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HSBC, le retour

Publié initialement le 24 octobre 2009 sur Orange.fr

Avec un patronyme qui semble tout droit sorti de la saga écossaise de Braveheart, Michael Geoghegan était tout indiqué pour organiser le retour de la Hong Kong and Shanghai Banking Corporation sur son lieu de naissance, l'ancienne dépendance de la couronne anglaise ancré sur Victoria Island, à une encablure de l'immense masse continentale chinoise. Bien d'avantage que britannique, Hong Kong fut une colonie écossaise, et HSBC au pinacle de l'establishment colonial.

 

Ce n'est pas la nostalgie des «power lunchs» au Hong Kong Club ou des soirées de course de chevaux à Happy Valley qui a conduit la première banque européenne a décidé d'installer à nouveau son directeur général à l'étage supérieur de l'immeuble révolutionnaire conçu dans les années 80 par Norman Foster. Le retour de HSBC «à la maison», là où la banque fut créée en 1865, referme en réalité une parenthèse ouverte en 1993, quand l'établissement avait été contraint de localiser son siège à Londres, après le rachat de la banque anglaise Midland.
Car si HSBC reste une des très rares banques «globales» (en attendant de voire ce qu'il adviendra de Citibank étrillée par la crise financière), son passé est en Asie orientale et son avenir aussi. Après la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, HSBC est restée une des trois banques d'émission du dollar de Hong Kong (avec Standard Chartered et Bank of China) et la culture «maison» est toujours imprégnée des pratiques séculaires héritées de l'histoire coloniale britannique : une vision globale combinée à un enracinement local, et la volonté de se tenir à bonne distance de gouvernements qui font d'autant mieux qu'ils en font moins.
HSBC, en dépit d'une tentative pas très heureuse d'élargir sa présence aux Etats-Unis par le biais du marché immobilier, a affronté la crise financière mondiale bien mieux que ses rivales britanniques (sauf la Barclays) et n'a pas eu à tendre la sébile au gouvernement de Londres.
Pour une institution financière qui tire d'ores et déjà 60% de ses profits de ses activités dans les marchés émergents, où est basé un tiers de son actionnariat, le retour dans le «Manhattan» de la Chine est tout simplement logique. Qu'il intervienne après la débâcle subie par Wall Street et la City, qui n'ont dû leur salut qu'à l'intervention massive de la puissance publique financée par l'argent du contribuable, est aussi un jugement politique. Alors que les nations avancées de l'Ouest font certainement face à des années de croissance anémique, plombée par l'explosion de l'endettement public, le centre de gravité de l'activité économique mondiale connaît grâce à la crise un déplacement supplémentaire vers les régions émergentes, l'Asie orientale et la Chine singulièrement.
Peu après l'annonce du départ prochain de Michael Geoghegan pour Hong Kong, la recherche de HSBC a d'ailleurs publié, sous la signature de deux économistes, une étude titrée «Le point de non-retour» qui analyse «le déclin de l'Occident» et la «montée de l'Asie». Le thème n'est pas vraiment nouveau mais il changé de dimension avec la crise. On se souvient bien sûr que le «miracle asiatique» avait dérapé en 1997-98 sur le chemin de la mondialisation. Mais les banques américaines ou européennes qui avaient plié bagage un peu vite pendant cet épisode, n'ont eu ensuite que leurs yeux pour pleurer. Et l'Asie va sortir de la crise mondiale comme elle avait réagi à sa propre débâcle financière dix ans plus tôt: sur les chapeaux de roue. HSBC sera de la fête.
En contemplant ce destin, on ne peut s'empêcher d'évoquer le sort d'une autre institution financière liée à l'histoire coloniale «à l'Est de Suez», la Banque de l'Indochine, devenue plus tard la Banque Indosuez. Au début des années 80, Indosuez figurait parmi les plus importants réseaux bancaires sur un territoire étendu du Golfe persique au Japon, bien placé pour surfer sur la vague de développement qui allait soulever la région.
Vingt ans plus tard, il n'en reste rien. Toutes choses n'étant certes pas égales par ailleurs, quelques «brillants» Inspecteurs des Finances sont passés par là, laissant des ruines dans leur sillage. Et c'est au Crédit Agricole qu'il revint d'enterrer les vestiges de la Banque de l'Indochine dans le royaume tristement hexagonal de la «banque verte». La présence des banques françaises dans le poumon de la croissance mondiale est restée anecdotique. N'est pas Ecossais qui veut.

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