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Les Bourses européennes «rebondissent»
Le site de l'agence Reuters du mardi 9 août, l'annonce, avec d'autres medias : les Bourses européennes « rebondissent » après leur chute de lundi. Un rebond, c'est, au fond, une sorte de renaissance. L'objet qu'on croyait fichu, anéanti, disparu, après qu'on l'eût lancé sur l'obstacle (ou laissé suivre naturellement les lois de la pesanteur, vers le sol), revient miraculeusement à la vie en suivant une nouvelle trajectoire, symétrique de la première.
Mais moins longue, moins établie, car il y a eu de l'énergie dissipée, au moment du choc.
Un beau rebond dépend de bien des circonstances, et répond à des conditions précises.
Etudions quelques cas. Le rebond le plus simple et le plus populaire est évidemment le rebond de la balle de tennis ou du ballon de foot. Donc d'un objet à peu près sphérique composé d'une enveloppe résistante remplie d'air. Alors, déjà, des variantes apparaissent. Si l'enveloppe n'est plus sphérique, le rebond devient plus erratique. C'est le cas du ballon de rugby. Dans un autre ordre d'idée, si le contenu de la cavité sphérique n'est plus de l'air mais un gaz léger, le rebond prend des proportions nettement plus aériennes.
Il existe mille manières de rebondir, ou, au contraire de ne pas rebondir. Prenons quelques exemples. Ainsi, un ouvre-boîte, une cuisinière en fonte, un os à moelle, rebondissent de manières totalement imprévisibles. Mais pas un kangourou, cependant.
Une assiette lancée à la face d'un époux par une épouse irascible, ne rebondit pas, en général ; elle se casse, le plus souvent. De son côté, une tomate adressée au beau costume d'un ministre en visite par un opposant habile, ne rebondit pas non plus ; elle s'écrase, tout bêtement.
Mais une bille d'acier tombant sur une plaque de tôle rebondit bien, aussi bien qu'une balle en caoutchouc, alors qu'elle n'a aucune élasticité. Un caillou informe peut rebondir sur un mur mais pas dans la choucroute.
On le voit les conditions du rebond doivent tenir compte à la fois des caractéristiques de l'objet et de celles de la surface réceptrice.
C'est au XVIIIè siècle qu'on étend l'usage du mot rebond à des situations qui ne font plus intervenir seulement des choses ou des objets mais des personnes, ou des institutions. C'est alors qu'on découvre que des banques, des casinos, des Bourses, peuvent rebondir. Ou des gens. Ainsi on a pu voir comment un brave homme comme Alain Juppé a pu rebondir pour arriver au statut de Ministre d'Etat, deuxième personnage du Gouvernement, après avoir dû subir une belle condamnation à 14 mois de prison avec sursis. Il serait intéressant d'étudier les caractéristiques de ce fameux rebond, élasticité, souplesse, formes d'énergie mises en jeu, etc. Un autre rebond célèbre, faisant intervenir les mêmes paramètres, mais avec répétition (plusieurs rebonds successifs), concerne un autre brave homme de notre belle société libérale, le distingué Bernard Tapie.
Si, dans ce dernier cas, on serait tenté de recourir à l'image d'un ballon de foot, enveloppe dure, mais élastique, remplie d'air, on peut envisager d'autres comparaisons. Ainsi les rebonds de Jacques Chirac feraient plutôt penser à une balle en pur caoutchouc, à l'élasticité infinie.
Maintenant, et pour en revenir à notre sujet, interrogeons-nous : comment, et dans quelles conditions, une Bourse peut-elle « rebondir » ? Considérons quelques paramètres intéressants. Caractéristiques de l'objet, surface réceptrice, conditions générales de pression et de température.
Caractéristiques de l'objet . L'objet se caractérise par un manque total d'élasticité. Il ressemblerait plutôt en cela à une bille d'acier qui réagit immédiatement au moindre choc. Cette particularité lui confère une sorte de fragilité (ou de vive susceptibilité) qui explique pourquoi, en général, on l'abrite dans un bâtiment robuste et à l'architecture imposante (avec le plus souvent des colonnes approximativement doriques) ou dans un palais.
Surface réceptrice : Après lancement, l'objet rebondit sur une surface constituée par les économies des petites gens ou par les capitaux des établissements financiers, ce qui revient au même. Le lancement est presque toujours le résultat de l'action de joueurs appelés spéculateurs qu'on pourrait comparer, au foot-ball, à des milieux de terrain.
Conditions générales de pression et de température : Les conditions générales de pression et de température se résument dans ce qu'on pourrait appeler « l'air du temps » : situation sociale, politique, internationale. Ainsi, on constate que les Bourses reprennent quand on annonce des licenciements, ou des mesures sociales plus restrictives. Les Bourses reprennent quand on privatise. Par contre, elles baissent quand il y a la guerre, pour reprendre (« rebondir ») assez vite, cependant, avec le développement des industries d'armement.
Pour conclure, on sera tenté d'établir une comparaison forte avec les activités relevant du domaine du divertissement, du jeu, de la conjecture hasardeuse. On ne pourra pas à cet égard ne pas souligner le fait que les opérations boursières bénéficient du même traitement de choix à la radio que le sport et la météo : une dizaine de flashes d'information par jour, et en première page.
Ca amuse le peuple. Et c'est bien le peuple qui paye, en fin de compte, comme pour assister, content, la lippe pendante et le ola facile, lors d'un match de foot, aux évolutions de joueurs gavés de pognon.


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La Crise a une croupe bien "rebondie"...