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Les exploits commerciaux du "sauveur d'Alstom"
Dans le «storytelling» sarkozyste, peu d'épisodes ont plus d'importance que le «sauvetage d'Alstom», une fable qui attribue à celui qui était alors un éphémère ministre français des Finances (ils le sont presque tous) le mérite principal, sinon exclusif, d'avoir sauvé de la faillite ou du dépeçage, au profit de «l'étranger», un fleuron industriel tricolore.
C'est l'origine du goût autoproclamé du président de la République pour les visites d'usine, le mécano industriel et de son intime conviction d'être le VRP numéro un de l'industrie nationale sur les marchés étrangers. Avec un succès relatif, comme le prouve l'échec du complexe nucléaire français à Abou Dhabi et le dégonflement des tartarinades sur la vente de l'invendable «Rafale» de la famille Dassault à son «ami Lula».
Rappelons tout d'abord que le schéma du sauvetage d'Alstom, qui s'est révélé être en effet une bonne affaire pour l'Etat, a été conçu à Bercy sous l'autorité du prédécesseur de Nicolas Sarkozy, Francis Mer. Qu'il a été mis en musique, notamment dans la relation cruciale avec les banques, par le regretté (par ses amis dont j'étais) Philippe Jaffré. Et qu'il n'a réussi que parce que Alstom, victime d'un «accident industriel» (le rachat mal calibré des grosses turbines d'ABB), était une entreprise saine, installée sur des marchés porteurs, et dirigée par un vrai patron technicien, Patrick Kron. Le rôle, non négligeable du ministre des Finances, s'est borné à négocier avec Mario Monti, commissaire européen à la Concurrence, le feu vert de Bruxelles, moyennant des contreparties au demeurant substantielles. Ni plus, ni moins.
Quel rapport avec l'échec confirmé dans le Golfe et celui qui se profilerait au Brésil ? L'immodestie, la gloriole, la suffisance, le coq français qui pérore sur son tas de fumier et dont l'actuel chef de l'Etat offre une incarnation caricaturale.
Le choix de l'émirat d'Abou Dhabi en faveur de l'offre sud-coréenne est tout à fait rationnel. La technologie proposée par Kepco et ses partenaires est excellente et éprouvée. Elle est d'ailleurs pour partie d'origine française. Privée de ressources naturelles (elles sont plutôt au Nord, chez Kim Jong Il), la Corée du Sud, devenue à la force du poignet la dixième économie mondiale, s'est dotée d'un parc nucléaire acheté d'abord à l'étranger puis «coréanisé». Comme la France avait elle-même «francisée» la technologie de l'eau pressurisée d'origine américaine (Westinghouse), devenue la norme mondiale des réacteurs de seconde génération. Les dernières tranches nucléaires achetées à l'étranger l'ont été à la France, qui les aurait d'ailleurs vendues à perte (ou avec un bénéfice insignifiant). Il s'agissait alors de «maintenir les équipes», de préserver l'outil et le savoir-faire d'une industrie française en panne de commandes.
Secundo, les Coréens n'ont pas Nicolas Sarkozy (ou à défaut Claude Guéant) mais leurs puissantes sociétés d'ingénierie et de génie civil sont très présentes, et depuis longtemps, dans les Emirats, qui sont de grands bâtisseurs. Le président sud-coréen est un ancien cadre dirigeant du géant Hyundai.
Tertio, l'offre sud-coréenne, légèrement supérieure à 20 milliards de dollars pour quatre tranches, aurait été, selon des informations non démenties, inférieure de 16 milliards de dollars (bien 16 MILLIARDS) à celle de l'attelage improbable piloté par Areva, le «numéro un» mondial de l'industrie nucléaire (Ah, les podiums !). C'est sans doute la meilleure excuse du VRP Sarkozy. A l'impossible, nul n'est tenu. L'erreur, c'est de s'en prétendre capable.
Enfin, l'EPR d'Areva, par ailleurs embourbé dans un chantier de lancement calamiteux en Finlande, n'est pas le saut technologique qui justifierait un tel écart de prix. Il s'agit d'une génération «deux et demie» bien plus que III, dont les améliorations (en matière de sécurité notamment) ne justifient manifestement pas le surcoût. Une technologie dont les principaux paramètres n'ont pas beaucoup évolué depuis un demi-siècle.
L'ironie est que l'industrie nucléaire française s'était engagée en avance sur le chemin de la génération IV, celle qui marquera une vraie rupture en coût de conception, de fonctionnement et pour le traitement des déchets. La Russie, la Corée du Sud, l'Inde et la Chine sont plus ou moins avancées dans l'usage de prototypes de réacteur à neutrons rapides et refroidissement au sodium liquide (SFR), la seule des différentes solutions envisagées qu'il est possible de construire avec les matériaux aujourd'hui disponibles.
La France, avec des partenaires européens, était le seul pays à avoir dépassé le stade du réacteur de recherche pour construire un prototype de «surgénérateur» (il fabrique plus de combustible qu'il n'en consomme) en vraie grandeur. Ce SFR s'appelait Superphénix, condamné à mort en 1998 par le gouvernement Jospin au terme d'une histoire mouvementée émaillée de difficultés techniques et de batailles homériques autour du chantier de Creys-Malville. Et les investissements ont été reportés sur l'EPR. France, Etats-Unis et Japon ont relancé l'an dernier conjointement un programme de recherche sur les SFR.
Moralité : la responsabilité des dirigeants politiques devraient être de préparer l'avenir à long terme, au risque de l'impopularité, plutôt de que battre les estrades de la notoriété en tirant à eux, chaque fois qu'ils le peuvent, la couverture médiatique des «grands contrats». Au risque de s'y prendre les pieds.
Publié initialement sur Orange.fr le 6 janvier 2010


Tous les commentaires
@ Ph.Riès
J'approuve entièrement cette comparaison du "cocorico sarkozien" avec le coq qui est le seul animal "qui chante vers le ciel bleu mais les pieds dans la merde" comme c'est le cas actuellement
@ Philippe Riès,
Je vois que ce débat n'a pas l'air de passionner nos concitoyens!!! Mais je voudrais vous poser une question : d'après vous le "savoir faire" de EDF en matière de nucleaire, et surtout celle de sa maitrise, n'aurait-elle pas permis a celui-ci de se positionner en chef de programme si EDF avait été choisie dès le début en "leader" de cette opération.? Le prix final, à mon avis peut toujours être débattu et accepté par la suite.
C'est une hypothèse qui a beaucoup circulé dans les allées du pouvoir (dés lors, pourquoi Mme Lauvergeon est-elle toujours en place?) mais compte-tenu des difficultés d'EdF y compris en France (un quart du parc à l'arrêt à l'entrée de l'hiver), très bien documentée par ma consoeur Martine Orange, j'ai des doutes sur sa validité. La leçon de cette histoire est que l'on ne peut pas vendre très chère une technologie amortie face à de nouveaux concurrents qui font aussi bien et beaucoup moins cher. C'est vai pour l'automobile, la construction navale, le nucléaire et même le textile, etc. Les industries et entreprises qui tirent leur épingle de ce jeu rebattu sont celles qui apportent de véritables ruptures (technologiques mais aussi de concepts, de design, de qualité, de process industriel, etc.). Qui n'avance pas recule. Il n'y a jamais de situation définitivement acquise (Nokia vient de rater le virage des smartphones), les leaders mondiaux sont faits pour être bousculés et la modestie devrait être une obligation.
j'ai eu connaissance des bilans de plusieurs années 1995 et suivantes laissant apparaitre que les résultats positifs de cette société tenaient plus de résultats de spéculation financiere que des produits du métier qui d'années en années se réduisaient...et ce jusqu'à ce que l'éclatement de la bulle mette la société à genoux.Le renflouement par l'Etat à certe permis la survie et la protection de 7000 emplois,a permis à l'Etat des bébéfices substanciels( comment?) mais a renouvelé aux actionnaireds des bénéfices stoppés par la dévaluation considérable du cous des actions.
lorsque je lis des articles relatant les méandres du pouvoir face aux grandes entreprises...privées..publiques...j'ai acquis le réflexe de me demander "et qu'aurait fait un gouvernement de gauche " ?, avec Martine Aubry ,par exemple.Je voudrais tellement croire que ces comportements auraient été plus propres , plus respectueuses des règles d'éthique républiquaines que j'attends tout en y croyant . J'attends le veritable leader de la gauche , propre...réaliste et surtout courageux . J'y crois , j'attends, je ne bats plus les pavés aux manif' , je dis qu'il faut attendre les elections pour élire un homme ou une femme PROPRE ET COURAGEUSE ,ReALISTE .Les pieds sur terre, et sachant que lorsque l'on explique aux Français , les raisons des choix politiques , même difficiles à prendre même pleins d'ambigüité , ils sont suffisamment intelligents pour les comprendre et y adhérer. ALORS J'ATTENDS ..J'ESPERE. Rosette Siclis.
Comme le Rafale ? il aurait du faire peintre cela éviterait à ses sbires d en mettre des couches pour parler de rien . Un homme qui n'a de cesse de se vanter de s'attribuer le mérite des autres est forcément dangereux