Ven.
10
Fév

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Le journalisme condamné par le marché?

Si j'ai choisi de publier sur ce blog non pas un billet mais bien un article de journaliste tiré des notes abondantes prises pendant la leçon inaugurale de Todd Gitlin pour la rentrée des étudiants en journalisme de Sciences-Po, ce n'est pas pour céder à la tendance bien connue de la presse à se regarder le nombril. Mais parce que les réflexions de ce précurseur de la "Nouvelle Gauche" américaine recoupent la problématique qui est au coeur du projet Médiapart. En relevant en passant que cette entreprise repose bien sur la confiance dans le marché: c'est la qualité de l'offre qui doit créer la demande et conduire un nombre toujours plus importants de lecteurs à vouloir payer pour une information de qualité. C'est aussi parce ce que Gitlin nous y rappelle avec force que démocratie et journalisme indépendant sont "intimement liés", en se référant au libéral Walter Lippmann. 

La loi du marché est-elle en train de condamner le journalisme de qualité, le reportage sérieux (il devrait s'agir de tautologies mais hélas...) à disparaître, sauf à devoir sa survie à de généreuses fondations (aux Etats-Unis) ou à des subventions publiques (en Europe)?

 

Il est des perspectives plus enthousiasmantes pour construire la leçon inaugurale d'une école de journalisme, en l'occurrence celle de Sciences-Po, mais c'est bien à ce choc avec la dure réalité de la crise de la grande presse américaine que Todd Gitlin a convié son auditoire le jeudi 4 septembre. L'auteur, entre autres ouvrages, de «Media Unlimited» et professeur à la prestigieuse école de journalisme de l'université Columbia (New York) a préféré avertir son (essentiellement) jeune public, s'il en était encore besoin: «Il faut être réaliste et s'attendre à ce qu'une carrière de journaliste ne soit pas une ascension sereine sur une échelle de soie. Ce n'est pas un métier pour des gens aux nerfs fragiles».

 

Chute irrésistible des ventes des grands journaux, fermeture (complète dans certains cas) des bureaux à l'étranger, réduction d'un quart des effectifs dans les salles de rédaction: les effets de la crise économique qui atteint la presse écrite aux Etats-Unis sont connus. Au total, «la place consacrée à l'information a été réduite».

 

Les causes également: assèchement des très profitables petites annonces parties sur le net où elles sont gratuites pour l'annonceur, concurrence du même net pour l'attention des jeunes générations (l'âge moyen d'un lecteur de la presse de qualité est 55 ans), déferlement des journaux gratuits. Et d'autres plus diffuses: le temps consacré à la lecture dévoré par le travail ou le transport.

 

Le reconcement des grandes familles

 

L'impact sur la santé financière des entreprises de presse a été dévastateur: «en trois ans, souligne Todd Gitlin, les éditeurs de journaux cotés en bourse ont perdu 42% de leur capitalisation». Avec une conséquence évidente : le désistement progressif des grandes familles qui avaient longtemps considéré comme un devoir sacré de préserver les grands journaux de la pression du marché. «Les familles étaient le moyen d'isoler les journaux de la pression du marché. Sur quatre, deux sont parties», rappelle-t-il.

 

Il évoque ainsi le «voyage tragique» du Los Angeles Times (anciennement propriété de la famille Chandler), qui a fini dans les mains d'un magnat de l'immobilier, a perdu un quart de ces journalistes depuis l'an 2000 et dont le directeur de la rédaction a été récemment remercié pour avoir refuser de couper de nouvelles têtes. Après des années d'hésitation et de querelles, les Bancroft ont accepté de vendre le Wall Street Journal (avec le groupe Dow Jones) à l'ogre australo-américain Rupert Murdoch. Les Graham possèdent toujours le Washington Post mais c'est une très rentable activité de «boîtes à bac» (cram schools) qui comble les pertes du journal. Pour n'avoir pas conduit de diversification, le New York Times des Sulzberger «subit une hémorragie financière», explique Todd Gitlin.

 

«Les journaux n'ont pas anticipé ces défis», constate-t-il, avant de mettre en garde sur les promesses de l'Internet, présenté un peu vite «comme le défi mais aussi la résurrection» de la presse papier. La publicité Internet a certes progressé de 19% en 2007 mais ne représentait encore que 7% de la dépense totale des journaux. Sur les 30 principaux sites, 14 ont subi une chute d'audience en 2007. Pour Todd Gitlin, «nous n'avons pas un modèle d'activité qui prouve que la rentabilité soit possible».

 

Une crise d'autorité

 

«L'autre crise est d'une certain manière plus difficile à cerner"», explique le professeur de Columbia. Crise d'autorité du journalisme, crise de crédibilité, avec chez les journalistes «le sentiment que le monde qu'ils ont connu est en train de disparaître», qu'ils appartiennent peut-être, comme hier le cocher de fiacre et le maréchal ferrand à l'arrivée de l'automobile, à une espèce en voie de disparition. Il évoque, dans les salles de rédaction, «ce mélange de démoralisation et de fierté caractéristiques des espèces menacées».

 

Sentiment aggravé par la nostalgie d'un âge d'or supposé, ce que Todd Gitlin appelle «le moment Woodward-Bernstein» (les reporters du Watergate), quand la presse a émergé du naufrage des autres institutions américaines. Cette période «a créé l'illusion que le journalisme était évidemment audacieux, indépendant et fiable».

 

Mais dans l'histoire américaine, de telles phases (le New Deal en fut une autre), «qui conduisent à une revalorisation du prestige du journalisme» ont été l'exception plutôt que la norme, parce que le journalisme est associé au pouvoir politique dans un pays où «c'est la vie privée qui est à l'honneur et doit être protégée de l'Etat, où la vie publique est regardée avec soupçon».

 

Outre les propres défaillances de la presse américaine (articles bidonnés, tendance à l'alignement sur les thèses officielles du 11 septembre jusqu'au début de la guerre en Irak), la montée du fondamentalisme religieux comme du «cynisme éduqué» ont contribué au déclin de la crédibilité de la presse. Todd Gitlin mentionne l'attaque contre les «cosmopolites» lancée à la convention républicaine par Sarah Palin, nouvelle idole des conservateurs américains après son investiture comme candidate à la vice-présidence sur le ticket républicain. «Le discours sur les ‘médias de gauche', qui remonte aux années de la présidence Nixon, est aujourd'hui un lieu commun aux Etats-Unis. Ce populisme de droite est une composante importante de cette crise».

 

Mais, analyse l'auteur de "Media Unlimited", «la crise d'autorité qui affecte le journalisme fait partie d'une crise plus large» et qui n'est pas limitée aux Etats-Unis. «Nous sommes au milieu d'une transformation social globale» caractérisée par «le passage d'institutions verticales à des institutions horizontales», en marche vers un monde «décentralisé et éparpillé», membres de sociétés où la structure pyramidale cède le pas aux réseaux.

 

Démocratie et journalisme

 

Le journaliste est confronté à la montée en puissance ce que Todd Gitlin appelle «l'émergence en ligne des vecteurs d'opinion saturés», les blogs et autres formes d'expression sur le net. «Il faut être lucide sur ce que ces sources ne sont pas : du reportage sérieux», dit-il.

 

«Je ne néglige pas l'importance de l'agrégation» de nouvelles circulant sur le net «mais le vrai travail de reportage coûte cher». Un blog n'a pas d'argent. Aux Etats-Unis, à quelques dizaines d'exceptions près, les blogueurs ont «vrai job» (a day job) qui les subventionne. «Les blogueurs ont une place dans l'information, ce qu'ils n'ont pas c'est un salaire».

 

Or, l'enjeu de la crise du journalisme va très au-delà du sort d'une profession. «Quand des gouvernements se sont pas surveillés, ils sont libres de déclencher des guerres». Il rappelle la définition du travail du journaliste donnée par Walter Lippmann dans son livre «Public Opinion» (publié en 1922) : «donner de la réalité une image à partir de laquelle l'homme peut agir».

 

En ce sens, explique Todd Gitlin, «le statut du journalisme s'élève ou chute avec celui de la démocratie. Le journalisme et la démocratie sont connectés de manière intime». En effet, «le journalisme ne peut pas fonctionner en l'absence d'une institution qui transforme les mots en action».

 

C'est cette fonction sociale essentielle qui est oblitérée quand on se contente de constater que «le journalisme appartient à une industrie dont l'activité consiste à attirer l'attention» ou si on se résigne «à ce que le journalisme ne soit rien d'autre qu'un agent de distraction», en concurrence avec d'autres pour «les yeux et les oreilles» du public. Danger d'autant plus grand que «quand le journaliste perd son autorité, il peut avoir tendance à compenser» en flattant le pouvoir politique ou en caressant l'opinion dans le sens du poil.

 

Fondations ou subventions ?

 

Qui dés lors «paiera pour le reportage sérieux» ? s'interroge Todd Gitlin. «C'est le travail de la grande presse». Mais, avoue-t-il, «je ne vois pas de solution dans le cadre de l'actionnariat privé», répond-il. «Je vois une solution dans les subventions publiques», comme cela se pratique dans certains pays du nord de l'Europe, mais pas aux Etats-Unis «car les Américains n'y sont pas prêts pour des raisons idéologiques». D'où la signification d'une entreprise comme Pro Publica, site de journalisme d'investigation dirigé par l'ancien directeur de la rédaction du Wall Street Journal Paul Steiger et généreusement financé par une fondation californienne.

 

Ultime message de Todd Gitlin aux étudiants en journalisme de Sciences-Po : «Je n'ai pas de happy end à vous offrir, ni de scénario de fin du monde d'ailleurs. Les époques de rupture sont des périodes fertiles. Et ne croyez pas ceux qui vous disent qu'ils savent où tout cela nous conduit». Un vrai maître en journalisme.

Tous les commentaires

A 73 ans, lorsque j'observe autour de moi dans les différents milieux, régions, la grosse majorité des personnes ne lisent pas de journaux; et ces mêmes personnes suivant leurs préférences, et leurs niveaux intellectuels sont branchés en permanence sur la même chaine de télé. Je pense qu'une spécialisation dans chaque journaux où " LE MONDE " sortirait un journal pour ceux qui s'intéressent qu'aux sports, un autre pour la politique,un autre pour les investigations contrôlées; Etc...chaque Journal des différentes tendances faisant la même chose, le lecteur qui n'a plus le temps de lire prendra le temps de lire ce qui lui plait. JC.J

Un grand merci pour cet article qui nous éclaire profondément. Ce sont ces articles qui nous donne l'impression de (re)devenir intelligent. "Le journaliste est confronté à la montée en puissance ce que Todd Gitlin appelle «l'émergence en ligne des vecteurs d'opinion saturés», les blogs et autres formes d'expression sur le net. «Il faut être lucide sur ce que ces sources ne sont pas : du reportage sérieux»". Faut-il que Mediapart publie sur une même page articles de journalistes professionnels et blogs ? "Qui dés lors «paiera pour le reportage sérieux» ? (...) «Je vois une solution dans les subventions publiques» ". L'idée de replacer le journalisme comme un service public, j'ajouterais comme une éducation populaire est au cœur de l'exigence démocratique. Un article comme celui-ci, sur beaucoup de points, me fait aussi penser à la fonction du Théâtre, tout autant maltraité et qui devrait, depuis Echyle avoir les mêmes buts et les même moyens. Merci

D'abord merci de vous faire l'écho de cette leçon, a laquelle peu ont accès. Enusite, cet article aurait du prendre place dans l'édition "sérieuse" (sourire) de Mediapart.fr, plutot que sur votre "blog" ! Le problème commence avec ce simple constat non ? Sur le fond, Todd Gitlin dit des choses tout à fait interessantes, en particulier sur le fait que les journalistes et les patrons de presse n'ont absolument pas vu le monde changer. Rien que ce constat fait froit dans le dos. Pour ma part, j'ai peur depuis 1986. C'est en effet la dernière semaine de ce beau mois d'avril 1986 que j'ai attrapé une trouille qui perdure depuis lors. Souvenez vous... Contre vents et marées, la presse - et pas seulement la française, même si elle s'est particulièrement ridiculisée - a ignorer l'ampleur de la catastrophe de Tcherobyl. Et d'une certaine manière persévère puisque les photojournalistes ont eu et ont toujours le plus grand mal a publier des images (atroces) des conséquences. Ensuite, avec ou sans lien, il faut se souvenir de la formidable opération de lobbying menée à Bruxelle, par les entreprises informatiques américaines pour obtenir "la dérégulation" des télécommunications, puis dans la foulée des autres secteurs... Si l'on reste sur celui des télécoms, il faut se souvenir des conséquences de l'opération de lobbying. En juillet 1994, "pompant" littéralement l'expérience "grand public" du MInitel, Al Gore lance l'idée des "autoroutes de l'information". Le web a été inventé en Europe trois ans avant, et les "tuyaux" permettent maintenant de faire circuler l'information illustrée... Dérégulation des télécoms oblige, c'est le triomphe de l'inforamtion gratuite jusqu'alors apannage des radios et télévisions. Todd Gitlin a raison nous sommes au milieu du torrent qui emportera tout, toutes et tous. Il y a bien longtemps que j'enseignait aux étudiants-journalistes que la seule comparaison historique a laquelle on peut faire référence est l'arrivée de la presse façon Mr Gutenberg. Avant le célèbre imprimeur, les nouvelles étaient écrites à la main par des individus lettrés, parfois un peu aventurier et souvent "agent de renseignement", ces nouvelles - dont l'université de Bologne (Italie) conserve une collection formidable - ont mis quatre siècles a être détronnées par les novuelles imprimées sur les presses Gutenberg... Ce fut long, car les lecteurs trouvaient la nouvelle formule salissante, comme il y a vingt ans mes confrères trouvaient les écrans "illisibles" et les claviers de Minitel vraiment trop petits... (Je leur envoi cinq lettres en SMS à ceux là !) Avant Gutenberg, il y avait des nouvellistes, après ils disparurent et on appela la même fonction : journaliste. Aujourd'hui, les journalistes sont dans des charettes, et ce sont les "blogueurs" qui émergent... Il est toujours plus facile de soudoyer ou comprometttre un individu qu'une rédaction. Ne serait ce pas l'explication ?

Philippe Riès Cher Michel Puech, Mon blog est extrêmement sérieux, trop sans doute, mais vous n'avez pas tort. C'est pourquoi l'article est maintenant en "une" du Club. J'ai rendu compte, aussi fidèlement que possible (je prends toujours énormément de notes qui deviennent des articles puis des livres) des propos de Todd Gitlin mais je ne partage pas nécessairement son pessimisme et ses conclusions. Je crois, et je ne suis pas le seul à Médiapart, que le formidable bouleversement en cours dans les médias laissera place à une décantation qui fera ré-émerger, sur le net, une demande pour un journalisme de qualité.La question est: à quel rythme et dans quels délais? Mais cela ne se fera pas sans les journalistes. Je n'enseignerais pas moi-même à Sciences Po si je ne croyais pas à l'avenir de cette profession. Je suis très réservé sur une presse qui devrait sa survie à des subventions publiques (la presse française est déjà massivement subventionnée) car "qui paye commande" et j'ai une confiance limitée dans la capacité du pouvoir politique, quel qu'il soit, à ne pas demander des comptes ou un "retour sur investissement", d'une manière ou d'une autre. Un autre message de Gitlin est qu'il n'y a jamais eu d'âge d'or du journalisme. Et nous savons tous que cette profession, comme les autres, a toujours vu coexister le pire et le meilleur.

Philippe Riès Vous dites ne pas partager nécessairement les conclusions pessimistes de Gitlin, cependant, vous finissez votre article par cette citation «Je n'ai pas de happy end à vous offrir, ni de scénario de fin du monde d'ailleurs. Les époques de rupture sont des périodes fertiles. Et ne croyez pas ceux qui vous disent qu'ils savent où tout cela nous conduit». Un vrai maître en journalisme. "Je trouve que cette vision n'est pas pessimiste, elle semble être plutôt dans l'incertitude. L'incertitude est-elle un pessimisme ? De plus, vous ne croyez pas aux subventions, vous craignez les "retours sur investissement", les "qui paye commande". Etant conscient que le mieux ne serait pas l'ennemi du bien, quelle solution pensez-vous être la moins pire. Le privé finançant le journalisme ne vous fait-il pas plus craindre ces dérives ?

Philippe Riès Je voulais simplement indiquer que le doute, l'interrogation, le questionnement et une bonne dose de scepticisme font nécessairement partie du paquetage du journaliste. Sur le financement privé, dans un apparté avec Todd Gitlin après sa conférence, je lui ai fait observer, ce qu'il savait d'ailleurs, que le triste sort du LA Times, tombé (c'est le cas de le dire) entre les mains d'un milliardaire de l'immobilier était la règle plutôt que l'exception en France. Pas la peine de citer les noms. Comme le dit Gitlin, nous sommes dans une période de ruptures et nul ne peut dire ce que seront devenus les médias dans cinq ou dix ans. Il y a un très gros potentiel de valorisation des contenus, dont l'information, sur tous les nouveaux médias, notamment l'univers mobile. Mais qui captera la valeur ajoutée ? C'est la grande question. En fin de compte, pour un libéral incorrigible comme moi, c'est le consommateur-lecteur-citoyen qui décidera s'il est prêt à payer, et combien, pour une information indépendante et de qualité. Médiapart nous apportera, je crois, une partie de la réponse. Une autre question, dont j'ai également parlé avec Todd Gitlin, est celle du "mass média", autrement dit du rapport qualité/taille de l'audience. C'est celle qui concerne la grande presse avec ses coûts fixes énormes et sa volonté de peser sur le débat public. Mais l'équation tirage=influence est évidemment remise en cause par les nouveaux vecteurs de diffusion de l'information dans le corps social. Le mouvement se prouve en marchant.

Je remercie Michel Puech et Philippe Riès pour leurs commentaires qui m'aide à me forger un questionnement plus pertinent sur la méthodologie du financement des organes de presse. La subvention public soutient une profession en même temps qu'elle pose un certain nombre de censures. La question de la transparence nucléaire n'est toujours pas à ce jour réglé et je partage amplement la trouille de M. Puech tant au niveau des contrôle de l'information que de la technique en elle même. (Les deux n'étant pas intimement interdépendante ? ). Disons que dans le cas d'une aide de l'État, les pressions de censure (ou d'auto-censure ) sont articulées autour d' intérêts d'État, en plus des corruptions de ses moyens à des fins privées, économiques, politiques ou autres. Inutile de rappeler des exemples. Donc Acte ? Philippe Riès décline le financement privé en deux parties. Je pense que l'on peut tous s'accorder sur le fait que la résultante du rapport qualité-taille soit de nature à abaisser la valeur du journalisme, de sa pertinence. Enfin, le consommateur-lecteur-citoyen qui aurait accès par son libre-choix au travail de qualité nous pose un problème qui est vital à une démocratie. L'égalité devant l'information. Que ce soit tant de la capacité à financer ce choix, de la démarche vers ce type "d'excellence", de la compréhension de ces informations, de la capacité à l'extraire de la presse à grande diffusion, cette option peut nous faire craindre une dérive élitiste. Certains seraient bien informé et au vu de l'échelle planétaire, ce serait une infime partie et l'immense majorité serait dans les faits divers, les polémiques, les peoples, le sport, la pornographie? Quelle serait alors la valeur ajouté d'une telle dichotomie ? Si seule une élite est informée, a quoi bon ? Quelle est donc l'orientation qui permettrait le plus de pérenniser la démocratie ? Enfin, avons-nous le libre-arbitre de cette évolution ?

Philippe Riès Je voulais simplement indiquer que le doute, l'interrogation, le questionnement et une bonne dose de scepticisme font nécessairement partie du paquetage du journaliste. Sur le financement privé, dans un apparté avec Todd Gitlin après sa conférence, je lui ai fait observer, ce qu'il savait d'ailleurs, que le triste sort du LA Times, tombé (c'est le cas de le dire) entre les mains d'un milliardaire de l'immobilier était la règle plutôt que l'exception en France. Pas la peine de citer les noms. Comme le dit Gitlin, nous sommes dans une période de ruptures et nul ne peut dire ce que seront devenus les médias dans cinq ou dix ans. Il y a un très gros potentiel de valorisation des contenus, dont l'information, sur tous les nouveaux médias, notamment l'univers mobile. Mais qui captera la valeur ajoutée ? C'est la grande question. En fin de compte, pour un libéral incorrigible comme moi, c'est le consommateur-lecteur-citoyen qui décidera s'il est prêt à payer, et combien, pour une information indépendante et de qualité. Médiapart nous apportera, je crois, une partie de la réponse. Une autre question, dont j'ai également parlé avec Todd Gitlin, est celle du "mass média", autrement dit du rapport qualité/taille de l'audience. C'est celle qui concerne la grande presse avec ses coûts fixes énormes et sa volonté de peser sur le débat public. Mais l'équation tirage=influence est évidemment remise en cause par les nouveaux vecteurs de diffusion de l'information dans le corps social. Le mouvement se prouve en marchant.

Philippe Riès Cher Michel Puech, Mon blog est extrêmement sérieux, trop sans doute, mais vous n'avez pas tort. C'est pourquoi l'article est maintenant en "une" du Club. J'ai rendu compte, aussi fidèlement que possible (je prends toujours énormément de notes qui deviennent des articles puis des livres) des propos de Todd Gitlin mais je ne partage pas nécessairement son pessimisme et ses conclusions. Je crois, et je ne suis pas le seul à Médiapart, que le formidable bouleversement en cours dans les médias laissera place à une décantation qui fera ré-émerger, sur le net, une demande pour un journalisme de qualité.La question est: à quel rythme et dans quels délais? Mais cela ne se fera pas sans les journalistes. Je n'enseignerais pas moi-même à Sciences Po si je ne croyais pas à l'avenir de cette profession. Je suis très réservé sur une presse qui devrait sa survie à des subventions publiques (la presse française est déjà massivement subventionnée) car "qui paye commande" et j'ai une confiance limitée dans la capacité du pouvoir politique, quel qu'il soit, à ne pas demander des comptes ou un "retour sur investissement", d'une manière ou d'une autre. Un autre message de Gitlin est qu'il n'y a jamais eu d'âge d'or du journalisme. Et nous savons tous que cette profession, comme les autres, a toujours vu coexister le pire et le meilleur.

Intéressante, cette référence à un grand oublié, le minitel. Plus personne n'en parle, pourquoi ? Car il est vrai que tout, ou presque, le pire comme le meilleur, des médias électroniques avait été inventé dès 1984 par France Télécom et Le Parisien à l'époque "libéré", le média invité à participer à l'expérience de Vélizy cet été-là. Il se trouve que j'ai fait partie de l'une des toutes premières équipes de "journalistes" du Parisien télématique, après Vélizy, lorsque la fourniture d'information et de divertissement sur minitel est passé au stade commercial (automne 1984) avec l'invention géniale du 3615, véritable jack pot (reversement par France Télécom d'une partie du coût de la communication à l'éditeur). Concrètement, comme on dit aujourd'hui : le Parisien Télématique a constitué à la hâte une équipe de jeunes diplômés sans aucune expérience professionnelle de l'information ni formation, dirigés par une hiérarchie tout aussi inexpérimentée et absente, complètement coupée de la rédaction d'un quotidien alors en perdition, sans valeurs, ni éthique, ni méthodes. Pratiquement exonéré de toutes les contraintes et charges pesant normalement sur les rédactions – en gros, le coût de la recherche et du traitement de l'information –, en exploitant exclusivement une extension de fil AFP, le Parisien Télématique a commencé à engranger de super-bénéfices (ils auraient contribué au redressement du quotidien "papier" et du groupe). Par ailleurs, la pratique du blog et du commentaire par les lecteurs était déjà répandue. Puis, très vite, la messagerie a été inventée par des utilisateurs malins qui ont réussi à détourner le média pour communiquer entre eux (sur le principe du téléphone en réseau clandestin, en vogue à l'époque chez les initiés). Intelligemment récupérées et commercialisées, devenues largement roses, les messageries ont rapidement supplanté l'information et dopé les profits des éditeurs. Le groupe Perdriel ("3615 Ulla" et autres) a pris le train en marche,entassant les serveurs dans des chambres de bonne pour répondre, sans scrupules excessifs, à une demande de sexe virtuel en explosion. La morale de cette histoire ? Une certitude : pratiquement aucun des "journalistes" de cette équipes n'avait le sentiment de "faire du journalisme". Et pourtant : le média, rudimentaire certes, était disponible. Il aurait suffit d'une volonté, d'une vision, d'un engagement… pour en faire un support de presse digne de ce nom.

Quelqu'un aurait-il, un jour, l'âme charitable de parler un peu de l'histoire du minitel. Dans mon souvenir, j'étais enfant dans les années 1980, c'était l'appareil mystérieux que les parents nous interdisait d'utiliser, parce qu'on risquait de faire exploser la facture téléphone. A l'arrivée, on l'utilisait surtout comme doublon des pages blanches. Comment est née cette idée ? Comment était construit le réseau du minitel ? Qui était impliqué ? Quels étaient les enjeux ? Pourquoi finalement le minitel a-t-il été un échec ? Merci d'avance.

. @ Tchavolo . C'est une bonne question. . Une grande quantité de livres ont été écrits sur le minitel; évidemment, on ne les trouve plus en librairie; il faut aller en bibliothèque. . Il y avait deux idées présidant à cette affaire : supprimer l'annuaire téléphonique papier (ils existent toujours, mais pas dans les proportions d'autrefois); initier les Français aux nouvelles technologies numériques. . De ce point de vue, le minitel n'a pas du tout été un échec, mais il a eu une carrière relativement brève, en raison de la rapidité de l'évolution technologique. Il s'agissait d'un terminal dédié : c'est-à-dire un ordinateur "pas intelligent", ne sachant faire qu'une chose : envoyer les données qu'il trouvait sur différents serveurs. Les serveurs ont été évolé et les utilisateurs se sont équipés d'ordinateurs personnels (PC) de plus en plus "intelligents"...Ceux-ci font ce que faisait le minitel et beaucoup plus. . Voila. . jpylg

Juste pour dire merci à cet article .

Comme Gitlin, je pense qu4une des solutions pour aider la presse à survivre est d'en venir aux subventions publiques. Si la presse, ou les médias en général, sont bien l'indispensable "4ème pouvoir", alors pourquoi ne pas les subventionner au même titre que les députés ou les juges !! Avec une infime partie des milliards consacrés à la télévision, l'on pourrait subventionner plusieurs quotidiens de qualité! Olivier, 38 ans, vivant à Francfort

Bonjoir, Un poil hors sujet? je me demande si il y a un syndicat des journalistes, pour réfléchir, proposer, lutter, en lien avec ces questions? et pourquoi pas une "internationale" des journalistes? Ne font ils que subir?

Il y a le SNJ (Syndicat National des Journalistes), lié à la fédération SUD et qui publie sur Acrimed.

j'ai du mal à comprendre qu'un contributeur de mediapart puisse serieusement penser le journalisme comme un service public ! si l'aventure mediapart reussit financierement (et je souhaite qu'elle reussisse) cela sera bien grace a ses lecteurs abonnés, non ? Quand aux references à un passé mythique, il suffit de se replonger dans les romans des naturalistes pour voir que le foisonnement de la fin du XIXeme etait largement alimenté par des feuilles de chou partisanes et peu approfondies, gerées au service d'interet particulier. J'ajouterai pour rappel qu'il existe des journaux rentables (le Parisien, l'Equipe, le Bild, the Sun ou le FT pour ne citer qu'eux), et que le populisme de droite n'a bien sur rien à voir avec la crise de la presse. Ou alors France Soir n'aurait jamais connu les soucis auxquels ils sont confrontés ?

Ah bon? Alors vous devriez militer pour remettre une TVA à 19% sur la presse, pour aller au bout de votre logique. ce n'est pas parce que je soutiens Médiapart que je ne souhaite pas en meme temps avoir le choix entre 5 autres contributions du niveau de médiapart. Oui, un pouvoir indépendant qui critique les autres pouvoirs, cela me semble sain et indispensable dans une démocratie. L'Etat finance les partis politiques par ce qu'ils garantissent un fonctionnement correct de la démocratie. Pourquoi pas la presse !!! Olivier, 38 ans, vivant à Francfort

Bonjour, ACNM Je peux peut-être vous aider à comprendre. Je souhaite que Mediapart ne soit pas votre unique source d'information. Si c'est le cas, je vous conseillerais d'aller à la recherche d'autre point de vue. Bien sûre, vous citez des quotidiens comme Le Parisien, l'Equipe... Il y en a d'autre et je ne suis pas là pour vous faire la promotion de certaines publications. A part exception, toute les sources d'information sont massivement subventionnée en France et les quelques références que vous citez, Le parisien, l'Equipe profitent aussi directement et/ou indirectement de ces mannes financières. Il est vrai par ailleurs qu'au XIX ème, beaucoup de publications étaient manipulatrices mais retenons aussi, dans l'une d'elle "J'accuse", d'Emile Zola. Il y en a eu bien d'autres, Beaudelaire, Rimbaud, Verlaine pour ne citer que les publications littéraires. Il m'en reviens une : Je sais bien qu'il est d'usage D'aller en tous lieux criant Que l'homme est d'autant plus sage Qu'il rêve plus de néant ; D'applaudir la grandeur noire, Les héros, le fer qui luit, Et la guerre, cette gloire Qu'on fait avec de la nuit ; D'admirer les coups d'épée, Et, la fortune, ce char Dont une roue est Pompée, Dont l'autre roue est César ; Et Pharsale et Trasimène, Et tout ce que les Nérons Font voler de cendre humaine Dans le souffle des clairons ! Je sais que c'est la coutume D'adorer ces nains géants Qui, parce qu'ils sont écume, Se supposent océans ; Et de croire à la poussière, A la fanfare qui fuit, Aux pyramides de pierre, Aux avalanches de bruit. Moi, je préfère, ô fontaines, Moi, je préfère, ô ruisseaux, Au Dieu des grands capitaines Le Dieu des petits oiseaux ! O mon doux ange, en ces ombres Où, nous aimant, nous brillons, Au Dieu des ouragans sombres Qui poussent les bataillons, Au Dieu des vastes armées, Des canons au lourd essieu, Des flammes et des fumées, Je préfère le bon Dieu ! Le bon Dieu, qui veut qu'on aime, Qui met au coeur de l'amant Le premier vers du poème, Le dernier au firmament ! Qui songe à l'aile qui pousse, Aux oeufs blancs, au nid troublé, Si la caille a de la mousse, Et si la grive a du blé ; Et qui fait, pour les Orphées, Tenir, immense et subtil, Tout le doux monde des fées Dans le vert bourgeon d'avril ! Si bien, que cela s'envole Et se disperse au printemps, Et qu'une vague auréole Sort de tous les nids chantants ! Vois-tu, quoique notre gloire Brille en ce que nous créons, Et dans notre grande histoire Pleine de grands panthéons ; Quoique nous ayons des glaives, Des temples, Chéops, Babel, Des tours, des palais, des rêves, Et des tombeaux jusqu'au ciel ; Il resterait peu de choses A l'homme, qui vit un jour, Si Dieu nous ôtait les roses, Si Dieu nous ôtait l'amour !" Pas une ride ! Je ne sais pas si nous pouvons à ce point généraliser. En tout cas, lorsque cela m'arrivera, reprenez-moi, s'il vous plait.

Le journalisme comme service public ? Alors que, précisément, ce journalisme est critiqué pour sa mauvaise qualité ! C’est une plaisanterie ? Cela ressemble vraiment à une prime à l’incompétence et à une rente de situation garantie par l’état. On appelle cela de la corruption. Et sa justification idéologiqueune imposture.
Mais je ne suis pas très optimiste non plus pour la solution payante comme celle de Médiapart. Un petit rappel d’un texte classique de Robert de Jouvenel, La République des camarades, (que je me suis amusé à rééditer), à propos de la difficulté de la presse à être indépendante des puissances politiques et financières : « Je veux bien que ce soit la faute des journaux ; mais c’est avant tout la faute du public. Si jamais le bon public, l’excellent public, qui se gausse de ces servitudes, s’avise de vouloir lire un journal complètement indépendant qui n’ait besoin ni du pouvoir, ni de ses agents, ni du commerce, ni de ses représentants, il l’aura. Il lui suffira de payer ce qu’on lui vend, au prix de revient. S’il y avait en France dix mille personnes résolues à sacrifier chaque matin quatre ou cinq sous pour le seul plaisir de lire un journal qui ne soit le prisonnier ni de ses subventions, ni de sa publicité, ni de ses actionnaires, ce journal paraîtrait demain. Mais n’y comptons pas trop. « Il y avait une fois, voici quelques années, un journal qui avait tiré à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et soulevé un tumulte inouï parmi les passions françaises. Cependant, dans la paix publique rétablie, ce journal voyait se calmer le zèle de ses lecteurs. Il fit un plébiscite pour demander à ses derniers fidèles s’ils seraient disposés à payer dorénavant deux sous leur journal, pour lui permettre de vivre et de rester fidèle à sa politique. Vingt mille lecteurs enthousiastes répondirent : « — Deux sous, trois sous, cinq sous, si vous voulez. « On les crut. Moins d’un an après, le journal ne tirait même plus à six mille. Car personne ne se croit assez riche pour payer deux sous [dix centimes] à ses partisans ce qu’il peut avoir pour cinq centimes chez l’adversaire. »

Et la Justice ou l'éducation comme service public ("alors que précisément elles sont critiquées pour leur mauvaise qualité" comme vous dites), c'est aussi "une rente de situation" ou de la "corruption"? J'espère que votre réponse était au 2ème degrés !! Olivier, 38 ans, vivant à Francfort

1) La justice et l'éducation sont déjà des services publics. Nationaliser la presse est une autre affaire qui relève de la rente de situation (voir Freddie Mac et de Fannie Mae). 2) Je parlais du fait que le journalisme est critiqué dans l'article. 3) Deuxième degré mon cul. Si dès qu'on n'est pas d'accord avec vos préjugés qui vous aveuglent, au point de ne pas comprendre ce que vous lisez, on est discrédité comme plaisantin, il faut vous faire soigner. Et vous ne m'impressionnez pas par vos injonctions de se soumettre à votre normalisation. En outre, il est évident qu'il existe des rentes de situation dans la justice (mutations-promotions, affaire Outreau, corporatisme) ou l'éducation (corporatisme, conservatisme - de droite et de gauche...), et surtout l'absence de possibilité de droit à la critique (que manifeste votre réaction d'ailleurs). Bref, vous avez tout faux.

"plaisantin", "mon cul", "vous faire soigner" "vous ne m'impressionnez pas", "vos préjugés qui vous aveuglent", "vous avez tout faux" : c'est un vrai bonheur de tenter de discuter avec vous Monsieur Jacques Bolo. Olivier, 38 ans, vivant à Francfort

Vous ne discutez pas, vous dites n'importe quoi. Marre des cons.

Et c'est quoi l'indépendance, les amis ? Est-ce que ça veut dire que personne ne contrôle ce que tu écris ? Et depuis quand ça ce serait un gage de qualité ?? Non, non. Pas de qualité, dans n'importe quel domaine, sans contrôle. Mais effectivement, dans la presse le contrôle ne peut venir du public, qui par définition ne peut pas juger les informations qu'il ne connait pas encore, il ne peut pas venir de l'Etat qui a des intérêts politiques ni du capital qui a des intérêts économiques. Le seul à même de juger du travail d'un journaliste est un autre journaliste. Donc c'est pas compliqué, il faut que les journalistes se jugent entre eux et sanctionnent les travaux de mauvaise qualité. Après, financement privé, public, financement par les lecteurs, c'est secondaire. L'essentiel, c'est que les journalistes soient payés en fonction de leur qualité journalistique (pertinence, profondeur, justesse) et pas en fonction de leur habileté à anticiper les désirs des lecteurs ou des financeurs. on ne réhabilitera pas la presse, donc on ne relancera pas le marché de la presse, si on ne prend pas le temps de créer ce "conseil de surveillance et d'évaluation des productions journalistiques". pas besoin de faire scienes po pour comprendre ça.

B'soir, Pour poursuivre votre réflexion, on peut faire un parallèle avec le monde scientifique qui a le même type de difficultés de financement : à la fois nécessairement indépendant du pouvoir -- la politique n'a théoriquement pas droit de cité en sciences --, fondamentalement non rentable (au moins à court terme) et néanmoins indispensable. Comme pour des journalistes, seuls des scientifiques sont susceptibles d'évaluer correctement d'autres scientifiques. Cependant, cette organisation du monde scientifique "public" est souvent critiquée (et notamment par le pouvoir actuel). Cette consanguinité n'est-elle pas dangereuse ? Le scientifiques ne sont-ils pas juges et partis ? Personnellement, je crois à la nécessité d'un financement public mais garantissant l'indépendance en sciences. Qu'en serait-il du journalisme ?

Merci pour cet article. L'histoire de l'information aux USA est à plus d'un titre intéressante dans un pays qui a une tradition de liberté bien supérieure à la nôtre. Et c'est là que l'on s'aperçoit que la liberté de la presse n'est pas un chemin de roses même aux USA. Si les grandes familles ont souhaité construire de grands organes de presse respectables, ce qu'ils n'étaient pas dans les années 20 et 30, le poids des annonceurs, lorsque la publicité est devenu économiquement indispensable, a toujours semé des difficultés. Voir le cas d'Ed Murrow dont la carrière a été stoppée au moment de Mac Carthy par le refus des annonceurs de continuer à sponsoriser son émission. Le poids des institutions publiques souvent également très présentes : pendant toute la guerre du Vietnam la version de l'Etat major de l'armée a constamment été relayée par la presse sauf à la fin lorsque l'opinion commençait à se retourner (cf Walter Conkrite).On pourrait citer d'autres exemples. Néanmoins si dans ce pays bien plus exemplaire que le nôtre en matière d'information la situation en est arrivée là, nous devons nous poser de sérieuses questions. L'option de Médiapart de ne devoir son indépendance économique que grâce à ses lecteurs est probablement une des solutions. Mais cette option n'est valable que pour le net. Pour la presse écrite et audiovisuelle dont les coûts sont bien plus exorbitants l'exercice sera bien plus difficile. Chaîne publique style BBC avec un statut et un financement qui lui assure d'échapper aux aléas ?.Ceci n'a jamais correspondu à la culture française comme on peut le constater. Quant à la presse écrite son avenir en tant qu'organe d'information indépendant et respectable me semble bien plus compromis à moins d'un miracle. C'est bien là tout l'avenir de nos démocratie qui est en jeu.

"Mais cette option n'est valable que pour le net." : NON ! Le Canard Enchaine est 100% off line ! La presse est un produit avec un marché et des clients. Arretons de penser que les gens de presse sont incapables de gerer un business.

Désolée, sans doute me suis je mal fait comprendre. Il n'est nullement question de penser que "les gens de presse" ne savent pas gérer un business. Justement la presse se voulant indépendante n'est pas un business comme les autres. C'est un des piliers qui concourent à la démocratie Les coûts de la presse écrite sont tels que la meilleure façon de gérer le "business" comme vous le dites c'est de faire appel à la publicité ce qui pèse à un moment ou à un autre sous la pression des annonceurs. Qui paye commande comme le dit l'article. Il y a maintenant plus de 20 ans Françoise Giroux disait très justement qu'un investisseur dans la presse le fait rarement pour gagner de l'argent. Recours à la pub ou aide de l'état sont des formules qui impliquent des concessions à un moment ou à un autre. Or il est question ici d'une presse indépendante de tout pouvoir pas d'une presse sous contrôle de ceux qui la font survivre économiquement. L'article de Philippe Riès n'est-il pas éloquent à ce sujet Les seuls lecteurs n'ont jamais suffi à faire vivre la presse écrite d'où ma remarque sur les coûts inférieurs de l'information sur le net qui permet d'envisager de ne dépendre que de ses lecteurs. Quant au Canard Enchaîné, il s'agit ici du modèle que l'on cite souvent. Mais il s'agit ici d'un modèle particulier, presse d'enquêtes certes et journal satirique en même temps qui fait son succès. Une pagination très réduite et une parution hebdomadaire seulement. C'est bien, mais insuffisant pour couvrir les besoins d'information générale.On ne cite d'ailleurs jamais d'autre exemple que celui là. Bien à vous

Bonjour, C'est dans l'air du temps que ces problèmes du journalisme. Je passerai sur les propos de Domenech (qui pourtant donnent à réfléchir) ou sur les propos de Bigard lorsqu'il dit que la presse travaille en flux tendu et donc n'a pas le temps de vérifier les infos.... Lorsque l'on connait plus particulièrement un sujet par exemple l'adoption et que l'on lit le résumé du prochain envoyé spécial, on se demande où veulent en venir les journalistes !... Une adoption en 6 mois alors que la moyenne est de 4 ans quel message veut-on faire passer !... Ce serait plus rapide d'adopter par un organisme agréé (OAA) ou par l'AFA, c'est nouveau... Il y a déjà eu des problèmes de trafic avec des organismes agréés (je peux vous en citer). Je peux vous trouver des exemples (et donc d'autres témoignages de familles) contraires à ce qui va être montré jeudi prochain et donc arriver à des conclusions bien différentes. Il est très difficile de traiter un sujet en montrant 2/3 témoignages. Pour l'adoption ce n'est pas suffisant. Mais vous pouvez vous rassurer, il n'y a pas que les journalistes qui se plantent, Mr Raffarin avait lui promis un doublement des adoptions. Dans le milieu des assos de l'adoption tout le monde savait que ce n'était pas possible .... Les journalistes auraient pu et du alors monté au créneau .... Bien à vous.

Vous évoquez les "fondations "

Un sujet qui me tient á coeur car je vois depuis des décennies comment elles enrichissent une société et notamment ses plus faibles - dans le Nord de l'Europe.

J'en ai fait un article sur mediapart:

http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/040109/la-france-et-les-fondations-triste-constat

 

Newsletter
Je m'identifie