assez attrayant : l’université est envahie par les parkings. On peut concevoir de gérer les voitures autrement et de créer à, la place, un authentique campus, verdoyant, à l’américaine. On peut favoriser la relation de ces différents pôles par une gestion différente de l’espace public. A l’heure actuelle, il y a trop d’espaces vides : il s’agit d’espaces publics qui constituent de simples lieux de transit, sans appropriation par les habitants. C’est le cas des abords des Jacobins par exemple mais aussi de certaines rues et places de Saint Cyprien. Il faut rendre ces espaces plus aimables les mettre en cohérence. Je crois beaucoup à la notion de parcours : il faut que les gens éprouvent de l’intérêt dans le trajet d’un quartier à un autre. Que le temps du déplacement ne soit pas vécu comme une seule obligation.

- Vous parlez de la nécessité de réconcilier Toulouse avec son fleuve. Le rapport de la ville avec son canal est tout à fait insatisfaisant.

J.B. – Bien sûr. Et notamment devant la gare Matabiau, lieu symbolique et important de l’arrivée à Toulouse dont l’importance va se trouver renforcée avec l’arrivée du TGV. Mais nous devons hiérarchiser les priorités. Pour moi l’urgence reste le rapport de la ville et du fleuve. Mais dans les dix années à venir, nous devrons nous attaquer à la problématique du canal du midi.

  • amebes_persp_a0_flatten-37900-21d46.jpgOctogone et Rambla occitane

Avec la Garonne, la seconde dimension structurante du projet de Joan Busquets est l’aménagement de « l’octogone », soit le boulevard circulaire. « Il s’agit de créer tout au long de son parcours de petits squares, des espaces où l’on peut s’arrêter ». L’idée reste la même : bannir les espaces vides, à la fonction de simple transit, pour « rendre la ville aimable ». L’aspect ingrat des allées Jean Jaurès n’a pas échappé à l’urbaniste. Modifiées à la fin des années 60 pour amener directement les voitures au centre de la ville, les allées Jean Jaurès seraient rendues à leur vocation initiale : un lieu de déambulation, comme la Rambla barcelonaise. Un terre-plein median plantés d’arbres accueillerait piétons et cyclistes. Les voitures seraient reléguées sur les côtés. Les larges trottoirs latéraux seraient conservés. Pour Joan Busquets, « ces allées constitueraient la voie naturelle d’accès à Toulouse pour les passagers du futur TGV ».

Le site de l’agence : www.bau-barcelona.com

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