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31
Oct

MEDIAPART

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Samizdat 1

Vous me le direz, vous me direz où vous voulez que je commence, d'où je repartirai. Moi, je ne sais plus choisir, entre les pentes du jbel Bou Iblane, près de Fés, la forêt de la Gatineau, prés d'Ottawa, la Schwarzwald, prés de Rastatt ou Baden Oos. Je ne sais plus, tout est éclaté. Mais il faudra faire vite, car je n'ai plus guére de temps. Il est vrai que la pression, parfois, vous fait faire des miracles. Ou des fautes.

 

Mais....

les erreurs, parfois, vous entraine à l'errance, comme un cheval va l'erre...

 

 

 

L'appartement dans le Midi. L'escalier de bois ciré. L'odeur : un mélange de parfum raffiné, floral, léger, et de fumée de tabac blond. Les objets : le cendrier taillé dans une nacre, une commade ancienne, au dessus de marbre dont s'échappent des vêtements : fins chemisiers, slips, soutien-gorges de dentelles légéres. Des disques dispersés ça et là, hors de leur pochette, sur le lit, sur le parquet.

Elle , au milieu de tout cela. Sa grande beauté. Son charme de femme-enfant candide. Et, sous cette candeur, l'infime fêlure de la perversion. Son sourire, son calme debout au milieu de cette piéce, légérement déhanchée, dans un pantalon bleu qui met en valeur ses longues jambes, en chemisier blanc largement ouvert, elle sourit tendrement, d'un sourire légérement attristé, d'une tristesse timide, légére, une buée, un voile de tristesse qui flotte dans la chambre au lit toujours défait comme la fumée bleue de ses cigarettes. Une femme-enfant, grande, belle, blonde, les yeux bleu-gris toujours un peu tristes... Dehors, un vent frais balayait l'été, la rapprochait de la mer, la plage au bout de la rue, le port, la persistance bleue du bleu du ciel sur le bleu turquoise de la mer sur laquelle éclate le soleil, des éclats blancs, sous la verticale lumiére solaire, à l'aplomb de la mer, de la plage, de l'eau.

Son corps blanc, tout à l'heure, dans l'eau, elle nage sans heurt aucun, elle embrasse et se laisse porter par la mer qui l'aime, qu'elle aime, elles se pénétrent l'une l'autre, elle nage souvent jusqu'à disparaitre à l'horizon. L'eau fraîche, un doux clapotis sous les oreilles. Ses cheveux flottent doucement derriére elle. A sa droite, la masse ocre d'une falaise. Il est assis là-haut, les jambes pendantes dans le vide.

 

 

Il est allongé sur le dos, sur le sol de cette falaise poudreuse au-dessus de la mer, les cheveux dans la poussiére. Son pied levé sur le soleil en cache exactement la largeur, il tire la langue comme pour goûter prudemment la brûlure de l'air qui asséche, brûle et retourne toute humidité, tout sentiment, abolis sous ce ciel.

En lui plus de place, pour rien, rien que ce vide sec, craquelé, qui se couvre lentement de poudre blanche, au fil d'une immobilité sans espoir ni désespoir, vide, simplement vide, sans même le sentiment du vide, sans rien d'autre que peut-être la pointe trés émoussée, diffuse, d'une attente, ou peut-être le souvenir d'une attente de quelqu'une qui, peut-être devait le rejoindre sur cette côte, cette lisiére, dans ce désert, cette abolition. Mais tout cela est tellement vague, deniére vibration de quelque chose qui n'a jamais été qu'un murmure, un songe, un échange sans engagement. Il ne reste plus que le creux d'une autre absence, le réflexe animal des cellules qui persistent à maintenir entre elles une cohésion, pour former ce corps qui n'a plus lieu d'être, et reste là, abandonné comme la charogne qu'il sera un jour, entre quelques buissons d'épineux et des pierres plus immobiles que lui, peut-être, mais plus sûres, plus assurées dans leur maintien au-dessus de l'eau transparente que surplombe ce cap.

 

 

Il est sur le sol poudreux d'une falaise. Les jambes allongées, le torse relevé, appuyé sur les coudes, la tête renversée, bouche béante, face au soleil, il voit la terre en haut, et le soleil en bas. Le poids de son sang , son cerveau oppressé l'attire vers le sol. Il pourrait se laisser aller, s'allonger tout à fait, les cheveux dans la poussiére, il voit la terre au-dessus de son front, un buisson maigre tremble prés de lui. Il reléve la tête, tire la langue, comme si... un pétillement malicieux dans les yeux, vite, une étincelle. Puis une chappe de lassitude, encore.

Le voilà au bord du précipice, au sommet de la falaise, ses jambes pendent dans le vide, le plein midi brûle et blanchit tout autour de lui: bleu pâle, le ciel, ocre la colline, d'un ocre très clair, presque beige. Ses jambes vêtues d'une toile d'un blanc très sale pendent le long de la roche, la mer scintille au loin, et seul ce scintillement permet de la distinguer du ciel.

En bas, tès loin, l'eau laisse voir les rochers immergés, les fonds de galets. La courte plage, au pied de la falaise, toutes couleurs abolies par la lumiére si crue, puissante, qui tape, réverbérée par l'eau et la paroi de pierre, elle estompe les formes, tout se fond en une pulvérulence.

Il se léve, à présent, il est debout, tournant le dos à la mer et au soleil, il penche la tête et pousse du pied un caillou.

Et voilà qu'il descend un chemin pierreux, passe lentement devant une petite maison aux volets d'un vert vif. De loin, sa silhouette dans l'air vibrant, ses vêtements se confondent avec les roches alentour, sa chevelure et sa peau brûlées par le soleil recouvertes d'une fine poudre blanche. Il descend vers le village, prés de l'eau qui clapote, puis un petit pont qui longe le rio asséché. Il longe la place ombragée où jouent les boulistes, remonte de l'autre côté, entre les murets de pierres, vers la poste.

-Hay una carta para mi?

-No hay nada, senor.

 

(et ce petit chemin, entre deux murets, qui remontait de la mer, là-bas, d'un bleu impossible sous la caresse chaude du vent, la baie entre ses murailles d'ocre, de cette terre brûlée, tu sais, l'alcool fort bu dans la nuit, il eût été alors, cette solitude pourquoi dans l'enchevêtrement réparable de vos désirs (un éclat de verre fiché sur le sommet d'un mur pour en interdire le franchissement, entre dans le cuir et déchire la botte. Il fait nuit. Les chiens pleurent. Une cave grandissante s'ouvre à l'infini de vos désordres.)

 

 

 

"... il n'est pas impossible qu'elle soit, elle aussi, d'une longue lignée de coupables. La maladie comme signe d'une culpabilité. Coupable: quelque chose que l'on coupe. (La terreur, là aussi, de toucher à des choses que l'on ne doit...) (Et cette voix.)"

Mais il y aurait eu encore ce chemin qui va à la mer ... (une cuisine où séchent des bleus usés, fraichement lavés... Dans l'odeur du sel, une discréte odeur de pin et de poussiére, de pierres surchauffées, de l'autre côté de la colline, dans l'autre baie ... Vous passiez votre été séparés par un amas de rocs, et l'eau transparente vous baignait dans le silence, l'oubli.

 

La mer, encore, l'écume, son corps blanc dans les rouleaux, prés du sable, derriére le hublot

 

 

(... qui entrait dans une colére noire, chaque soir, au crépuscule, quand la journée n'était plus le jour, n'était pas encore la nuit, entre chien et loup)

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Tous les commentaires

25/03/2009, 07:57 | Par Corinne N

globe-trotter.jpg

25/03/2009, 17:19 | Par Marielle Billy en réponse au commentaire de Corinne N le 25/03/2009 à 07:57

Quel chic pour trouver des images !

28/03/2009, 09:56 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Corinne N le 25/03/2009 à 07:57

"On the road", again. Mais je n'ai pas le talent de Jack Kérouac. Quelle magnifique photo! Quel bel accueil! Muchas gracias! again.

25/03/2009, 08:46 | Par Epaminondât

Le chemin des ânes de l'île d'Amorgos, dans les Cyclades. Voyage dans les Cévennes avec Stevenson.

28/03/2009, 10:03 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Epaminondât le 25/03/2009 à 08:46

Les Cévennes à dos d'âne... Un de mes rêves d'enfant. Je n'ai pu faire qu'un petit trajet, du côté de La Chaise-Dieu, mes enfants sur le dos d'un de ces petits ânes, avec qui nous nous sommes si bien entendu (les ânes sont très intelligents, ils ont leur caractère, n'est-ce pas... Et si on adopte leur rythme de vie on peut voir tant de choses... Pour la Gréce... Je n'ai jamais pu m'y faire voir. Ce n'est pas faute d'y avoir été invité. Mais j'ai du mal avec les voyages en avion, en fait j'ai du mal avec le jet.

25/03/2009, 16:54 | Par Vincent Verschoore

Ou la rue du Greffe, à Anderlecht, à deux pas de la maison d'Erasme. Entre la place de la Résistance et la place de la Vaillance. Laquelle fait, ou faisant à l'époque, face au restaurant La Tribune, le meilleur filet américain de Bruxelles. Avec à côté, pour les petites faims, la baraque à frites coincée entre le Pigeon Noir et l'académie de musique. Les frites se mangent assis sur le froid banc de pierre, les mains des enfants protégeant la chaleur dorée qui s'en échappe trop vite, au son du manège qui tourne les soirs sans pluie, et des trams qui sabrent la nuit sans étoiles.

28/03/2009, 10:10 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 25/03/2009 à 16:54

La Belgique, les Flandres, il semble que ce soit Karl Emile, Samuel, Joseph (mon fils: trois+un= quatre en un... Cherche le un, hein?) qui s'y collera. Ses voyages, à lui, sont aimantés par le Nord... Le seul ami qui reste de "ma folle jeunesse" s'est fixé à Amsterdam... J'aimerais bien voir Ostende, et puis "entre Bruges et Gand..", et Brussels, et "pisser aux étoiles". Je te serre la main, Vincent. Et j'aimerais bien que tu nous raconte Anderlecht et davantage...

25/03/2009, 17:23 | Par Marielle Billy

Ou encore la fraîcheur d'une pièce aux volets clos ; dehors les platanes cuits de soleil et debout quand même. Mais non ! vous commencerez là où vous verrez le premier caillou blanc...

28/03/2009, 10:40 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Marielle Billy le 25/03/2009 à 17:23

Périgny! Un hameau "su'l'coteau". Une petite maison de pierres ocres et torchis rose, sous un immense hêtre, si vieux, si haut, si creux...Une vigne vierge courait sur la façade. L'herbe devant était pleine de passeroses, ou roses trémiéres, dites encore roses d'outremer. Quelque chose d'africain , venu par La Rochelle jusqu'ici, sous les semelles des ancêtres marcheurs. Un gros buisson de roses anciennes, aussi, qui embaumait l'alentour. Des pigeons paon, blancs pour le régal des yeux et le doux murmure d'une présence. La poule naine de "la petite grand mére", au sourire qui semblait éternel (peut-être était-elle déjà entrée dans l'éternité). La "tite grand'mére" dont je n 'ai jamais retenu qu'une phrase, quand elle était assise sur son banc de pierre, au soleil, dans ses vêtements noirs: "I si b'naïse!" L'intérieur, oui, si frais. Il n'y avait qu'une fenêtre, un évier de pierre, sur lequel parcimonie faisait couler un filet d'aigue, qu'on était allé "qu'rir au puits", chez le voisin. Le sol était de terre battue, une merveille incroyable, pour nous qui venions d'Allemagne. De la terre battue savamment, puis si souvent encaustiquée qu'elle avait pris une teinte d'un rouge sombre. Oui, l'ombre, la fraicheur, les murmures. Et les cris rieurs des enfants, quand nous revenions de "la piscine", un bassin de bois aménagé au bord d'un cours d'eau, au bourg, dans un autre vallon. Oui, Périgny, Traversonne, Vouillé-la Bataille. Endurance, lenteur, silence, rires et pleurs. Un endroit merveilleux pour se fonder. Non? Un petit caillou blanc, que j'ai retrouvé grâce à toi, qui vaut bien une madeleine, et que je pose sur un fil, en équilibre, comme ça....

26/03/2009, 22:51 | Par Corinne N

Finalement, cher Pierre la question n'est peut-être pas "où", mais "quand"... ;o)

27/03/2009, 18:25 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Corinne N le 26/03/2009 à 22:51

Où et quand (non. Je ne vais pas la faire, celle-là, j'ai fatigué mon Vermot). Reprenons: "où" et "quand" sont liés. Il y faut une nuit, un rêve, une insomnie. Mais je crois que ça va être sur le bord du St Laurent, entre Kébec et l'île d'Orléans.

27/03/2009, 20:41 | Par Marielle Billy

"vous me direz où vous voulez que je commence, d'où je repartirai." Il repartira de quel pas ? avec quel fil dans la main ? et la route ? et la soif ? Il y aura pensé ? et le vide, l'aura-t-il pesé ? les alentours, regardés ou à peine vus ?

27/03/2009, 23:20 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Marielle Billy le 27/03/2009 à 20:41

Le vide il le porte en lui, et c'est cela qu'il fuit. Dans la main il n'a rien, ce sont les autres qui lui donnent, et certainement pas du fil à retordre, non. La soif? Entre le Mont-Royal et Sherbrooke St, entre la rue Rachel et Jean Talon, il y a tant de dépanneurs où se fournir en caisses de "Grosses Mol.", des bouteilles de Molson ou O'Keefe. Et pour peser le vide... la mescaline et l'acide, J.R. Tolkien et "Cien anos de soledad". Pour peser le vide, le regard si chaud de cette Colombienne, qui disparut soudainement. Montréal est un port, aussi. Les ports sont durs. Les alentours: longuement contemplés, interminablement contemplés, comme...

27/03/2009, 22:18 | Par myr

J'oserai donc un proverbe issu de la philosophie Shadoks : "Quand on sait pas où aller, l'important c'est d'y aller !" :-) Ici ou là-bas, un mot, un pas.

28/03/2009, 10:44 | Par françois périgny en réponse au commentaire de myr le 27/03/2009 à 22:18

Oserai-je dire que les Shadoks me pompent? J'ose, Lola, j'ose, si fine Lola.

27/03/2009, 22:40 | Par Vincent Verschoore

Un mot, un pas, de la vie à tes pas.

28/03/2009, 10:52 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 27/03/2009 à 22:40

Ne me parle pas de TEPA, ça m'énerve! Par contre, pas à pas, cela ne m'énerve pas. même pas besoin de tépard...

27/03/2009, 22:59 | Par Corinne N

Des Baobabs ?! HoussaH ?! ° girafe-sort-du-papier.jpg

27/03/2009, 23:23 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Corinne N le 27/03/2009 à 22:59

Merci Corinne. Nous irons en Afrique aussi, grâce à cette gracieuse amie, qui créve l'écran...

27/03/2009, 23:27 | Par Corinne N en réponse au commentaire de françois périgny le 27/03/2009 à 23:23

:o)

28/03/2009, 10:00 | Par Fantie B.

Vous pourriez partir de par delà, Pierre. Ou bien, vous pourriez y arriver , en prolongeant légèrement votre billet jusqu'à la mer (de nuages).

29/03/2009, 19:21 | Par Marielle Billy

cadaques083xh0.jpg

29/03/2009, 22:59 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Marielle Billy le 29/03/2009 à 19:21

Belle photo, Marielle! Est-ce toi qui contemple l'autre rive, songeant peut-être? "La gioia e sempre l'altra riva".

29/03/2009, 23:18 | Par Marielle Billy

1) ce n'est pas moi , je ne suis pas l'auteur de la photo. 2) c'est à Cadaques.

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