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De la futilité des plans de relance

De l'aveu même de Recovery.gov, le site internet créé par le Congrès des Etats-Unis pour suivre à la trace la mise en œuvre du plan de relance de 787 milliards de dollars imaginé par l'administration Obama au printemps, le seuil des cent premiers milliards déboursés vient tout juste d'être franchi fin septembre (auxquels il faut ajouter 60 milliards d'allègements fiscaux). Au même moment, les prévisions économiques d'automne du Fonds monétaire international confirment que la croissance américaine, après une performance négative de 3,4% cette année, retrouvera en 2010 une modeste progression de 1,3 %. Conclusion: le jour où une injection de dépenses publiques de 100 milliards de dollars pourra «retourner» une économie de 14.000 milliards, les éléphants seront roses et ils voleront.

 

Trois économistes de renom, John Cogan, John Taylor et Volker Wieland ont décortiqué l'impact macro-économique du plan de relance américain: leur verdict est que moins du cinquième du retournement conjoncturel entre le premier et second trimestre de 2009, soit un retour du balancier équivalent à 5,4% du PIB, peut être attribué aux mesures prises par le gouvernement fédéral. Le redressement tient pour l'essentiel à la reprise de l'investissement des entreprises privées, qui s'est stabilisé au début de 2009, bien avant l'adoption du plan de relance, pour rebondir ensuite au second trimestre. Quant à la consommation, objet des attentions de la dépense publique, elle continue à apporter une contribution négative à la croissance américaine.
Et ce n'est pas fini. Le consommateur en dernier ressort est entré en hibernation. Face à la remontée du taux d'épargne des ménages américains, partant de zéro en marche vers les 8 ou 9%, les incitations gouvernementales temporaires ne pèsent pas lourd. Comme le notent les trois économistes, il y a déjà cinquante ans que Milton Friedman et Franco Modigliani ont mis à mal la vulgate keynésienne du soutien à la consommation.
La vérité, c'est que le multiplicateur keynésien, invoqué par les économistes entourant Obama pour promettre la création de 3,6 millions d'emplois grâce au plan de relance, n'est pas un multiplicateur. Un dollar de stimulation budgétaire ne fabrique pas un dollar de PIB. 20 cents dans le meilleur des cas, et moins encore peut-être. Et ceci sans tenir compte des retombées indésirables de cette orgie budgétaire, des risques de fraudes (on en a déjà identifié un certain nombre) à la mauvaise allocation des ressources en passant par la dégradation accélérée des comptes publics, ce qui dans un pays massivement endetté vis-à-vis de l'étranger comme les Etats-Unis n'est peut-être pas la meilleure des prescriptions.
Dans le salmigondis à quoi ressemble la politique économique et budgétaire du gouvernement français (on tremble à l'idée qu'il ait encore autorité sur la politique monétaire, comme dans les années 70 ou 80), il y a un point positif : la grande modestie du plan de «relance». Que cette modération soit l'effet d'un réflexe de sagesse ou la traduction de l'absence de marges de manœuvre d'un pays à la dérive budgétaire depuis un quart de siècle, c'est le résultat qui compte. Malheureusement, le «grand emprunt», qui sera par construction une mauvaise affaire financière pour l'Etat, risque de compromettre cette abstinence bienvenue.
La stimulation budgétaire doit-elle pour autant être bannie en tous temps et en tous lieux? Pas nécessairement. Il semble que le très considérable programme chinois puisse atteindre son objectif puisque, dixit le FMI, le taux de croissance de la Chine déviera très peu cette année de sa tendance longue, proche ou supérieure à 9% l'an, en dépit du trou d'air traversé par la demande externe. Mais il s'agit encore d'une «économie de commande», où la politique gouvernementale dispose de larges canaux de transmission et de puissants relais, à commencer par le système bancaire.
S'agissant des économies de marché avancées, l'exemple du Japon des années 90 du siècle dernier avait déjà démontré que la stimulation keynésienne était d'un rendement plus que médiocre accompagné d'effets secondaires dangereux, à commencer par la ruine des finances publiques. Mais dans la relance budgétaire, le faire savoir importe plus que le savoir faire.

 

Publié initialement sur Orange.fr, le 6 octobre 2009

 

 

Tous les commentaires

La dette publique explose, voila un sujet qui devrait faire consensus puisque chacun va le payer, mais non, ca ne passionne pas les foules ...

Merci, comme toujours !

Mais nous sommes bien seul ... ça manque de sexe apparemment ...

Rebaptisez :

1) "la sexualité des plans de relance"

2) "les scandales des plans de relance"

3) "DSK a-t-il abusé de l'économiste de la relance"

etc

 

 

dans la relance budgétaire, le faire savoir importe plus que le savoir faire. J'ai pas compris.

Je voulais dire par cette formule il est vrai lapidaire que les effets d'annonce, ce dont vivent les hommes politiques, pèsent beaucoup plus lourd dans la politique de "relance" qu'une réflexion approfondie sur l'efficacité de ces politiques et leur rapport coût/bénéfice (il est mauvais). Dans le cas des Etats-Unis où le Congrès décide en dernier ressort (et du "grand emprunt national" qu'on nous promet ici), il faut y ajouter la satisfaction des innombrables lobbies, groupes de pression et corporatismes en tous genres qui veulent évidemment avoir leur part du gateau ("pork barrel").

Ok, merci à vous, alors, j'avais bien compris -;)

 

 

Pour ma part, j'avais compris votre phrase comme suit: les plans de relance ont plutôt plus d'effets pour contrer les anticipations pessimistes des consommateurs et des entreprises que pour soutenir la demande.

Il me semble, mais je ne suis pas un spécialiste, qu'empiriquement, le succès d'un plan de relance dépend du contexte économique bien sûr, mais aussi culturel. La méfiance pour le gouvernement fédéral aux USA est un obstacle à la réussite d'un tel plan. Mais cette méfiance n'est pas partagée par les européens par exemple...

La France est en phase keynesienne depuis 1981, pourtant le chomage est toujours elevé. CQFD (helas pour les chomeurs !)

La France est en phase keynesienne depuis 1981 ? Et moi qui avait l'impression que la France, droite et gauche confondues, avait pris acte dès 1983 de l'échec des plans de relance ! On m'aurait menti...

Vous faites sans doute allusion au déficit chronique des finances publiques que vous assimilez à un plan de relance. C'est bien ça ? Peut-être m'accorderez-vous que c'est dscutable. Cela dit, la consommation a largement tiré la faible croissance française ces dernières années... Peut-être ces dépenses ne sont-elles pas aussi futiles que ça finalement. Il faudrait le demander aux bénéficiares de prestations sociales... Prestations qui permettent de diviser par 2 le taux de pauvreté en France (à 50% du revenu médian).

D'une manière générale, je ne crois pas à des lois de l'économie et m'étonne de la prétention des économistes à encore vouloir nous en dévoiler. Il faudrait ici savoir :

- quel plan de relance est futile puisque le multiplicateur n'a visiblement pas opéré ?

- futile pour qui ? puisque l'on pourrait aussi écrire de la futilité de la croissance si l'on tient compte de l'évolution de la répartition des revenus aux USA ces 20 dernières années.

Il faudrait connaître l'effet des plans de relance européens aussi (vous m'accorderez peut-être que les piètres résultats allemends ne sont pas imputables au keynesianisme de l'agenda 2010?). J'ai lu ailleurs qu'en France, les stabilisateurs automatiques avaient fait leur travail.

Bref, comme en témoigne le billet de blog de M. Riès, je crois que l'économie est une science politique.

Edité : le coût du travail baisse au moins depuis 15 ans en France, et il y a toujours autant de chômage. Cela prouve-t-il qu'il faille l'augmenter ?

 

En effet, la science économique est tout sauf une science exacte et la bonne définition de cette activité est sans doute économie politique.Vous remarquerez que je fais crédit au gouvernement français d'avoir, contrainte et forcé, limité la "relance" budgétaire. Il serait parfaitement légitime de concenter les aides sur le soutien à ceux qui sont directement frappés par la crise, dans leur emploi ou leur revenu, mais des mesures "générales" d'augmentation de la dépense publiques ne permettent pas ce ciblage et profiteront aussi à ceux qui ne subissent pas la crise ou même en profitent (salaire fixe garanti ou rente quand les prix stagnent ou même baissent).

Sur le multiplicateur keynésien, j'ai lu quelque part que selon Gordon Brown un dollar de dépense publique supplémentaire génèrerait deux dollars de création de richesse (PIB). C'est ridicule. A cette aune, les 780 milliards engagés sur deux ans par le plan Obama devrait augmenter le PIB américain de 1.560 milliards de dollars, soit l'équivalent de quelque 12 points de PIB.On en sera très, très loin.

 

Bonjour M. Riès et merci de votre réponse.

Vous avez raison, la bonne définition de cette activité est économie politique. Ma remarque sur la nature politique de votre billet n'avait, sous mon clavier, rien d'infamant.

C'est moins votre texte qui a suscité ma critique que votre titre qui, dans sa généralité, semble nous dévoiler une loi de l'économie. Ce dernier commentaire m'éclaire sur votre point de vue et je ne peux qu'y sousrire. Avec une réserve toutefois : je crois qu'un plan de relance bien conçu peut s'avérer efficace dans une zone intégrée et relativement auosuffisante, dès lors que la consommation y est en berne ou qu'il s'agit de substituer l'investissement public à l'investissement privé. La Chine me paraît répondre à ces critères et peut-être même l'UE, à qui il manque un gouvernement économique, ce que pour ma part, je déplore.

Bien à vous.

Oui, Youri Z, je faisais reference aux deficits publics continus. Sur "le coût du travail baisse au moins depuis 15 ans en France" oui pour le travail peu qualifie ou payé au SMIC, mais pour tous les autres salaires, il faut toujours, pour que vous gagniez peniblement 2000 euros avant impot sur le revenu (= votre "net" avant impot") que votre employeur en verse 4200 au total. (brut inclus les cotisations DITES patronales).

Sur cette histoire de zone economique relativement autonome, c'est largement une vue de l'esprit dans le contexte actuel, pour deux raisons

 

1. l'UE ne produit ni bananes, ni petrole en quantite suffisante, ni uranium, ni iPod, ni Terminator 4, ni TV ecran plat plasma, ni chaussures de sport, ni licences pour Windows XP, ni semaine de vacances a 300 euros au soleil tout compris ni le diplome de MBA de Harvard ou Stanford.

L'autonomie de l'UE suppose un changement de mode de vie assez radical Vous avez bien que ce listing "a la Prevert", comme on dit, souligne que l'UE n'est forte ni en commodities ni en biens manufactures low tech ni en produits culturels populaires ni en US way of life.

 

2. Ce qui interesse aussi les gens dans nos echanges exterieurs, ca n'est pas juste la balance commerciale, c'est aussi la balance des emplois. Il se trouve que le soutien au pouvoir d'achat des menages occidentaux les moins fortunés , fourni par Carrefour, Auchan, Darty ou Wal Mart est un compromis entre la delocalisation des emplois manufacturiers et l'importation de produits anti inflation.

Allez expliquer a tous les consommateurs qui votent avec leur caddie et leur porte-monnaie chaque samedi apres midi a l'hypermarche du coin qu ils doivent renoncer au textile Made in Asia et se vetir et chausser Francais , de Pataugas a Weston, et vous aurez progressé.

Le socialisme / keynesianisme ne peut se concevoir, desole pour le funeste rapprochement, que dans un cadre national.

Bonsoir ACNM,

Je ne comprends pas bien votre réponse puisque vous semblez, notamment dans votre deuxième partie, évoquer la question du protectionnisme. (Cela dit, écrire comme vous le faites que Carrefour et Auchan soutiennent le pouvoir d'achat des français me paraît excessif et de récents rapports prétendent le contraire). Je n'en ai rien fait et si j'ai parlé d'une zone économique relativement autonome, c'est parce que j'ai vu la vierge! Je plaisante. 66% des échanges internationaux de la France se font au sein de l'UE. C'est aussi vrai pour les autres pays membres. Du coup, il me semble que l'on peut parler d'une zone économique relativement autonome sans avoir une vue de l'esprit. Quant à la réussite d'un plan de relance dans ce contexte, je crois simplement qu'elle est plausible, sans l'affirmer. Le toute chose égale par ailleurs des économistes étant à mon sens une invitation au doute et à la prudence...

A quels rapports faites vous allusion ?

 

Askénazy & Weidenfeld : Faut-il solder la loi Raffarin ? in 27 questions d'économie contemporaine, Albin Michel. Je ne sais pas s'il existe une version en ligne. Il me semble que d'autres travaux ont confirmé le constat, mais je ne peux pas l'affirmer.

Mais enfin Monsieur Riès, comment pouvez-vous dire que le gouvernement aurait limité la "relance" budgétaire? Si le plan de relance a été modeste, le déficit budgétaire va représenter plus de 8% du PIB en 2009. Un record dans la zone euro. Si ce n'est pas de la relance budgétaire, alors je n'y comprends rien! Le vrai plan de relance en France a été les stabilisateurs automatiques de l'Etat-providence. Le reste, c'est la gabégie financière de Sarkozy.

Vous avez partiellement raison. Hélas, dans le déficit français, la part du structurel pèse autant sinon plus que le conjoncturel (effet crise). Tout est évidemment relatif, mais ce gouvernement a néanmoins résisté aux appels de bons esprits (notamment le directeur général du FMI) l'incitant à aller encore plus loin dans l'activisme budgétaire. J'avais bien noté que cette position "raisonnable" était autant due à des marges de manoeuvre inexistantes (l'Allemagne partait d'une position budgétaire proche de l'équilibre) qu'à une conversion soudaine à l'orthodoxie budgétaire.

Ma plus grande crainte : que la relance réussisse, sans que la production ait changé de direction, sans que les habitudes de consommation ait évolué.

Si c'est le cas, et cela démarre comme ça, alors la vraie crise arrivera, encore plus forte.

J'ai tort ?

Une chose parait assez claire: si les indispensables mutations qui s'annoncent sont ralenties, ce sera du fait de l'intervention de la puissance publique sous la pression des groupes d'intérêt, au nom de "l'emploi". Ainsi du sauvetage de General Motors (50 milliards de dollars), d'Opel (6 mds d'euros), dignes représentant d'un modèle économique et industriel obsolète. Aux Etats-Unis, le "marché", c'est à dire le libre choix du consommateur, n'a pas suivi. Il a pris l'argent de l'Etat (cash for clunkers) pour acheter des voitures japonaises ou coréennes (mais souvent fabriquées aux Etats-Unis). La bonne nouvelle est que nombre de ces Etats n'auront bientôt plus les moyens de nuire tant l'explosion de la dette publique qui est en cours va les contraindre à des révisions déchirantes. Le grand retour de l'Etat? Reparlons en dans quelques années.

Le grande retour de l'Etat, peut être, mais quel genre d'Etat, et dans quel état?

On en a deja une idee : agressif, inquisiteur, liberticide (Hadopi, Loppsi) ... et ultra taxeur !

On en a deja une idee : agressif, inquisiteur, liberticide (Hadopi, Loppsi) ... et ultra taxeur !

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