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Christine Lagarde, de la courtisanerie en politique
Cocorico! Le «Financial Times» distingue Christine Lagarde comme «ministre des Finances européen de l'année». Vu l'état des finances publiques en Europe en général et en France en particulier, le jury se serait honoré en sautant une année. Surtout, on cherche toujours une réponse à la question suivante: la ministre existe-t-elle ou n'est-elle qu'un hologramme qui fait bien sur la photo?
Il y a quelque chose de comique à voir les mêmes commentateurs français, chez qui l'expression «anglo-saxon» a une forte connotation péjorative, tomber quasiment en pamoison à l'annonce que le Financial Times, «quotidien de la City» (autre cliché), a distingué Christine Lagarde en tant que «ministre des Finances européen de l'année».
Passons sur la validité de tels palmarès qui sont avant tout des opérations de marketing. Il faut bien que les journaux vivent et les temps sont difficiles. Passons aussi sur la composition du jury, des économistes de banque qui raisonnent...en économistes de banque. Passons enfin sur le niveau de la compétition qui pourrait conduire à penser qu'au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.
A en croire les commentaires des membres du jury, la «locataire de Bercy» doit cette rare distinction pour partie à la résilience de l'économie française qui aurait plutôt mieux résisté à la crise que ses voisines européennes. Si on comprend bien, ce que ces économistes, à priori plutôt libéraux, saluent ce sont les rigidités, le niveau record de redistribution et de prélèvements obligatoires, ce qu'on pourrait appeler la viscosité de l'économie française. Elle affiche de ce fait un faible potentiel, tant de croissance dans les phases hautes de la conjoncture, que de décroissance pendant les périodes de vache maigre. Outre qu'il s'agit là d'une situation structurelle sur laquelle l'action du gouvernement n'a que peu d'impact, on peut se demander s'il faut s'en féliciter. Le fait que le chômage augmente relativement moins parce qu'il est structurellement installé sur des niveaux relativement plus élevés ne mérite pas une distinction particulière.
L'autre action exemplaire qui vaut à Mme Lagarde les honneurs du quotidien saumon, c'est le rôle attribué à la France dans la réaction internationale à la crise financière. Ici, nous sommes dans le paraître plutôt que dans l'être. Paris, à l'initiative de l'Elysée plutôt que de Bercy au demeurant, a concentré ses efforts sur des sujets accessoires, des paradis fiscaux aux bonus des «traders», dont la contribution à la fabrication de la crise a été au mieux subalterne. Sur les vrais sujets, ceux qui d'ailleurs n'ont jamais été sérieusement traités au G20, terrain des exploits prêtés à Mme Lagarde, comme les déséquilibres globaux ou le désordre des monnaies, la voix de la France, en dépit pourtant d'un héritage théorique et politique fort, était et reste inaudible.
Quant à ce qui sera, au niveau de l'action publique, l'enjeu majeur de la sortie de crise, la gestion d'un endettement public qui dérape d'ailleurs plus gravement en France que dans les pays voisins, Christine Lagarde n'est tout simplement pas aux manettes. C'est un grand chauve à lunettes, pas glamour pour un sou, un certain Eric Woerth, qui a les mains dans le cambouis.
Dans un univers où l'apparence tient préséance sur l'essence, il faut reconnaître à Mme Lagarde des qualités certaines: grande et mince, la mèche grise parfaitement en place, et de plus une excellente maîtrise de l'anglais, ce qui reste assez rare dans le personnel politique français. La grande question, ce sont ses convictions. Ministre du Commerce extérieur du gouvernement Villepin, celle qui termina sa carrière privée comme «managing partner» du grand cabinet d'avocats de Chicago Baker-McKenzie s'était lovée avec la flexibilité de l'ancienne championne de natation synchronisée dans le discours protectionniste du président Jacques l'ami-des-paysans Chirac. A Bercy, longtemps flanquée d'un directeur de cabinet choisi par Nicolas Sarkozy, son «ami» Stéphane Richard, elle a exécuté fidèlement les grands desseins comme les petites manœuvres du Président de la République et de ses conseillers. Cela ne fait pas une politique.
En matière de ministre des Finances, la Vème République a tout connu, du meilleur au pire. Dans le premier panier, on rangerait volontiers Jacques Delors qui contribue à imposer le tournant de 1983 maintenant la France en Europe. Ou René Monory et Pierre Bérégovoy, auteurs de modernisations marquantes. Et encore Edouard Balladur, artisan des privatisations et promoteur des Accords monétaires du Louvre. On peut approuver ou dénoncer leurs politiques tout en reconnaissant qu'elles leur appartenaient en propre. On n'a pas le souvenir qu'ils aient été distingués par le Financial Times.
Christine Lagarde serait plutôt une courtisane. Pas dans la dimension galante qu'avait acquis ce terme au 19ème siècle mais dans l'entendement qu'il avait sous l'Ancien Régime, ceux qui font partie de la Cour et dont l'existence tourne autour du souverain et dépend de son bon vouloir.
Publié initialement sur Orange.fr le 19 novembre 2009


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@ Ph. Riès
C. Lagarde, c'est la panneau publicitaire de Sarkozy