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Le vide sidéral de la politique européenne

Aux dernières nouvelles, José Manuel Durao Barroso est bien vivant. La preuve, il a rencontré en marge du dernier sommet européen de Bruxelles le nouveau chef du gouvernement portugais, Pedro Passos Coelho. Nous voilà rassurés. Enfin, façon de parler. Car l'existence physique du président de la Commission européenne n'empêche pas la disparition politique des institutions communautaires censées animer la construction d'une Europe «toujours plus unie». La crise des dettes souveraines dans la zone euro est avant tout politique. Elle marque le «triomphe», si l'on ose dire, de la gestion «intergouvernementale» sur la méthode communautaire qui avait fait la force du projet européen.

 

On ne le répétera jamais assez: en termes macro-économiques, la dette souveraine de la République Hellénique, c'est de la petite bière. Quelque 3,5% de la richesse créée chaque année par l'Union européenne, alors que les crises financières qui ont frappé des dizaines de pays depuis la fin du système de Bretton Woods en 1971 ont consommé jusqu'au tiers du PIB des pays atteints. Pourquoi un ensemble économique européen dont le PIB dépasse les 12.000 milliards d'euros se révèle-t-il incapable, depuis près de deux ans, de trouver une solution rapide et viable à ce problème en somme mineur?
A cause de la «contagion», vous répondra-t-on. Autrement dit, si le maillon faible grec saute, une réaction en chaîne pourrait faire tomber comme des dominos les autres pays «périphériques» jusqu'à l'Espagne, voire menacer un membre fondateur de l'UE comme l'Italie dont l'encours de dette publique dépasse les 2.000 milliards d'euros. Admettons. Mais une contagion a besoin d'un véhicule susceptible de transporter le virus. Quel est donc le concombre «bio» qui pourrait semer la désolation dans le paysage financier européen? Les banques, vous dira-t-on. Les banques européennes, allemandes et françaises notamment, qui ont souscrit aux obligations grecques (et portugaises, et espagnoles...) comme elles avaient financé avec ardeur les crédits hypothécaires «subprimes» aux Etats-Unis. Avec le résultat que l'on sait.
Depuis que la crise financière globale a éclaté en août 2007, avant de prendre un tour dramatique en septembre 2008 après la faillite de Lehman Brothers, on s'époumone à répéter aux princes qui nous gouvernent que la porte d'entrée dans un processus de règlement est le nettoyage à la paille de fer du bilan des banques. Les Japonais, auxquels il avait fallu presque dix ans pour aboutir à cette conclusion, l'ont payé d'une puis de deux «décennies perdues». Mais il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Au lieu d'appliquer aux banques européennes la chirurgie lourde qui s'imposait (ce qu'ont fait les Suisses), les gouvernements du Vieux Continent, celui de Berlin tout spécialement, ont choisi les médecines douces.
On leur donne jusqu'en 2019, autant dire jusqu'aux calendres grecques, pour accumuler les fonds propres qui devraient, théoriquement, les mettre à l'abri d'un risque «systémique» provoqué par la défaillance de l'une d'entre elles. Quant aux «stress tests" qui devaient mesurer la capacité de résistance des banques européennes, ceux qui les ont «subis» doivent encore en rire. Et les nouveaux examens, dont les résultats se font attendre, ne prendraient toujours pas en compte l'hypothèse d'un défaut partiel de la Grèce. Sujet tabou. Autrement dit, la mesure des risques ignore délibérément le danger numéro un. Elle est bien bonne.
En acceptant, malgré la mise en garde d'Axel Weber, l'ancien président de la Bundesbank, sur le danger d'acheter la dette publique des Etats européens, en violation des Traités, la Banque centrale européenne est tombée dans un piège. Elle ne peut envisager aujourd'hui l'incontournable restructuration de la dette grecque qui se traduirait pour elle par de lourdes pertes dans un bilan désormais truffé d'obligations pourries. Mais le dispositif a un mérite... pour les banques. Il leur permet, et elles ne s'en privent apparemment pas, d'alléger discrètement leurs engagements en repassant la patate chaude à celui qui sera inévitablement le payeur en dernier ressort, le contribuable européen. En réclamant à corps et à cri la «participation du secteur privé» comme condition du soutien allemand à la Grèce, Angela Merkel se moque du monde.
Toute cette sinistre comédie ne serait pas possible si la Commission européenne existait encore et jouait son rôle, avec le soutien d'un Parlement aux pouvoirs théoriquement renforcés par le Traité de Lisbonne (mais le PE lui aussi est aux abonnés absents). En mettant un incompétent notoire à un poste clef, les chefs de gouvernement européens, à commencer par le prétendu «couple franco-allemand», savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. La preuve, ils viennent de recommencer en propulsant Christine Lagarde à la tête du Fonds Monétaire International. Attachez vos ceintures.

 

Publié initialement sur Orange.fr, le 28 juin 2011

 

 

 

Tous les commentaires

Un bijou d'analyse traitée sur le mode humouristique et dans un style superbe à laquelle j'adhère totalement. Serions-nous rendus au point où, n'ayant plus à rien à espérer de bon de la part des princes qui nous gouvernent, mieux vaut en rire ?

Pour empêcher le ciel de nous tomber sur la tête ???

Cordialement,

@ Ph.Riès

Je reconnais que la dette de la Grèce en elle même,c'est comme vous le dites "de la petite bière" mais si on prend en compte l'effet de dominos que cette non pas faillite mais défaut de ce Pays va provoquer, ce sera la catastrophe de tous les autres pays du Sud ( dont la France) qui ont préfèrè l'euro de la consommation à l'euro de la production et de l'industrilisation, en résumé tous ces Pays, au sang latin.Alors imaginez Draghi et Barrosso aux commandes de l'Europe? On est en route pour la catrastrophe du siècle.

Je n'y connait rien mais c'est si bien résumé que j'ai tout compris ! Et ce que je comprends fait très peur .

Comment peut on être gouverné par des incapables ? ?

J'ai fuit en Belgique ( "etat" fédéral mais fragilisé actuellement politiquement ) via une petite affaire , d'une part parce que c'était moins cher a l'achat , mais aussi pour fuir le Sarkozisme .

L'avenir me dira si j'avais raison .

Ce qui se passe en Grèce est une parfaite illustration de la stratégie du choc, à laquelle Naomi Klein a consacré un ouvrage exemplaire.

@ JONAS EKHR

Tout à fait d'accord !!!

Merci pour ce point de vue, qui ne rend pas optimiste.

Pourtant, je crois encore à l'Europe, mais sûrement pas à celle des financiers!

 

Comme dans la fable de La Fontaine sur "La Peste et les Animaux"..."Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient atteints". Voilà l'Europe actuellement.

@Philippe Ries

"Toute cette sinistre comédie ne serait pas possible si la Commission européenne existait encore et jouait son rôle"

C'est-à-dire ?

...."Vide sidéral de la politique européenne" avec, dans ce vide, l'absurdité totale de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) qui, pour la deuxième fois consécutive cette année, vient de décider d'augmenter ses taux d'intérêts directeurs, alors que la zone euro s'essouffle par son manque de croissance, que l'inflation y reste tout à fait modérée en dépit des obsessions monétaristes de la BCE et que la valeur externe de l'euro n'est aucunement affectée par la crise des dettes souveraines……

A quand la redéfinition des missions de la BCE faisant de la lutte contre le chômage dans la zone euro sa première mission !?!?

Vous retardez d'un train M Riès la question est aujourd'hui combien il faudra encore monnétiser, deux milles milliards d'euros trois mille milliards d'euros ?

La question du prix à venir collectif est mal posée le prix est immédiat puisque l'émission retarde les processus de déflation et évite la chute de ceux-ci et la constatation inévitable d'une faillite générale, de Berlin (hé oui même nos amis à allemands) à Tokyo et Washington (où l'on entends surgir les premières propositions d'effacement pur et simple des titres détenus par la FED). Tous ceux qui avaient sagement investi leurs deniers dans des devises sérieuses devraient être riches aujourd'hui si le cours logique des évènements n'avaient été tordu pour permettre la survivance de nos élites patronales et politiques.

Là où le bât blesse c'est que l'aristocratie financière qui a construit l'europe pour elle et autour d'elle prétends toujours lever sa gabelle sur une production monnétaire qu'elle a été incapable de gérer sans se mettre en faillite. D'ou les palinodies autours des processus de monétisations qui sont pourtant froidement inévitables pour éviter l'explosion en plein vol.

C'est comme celà que les banques françaises ont osé produire le mémo sur le roll-over de la dette grecque qui se traduirait par une rente perpétuelle à leur profit garantie à des taux avantageux par un fond ad-hoc européen. Il est temps de monétiser directement et de mettre le système bancaire actuel en faillite et ses membres éminents au chômage. Lorsque le système monétaire sera stabilisé dans 5-6 ans il sera bien temps de "privatiser" certaines institutions pour offrir du service bancaire mais autours de règles prudentielles révisées, 100% de réserves me semble un taux souhaitable et des produits dérivés construits avec les règles de l'actuariaf des assurances.

nous qui avons voté non, nous étions les vilains petits canards anti-européens primaires. Mais avec des européistes comme nous avons, pas besoin d'anti-européens primaires !!!

@ ALI BABA

Hélas !!!

MaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMalade

. *** Analyse et commentaire au scalpel. Merci Philippe et Jonas Ekhr. Mais çà fait froid là, non?

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NIGEL FARAGE. Le vide sidéral de la politique européenne dénoncée depuis longtemps à chacune de ses interventions au parlement sous les rires niais et les quolibets. L'écouter.

"Les bons à rien de Bruxelles"

"Je veux que vous soyez tous virés"

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http://www.dailymotion.com/video/xjnqh5_les-bons-a-rien-de-bruxelles-nigel-farage_news http://www.dailymotion.com/video/xjtmao_je-veux-que-vous-soyez-tous-vires-nigel-farage_news

NIGEL FARAGE. Le vide sidéral de la politique européenne dénoncée depuis longtemps à chacune de ses interventions au parlement sous les rires niais et les quolibets. L'écouter.

@ Capucine M

Tout à fait d'accord !!! Vas-y !

Comme c'est étrange que ces échos du parlement européen ne nous parviennent jamais aux JT !

@ espoir

Ce n'est pas étrange, c'est tout simplement le résultat de la censure permanente dont nous sommes victimes !!!MaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMaladeMalade

@ espoir

Il est en effet dommage que mediapart ne puisse pas avoir la diffusion de TF1 !!!FurieuxFurieuxFurieux

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