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La faute aux taux d’intérêt trop bas?
Dans un article publié par Médiapart, Philippe Riès se pose la question, pour y répondre positivement, «Et si les taux d’intérêt très bas contribuaient à l’asphyxie des économies?». Avant de reprendre point par point son argumentation –en fait il cite longuement celle de deux financiers–, il est bon de dire un mot des analogies qu’il fait. Les taux bas sont qualifiés de «drogue», comparés à de la cocaïne et le Japon, par exemple, serait «toxicodépendant». Ce vocabulaire est présent tout le long de l’article. Ainsi «dépendre de bas taux d’intérêts (serait) dangereux comme n’importe quelle addiction». Derrière cette terminologie se cache une idée, celle de la normalité en économie. Les taux d’intérêt bas ne seraient pas un moyen parmi d’autres d’une politique économique à un moment donné, mais une perversion qu’il s’agirait de combattre car ils empêchent «d’affronter les vrais problèmes économiques» dont l’article ne dit mot par ailleurs.
P. Ries part d’un constat que nul ne peut réellement contester: «Le coût du financement est seulement un des facteurs dans l’ensemble complexe qui tire la croissance». Mais c’est pour aussitôt assigner aux bas taux d’intérêt la responsabilité de tous les malheurs du monde. Ainsi, «le faible coût de la dette encourage la substitution du capital au travail». Or le coût du crédit (le taux d’intérêt) n’est pas le seul élément entrant dans le coût global du capital car le recours à l’emprunt ne couvre en général qu’une partie de l’investissement des entreprises qui ont aussi recours à l’autofinancement. Mais surtout la substitution du capital au travail est due à la logique même de l’accumulation du capital qui pousse à augmenter sans cesse le taux de profit, logique d’autant plus poussée à son terme que nous sommes confrontés à un capitalisme tourné vers «la création de valeur pour l’actionnaire».
Occulté, le fait que la brusque augmentation du taux d’intérêt décidée par la banque centrale des États-Unis, la Fed, en 1979 –le taux d’intérêt réel (une fois décomptée l’inflation) passe de 1,8 % en 1980 à 8,6 % en 1981– a été un élément déterminant dans le processus de financiarisation de l’économie mondiale. Occulté aussi, le fait qu’avec des taux élevés, il suffise d’attendre le versement de sa rente plutôt que d’investir dans l’économie productive. Occulté encore le fait que le poids de la dette dans le PIB s’est automatiquement accru du fait de cette augmentation car le taux d’intérêt réel auquel les États empruntaient était supérieur au taux de croissance (effet «boule de neige»).
Des taux bas, nous dit-il, «cela amoindrit l’incitation à réduire la dette». Mais pourquoi donc faudrait-il la réduire si la charge de la dette ne pose aucun problème grâce précisément à des taux bas? «La baisse des taux constitue une réduction déguisée du montant principal du prêt», certes, so what? Cette baisse touche les rentiers dont le comportement est préjudiciable à l’économie. P. Ries donne l’exemple des fonds de pension américains dont les déficits s’accroissent à chaque baisse de taux. C’est indéniable, mais cela prouve seulement que la capitalisation est un système de retraite désastreux totalement soumis aux aléas des marchés financiers et que les salariés américains sont pris dans une contradiction mortifère: voir leur pension future s’effondrer, ou bien, pour éviter la faillite de leur caisse de retraite, accepter des salaires moindres pour faire monter les cours de bourse et/ou des taux d’intérêt élevés qui pèsent sur l’activité économique et menacent leur emploi. On connaît des choix plus enthousiasmants.
«Des taux bas apportent une subvention artificielle aux institutions financières, leur permettant d’emprunter pas cher et d’investir dans des actifs sûrs à rendement plus élevé, comme les obligations gouvernementales.» P. Ries a raison de dénoncer le comportement des banques qui empruntent aujourd’hui à 1 % à la Banque centrale européenne (BCE) pour prêter aux États à des taux nettement supérieurs. Mais il oublie de dire qu’une augmentation du taux d’intérêt de la BCE se répercuterait immédiatement sur les taux auxquels les États devraient emprunter. Si l’on veut casser cette logique, la BCE doit pouvoir, d’une façon ou d’une autre, financer les déficits publics, et ce à des taux nuls ou presque. «Des taux bas ne conduisent pas nécessairement à augmenter l’offre de crédit.» C’est là aussi indéniable. Mais augmenter ces taux permettra-t-il une distribution plus importante du crédit ? On attend la démonstration. Lorsque le secteur privé est très endetté - en France la dette privée atteignait 203 % du PIB en 2009 -, les acteurs cherchent à minimiser leur dette, pas à l’accroître. Ainsi, alors que la récession est en train de gagner toute l’Europe, affirmer qu’une augmentation du coût du crédit permettrait de relancer l’activité économique semble plus qu’étrange.
Au-delà, l’éclatement de la crise financière est dû à l’explosion d’une bulle de crédit favorisée par la faiblesse des taux d’intérêt. Mais la question est de savoir pourquoi ce processus s’est déroulé ainsi. Nous avons assisté depuis une trentaine d’années à une baisse de la part de la richesse produite revenant aux salariés : la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises a baissé de 10 points en 25 ans dans les pays de l’OCDE. Cette envolée des profits non réinvestis, en permettant de dégager des liquidités très importantes, a nourri la financiarisation de l’économie. Cette financiarisation a été permise et s’est développée avec la déréglementation des marchés financiers, organisée par les gouvernements. Les obstacles à la liberté de circulation des capitaux ont été ainsi levés et les contrôles publics sur les institutions financières ont été fortement réduits. Mais la stagnation des salaires, voire dans certains pays leur recul, a fait resurgir une vieille contradiction du capitalisme vue en leur temps par Marx et Keynes. Le salaire est un coût pour chaque entreprise qui cherche donc à payer ses salariés le moins cher possible. Mais c’est aussi un élément décisif pour assurer une demande solvable surtout dans des pays où l’énorme majorité de la population est salariée. Ainsi aux États-Unis et dans l’Union européenne, 60 % à 70 % de la demande est d’origine salariale et cette demande a des conséquences sur la hauteur de l’investissement productif. Comment donc soutenir l’activité économique, source de profits, quand les salaires stagnent ou régressent ?
La réponse du néolibéralisme à cette question a été : de moins en moins de salaires, mais de plus en plus de crédits. L’endettement des ménages a servi de substitut au salaire pour maintenir une forte demande solvable et donc les profits des entreprises. Si ce modèle a été totalement adopté par certains pays, notamment les États-Unis, tous les pays capitalistes développés s’y sont plus ou moins engagés. Aux États-Unis, mais pas seulement, cette logique n’a pas concerné simplement les biens immobiliers mais aussi les dépenses courantes des ménages, notamment les plus pauvres. Dans ce cadre, des taux d’intérêts peu élevés ont nourri ce processus. Mais, c’est leur brusque augmentation par la Fed qui est l’événement déclencheur de la crise des subprimes. En effet, la Fed, par peur de l’inflation, a fait passer son taux de 1 % en 2004 à 5,25 % en 2006, déclenchant ainsi une multiplication des défaillances de remboursements des ménages les plus pauvres, qui allaient impacter directement le système financier.
Il est donc dommage que P. Ries se soit autant éloigné de son constat initial : « Le coût du financement est seulement un des facteurs dans l’ensemble complexe qui tire la croissance ». Développer ce point de vue en le confrontant à la situation actuelle aurait été une piste féconde.


Les 2 commentaires les plus recommandés
Merci infiniment d'avoir pris le temps de publier cette contre analyse ! Et notamment ceci totalement occulté par M.Ries
"La réponse du néolibéralisme à cette question a été : de moins en moins de salaires, mais de plus en plus de crédits. L’endettement des ménages a servi de substitut au salaire pour maintenir une forte demande solvable et donc les profits des entreprises."
Réponse à la réponse de P. Khalfa
L'intervention de P. Khalfa dans le débat ouvert par cet article est bienvenue. Surtout dans un pays où cet exercice consiste trop souvent à mettre ensemble des gens d'accord entre eux devant un public de convertis (voire le "débat" organisé récemment par Médiapart avec les "attérés").
P. Khalfa me reproche de me contenter de citer longuement deux auteurs, S. Das et B. Gross. C'était le but affiché de l'article puisqu'en ce qui me concerne, j'avais ouvert cette problématique en 2001, au Japon. Si P. Khalfa avait ouvert le lien vers le texte originel paru dans The Japan Times (traduit en français sur mon blog), il y aurait lu notamment ceci:
Comment la politique monétaire peut-elle aider la libéralisation et la déréglementation de l'économie japonaise à progresser plus vite? La tradition académique orthodoxe nous était rappelée récemment par un membre du conseil de politique monétaire de la BoJ: «nous ne devons pas user de la politique monétaire pour promouvoir les réformes structurelles». Soit. Mais comment se fait-il alors que cette même politique monétaire ait été constamment manipulée dans ce pays au cours des 15 dernières années pour empêcher les réformes de structure? L'économie de bulle de la fin des années 80s a été le produit d'une politique monétaire laxiste, mise en place pour éviter ou retarder l'ajustement structurel massif imposé par l'Accord du Plaza et la fin de la sous-évaluation historique du yen.
Et bien d'autres choses. Autrement dit, il n'a jamais été question d'une question seulement monétaire. Das et Gross (et on pourrait y ajouter certaines voix dissidentes au sein même de la Fed) arrivent tardivement dans cette problématique, tout simplement parce qu'ils réagissent à une situation américaine qui n'est que la translation d'une expérience japonaise bien antérieure, mais mal connue et encore plus mal analysée. Et leur approche est en effet trop étroite.
Toutefois, l'intervention de P. Khalfa soulève d'autres problèmes.
La méthode la plus commune pour réécrire l'histoire consiste à choisir soigneusement ses dates de référence. On comprend vite pourquoi il retient le tournant de la politique monétaire américaine imposé par Paul Volcker au début des années 80. Il efface ainsi la véritable rupture, celle d'août 1971, et ce qui s'en est ensuivi, à savoir la fin des "Trente Glorieuses" et la plongée de l'économie américaine et mondiale dans la "stagflation". A noter d'ailleurs que Volcker ne s'était pas contenté de conduire cette reprise en main brutale de l'inflation (qui aura entre autres conséquences de faire "sauter" l'Amérique latine). Il n'a cessé de plaider, sans grand succès, auprès des responsables politiques américains pour une correction des "déficits juneaux", symptômes de déséquilibres structurels internes.
Passant sous silence la fin de Bretton Woods (et les déséquilibres qui y ont conduit), P. Khalfa gomme la responsabilité première, majeure, décisive des gouvernements, aux Etats-Unis et en Europe, dans la création des marchés financiers "modernes". La déréglementation financière n'est pas tombée du ciel. Elle répondait à un besoin. Celui des Etats pour financer à meilleur compte un endettement public choisi en lieu et place d'une refonte d'un modèle de croissance essouflé.
Depuis cette rupture majeure, il y a eu plusieurs "cycles de liquidité", comme je l'avais expliqué en 1998 dans "Cette crise qui vient d'Asie''. Celui que l'on pourrait appeler le "cycle Nixon" (en gros, le recyclage des pétrodollars). Puis le "cycle Greenspan", alimenté par la politique monétaire complètement "assymétrique" de l'ancien patron de la Fed. Au passage, P. Khalfa pousse le bouchon un peu loin en mettant en cause le durcisssement tardif des conditions monétaires dans le déclenchement de la crise des "subprime" aux Etats-Unis. C'est bien le laxisme prolongé antérieur (avant Y2K puis après l'éclatement de la bulle internet) qui est à l'origine du problème. Et nous sommes aujourd'hui dans le "cycle Bernanke/Draghi" mais dans un contexte beaucoup plus dramatique, celui d'une trappe à liquidité (phénomène déjà observé au Japon), d'une faillite quasi-généralisée des finances publiques des pays avancés et de très grande fragilité de leurs systèmes bancaires. Cette situation étant elle-même le produit des cycles de liquidité précédents. Dans ce contexte, les bas taux d'intérêts reviennent en effet à doubler la dose d'un "junkie" pour le guérir de son addiction. Cela se passe rarement bien.
Sur la racine des problèmes structurels, P. Khalfa reprend la thèse, désormais classique en France, d'un bouleversement dans le partage de la valeur ajoutée. Ici aussi, la date de référence est cruciale. Sur la très longue période, ce partage est assez stable, mais il varie en fonction des rapports de force sociaux. Le balancier, parti très loin en faveur du travail pendant les belles années de l'Etat providence, est reparti dans l'autre sens quand le financement de cet Etat sur une base productive affaiblie est devenu problématique, puis impossible. Mais ce n'est pas une cause, c'est une conséquence. On revient au problème de fonds : quel nouveau modèle de croissance pour les vieilles économies dites "avancées" ?
En m'excusant d'avoir été trop long, et néanmoins schématique.
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Merci pour cette claire explication de quelque chose qui, a priori, n'est pas si simple que cela.
La contradiction sur les salaires que vous pointez n'existe pas, des marges élevées supposent une capacité d'investissement élevée laquelle se traduire par une forte demande B to B ou une forte distribution des profits qui bénéficient aux épargnants.
La Chine croit fortement sur une base de partage à l'avantage de l'investissement, générant une hausse régulière de production et une hausse très forte du niveau de vie même pour les plus pauvres. Dans le cas contraire les prix baissent pour rejoindre la demande générée par les salaires et les revenus du capital. Le mantra de monter les salaires est démagogique et inutile puisque lorsque les salaires peuvent monter ils le font et ce sans interférence étatique, ce fut le cas au XIXème aux USA, en Allemagne aujourd'hui en Chine, au Brésil en Inde (en fait la majeure partie du monde pour être honnête), curieusement les pays où l'on ne se préocupe pas de monter les salaires articificièllement sont ceux où ce phénomène se produit, curieux non ...
Les salaires sont comprimés en occident pour deux raisons différentes qui s'ajoutent.
La démographie qui génère une augmentation régulière de la pression fiscale et la possibilté pour les entreprises d'investir des marchés en croissance rapide et régulière. Ces deux lames de fond ne sont pas sur le point de s'arrêter donc les salaires réels vont encore baisser.
Sur la question des taux les monter c'est mettre les Etats en faillite c'est vrai, mais des taux bas réservés à ceux-ci c'est accepter l'idée que les fonctionnaires et les retraités seront rémunérés via une dévaluation de la monnaie, quoiqu'il arrive, est-ce légitime ? Je ne suis ni l'un ni l'autre et franchement leur sort m'indiffère absolument, ce d'autant que les uns et les autres ont l'air très normal de saisir 50% du revenu brut du premier smicard venu, tout en ne partageant ni les aléas ni les peines qui sont les siennes dans le contexte actuel.
La question des taux cache celle de la monnaie et de l'accès à celle-ci la grande bataille entre les élites financières (la droite) et les élites fonctionnariales étatiques (la gauche) ressemble à un combat pour un prix qui sera de toute les façon refusé au petit peuple. Pour ma part j'estime que dans le contexte actuel ou se fait sentir le besoin d'une reflation, pourquoi ne pas réserver l'accès à la liquidité centrale aux citoyens via une offre de plusieurs millers d'euros empruntables à 1% voir 0 (moi je prends) ceux-ci choisirons ensuite ensuite de financer leur consommation, les entreprises les banques et les Etats ( je déconseille fortement les deux derniers ils ne sont pas solvables) qui devront se faire concurrence pour obtenir ses faveurs ....Voilà une belle solution de désintermédiation complète du processu de création qui sera fondamentalement démocratique dans la mesure ou chacun pourra choisir ce qu'il fait de son privilège d'émission.
Merci infiniment d'avoir pris le temps de publier cette contre analyse ! Et notamment ceci totalement occulté par M.Ries
"La réponse du néolibéralisme à cette question a été : de moins en moins de salaires, mais de plus en plus de crédits. L’endettement des ménages a servi de substitut au salaire pour maintenir une forte demande solvable et donc les profits des entreprises."
@ tous,
Et si vous lisiez mon commentaire (celui de ce jour, le 08/02/12 à 14H30) au ''parti pris'' de P. Riès. ''Et pourquoi, me dira-t-on, vous faire cet honneur ?''. Mais parce qu'il est bien plus que la critique de P. Riès ; il est aussi la critique de ses critiques (et donc, entre autres, de Pierre Khalfa).
Bref, comme vous le voyez, s'il est une chose que je ne crains pas, c'est... la critique !
Jean Tramuset
Mediapart est encore parfois le lieu d'échanges et de critiques. En voilà un bel exemple.
Espérant une réponse d'aussi grande qualité de P. Riès.
" les salariés américains sont pris dans une contradiction mortifère: voir leur pension future s’effondrer, ou bien, pour éviter la faillite de leur caisse de retraite, accepter des salaires moindres pour faire monter les cours de bourse et/ou des taux d’intérêt élevés qui pèsent sur l’activité économique et menacent leur emploi." Utile rappel.
Le phénomène est bien décrit mais dans le temps le salarié actuel doit se résoudre à une compression de son salaire pour permettre le paiement des obligations dues aujourd'hui à la génération 68 le tout eb ne bénéficiant plus des mêmes garanties, il contribue donc sans contre-partie. Ce n'est pas une contradiction c'est parfaitement logique les salaires actuels sont écrasés par la démographie ....tant que l'on veut continuer à payer les retraites ....
@Guitou +1
C'est exactement ça, d'où la necessité ABSOLUE de sauver les retraites par répartition. Et notre modèle social.
Retraite par capitalisation= Privatisation de la monnaie au profit des marchés financiers + Asservissement des travailleurs (corruption forcée pour ainsi dire) aux évolutions et aux vélléités des marchés.
De plus les américains (le peuple) risquent fort de se retrouver, et se trouvent déjà en fait, avec la compression des salaires ET la fonte drastique (euphémisme) des pensions des retraités. De toute façon l'économie US ne tient que par la création monétaire et la diffusion de ses excédents hors de la zone US... Tout cela n'est pas tenable, à fortiori dans un monde où l'on voit les USA perdre leur hégémonie presqu'à vue d'oeuil.
Oui mais le fond du problème c'est que la baisse des salaires est fondamentalement causée par le problème des pensions, il n'y a pas de salaire différé, c'est d'ailleurs le sens de la situation financière actuelle les financiers ne sont que des syndics de faillite véreux mais la faillite n'est pas de leur fait, d'ailleurs il ne faut pas se faire d'illusion le Japon et l'URSS ont explosé sur le même obstacle le vieillissement de la population et sans l'aide du néo-libéralisme. La France des années 20-30 a connue le même terrible problème un millions de jeunes hommes mort mais à l'époque il restait la possibilité de mobiliser la main d'oeuvre féminine tel n'est pas le cas aujourd'hui. L'immigration ne peut fonctionner non plus puisque la productivité du travailleur peu formé en provenance du tiers monde est souvent inférieure au simple coût du travail ce qui explique que les conditions de celui-ci se dégradent et que de plus en plus de gens soient au SMIC, nous affrontons un problème de coût du travail qui ne peut se résoudre que par une montée en puissance de la productivité laquelle ne peut être importée mais doit être le produit de notre système social. Il ne faut pas oublier que le taux d'imposition global sur le salarié travaillant et payant impôts et taxes n'a jamais cessé de monter depuis 40 ans, au fur et à mesure que les budgets santé et retraites des collectivités publiques ont pris une part de plus forte de la valeur ajoutée.
Autrement dit nous sommes à la fin du cycle fisco-financier, en général dans un tel cas de figure après les palinodies de rigueur le système s'est effondré et a été remplacé par un autre conforme à l'air du temps mais moyennant un étiage de l'organisation sociale antérieur, or la boursouflure statistique en ce moment c'est l'Etat et la prolifération de la fonction publique.
M. Ries met en avant l'idee que les taux d'interet tres bas ne fournissent pas une solution a la crise de croissance et de l'emploi, et induisent des effets pervers. Ceux-ci sont bien connus et font un assez large consensus. Il ne me semble pas que les aguments que vous presentez contredisent cette vue generale. On peut d'ailleurs ajouter que le veritable objectif de la FED, notamment, etait d'eviter la deflation par tous les moyens. C'est vrai que les taux nuls n'ont pas marche pas au Japon, mais la BOJ avait ressere fortement la sitution monetaire au depart de la crise et avait enclenche la deflation. Cette lecon a ete retenue, et au-dela.
Il reste effectivement que lorsque le probleme est de reparer les bilans de main street, des taux bas sont inefficaces; en revanche ils sont efficaces pour reparer Wall street. De tous temps la reflation des banques a conditionne la sortie des crises, vous n'avez qu'a regarder le comportement de la courbe de taux en fonction de la conjoncture: au creux, la courbe de taux tres pentue permet aux banques de refaire leurs bilans; au sommet de cycle elles sont etranglees. Quand les taux longs sont deja tres bas a cause de perspectives d'inflation inexistantes, la mecanique exige des taux courts microscopiques. La critique des banques, qui recoivent une ressource a 1% et prete aux Etats plus cher, n'est pas pertinente: souscrire la dette etatique, contribuer a en faire baisser le taux et faciliter ainsi les plans de stimulation fiscale est le mieux qu'elle puisse faire avec les reserves excedentaires qu'on leur propose.
Mais effectivement, Main Street n'en ressent pas l'effet direct. La question a ce stade est de savoir si les taux tres faibles genent la reprise economique, l'asphyxient. Le titre de l'article de M.Ries est sous forme de question, et plutot que de repeter le pour et le conter il est plus constructif d'expliciter ce qui est sous-entendu dans son article: la politique de taux tres bas est pernicieuse quand elle est la seule utilisee et qu'elle dispense, en soulageant les banques et les marches d'actifs, de s'attaquer aux causes premieres des desequilibres tout en en accentuant certains. On peut aussi le dire en partant d'un autre point de vue: face a l'ineluctable stagnation du niveau de vie-il faut bien faire place aux emergents-faire de la resistance a coup de baisse de taux finit par devenir suicidaire. Le "neo-liberalisme" a bon dos, personne n'a mis un fusil sur la tempe des americains pour qu'ils agrandissent leurs maisons, leurs placards, et les remplissent de toujours plus d'objets. C'est une culture, pas une theorie economique.
C'est la qu'on retrouve les enjeux plus politiques evoques en derniere partie de ce billet. Si on regarde les Etats-Unis, epicentre du phenomene, on ne constate pas cette croissance des "profits non investis qui alimentent la speculation" dont parle M. Khalfa. C'est une vieille lune. Mais en plus les investissements directs...a l'etranger explosent, dans les marches en croissance. Meme phenomene en France, pour laquelle j'ai montre que les revenus des investissements a l'etranger procurait un revenu equivalent a celui qui est perdu par la perte des emplois industriels.
Evidemment, ce ne sont pas les memes, ceux qui d'un cote perdent leur emploi dans l'industrie et/ou sont obliges de prendre un emploi de service non qualifie et sans perspectives, et de l'aute ceux qui beneficient directement ou pas des opportunites de la mondialisation. La solidarite nationale et la redistribution sont la pour recoudre les morceaux tant bien que mal.
C'est ce qu'on ne sait pas faire aux Etats-Unis, et qu'on fait avec "vengeance" en France.
Il me semble que ce que vous dites se résume assez simplement à: "chaque système a ses avantages et ses inconvénients". Le fait de préférer un système et Riès un autre n'a donc pas d'importance.
Un des intérêt de la théorie économique me paraît être de quantifier ces problématiques pour pouvoir décider. J'aimerais connaître le résultat de la comparaison au lieu de devoir choisir a priori selon des préférences idéologiques.
En pratique ce qui compte ce n'est pas système mais sa cohérence interne.
Le Keynésianisme étatique a bien fonctionné pour la raison très simple que le gouvernement savait devoir peser en permanence sur le taux d'investissement pour contrebalancer les effets de politiques de taux bas. C'était l'objet de la planification, l'Etat n'avait pas besoin d'avoir de dettes puisque dans un tel cas de figure on "émet" via des crédits bancaires ciblés à certains secteurs en générant une hausse de la masse monnétaire qui solvabilise l'entité publique, dont les budget et les obligations étaient plus réduites qu'elles ne le sont aujourd'hui, on l'oublie souvent. La cohérence du système s'est effrité dans les années 70 tout simplement parceque les pays euroépens ayant réalisé leur rattrapage économique pour l'essentiel un taux d'investissement étale ne permettait pas de générer des hausses de productivités et de salaires conformes à ce à quoi la population s'était habituée. Il ne faut pas oublier qu'en 1945 le niveau de vie était très faible par rapport à la productivité finale la capacité à investir était donc "Chinoise", or dans les années 70 les salaires atteignent des sommets comparé au PIB comme le soulignent de nombreux observateurs en omettant de souligner que c'est à cette époque que leur hausse se ralentit et que la croissance tousse. Autrement dit les salariés des années 70 ont profité des investissements massifs consentis auparavent sans y contribuer eux même autant.
Le néo-libéralisme s'est construit comme une alternative à ces difficultés qui provenaient principalement de l'incapacité d'une génération (suivez mon regard) à accepter que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, son ambition était donc de répondre aux carences supposées ou réelles du capitalisme d'Etat. On peut distinguer deux traits majeurs, les Etats pilotant de moins en moins la masse monnétaire sans générer de l'inflation on été contraint de générer des déficits et donc de la dette supposée être moins inflationniste car provenant de l'épargne et donc par la stérilisant une partie de la masse monnétaire. Une ouverture des frontières de plus en plus accusée a été réalisée pour permettre aux grandes compagnies de générer des économies d'échelles et par la de poursuivre au niveau continental les politiques de rationalisation nationales qui avaient été suivies jusque là. Cette politique supposait en pratique une concurrence fiscale entre les Etats qui les a poussé à toujours plus de déficit. Il faut noter que lorsque ces politiques ont été initiés l'essentiel du monde était fermé à l'investissement étranger, le jeux se jouait donc entre des pays occidenteaux jouissant de niveaux-socio économiques assez proches. En théorie l'émission monnétaire bancaire aurait du être bridée par le risque et les défauts inhérents à un système plus souple mais aussi moins stable, mais pour éviter que les creux récessifs ne soient trops profonds les banquiers centraux ont souvent recours à des politiques de baisse des taux très fortes qui ont eu pour effet de nous lancer dans la grande bulle du crédit dont nous vivons aujourd'hui le dénouement. Hayek avait d'ailleurs décrit à la fin des années 70 dans un bel article prémonitoire les dérives à venir du système monnétaire et bancaire qui était en train d'être élaboré sous la houlette de Friedman qui était l'un de ses concurrents dans la discipline (ça lui faisait deux bonnes raisons d'être critique).
Autrement dit oui à mon sens nous pouvons envisager plusieurs continuum économiques assez différents dans leur fonctionnement apparent mais les règles au fond restent les mêmes. La création monnétaire pose plus de problèmes qu'elle n'en résout ce d'autant qu'elle est d'abord un enjeux de distribtution des richesses qui ne veut pas dire son nom, le prix marginal doit être pris au sérieux comme une donnée et non comme le résultat d'une manipulation, le prix du travail ne peut être poussé à la hausse sans avoir pour conséquence une hausse du chômage et une baisse des investissements.
Les Keynésiens d'aujourd'hui "oublient" souvent que celui-ci parlait du salarié autrement dit de quelqu'un qui n'est ni un fontionnaire touchant un traitement ni un retraité pensionné or leur Keynésianisme se réduit souvent comme le souligne Jeffrey Sachs à une économie de "l'aggregate demand" qui participe indirectement au pillage du travailleur que celle-ci prétends pourtant éviter ou contre-balancer. Les monnétaristes et autres "fondamentalistes du marché" font mine d'ignorer que la manipulation des taux est au coeur des dangers les plus évidents dégagés par la théorie qu'ils font mine de défendre, pourtant si l'on suit Mises et Hayek ce sont les périodes récessives qui font le creuset des boom, au surplus la question posée n'est pas de savoir si le marché à toujours raison mais si l'on peut disposer d'une meilleur information, sur ce point Stilgitz est certainement le plus convainquant. En définitive ces idéologies et ces systèmes correspondent avant tout à des types d'organisation sociale qui se trouvent des appareils idéologiques susceptibles de légitimer leur état contemporain et les rapports de force existant comme résultant d'une éthique particulière alors qu'elle ne sont que le fruit d'une conjoncture sociale sans cesse appelée à se renouveller.
C'est une bonne description de ce qui s'est passé. Et je suis d'accord sur la conclusion que ce sont chaque fois des réponses empiriques présentées sous forme d'alternatives idéologiques. C'est pour cela qu'il me semble un peu vain de trop parler des justifications politiques. Il me semble que le principe fondamental est tout simplement qu''une théorie globale n'existe pas (sinon il suffirait de dérouler, évidemment).
@ Salluste
Je salue ce (rare) hommage à l'école autrichienne. Comme j'ai coutume de le dire, keynesianisme et monétarisme sont les deux faces de la même fausse monnaie.
Pour moi les bas taux actuels sont une contrainte du moment, pas un choix. Ce qui est un choix c'est de n'utiliser que cette arme et d'attendre que le desendettement et eventuellement l'inflation fasse leur office. Or les bas taux induisant leurs propres desequilibres, tout ca peut durer trop longtemps et deboucher sur un enhaurme probleme. Tous le monde est en terrain inconnu, car meme si on a l'exemple du Japon, son cas etait different en ce qu'il etait a l'epoque un probleme isole.
Effectivement, d'ailleurs la dérive inflationniste chinoise devrait faire réfléchir mais je pense qu'il est déjà trops tard.....
hénaurme
je retiens surout ici la critique de la vision de Riès concernant la BCE. Il est effectivement absurde que la BCE ne prête qu'aux Banques qui se goinfrent vis à vis des Etats sans avoir à se mouiller, elles sont " couvertes " et renseignées par les agences de notation.
Il y avait dans l'aventure de Ries une gageure. Elle est ici mise à bas.Clairement.
Réponse à la réponse de P. Khalfa
L'intervention de P. Khalfa dans le débat ouvert par cet article est bienvenue. Surtout dans un pays où cet exercice consiste trop souvent à mettre ensemble des gens d'accord entre eux devant un public de convertis (voire le "débat" organisé récemment par Médiapart avec les "attérés").
P. Khalfa me reproche de me contenter de citer longuement deux auteurs, S. Das et B. Gross. C'était le but affiché de l'article puisqu'en ce qui me concerne, j'avais ouvert cette problématique en 2001, au Japon. Si P. Khalfa avait ouvert le lien vers le texte originel paru dans The Japan Times (traduit en français sur mon blog), il y aurait lu notamment ceci:
Comment la politique monétaire peut-elle aider la libéralisation et la déréglementation de l'économie japonaise à progresser plus vite? La tradition académique orthodoxe nous était rappelée récemment par un membre du conseil de politique monétaire de la BoJ: «nous ne devons pas user de la politique monétaire pour promouvoir les réformes structurelles». Soit. Mais comment se fait-il alors que cette même politique monétaire ait été constamment manipulée dans ce pays au cours des 15 dernières années pour empêcher les réformes de structure? L'économie de bulle de la fin des années 80s a été le produit d'une politique monétaire laxiste, mise en place pour éviter ou retarder l'ajustement structurel massif imposé par l'Accord du Plaza et la fin de la sous-évaluation historique du yen.
Et bien d'autres choses. Autrement dit, il n'a jamais été question d'une question seulement monétaire. Das et Gross (et on pourrait y ajouter certaines voix dissidentes au sein même de la Fed) arrivent tardivement dans cette problématique, tout simplement parce qu'ils réagissent à une situation américaine qui n'est que la translation d'une expérience japonaise bien antérieure, mais mal connue et encore plus mal analysée. Et leur approche est en effet trop étroite.
Toutefois, l'intervention de P. Khalfa soulève d'autres problèmes.
La méthode la plus commune pour réécrire l'histoire consiste à choisir soigneusement ses dates de référence. On comprend vite pourquoi il retient le tournant de la politique monétaire américaine imposé par Paul Volcker au début des années 80. Il efface ainsi la véritable rupture, celle d'août 1971, et ce qui s'en est ensuivi, à savoir la fin des "Trente Glorieuses" et la plongée de l'économie américaine et mondiale dans la "stagflation". A noter d'ailleurs que Volcker ne s'était pas contenté de conduire cette reprise en main brutale de l'inflation (qui aura entre autres conséquences de faire "sauter" l'Amérique latine). Il n'a cessé de plaider, sans grand succès, auprès des responsables politiques américains pour une correction des "déficits juneaux", symptômes de déséquilibres structurels internes.
Passant sous silence la fin de Bretton Woods (et les déséquilibres qui y ont conduit), P. Khalfa gomme la responsabilité première, majeure, décisive des gouvernements, aux Etats-Unis et en Europe, dans la création des marchés financiers "modernes". La déréglementation financière n'est pas tombée du ciel. Elle répondait à un besoin. Celui des Etats pour financer à meilleur compte un endettement public choisi en lieu et place d'une refonte d'un modèle de croissance essouflé.
Depuis cette rupture majeure, il y a eu plusieurs "cycles de liquidité", comme je l'avais expliqué en 1998 dans "Cette crise qui vient d'Asie''. Celui que l'on pourrait appeler le "cycle Nixon" (en gros, le recyclage des pétrodollars). Puis le "cycle Greenspan", alimenté par la politique monétaire complètement "assymétrique" de l'ancien patron de la Fed. Au passage, P. Khalfa pousse le bouchon un peu loin en mettant en cause le durcisssement tardif des conditions monétaires dans le déclenchement de la crise des "subprime" aux Etats-Unis. C'est bien le laxisme prolongé antérieur (avant Y2K puis après l'éclatement de la bulle internet) qui est à l'origine du problème. Et nous sommes aujourd'hui dans le "cycle Bernanke/Draghi" mais dans un contexte beaucoup plus dramatique, celui d'une trappe à liquidité (phénomène déjà observé au Japon), d'une faillite quasi-généralisée des finances publiques des pays avancés et de très grande fragilité de leurs systèmes bancaires. Cette situation étant elle-même le produit des cycles de liquidité précédents. Dans ce contexte, les bas taux d'intérêts reviennent en effet à doubler la dose d'un "junkie" pour le guérir de son addiction. Cela se passe rarement bien.
Sur la racine des problèmes structurels, P. Khalfa reprend la thèse, désormais classique en France, d'un bouleversement dans le partage de la valeur ajoutée. Ici aussi, la date de référence est cruciale. Sur la très longue période, ce partage est assez stable, mais il varie en fonction des rapports de force sociaux. Le balancier, parti très loin en faveur du travail pendant les belles années de l'Etat providence, est reparti dans l'autre sens quand le financement de cet Etat sur une base productive affaiblie est devenu problématique, puis impossible. Mais ce n'est pas une cause, c'est une conséquence. On revient au problème de fonds : quel nouveau modèle de croissance pour les vieilles économies dites "avancées" ?
En m'excusant d'avoir été trop long, et néanmoins schématique.
Je ne peux qu'abonder totalement dans ce sens, evidemment.
Mais le debat tel que pose la est un peu un dialogue de sourds, pour la raison suivante: des taux maintenus tres bas interessent en ce moment le courant antimondialiste/anticapitaliste (auquel a tort ou a raison j'associe la fondation Copernic) car ils facilitent le financement des Etats dispendieux, de la protection sociale et sont supposes (a tort) favoriser une relance, le tout en evitant les reformes a visee productivistes (flexibilite, baisse des couts...). Or, d'un autre cote on a toujours vu que les taux maintenus bas trop longtemps fabriquaient des bulles d'actifs et aggravaient les inegalites. Cette contradiction devrait etre fatale a nos amis...mais en fait, ils pensent la resoudre en fusionnant les politiques budgetaires et monetaires: financement par la Banque Centrale, pole financier public, financememt du credit par adossement aux ressources, etc...dans leur idee, on ouvre ainsi les vannes du financement des depenses collectives, tout en fermant celles de la speculation. Le Nirvana. C'est une autre economie que celle dont M. Ries a fait l'historique, qu'ils ont en tete. Une utopie du passe, a mon sens, et qui a toujours echoue...
Merci pour cette réponse; j'espère que P. Khalfa pourra/voudra lui-même répondre.
Une question et une remarque de profane
1/ qu'est-ce que Y2K ?
2/ Remarque : votre position, Ph. Ries, me semble assez proche du main-stream des économistes allemands lesquels considèrent qu'il convient de fermer le robinet à liquidités, donc d'accroître la pression sur les états endettés, afin que ceux-ci soit "enfin" contraints à entamer des réformes structurelles douloureuses.
Il me semble que cette position a des limites,
- limites politiques sans doute parce que, comme l'indique Krugman, il est fort difficile pour ne pas dire impossible d'imposer aux différents peuples des réductions massives des salaires et des produits des transferts sociaux: une politique de déflation massive (comme celle tentée en Grèce, ou au début des années 1930 par le gouvernement Brüning en Alemagne) va de pair avec des secousses fortes de la société. Parce que le terme de réformes structurelles douloureuses est un gentil euphémisme pour parler de licenciements, d'amputation des retraites, etc. c'est-à-dire d'intervention brutales dnas la vie d'un nombre fort important de citoyens qui ont l'impression de payer les pots cassés à la place de ceux (les fameux 1%) qui ont, en leur temps profité (et profitent encore) de la grande fête greenspannienne de dérégulation financière et d'explosion des bénéfices -
- mais limites économiques aussi parce qu'une telle politique ajoute l'austérité à la crise économique déjà installé : cette politique est bêtement pro-cyclique.
Vous me répondrez sans doute en citant l'exemple du Japon, qui vit en déflation continue et relativement douce depuis près de vingt ans, e toù les taux d'intérêts nuls n'ont pas ramené la croissance. Mais si j'en crois P. Krugman, les taux d'intérêts consentis par la BOJ ne devraient pas être nuls, mais... négatifs - pour être efficaces et pour inciter les acteurs à investir dans la production... (reste la question des carry-trade à laquelle je ne peux pas répondre, mes compétences économiques étant limités pour indiquer comment endiguer un te phénomène...)
bien cordialement à vous
minor swing
Y2K Year 2000 An 2000
Merci. J'ignorais moi aussi la signification de ce sigle.
"Le balancier, parti très loin en faveur du travail pendant les belles années de l'Etat providence, est reparti dans l'autre sens quand le financement de cet Etat sur une base productive affaiblie est devenu problématique, puis impossible. Mais ce n'est pas une cause, c'est une conséquence. " pas mieux ! Le pic des années 70 marque d'ailleurs le début de la baisse tendancielle des taux d'investissements sur la longue période ce que les défenseurs de cette thèse oublient de souligner ....
Discussion intéressante entre "érudit", nous avons enfin identifié l'originie du "problème". Oui mais ... que proposez-vous de constructif pour remettre le bateau à flot en évitant de tuer la moitié des voyageurs en les jettant par dessus bord ? Visiblement, tout ce que le clan ultra-libéral propose et applique depuis des années aggrave la situation. Je pense aussi que les mingongs chinois seront très heureux d'apprendre en vous lisant qu'ils bénéficient d'une augmentation de niveau de vie, pareil pour les paysans indiens. J'évite de parler des africains, le système les as condannés depuis longtemps. Les économistes attérés tentent au moins de proposer des solutions alternatives mais visiblement à vos yeux, ("Surtout dans un pays où cet exercice consiste trop souvent à mettre ensemble des gens d'accord entre eux devant un public de convertis (voire le "débat" organisé récemment par Médiapart avec les "attérés")."), ils sont disqualifiées d'office. Dans ce cas, je ne vois plus que la soution grecque ... antique, la sisachtie, on efface tout et on repart à zero. Je continuerai donc à vous lire avec intérêt (de un ou cing pourcent ?) dans l'espoir de lire enfin "LA SOLUTION".
Les analyses concernant les effets d'un "taux d'intérêt trop bas" négligent la question de l'appréciation du taux d'intérêt comme étant "trop bas". Le niveau des taux d'intérêt ne doit pas être apprécié en ne considérant que le taux nominal. Les taux nominaux sont trompeurs et c'est pour cela qu'ils sont anesthésiant lorsqu'ils sont bas. L'année 1990 a marqué le passage de taux d'intérêt réel négatif à des taux d'intérêt réel positif, qui a coincide avec (causé ?) la crise immobilière et la crise bancaire. Ce passage avait été marqué par cet indice qui avait été négligé, l'arrêt par ROBECO de son engagement de rachat d'actions.
Le fait de regarder uniquement le taux nominal résulte d'un monétarisme abstrait. Les emprunts en euro même à taux zéro sont ruineux, par suite de la politique de l'euro fort, qui suréévalue de plus en plus l'euro . Le remboursement du principal avec un euro à 1,30$ augmente de 30% la charge du remboursement de l'emprunt.
Les taux doivent par ailleurs être corrigés des risques spéculatifs induits par les indexations, du coût des produits dérivés. Les banques affichaient pour les prêts sur les marchés des taux qui n'étaient que destinés à appater l'emprunteur, et qui étaient les taux initiaux (v. par exemple Dexia et les prêts aux collcetivités locales)
Les taux, optiquement bas mais élevés si l'on tient compte de l'augmentation du principal et de tous les coûts financiers, poussent à la réduction des frais du travail, donc à la délocalisation si le coût du travail n'est pas abaissé. Avec la raréfaction des ressources et donc leur augmentation de prix, l'augmentation de l'immobilier , la variable d'ajustement à l'augmentation des charges et prélèvements financiers (intérêts réels élevés, "création" de valeur actionnariale) est forcément liée à la rémunération du travail. La prétendue augmentation de productivité due à l'informatique et l'internet , alors qu'il s'agit de chaines de production ou de services, est bien entendu un leurre qui a alimenté la bulle des dot.coms
Dans une optique de "maintien des acquis sociaux" , les charges sociales et fiscales augmentent pour augmenter les prestations sociales et le cercle vicieux s'accélère et finit en crise de nature systémique
Il n'y a pas que le niveau d'interet reel qui joue, il y a aussi le spread entre le taux de la ressource monetaire-mettons 1%- et le taux de credit-mettons 3% pour le souverain, 4% pour l'hypothecaire-avec entre les deux le risque d'intermediation. Ou alors le spread entre les monnaies: on prete en Malaisie a 6% et on se refinance a Francfort a 1%, avec entre les deux le risque de change en plus. Tout ca favorise la liquidite mondiale, renfloue le bilan des banques, mais peut aussi creer des desequilibres mortels. Il faut savoir s'arreter a temps, c'est ce que la FED n'a pas su faire (avec l'excuse que la reglementation devait jouer son role, ce qui ne s'est pas passe) mais la BCE est sur une ligne plus rigoueuse, apparemment.
Il me semble que la forme de ce débat manifeste justement la tendance à débattre en terme de finance, en oubliant la politique industrielle (invoquée par ailleurs seulement, sans en montrer le lien de façon claire).
La finance me paraît être le moyen d'action sur l'économie réelle, mais débattre seulement du moyen d'action sans parler de l'économie réelle n'a pas de sens. Ou plutôt, il ne faut pas s'étonner que cela corresponde à jouer les mouches du coche ou pire, à foutre le bordel (d'où le souhait de dérégulation/non intervention qui en découle de la part des acteurs réels décisionnels).
Il y deux genres d'économistes... non pas les autrichiens et les autres mais les hérétiques et les autres (pensez à la physique de Newton et celle d'Einstein). Une question qui relèverait de l'hérésie (le marché ça ne marche pas) est : la monnaie est-elle un bien public ? Bien public au sens théorique de Mancur Olson...
La monnaie est un bien publique mais dans le sens que vous semblez lui donner elle devient un objet politique ce qui n'est pas tout à fait la même chose .
Bonjour Monsieur Khalfa et Monsieur Ries ici présent .
Merci pour ce remarquable billet dont je partage à peu près 90% des points de vue .
Comme le fait remarquer Philippe Ries , les dates des références sont essentielles et je partage totalement la nécessité de faire remonter le début de cycle à 71 .. Par contre , je partage également le point de vue de la remontée des taux d'intérêts qui a contribué à l'explosion des subprimes puisqu'en fait , la course aux taux se répercutait aussi en bas de l'échelle : celui de l'endettement immobilier .. On peut y ajouter les superbes manipulations sur le prix du pétrole , en particulier par le biais des contrats à termes .
Par contre deux choses me manquent :
Les bulles , qui ne sont pas uniquement venues du transfert des crédits au ménages , mais qui sont également venues de la liberté totale de création monétaire données aux banques qui a entrainé une croissance de M3 de l'ordre de 6 à 8 fois la croissance des PIB , en zone euro , comme aux USA depuis la dérégulation financière . Et je reprends à dessein mon exemple sur le prix du pétrole .
Et d'autre part l'aspect monnaie qui me manque énormément dans votre raisonnement .
Les parités monétaires étant traditionnellement dues au différentiel de taux d'intérêt , il me parait important de chercher également cette logique dans les actions menées par la FED, lui permettant ainsi d'ajuster systématiquement le niveau du dollar .. C'est bien pour cela qu'il est indispensable comme le souligne Monsieur Ries de remonter à 71 .
Cette politique monétaire par les taux s'est atténuée du fait de l'impact du carry trade depuis la dérégulation , mais elle n'en reste pas moins réelle , dans la mesure ou elle permet d'attirer les capitaux sur un marché donné .
L'inflation signalée en Chine venant pour moi de deux phénomènes : la croissance de la masse monétaire d'une part , et de l'augmentation des matières premièrs d'autre part . Sur la croissance de M3 , les Chinois augmentent régulièrement les coefficients de réserve obligatoires pour y remédier , tout en maintenant un certain niveau de taux pour la juguler.
Il me parait donc difficile de se restreindre aux taux pour juger d'une influence sur l'économie en oubliant la monnaie .. Les deux étant intriséquement liés . et nous en arrivons à la BCE , non Monsieur RIES , ne tapez pas SVP ^^^^..
A partir du moment ou nous nous sommes privés d'une des modalités d'influence sur les taux et la parité monétaire par l'interdiction faite à la BCE de monétiser au profit direct des Etats , nos taux ne pouvaient plus dépendre d'autre chose que de l'extérieur et de l'inflation (dans laquelle les matières premières sont loin d'être neutres) ...
Nos problèmes actuels à résoudre ne se limitent pas aux taux , mais également à la monnaie , sa force , sa quantité et surtout l'utilisation de la création excédentaire qui devrait plutôt être dirigée vers l'économie plutôt que vers la spéculation . Et pour cela il faut récupérer le pouvoir sur la monnaie , en contrôler l'émission et l'orientation .
L'idée suisse qui s'oriente vers le fait de faire un quatrième pouvoir du nom de Monétatif, pouvoir indépendant , avec des règles particulières est loin d'être stupide et vaut qu'on s'y intéresse .
Il me parait impératif dans ces domaines d'appréhender les choses avec une vision globale et dans mon esprit , , monnaie, finance et taux sont intimement liés entre eux .. ainsi qu'à à l'économie ..
Si je comparais le tout à un monument L'économie étant le monument en lui même ainsi que sa voûte , la monnaie en étant un des élements de structure et les murs (le béton du monument) , le taux étant une des composantes liées à la monnaie (le poteaux qui stabilisent le béton) , et la finance n'étant que la technique d'appréhension de l'ensemble (la carte de l'architecte) .. Une économie peut vivre sans monnaie ou avec des structures d'échange différentes de la monnaie (troc) auquel cas la notion de taux disparait ..