Mer.
16
Avr

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Le bon capitalisme

Le quotidien « Les Echos » donne à son supplément « Enjeux » de septembre un titre tout-à-fait attractif : « Le Bon Capitalisme ». Six éminents économistes, patrons et cadres d’entreprise y débattent d’un point fondamental : « le capitalisme peut-il se racheter ? ».

 

C’est le qualificatif « bon » qui attire tout de suite notre attention. Cet épithète est en général employé dans deux circonstances, qui dépendent de la présence ou de l’absence d’une solution alternative. Ainsi lorsqu’on dit le Bon Dieu, le Bon Roi Dagobert, etc., on n’imagine pas un seul instant que puisse exister un « méchant » Dieu, un « méchant » Roi Dagobert. L’épithète prend donc ici une valeur absolue, attachée à la notion de « bonté ». Par contre, le « bon » larron, le « bon » cholestérol, le « bon » goût », etc., laissent entendre qu’il y a aussi un « mauvais » larron, un « mauvais cholestérol », etc. La référence s’appuie, ici, sur les notions de valeur, d’utilité, d’efficacité, de sagesse, etc.

 

Interrogeons-nous : Quelle valeur attribuer à l’adjectif « bon », qualifiant le capitalisme dans le titre du dossier des Echos? Pour cela, analysons les déclarations des six personnalités invitées à se prononcer sur l’intéressante question des qualités et des défauts du capitalisme. En d’autres termes, le capitalisme est-il « bon » par essence, comme le Bon Dieu, ou bien peut-il éventuellement s’améliorer, après quelques écarts de comportement observés ici ou là ?

 

Notons tout d’abord que parmi les six membres du groupe de discussion, quatre (Armand Hatchuel, Jean-Marc Daniel, Pierre-Yves Gomez, Claude Bébéar) affichent des opinions nettement libérales, un (Michel Aglietta) est plus modéré, et le dernier, enfin, Gilles-Vermot-Desroches, dont on se demande ce qu’il vient faire dans cette aimable tea-party, est à la fois président de l’association Scouts et Guides de France (SGDF) et directeur du Développement Durable (DD) chez Schneider Electric (dont Bébéar est pour sa part administrateur).

 

Que disent ces braves gens ?

 

Dans l’ensemble, ils disent « peut mieux faire ». Aglietta réclame une régulation plus sévère des banques, Gomez et Vermot-Desroches concentrent tous leurs espoirs sur le Développement Durable, Hatchuel veut promouvoir l’innovation et l’investissement. Très bien, ça marche. Restent les deux durs à cuire du libéralisme, Jean-Marc Daniel qui rappelle avec cruauté que l’entreprise n’est pas là pour faire joli, mais bien pour rapporter du pognon, et l’inusable Bébéar, ancien patron d’AXA, fondateur du très libéral Institut Montaigne, qui trouve, lui, que les stock-options (il en possède 3 340 000 chez AXA) ne sont plus ce qu’elles étaient.

 

On saluera en passant la grosse ficelle du Développement Durable mobilisé ici pour redonner quelque honorabilité à un capitalisme toujours obsédé par le profit. Un nouveau type de rehausseur de goût, en quelque sorte.

 

Evidemment, on voit tout de suite qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume du capitalisme, ce dont on se doutait un peu, il est vrai, depuis pas mal de temps.

 

Mais ce qui est intéressant, c’est que ce sont ceux-là mêmes qui en ont goûté avec avidité les ineffables cocktails, au bar au libéralisme, qui s’interrogent, qui s’inquiètent, qui s’indignent. Claude Bébéar en est le plus bel exemple. C’est que soudain, les dits cocktails, ils n’ont pas le même goût. On comprend le besoin subit que manifestent ces honorables penseurs en faveur d’un renouvellement du breuvage. Et d’avancer l’idée d’une sorte de « socialisation » de l’entreprise (on rappellera cette merveille : l’opinion de plus en plus partagée parmi les libéraux, selon laquelle il va bientôt falloir renationaliser (au moins provisoirement) les banques ! Nationaliser ! Des libéraux ! On retrouve le vieux réflexe : socialiser les pertes, privatiser les profits), une entreprise donc, redéfinie, non plus par rapport aux exigences de ses propriétaires (les actionnaires), mais par rapport à ses missions.

 

Bien. Bravo.

 

Mais il apparaît que finalement, ce ne sera que la bouteille, ou son étiquette qu’on pourra ou voudra changer. Le mélange, à peine modifié, sera toujours à base des éternels ingrédients : transfert du collectif vers le privatif, accroissement du profit (corollaire de l’accroissement de la productivité des travailleurs), concentration des entreprises, faible taux de redistribution des richesses produites.

 

Nos débateurs ne disent évidemment rien sur ces sujets.

 

Dans ces conditions, et pour répondre à la question initiale, on peut saluer l’humour (ou le cynisme ?) des Echos, osant afficher en titre l’hypothèse d’un possible « bon » capitalisme. C’est comme si on admettait que le cancer pouvait être « bon », un jour.

 

Tous les commentaires

17/09/2011, 11:13 | Par LMICHEL

Un bon capitalisme c'est un capitalisme mort.

17/09/2011, 12:28 | Par AA Bradley

Un bon capitaliste est un capitaliste mort.

Newsletter