Pourquoi il fallait faire La journée de la jupe…
La journée de la jupe est un film qu’il fallait faire. C’est une évidence qui s’impose quand on sort de la séance. Ce film fait événement. Il bouscule toute pensée confortable. Il pose de vraies questions et récuse toute interprétation manichéenne. Il faut nous en saisir. Pour penser. Pour débattre.
Certes, la réalisation manque un peu de moyens et d’originalité. Mais, après tout, le caractère de téléfilm, voire de série policière en prime time, n’a pas que des inconvénients : il donne aux événements décrits ici une sorte de banalité formelle qui souligne, par contraste, l’intérêt et la force du propos. Tension dans un collège, prise d’otages, sirènes hurlantes, intervention du RAID, négociateur sympathique que sa femme abandonne car elle ne supporte plus ses absences, officier de police antipathique, au regard vitreux et vengeur, qui cherche systématiquement l’affrontement, administration et politiques pitoyables, coups de feu, vieux parents au visage buriné pour tirer les larmes, fin mélodramatique, trop inévitable pour constituer une vraie « chute »… Tous les ingrédients sont là pour un épisode d’une « bonne série française » (pour une américaine, il aurait fallu, de toute évidence, plus d’argent !).
Pourtant, dans ce cadre conventionnel, quelque chose nous explose à la figure qui touche à l’essentiel. On pourrait même dire – si le mot n’était trop galvaudé – à nos fondamentaux.
Sonia Bergerac, professeur de français, exaspérée par le comportement de ses élèves, prend sa classe en otage. Autour d’elle, le principal, ses collègues, la police, la ministre et les médias s’agitent. Leurs comportements sont stéréotypés au possible. Peu importe, il s’agit d’une fable et c’est la loi du genre : tout est poussé à la limite, jusqu’à la caricature. Et la caractéristique des caricatures, c’est qu’elles sont faites pour que chacun y retrouve, avec une jouissance certaine, le portrait de ses ennemis : ainsi, le chef d’établissement exaspèrera-t-il ceux qui stigmatisent habituellement la lâcheté et le « pédagogiquement correct » de l’Éducation nationale.
L’enseignant qui lit le Coran à ses élèves, pour tenter d’en désamorcer l’interprétation intégriste qu’ils en font, mettra, lui, en rage ceux qui ne veulent rien lâcher des principes d’une laïcité « pure et dure ». Le professeur qui refuse de porter plainte alors qu’il a reçu des coups s’attirera les railleries de ceux qui stigmatisent la démission et la démagogie des adultes. La collègue qui attaque l’administration pour défendre son amie par principe pourra être considérée comme une « syndicaliste excitée » incapable de percevoir les enjeux du travail collectif. La ministre, elle,donnera prétexte à tous pour se gausser de l’incompétence prétentieuse des politiques. Pourtant, pour chacun de ces personnages et chacun de leur comportement, une analyse un peu fine de la situation permettrait de dire : « Attention ! Ce n’est pas aussi simple ! ». Il suffirait, en effet, de déplacer un tout petit peu le curseur pour que le discours du principal sur les difficultés de son collège et la nécessité d’y travailler en équipe devienne parfaitement acceptable… de même qu’il est effectivement possible – et prévu dans les programmes ! – d’étudier le Coran en le dégageant de ses instrumentalisations diverses… de même qu’on peut imaginer des manières de répliquer à certaines violences d’élèves autrement que par le dépôt de plainte systématique… de même qu’il est tout à fait normal que la solidarité entre enseignants puisse s’exprimer, y compris sur un registre émotionnel et agressif… de même qu’il est souhaitable qu’une ministre ait le souci des conséquences sur l’opinion et l’ordre public de décisions trop rapides, etc…
Acceptons donc les règles du genre : les personnages qui sont décrits ici relèvent de stéréotypes… Le récit égratigne « la bien-pensance pédagogique de la gauche compassionnelle » avec une certaine injustice, à peu près comme on égratignait, jadis, le ridicule de la suffisance des professeurs enfermés dans une magistralité guindée et courant après les Palmes académiques ! C’est l’air du temps ! Cela mérite débat, mais ce n’est pas, à mon sens, le propos central du film.
Ce qui, en effet, est au cœur du film, c’est la rage d’instruire de Sonia Bergerac face à ses élèves ainsi que les rapports que ces derniers entretiennent avec elle et entre eux.
Je veux dire tout de suite que je comprends cette rage et que je crois même l’avoir vécue. Il n’y a pas si longtemps, en effet, professeur de français en lycée professionnel, cherchant, comme Sonia Bergerac, à faire du théâtre avec mes élèves, je me souviens avoir essuyé des remarques, certes moins injurieuses et sexuées que celles du film, mais tout aussi pesantes et tout aussi capables de conduire un enseignant à l’exaspération. Évidemment, l’explosion, quand elle est venue, a été plus contrôlée et moins paroxystique. Mais la rage était bien là : « Voilà que je tente de vous amener à ce qu’il y a de plus beau dans notre culture ! Voilà que je m’efforce de le faire en vous proposant des activités capables de vous mobiliser… Et vous me remerciez en m’agressant, en me ridiculisant ! Pire, encore, par votre comportement, vous m’obligez à utiliser des méthodes que je réprouve : exclusions, punitions, cours dictés, humiliations même, etc. » Qui n’enragerait pas devant une telle situation ? Et comment ne pas voir que l’attitude de Sonia Bergerac exprime, sous forme de fable, ce que seuls les enseignants résignés et ceux qui ne se sont jamais coltinés à un « public difficile » n’ont pas éprouvé ? C’est même Albert Thierry, un instituteur anarchiste tué au cours de la première guerre mondiale, qui, en 1908, a décrit, avec le plus de force, la violence intérieure qui naît quand la volonté de transmettre se heurte à des individualités réfractaires. Ainsi raconte-t-il, dans son journal, L’homme en proie aux enfants, comment, en cherchant à faire partager à ses élèves sa passion pour Les Misérables, il ne suscite que mépris et moqueries, au point de perdre pied totalement et d’être pris entre deux tentations symétriques : celle du renoncement (« Vous ne valez pas la peine ! Après tout, tant pis pour vous ! ») et celle de la normalisation au forceps (« Je vous materai et vous l’aimerez Victor Hugo, que vous le vouliez ou non ! »). L’alternative est vieille comme la pédagogie : démission ou répression. Ou, plus exactement, la pédagogie émerge, avec toutes les difficultés du monde, quand on tente de sortir de cette alternative « Je dois, dit Albert Thierry, pétrir à la force de mes poings, des hommes à leur image ! » « Mes poings », « leur image » : tout est là ! Dans cette contradiction fondatrice que la pédagogie n’a cessé d’explorer et où elle se ressource sans arrêt pour se tenir à distance de l’abandon et du dressage.
Rien de très nouveau, dans ce domaine, avec La journée de la jupe, pourrait-on penser. Quand la pédagogie échoue, le face-à-face se fait corps à corps et il y a toujours un mort au tapis. Un mort symbolique, la plupart du temps. Réel, ici. L’humiliation ou la dépression dans le quotidien des collèges. La prise d’otages dans La journée de la jupe. On pourrait donc imaginer que la pédagogie puisse être capable de refaire surface une nouvelle fois, dès lors que, par exemple, on s’attacherait à construire de véritables institutions et situations de travail dans l’école. À cet égard, on pourrait, d’ailleurs, montrer comment l’échec de Sonia Bergerac est presque déjà joué dans la manière dont les élèves entrent dans la salle et s’installent, dans la façon dont elle démarre son activité sur Molière… Mais ce serait, sans aucun doute, ignorer ce qui se joue de particulier ici et que le film, justement, nous dévoile.
Notre école, en effet, est devenue fragile parce que notre société est entrée dans le temps des incertitudes. Ce ne sont pas les vilains pédagogistes qui ont saboté l’autorité des enseignants, mais c’est nous tous, collectivement, qui avons abandonné toute référence à des morales théocratiques sur lesquelles nous pouvions nous appuyer en toute sécurité. Cela a été, de toute évidence, une émancipation, mais nous n’avons pas encore réussi à identifier ce qui pourrait maintenant faire tenir nos institutions et, en particulier, celle de nos institutions qui a tout particulièrement besoin d’une référence au-delà du présent immédiat – parce que, justement, elle prépare l’avenir –, l’école. D’autant plus que nos dérèglements et nos dérégulations, la surchauffe pulsionnelle et individualiste ne restent plus, aujourd’hui, à la porte de l’école… On voit bien, à cet égard, que le discours sympathique sur le « vivre ensemble » ne peut suffire. Car il se heurte toujours à une question lancinante, une question que posait déjà Platon dans les toutes premières lignes de La République : comment faire entendre raison à celui qui n’a pas choisi la raison ? Que dire à celui qui ne veut rien entendre ? Qu’opposer à la violence de celui et de celle qui se mettent délibérément hors-la-loi ? Comment les contraindre à « poser les lances », selon la belle expression de Marcel Mauss, dès lors que nul ne sait plus construire de « table ronde », comme jadis le charpentier de Cornouailles pour le Roi Arthur ?
Il y a là une véritable brèche dans nos démocraties. Puisqu’on sait que le « pacte social » de Rousseau – par lequel chaque individu, s’engageant préalablement à obéir à la règle majoritaire, n’obéit, en réalité, qu’à lui-même en obéissant à la majorité – est définitivement hors de portée… nous sommes contraints d’utiliser des moyens qui nous apparaissent fondamentalement en contradiction avec nos idéaux : exclure, d’une manière ou d’une autre, tous ceux qui compromettent l’existence du collectif. Et, comme nous y répugnons, nous sommes condamnés à une valse-hésitation mortifère. Une oscillation infernale entre le refus de nous salir les mains et l’acharnement à rétablir l’ordre.
Le problème devient d’autant plus difficile quand, comme c’est le cas, nous avons à nous faire pardonner nos fautes passées. La colonisation, l’exploitation des immigrés, leur exclusion de l’intérieur sont notre œuvre : notre culpabilité, dans ces domaines, n’est pas prête de s’éteindre… et heureusement ! Elle nous vaccine – il faut l’espérer tout au moins ! – contre de nouvelles erreurs et d’autres errances. Mais elle a son revers : parce que les immigrés ont été des victimes, nous nous croyons contraints de les assigner malgré eux à une sorte d’irresponsabilité collective qui pousse certains de leurs enfants à s’exonérer de toute exigence citoyenne… C’est ce que dénonce, dans une très belle scène du film, Sonia Bergerac. Elle s’efforce de convaincre ses élèves de se déprendre de ce comportement suicidaire pour la société tout entière. Elle a, bien évidemment, raison. Mais son propos est pathétique tant il paraît voué à l’échec. Les bandes maffieuses, les délinquants sans scrupules, les violeurs et les racketteurs ne peuvent l’entendre. Pascal est plus que jamais d’actualité : « La violence et la raison ne peuvent rien l’une sur l’autre » (12ème Provinciale). Sonia Bergerac en fera la triste expérience.
On peut comprendre, dans ces conditions, que certains de nos contemporains croient pouvoir se réfugier dans des appels à une improbable restauration. Ils oublient que, selon la belle formule de Milan Kundera, « les nuages orangés du couchant éclairent toutes choses du charme de la nostalgie : même la guillotine. » (L’insoutenable légèreté de l’être). D’autres se réfugient dans la posture désormais la mieux portée chez les intellectuels : l’esthétique de la désespérance.
Le pédagogue, lui, ne se résigne pas. Il pense même, contre toute attente, que la situation actuelle pourrait bien être une chance et qu’elle porte en germe de quoi se remettre au travail, bien au-delà de l’école, dans la société tout entière, pour honorer notre « responsabilité à l’égard du futur » dont parle Hans Jonas. Et La journée de la jupe, justement, ouvre des pistes et devrait nous aider à avancer, à condition de prendre les questions que pose le film par le bon bout de la lorgnette, c’est-à-dire sous l’angle anthropologique.
Anthropologique, en effet, est la question de la Loi : la Loi qui permet de sortir de la toute-puissance et de la jouissance immédiate et absolue. La Loi qui contraint à surseoir à la pulsion pour permettre l’émergence du désir. La Loi qui pose des butées structurantes au délire et à la violence. La Loi qui marque les bornes en deçà desquelles nous basculons immanquablement dans l’inhumain et la barbarie.
En deçà desquelles nous nous condamnons à vivre et à revivre sans cesse, en des huis clos mortifères comme celui dans lequel s’enferme Sonia Bergerac, le chaos et l’entre-déchirement des individus qui s’affrontent. Or, la Loi, nous impose, bien sûr, d’apprendre à « dire non » aux enfants… Mais elle nous impose aussi de lutter contre l’impérialisme des marchands et des médias qui enferment l’enfant dans ses caprices pour en faire un « cœur de cible »… Elle nous impose de mettre en place, partout où c’est possible, des activités dans lesquelles des médiations permettent à chacun de s’engager et d’avoir une place sans la prendre à quelqu’un d’autre… La Loi devrait aussi nous amener à repenser nos espaces, nos lieux et nos temps pour que les coagulations fusionnelles cèdent la place à des configurations réfléchies. Travail de longue haleine, certes. Difficile, mais notre seul espoir à long terme.
Anthropologique, aussi, est la question du rapport entre les générations.
Rien d’étonnant – on le sait depuis la nuit des temps – à ce que les générations aient du mal à coexister. Les jeunes sont toujours « indisciplinés » et « irrespectueux », leur niveau ne cesse de baisser tant sur le plan moral qu’intellectuel ; leur culture est vulgaire et ils ne méritent pas tout le mal qu’on s’est donné pour eux ! Mais, derrière ces lieux communs folkloriques, il y a une réalité qu’on a sans doute trop oubliée : le rapport entre les anciens et les jeunes ne peut se réduire à une simple transmission à sens unique, au risque d’entretenir une dette insupportable ou une terrible rancœur. Quand la transmission ainsi conçue « fonctionne », les nouveaux n’en finissent pas de payer leur dette envers leurs aînés, jusqu’à s’aliéner toute possibilité de « se faire œuvre d’eux-mêmes ». Quand la transmission ainsi conçue ne fonctionne pas, les anciens ne cessent de crier à la trahison et d’excommunier leur progéniture. Car, anthropologiquement, le rôle des anciens est de confier aux jeunes les savoirs – en réalité, les secrets – de leur histoire… et le rôle des jeunes d’initier les anciens aux savoirs – en réalité, aux secrets – des techniques qu’ils ont découvertes. C’est dans cet échange entre les générations que se construit simultanément et symétriquement, l’origine des nouveaux et le futur des anciens. Tant que nous ne ferons pas de l’échange entre les générations une des priorités de nos sociétés, les générations s’affronteront en vain. C’est ce que nous apprennent, dans le film, les parents de Sonia comme la mère de Melmet.
Anthropologique, enfin, est la question du sexe. Et c’est sur ce point que le film La journée de la jupe me semble le plus fabuleux. Oui, il dénonce les comportements de machisme violent et de virilité archaïque d’un certain nombre de garçons (aux origines ethniques et aux appartenances religieuses différentes). Oui, il montre à quel point ces comportements sont insupportables au point de faire exploser toute société possible. Oui, il porte haut et fort les revendications légitimes des filles et des femmes pour une « égale dignité » qui est bien loin d’être atteinte… Mais il nous montre aussi à quel point des jeunes filles et des jeunes femmes peuvent être porteuses de valeurs ! La véritable héroïne du film est, à cet égard, Nawel, cette élève rayonnante, lumineuse, qui a le courage de prendre la défense de sa professeure et de se lever contre la loi oppressive des mâles. C’est une jeune beur, musulmane, qui parle arabe et ne renie rien de ses appartenances, mais elle refuse la barbarie. C’est Nawel, ici, qui porte le message kantien : « L’inhumanité infligée à l’autre détruit l’humanité en moi. » Et ce sont Nawel et ses camarades qui sauveront l’honneur, lors des obsèques de Sonia, en venant jeter une rose sur son cercueil… en jupes. Oui, ici, encore une fois, « la femme est l’avenir de l’homme »… Et l’on n’a que trop tardé à regarder en face la dérive machiste des garçons. On a été infiniment trop indulgent avec elle. On n’a que trop tardé à se poser la question des raisons du retard scolaire et des difficultés d’adaptation de si nombreux garçons. Il serait plus que temps la société tout entière et ses différentes institutions s’en occupent et prennent toutes leurs responsabilités. Il serait temps, enfin, que nous nous préoccupions collectivement d’une question, certes infiniment complexe, mais absolument décisive. Il resterait, bien sûr, beaucoup de choses à dire sur ce film tant son pouvoir d’interpellation est grand. C’est un film qu’il fallait faire. C’est aussi un film qui nous laisse beaucoup à faire… et ce n’est pas – loin s’en faut – son moindre mérite.
Philippe Meirieu – http://www.meirieu.com
Bloc-notes du 29 mars 2009
Pourquoi il fallait faire La journée de la jupe


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La journée de la jupe est un film qu’il fallait faire. C’est une évidence qui s’impose quand on sort de la séance. Ce film fait événement. Il bouscule toute pensée confortable. Il pose de vraies questions et récuse toute interprétation manichéenne. Il faut nous en saisir. Pour penser. Pour débattre. Je suis totalement d'accord avec vous, M. Meirieu ! Voir également ici : http://www.mediapart.fr/club/blog/pointvirgule/250309/la-journee-de-la-jupe-chapeau et http://www.mediapart.fr/club/blog/m-philips/270309/journee-de-la-jupe-et-education-nationale-integration-et-education-d-un-p
Merci pour la clarté et la finesse de ce billet, qui apporte en outre la sérénité qui a tant manqué sur l'autre fil. Comment passer à côté, en effet, d'un film qui jette un pavé dans la mare et bouscule l'angélisme d'une vieille gauche bien-pensante ? On n'a pas fini d'en parler, à mon avis. Enfin, je l'espère...
Merci Philippe Meirieu pour votre analyse/critique associant pédagogie, enseignement et [vie en] société. Je n'ai pas vu ce film ; mais vous m'en donnez l'envie ! Il me semble qu'est soulevée (entre autres !), dans ce que vous dites, la question de la remise en question des stratégies d'apprentissage du médiateur de savoirs par rapport à l'apprenant (aux apprenants). En d'autres termes, se mettre à la place de l'apprenant et [essayer de] comprendre comment il va entendre, comprendre, acquérir ce qu'on souhaite lui faire passer : en fonction de son histoire de vie (pour peu qu'on la connaisse), son origine socio-culturelle, des pré-requis, de son niveau de connaissance,etc. Bien sûr un groupe est rarement homogène... et dans un groupe s'exerce des influences ; repérer qui influence peut permettre de "relayer" ou "déléguer" la médiation ; comme cela semble être le cas dans le film ? Comme vous le signalez, le temps imparti joue en défaveur d'une approche pédagogique ; moins on a de temps, plus on se tourne vers un enseignement de type magistral... même avec les meilleures intentions. Tenter de mettre en oeuvre une pédagogie de médiation permettant de préparer ou de s'adapter (en face à face plutôt qu'en corps à corps), pour mettre en oeuvre des stratégies d'apprentissage alternatives, peu s'avérer particulièrement difficile en fonction de la masse de savoirs à transmettre... Peut-être y faudrait-il travailler en amont les modes d'apprentissage et les comportements en groupe, avant d'aborder la transmission du savoir (remédiation)? A vous lire. DanN
Merci M. Philippe Meirieu de votre très éclairante analyse. Oui, nous avons beaucoup de travail devant nous pour engager la "réconciliation" sociale... Il est grand temps de s'y (re)mettre !
Merci, cher Philippe Meirieu, de ce beau Billet dont je partage toutes les analyses.
Nous avons beaucoup à construire, entre les appels à une improbable restauration et la posture hélas la mieux portée chez les intellectuels : l’esthétique de la désespérance.
Puis-je me permettre de faire un lien avec le Fil de l'un de mes Billets http://www.mediapart.fr/club/blog/art-monika/250309/la-souffrance-et-le-mal-de-l-autre car les réflexions qui s'y sont exprimées entrent en écho avec ce que vous dénoncez et analysez. Il est temps de créer des connexions et des réseaux sur Mediapart, des couloirs de pensée, entre les Blogs.
Bien cordialement.
J'ai vu le film hier, j'ai lu attentivement ce qui c'est écrit sur Médiapart ainsi que votre article, et je ne comprends toujours pas les réactions (divergentes) qu'il suscite. Encore, s'il nous disait quelque chose de nouveau, mais tout cela est d'une telle banalité. Quoi, ces jeunes ne rendent pas hommage à leurs parents qui se sont sacrifiés pour eux, qui ne croient pas au discours sur l'école salvatrice ? qui sont insensibles au discours sur la responsabilité individuelle ? « La violence et la raison ne peuvent rien l’une sur l’autre » dites vous à la suite de Pascal. Mais elle a choisi elle-même la violence à l'égard de ses élèves, ou la violence a choisi pour elle
Bravo pour l'article, bravo pour le film. Comment remplacer le pistolet qui arrive par mégarde dans les mains de Sonia Bergerac et qu'elle va utiliser, comme enfin libérée (et qui va la tuer comme dans une vraie tragédie antique, unité de lieu, unité de temps...) pour essayer de "faire" enfin son enseignement, son travail, celui qu'elle avait rêvé de faire, c'est à dire donner à des jeunes les outils (invisibles sur le moment) de leur propre développement. Comment remplacer le pistolet ? Il va falloir imaginer, tous, les enseignants, les parents, les politiques. Tous unis, pour le bien des jeunes, malgré eux. Unis, pour une fois ?
Je n'ai que parcouru vos commentaires sur le film, je ne manquerai pas de les lire en détail, votre synthèse du début reflète exactement ce que j'ai ressenti. Un film avec des contours de téléfilm, mais l'essentiel est ravageur et c'est bien pour l'essentiel qu'il faut le voir. Un film qu'il fallait faire, et surtout un film qu'il faut voir. On aime ou pas, mais il ne laisse pas indifférent et provoque le débat.
Merci, Philippe Meirieu, de parler selon votre coeur - et votre raison. On vous connaîtra un peu mieux comme ça et on est content de vous connaître.
Bonjour à tous, Le film n'est pas encore arrivé ici, au Québec. Aussi, il m'est difficile de le commenter. Notre mode de fonctionnement vis-à-vis de l'intégration et de la laîcité est un peu différent du vôtre. Le hasard a voulu que je lise coup sur coup votre compte rendu de film et l'entrevue suivante dans www.cyberpresse.ca aujourd'hui, intitulé : « Le Québec, l'avenir de la France ? » Je vous en fais part à titre comparatif de deux façons de voir. « Rima Elkouri La Presse, 30 mars 2009 Grand spécialiste de la laïcité, Jean Baubérot croit que le Québec pourrait donner des leçons à la France. Professeur émérite de la chaire d'histoire et sociologie de la laïcité à l'École pratique des hautes études de la Sorbonne, il vient de publier Une laïcité interculturelle. Le Québec, avenir de la France? (éditions de l'Aube), où il fait son propre bilan de la commission Bouchard-Taylor*. Notre chroniqueuse Rima Elkouri l'a rencontré. . Q En matière de laïcité, on a tendance, au Québec, à voir la France comme un modèle. Alors que vous, vous nous dites au contraire que le modèle, ce serait le Québec... . R La France a réussi historiquement des choses formidables. La déclaration de 1789, la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905. Ce sont des moments marquants de son histoire. Mais aujourd'hui, le Québec est en avance sur la France à bien des égards. Dans le rapport Bouchard-Taylor, il y a beaucoup de choses dont la France peut s'inspirer, comme la perspective de l'interculturalisme. En France, on fait comme si l'alternative était entre l'universalisme abstrait d'un côté et le communautarisme de l'autre. L'interculturalisme, lié à une laïcité qui n'est pas rigide, est un instrument pour dépasser cette alternative. . Q Vous parlez d'une «laïcité interculturelle» qui est en train de se construire par tâtonnements au Québec. Comment pourrait-on en définir les bases? . R Pour moi, la laïcité, c'est la neutralité arbitrale de l'État, qui doit garantir la liberté de tous, à la fois la liberté de s'engager et la liberté de se désengager et de quitter la religion. Le politique est neutre devant les religions, pas dans le sens de passif, mais comme un arbitre. On peut comparer cela à un match de football - même si c'est un peu plus compliqué, parce qu'il n'y a pas que deux camps dans la société. Dans un match, il y a les joueurs et il y a l'arbitre. L'arbitre court sur le terrain tout autant que les joueurs, se fatigue autant qu'eux, mais il n'a pas du tout le même rôle. Il ne va pas marquer le but, il ne va pas empêcher le but de se faire marquer. Il va veiller à ce que les règles du jeu soient respectées. . Q Vous étiez membre dissident de la commission Stasi (instaurée par Jacques Chirac en 2003 pour réfléchir au principe de laïcité). Vous étiez contre l'interdiction du port de signes religieux ostensibles. Pourquoi? . R Il faut savoir que la situation antérieure à la loi n'était pas une permissivité absolue des signes religieux et notamment du foulard. Ce qui était permis par l'avis du conseil d'État, c'était ce qu'on appelait un foulard «discret». La jeune fille pouvait porter le foulard, mais il était clair qu'elle ne devait pas faire de prosélytisme à l'école. Si une jeune fille se plaignait qu'il y avait des pressions sur elle, le foulard devenait prosélyte et était interdit. . Q Il y avait donc des balises? . R Oui. Des balises qui se fondaient sur les comportements des jeunes filles. Ce n'était pas le signe religieux qui était visé, c'était la manière de le porter. Je pense que c'est plus démocratique de juger les comportements que les tenues - même si je suis d'accord pour dire qu'il y a des fois où les tenues rendent la participation à la vie sociale difficile, et là, les institutions ont le droit de mettre des limites (comme pour la burqa). . Q Ici, la question du voile reste irrésolue. Des voix s'élèvent à ce sujet contre Gérard Bouchard et Charles Taylor. On leur reproche, comme on vous l'a déjà reproché, de fermer les yeux sur le fait que le voile puisse être un symbole de soumission à l'islam politique. Que répondez-vous à ces critiques? . R Je crois que Bouchard et Taylor ne sont pas naïfs. Ils savent très bien effectivement que, dans certains cas, le voile est un signe politique. Et chaque fois que le voile est imposé aux femmes, comme en Iran, c'est effectivement un signe d'oppression politique. Mais moi, ce que je récuse, c'est ce que j'appelle la pire interprétation automatique. C'est-à-dire figer les gens dans la pire interprétation défavorable. . Q Est-ce que le nombre d'inscriptions de jeunes filles voilées à l'école privée a augmenté après l'entrée en vigueur de la loi interdisant les signes religieux ostensibles? . R Ce qui s'est passé, c'est que des filles ne sont plus allées à l'école après l'âge de 16 ans. Il y a eu des négociations pour faire de l'enseignement à distance pour des jeunes filles voilées, alors que normalement c'est pour des gens malades qui ne peuvent pas aller à l'école. Il y a des jeunes filles qui sont allées dans des lycées catholiques, là où le voile est toléré. Et il y a eu un processus de création d'écoles privées musulmanes, de collectes dans la communauté. Au bout de cinq ans, l'une d'entre elles a déjà été reconnue par l'État et est sous contrat (subventionnée à 80%). . L'interdiction de la kippa a aussi fait en sorte que beaucoup de jeunes juifs qui étaient à l'école publique sont passés à l'école privée juive. Pour moi, c'est une loi qui a favorisé la fragmentation de la collectivité, qui a eu des effets contre-productifs. . Q C'est en ce sens que vous dites qu'une laïcité rigide peut aboutir en fin de compte à moins de laïcité? . R Exactement. Moi, personnellement, j'estime que la liberté de l'enseignement est une liberté démocratique. Mais qu'un militantisme laïque favorise les écoles privées confessionnelles, ça me paraît paradoxal. Et ça, personne ne veut en parler en France. . Q Vous mettez en opposition dans votre livre la «laïcité roseau», qui serait celle du Québec, et la «laïcité chêne». Qu'entendez-vous par là? . R Une laïcité chêne, ça impressionne. On se dit: «Quelle bonne laïcité!» Et puis, la mondialisation, les défis du XXIe siècle font qu'il y a des tempêtes et que le chêne va être déraciné. Alors qu'une laïcité roseau, bien sûr qu'elle est beaucoup moins impressionnante, bien sûr qu'elle fera beaucoup moins parler d'elle, mais au bout du compte, elle sera résistante et la tempête ne l'abattra pas. . Q La France a adopté la stratégie du chêne? . R La France a officiellement adopté la stratégie du chêne. Il y a un discours de laïcité chêne. Mais elle essaie malgré tout la stratégie du roseau parce qu'elle voit bien que celle du chêne ne marche pas. Du coup, c'est une stratégie dangereuse, car on n'ose pas dire ce que l'on fait et on ne fait plus ce que l'on dit.» ---------------------------------------- D'accord, pas d'accord ? . --------------------------------------- * http://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_de_consultation_sur_les_pratiques_d'accommodement_reli%C3%A9es_aux_diff%C3%A9rences_culturelles
J'aime beaucoup votre article et ce n'est pas la première fois que je vous écris pour vous dire que je partage votre pensée. Comment une psychanalyste n'applaudirait-elle pas la référence à la Loi permettant l'émergence du désir ? J'aime aussi beaucoup ce que vous dites sur l'échange entre les générations. A ce propos, le lendemain du film, j'ai demandé à mon petit-fils de 15 ans s'il l'avait vu et aimé. Sa réaction : "sur Arte ? Je ne regarde pas Arte." Je lui ai dit que je ne trouvais pas cela intelligent car moi, je ne regarde pas TF1 mais qu'un jour il m'a conseillé de regarder une série, Dr. H ouse et que je l'ai regardée et appréciée. J'ai conclu qu'on pouvait échanger des informations, des techniques et des savoirs et que d'ailleurs, la relation c'est un échange. J'ai beaucoup apprécié ce film désespéré comme une tragédie grecque qu'Adjani sublime avec son talent époustouflant.
"J'ai conclu qu'on pouvait échanger des informations, des techniques et des savoirs et que d'ailleurs, la relation c'est un échange.""..., dites-vous... Certes, mais l'enseignement n'est pas un échange inter-personnel, et toute la différence est justement bien là...C'est bien d'ailleurs aussi ce que dit le film- ou ce que dit plus exactement le personnage incarné par Adjani quand ses élèves s'aperçoivent qu'elle est d'origine maghrébine et qu'elle répond sans autre commentaire: "Je suis professeur de français!".
Quand je suis en classe, bien sûr je suis moi, mais je suis aussi... pas moi: je suis un "passeur", adossé à tous les savoirs que l'Humanité a accumulés, un passeur qui pas un instant ne méprise les élèves dans les savoirs qu'ils ont aussi, poussé chaque jour par l'espoir qu'ils se ressaissent, avec ce qu'ils sont, avec ce qu'ils savent, de ce témoin - qui ne m'appartient pas- que je tente de leur passer pour qu'ils aillent plus loin, à leur façon. C'est ce que Mérieu ne voit pas. Je ne co-construits pas le savoir avec mes élèves, je ne fais pas de l'échange de savoirs.... Nous ne sommes pas dans un rapport inter-personnel, ancré dans le temps et dans l'individualité de chacun - la leur, la mienne ( et même si bien sûr j'y suis aussi...... parce que c'est ça, le mystère de l'enseignement, cette tension entre l'inter-personnel et l'a-personnel). Je m'inscris dans le diachronique, réceptacle ( euh...relatif, relatif...) de ce qu'a construit l'humanité ( morte et présente )en matière de savoirs et de savoir-faire et passeur vers l'humanité à venir qui, comme chaque génération, prolongera, critiquera, dépassera ce qui lui a été enseigné.
Quand je suis enseignante, je suis passeur, inscrit dans l'Histoire - passeur plein d'espoir en l'avenir.
Bonjour et beau commentaire M.Merieu, meme si je ne suis pas d'accord avec vos avis. Je n'ai pas vu le film et irai immanquablement comblé ce vide. Cependant, penser que "Notre école, en effet, est devenue fragile parce que notre société est entrée dans le temps des incertitudes. Ce ne sont pas les vilains pédagogistes qui ont saboté l’autorité des enseignants, mais c’est nous tous, collectivement, qui avons abandonné toute référence à des morales théocratiques sur lesquelles nous pouvions nous appuyer en toute sécurité " est à mon sens un ensemble de contre-vérités confortablement admises. La morale ? les références théocratiques ? La pédagogie ? le temps des incertitudes ? Rassurez moi. L'école en tant que tel est un concept difficile à appréhender pour une partie de la population dont les fonctionnements sont différents du notre. Ce qui est normal dans une société et communément admis, ne l'est pas ailleurs. Nous sommes dans un modèle de société, qui se confronte à la mondialisation. Depuis 1932, sous le gouvernement d’Édouard HERRIOT, l’instruction publique devient l’éducation nationale. Cependant, durant les vingt dernières années, l’école a dû faire face à la massification de l’enseignement, ce qui pose la question de l’évolution de notre système scolaire. Notre école est indéniablement en crise. Par ailleurs, et pour certains l'école apporte l’éducation et donc porte atteinte aux droits des parents, aux savoirs ancestraux, aux racines et aux cultures. Ainsi, s'imposant par son obligation de surcroit, elle doit être combattue. Homme, femme, le vrai débat n'a rien à voir : c'est une question de culture. Avez vous vu ce film extra-ordinaire "le cahier" de Hana Makhmalbaf, qui pose également un ensemble de concepts sur l'école (et pas seulement) ?. Il porte, à mon sens, encore plus loin la réflexion. L'école est une mini société, avec ses référents, ses lois, son fonctionnement, issus d'une histoire. Elle est issue de notre société et s'en veut le terreau. Malheureusement, et souvenez vous de votre enfance, si elle se fait beaucoup façonnée par le professeur, elle se fait beaucoup par les élèves entre eux, chacun à leur niveau tenant une "place" déjà. De la normalité, qui n'est que le systeme soutenu par le plus grand nombre. C'est notre normalité qui est tancée. Combien de professeurs en maladie ? Combien ont démissionnés, abandonnés, décriés ? On nous montre toujours ceux qui se battent, mais combien sont déjà tombés ? Vous seriez surpris du nombre aujourd'hui. Combien de collèges, lycées zone de non droits, abandonnés. Et croire, croire qu'un état policier pourrait y remédier est une erreur fondamentale qui nous éloigne. Si l'école endosse le rôle de l'éducation, elle doit s'en donner les moyens et soutenir les professeurs, les épauler, redonner du sens à leur mission, soutenir par le deploiement de personnel qualifié. Et puis à l'heure de l'internet, des nouvelles technologies, ne pas faire contre, mais avec etc...et insérer doucement, pour que notre société de demain se construise avec le temps.
Excellent film, excellent sujet, bravo Adjani, magistral.
" Quand la pédagogie échoue, le face-à-face se fait corps à corps et il y a toujours un mort au tapis." Jolie critique.... et cette phrase de vous m'a fait penser à cette autre film que je vous conseille. http://www.mediapart.fr/club/blog/yohann-chanoir/220309/le-choc-de-la-vague-un-film-allemand.
Si le film prend pour sujet l'autocratie, le sujet central de ce dernier est ce que vous dites et ce que vous exprimez aussi. Je n'ai pas vu la jupe... mais j'irai, même si à cause de certains sur Bondy, je connais la fin maintenant, c'est malin (n'allez donc pas voir le lien suivant si vous ne voulez pas savoir la fin !!) mais lisez le après car c'est intéressant!http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/300309/revue-web/la-journee-de-la-jupe-le-film-que-la-banlieue-ne-verra-pas-bo
Merci de nous donner ce texte important cher Philippe Meirieu. Puissent nos dirigeants le lire, le méditer, s'en inspirer.
. Que pensez-vous du journalisme participatif, cher monsieur Meirieu ? (*) . jpylg . (*) Je vous avais déjà posé la question, lors de votre dernier passage.
La journée de la jupe "provoque": tant mieux car les sujets abordés sont nombreux et d'importance. Excellente et nouvelle contribution: qu'on en parle le plus, dans tous les sens. Il s'agit de la réalité.
Bonsoir, les noeuds sociaux que vous analysez si justement sont mis en lumière dans ce film, servi par Isabelle Adjani et Denis Podalydes, entre autres, très impressionnants de justesse, et aussi d'humour, quand la tension frôle le drame. La forme de fable théâtrale de ce film, qui donne le pouvoir aux voix intérieures de ceux qui subissent (le professeur, les deux jeunes filles), déroute et c'est peut-être ce qui fait qu'il ne laisse pas indifférent au vu des sujets humains et éducatifs, réels, qu'il traite. Dans ses interviews, Isabelle Adjani qualifiait ces sujets de tabous. C'est peut-être aussi pour cette raison qu'"il fallait faire ce film".
Merci à Ph. Meirieu de ce texte magnifique sur tout ce qu'on aurait aimé voir effectivement exprimé dans et par le film. Avec une vraie générosité, balayant tranquillement tout ce que l'oeuvre comporte de convenu et même de conformiste, sublimant les stéréotypes, il nous fait percevoir, partager ce que rate assez douloureusement cette "réalisation" qui, dit-il avec indulgence, "manque un peu de moyens et d'originalité". En reconstruisant magistralement, avec rigueur, subtilité et pertinence, tout ce qu'a peut-être voulu dire le "téléfilm", mais à côté de quoi il passe , il sauve une entreprise tout à fait sympathique, mais dont il n'est pas possible sérieusement de prétendre qu'elle peut, telle qu'elle est, atteindre les objectifs revendiqués.
"La journée de la jupe", film francophone, se rajoute à "Entre Les Murs" et "L'Esquive", chacun avec des angles de vue invitant à débattre sur l'exploit de "faire l'école" à notre époque dans les banlieues les plus hard... Les trois dénoncent à leur manière l'urgence de procéder autrement afin que l'échange ait quelque chance d'être de retour (des joutes constructives au lieu du pugilat de primitifs actuel) : bien beau tout cela, nécessaire d'être colporté largement. Pourtant incompatible avec la politique des quotas : non seulement les suppressions de postes, mais les critères officiels de 2008/2009 - comme pour l'Hôpital Public, la Police, les Impôts, etc. - sont que les Etablissements Scolaires restent rentables sans révolution sur le fond. Comment, sans argent ni spécialistes, recréer un semblant de civisme et requinquer les profs gavant de programmes archaïques ? Former profs et élèves, ces derniers dans ce que les parents ont loupé, même si ce n'est pas normal en soi que l'Ecole supplée, mais ce serait peut-être le temps d'une génération... Toujours mieux que la police (dans le film, combien de fois Podalydès dit "Madame Bergerac" à l'enseignante qui séquestre longuement, avec une accumulation de risques, au lieu de conduire illico sa petite troupe devant le Proviseur canon pointé ?... Pas la peine d'avoir un pistolet dans la pogne ! Mes oreilles ont sonné aussi en entendant parler de notre Molière national (grand homme pour qui ?...) asséné à un jeune métissé en pleine crise d'ado, et pourquoi pas "nos ancêtres les Gaulois" ? Dans les faits, les enseignants des quartiers défavorisés mériteraient des moyens financiers et du renfort humain pour réussir à intéresser à quelque chose. Ce serait aussi bien que de focaliser sur la casquette ou le voile à ôter en classe, qui donnent l'illusion de l'autorité mais n'empêche pas les jeunes cerveaux de transgresser.