Mer.
16
Avr

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Contexte

"que, pour certains extrémistes, des enfants juifs puissent être pris comme boucs émissaires (...)", mériterait, selon certains, décidément peu soucieux de lire ce qu'ils ont pourtant sous les yeux, l'analyse du contexte mondialisé qui pourrait en servir de toile de fond.

Ayant déjà évoqué tout cela, en mes termes,  j’en viens donc à considérer une telle demande - que l'on voit partout fleurir, comme expression d'une indignation feinte, ou non -, comme celle d'une sommation de m'aligner sans tarder sur ce à quoi tout le monde aujourd’hui sacrifie comme à une évidence, bien que personne ne sache réellement grand-chose - je veux dire de vérifiable -, ce afin d'entretenir le lancinant mantra, qui ne change rien du monde, mais au moins rassure, jusqu’à ce qu’il se concrétise en une déflagration qu’on aura alors l’audace de dire qu’on ne l’avait pas vue venir. C’est là, pourtant, son but.

 “Les juifs, boucs émissaires” “à bouc émissaire, bouc émissaire et demi”, “le choc des civilisations”, la guerre en un mot, mais une guerre limitée à une zone du monde sur laquelle le regard serait sommé de se porter, de se concentrer, puisqu'il elle en serait le centre - c'est là une évidence martelée, et l'on ne saurait l'oublier tant on nous l'assène à tout propos - ce qui, on l'aura compris, est bien plutôt une manière de décontextualisation, une manière de retrécir le regard, quand ce à quoi nous avons à faire, aujourd'hui, en quelque point de la planète, en banlieue des villes françaises comme ailleurs, dans notre existence, en un mot, est d'une autre portée, la guerre que le capitalisme mène partout contre la vie même, et à laquelle chacun, avec ses propres déterminations et les moyens qu'il se donne, tente de répondre.

 

 "Je regardais mes pieds ou le ciel, au lieu de regarder à hauteur d'homme, les yeux de mes semblables, autres différents"

C'est sur un blog que j'ai pu dénicher cette petite perle, nous invitant à recentrer notre regard. 

 

Recentrer son regard sur l'humain et non sur le ciel que l'on nous donne à contempler, cette représentation trop bien construite, trop malhonnête, en quelque sorte, pour être seulement vraie, concentré de tout ce que ce monde peut signifier d’injustice, la partie avancée de sa Weltanschauung - sa vision du monde -, laquelle semble de plus en plus contestable à de plus en plus de gens de par le monde, quelles que soient leurs origines, religions, ou autre.

 

Ainsi que je l’ai écrit en commentaire du précédent fil "Corrida" - le 24/03/2012 à  08:30 :

"S'il est exact que, ne pouvant assassiner un militaire, ce jeune homme ordinaire - je me permets d'insister - s'est rabattu là-dessus, sur des enfants, comme sur un objet comme un autre (1), cela traduit au moins l'état de profond délabrement de notre société, son état de réification, où plus rien, en effet, n'a de sens, puisque tout n'est plus qu'image, catégorie, vide d'être.

On rétorquera peut-être : ce n'étaient pas des enfants comme les autres, ils étaient juifs et c'est pourquoi etc ... Peut-être. C'est-à-dire qu'ils étaient signes, appartenance, réduits à cela, réifiés. (...)"

 

Il aura donc fallu, préalablement, que s'impose la marchandise comme substitut de la vie pour que la réification marchande s'installe, et je ne vois guère ici, dans l'usage de ces catégories, de ces amalgames, une quelconque critique de ce qui réduit l'humain à n'être qu'une idée, une abstraction, puisque, au, final, on en use comme l'on s'en sert. C'est si pratique de dire que ceux-ci sont ce qui les désigne, Roms, Blancs, Noirs, ...  , dans la typologie, plutôt que de s'attarder sur la réalité qu'ils construisent et qui les font.  Rendu à l'état de chose, de catégorie, de signe, voici le vivant manipulable et revendable pour son usage mercantile. Voici le réel "contexte", la réification marchande, mondialisée comme l'est le capitalisme qui a recouvert toute vie. Il n'y en a pas d'autre. 

En déclinaison de celle-ci,  le capitalisme faiseur de guerres et de destructions, n'aura guère de difficulté à susciter indignation en un point focal et maîtrisé par lui comme en un laboratoire, afin que s'y concentre toute critique qui, ainsi détournée de son cours avant que de parvenir à une conscience de ce capitalisme, ne se retournera pas contre lui. C'est là toute la stratégie du bouc émissaire, en effet, et celle du terrorisme d'ÉtatFaire passer la révolte sourde - qui ne reconnaît pas encore ses raisons - contre ce monde pour une attaque contre Israël, les juifs, la guerre juste de l’Occident pour Hallyburton et le pétrole, la sommer, dans les faits à n'être plus QUE CELA, quand elle est une guerre contre le capital, lequel, PARTOUT contre les peuples, triomphe pour leur imposer une vie d’insecte, une vie de choses, la vie de marchandises.

Que l'on en arrive à admettre comme une évidence qu'une guerre de religion soit devenue l'axe autour duquel devrait - il en prend le chemin, comme en une ornière déjà tracée - tourner le XXIè siècle, guerre qui trouverait ses sources dans la présence, en avant-poste, d'un État affirmant non seulement sa religiosité, mais son racisme à l'endroit de tous ceux qui, par leur sang, ne seraient pas "élus" à pratiquer cette religion ethnique, voilà qui, à lui seul, devrait nous alerter sur le caractère monstrueux, c'est à dire monté, d'un tel scénario ... et sur notre consentement à cette horreur absurde. Un remake, aux termes près, une parodie de la construction du nazisme.

Au-delà, ce qui devrait réellement nous effrayer ce n'est pas que des juifs puissent être pris comme boucs émissaires de cette mascarade, mais bien ce qu'elle dissimule, à savoir que des jeunes, assez bien intégrés, au fond - c'est-à-dire réellement désintégrés, déglingués -, aux conditions modernes de l'asservissement, se livrent sans plus crier gare à toutes sortes de jeux qui ressemblent fort à ceux que pratiquerait n'importe quel dingue dans un asile d'aliénés et qui justifie, entre autres gadgets - que l'on y installe des caméras de surveillance pour en prévenir toutes les "déviances".  La folie est de ce monde, non pas qu’il s’agisse de psychologiser ce qui est politique, c’est-à-dire d’en réduire la portée, mais bien parce que la folie elle-même est devenue la première conséquence d’une agitation fébrile dénuée de quelque fondement rationnel, d’une déroute généralisée de l'esprit  d'une fabrique à perte de vue du non-sens.  Voilà ce qui devrait nous inquiéter, au plus haut point. Le reste n'est qu'alibis, prétextes, camouflages de la fausse-conscience.

 

DÉSACTIVER le piège dans lequel on entend bien nous faire nous précipiter, les bras en croix. Sortir, toutes grandes ouvertes, ses antennes paraboliques quand il est question, en "haut-lieu", de "piste islamiste". Non qu'elle serait chimère. La guerre existe, mais, précisément parce que la guerre existe, est-il si important de considérer quels en sont les enjeux réels et ceux qui les portent, et non se laisser emporter dans le torrent des mobilisations hâtives par des propagandes surfant sur notre désarroi bien réel, car ainsi qu'en toute guerre moderne, la désinformation - c'est-à-dire le mensonge et la manipulation - n'est pas la moindre de ses armes. Elle est même celle sans doute dont la portée est la plus réelle en ce qu'elle fait basculer des opinions entières et, aussi bien, vaciller le sol sur lequel s'appuie "l'ennemi"(2).

L'image n'est pas la réalité - sinon la réalité de l'image -, le sait-on encore ? Puissions-nous encore en percevoir la différence.

Une déportation des composantes de ce conflit en ses termes non plus réels - Israëliens comme Palestiniens se battent pour des territoires, de l’eau, des conditions de vie - mais en ses représentations que peuvent se faire, ou se transmettre des gens qui ne sont plus concernés directement par ce conflit, mais seulement par ses bannières, ses “valeurs”, ses haines historiques, bref, ses idées manipulées en tous sens, une telle téléportation de ce conflit, - qui ne dure guère que depuis près d'un siècle en Palestine -, par représentations interposées vise une forme de libanisation du monde, à laquelle seraient intéressés ceux qui ne vivent que du chaos qu'ils contrôlent - du moins pensent-ils le contrôler. Intéressés, au point de "pousser" un peu à ce qu'il soit exporté. Dans ce jeu, où le quidam n’a rien à dire, même s’il n’en pense pas moins, tout y est affaire de services spécialisés - équipés, renseignés, monnayés - et des manipulations dont ils sont les garants afin que toutes choses aillent dans le sens souhaité par ceux-là mêmes qui les commanditent. (3)

De mon point de vue, un film assez hystérique au regard de la vie réelle de cet enfant de ben Laden et du Coca-cola - dont on peut glaner de ci, de là, quelques bribes -, assez aisément recomposable en ce qu’elle ne saurait être bien éloignée de celle de tout un chacun, aujourd’hui, dans nos parkings, caves et autres “abris” modernes. Quand bien même ce jeune occidental se prenait pour un djihadiste - un combattant de la guerre sainte - ainsi qu’entend bien nous le faire avaler, à force que le martèle (Charles de son petit nom) la version politico-policière, il  NE L’ÉTAIT PAS, sinon, peut-être, de manière fantastique (4). Il était, avant tout, un enfant perdu de cette époque de désolation, comme il y en a tant et dont la mort n'aurait pas eu lieu, si le spectacle ignoble construit autour de celui-ci, n'avait pas - conformément à son essence même - pour seule conduite de générer de l'argent pour les vautours ; des sensations pour tous ceux qui l'auront regardé et dont les conversations vont pouvoir ainsi être alimentées - eux auxquels leur vie, sans plus de goût ni de sens, ne donne plus aucun sujet de s'émouvoir et de parler - ; des bénéfices escomptés dans une campagne publicitaire pour une lessive pour kärcher.

Beurk !

Aujourd’hui, après que de l’avoir abattu, comme dans un de ces films qu’il se plaisait peut-être à regarder, telle toute cette jeunesse perdue que l’on abreuve ainsi sans aucune considération de notre rôle d’adultes - est-ce cela que nous voulions comme “éducation” ? Eh bien nous l’avons, au-delà de nos espérances, en live, et en 3Dnotre RÉEL contexte - voici donc son cadavre au centre de bien étonnantes questions (5) - d’adultes, assurément -, lesquelles rappellent, tout aussi étrangement, l’assassinat programmé, en terre étrangère, de l’ennemi public n° 1, dit-on - ancien agent de la CIA -, versé dans un trou de basse-fosse afin que l’on ne retrouve pas son corps. Idem pour Khadafi. 

Décidément, plus ce monde progresse, plus il régresse, dans les tréfonds de la préhistoire. On abat des hommes comme des chiens galeux, en fait de justice, et leur sépulture même est devenue encombrante et source de manipulations. Liquidation de toute histoire, mémoire, recueillement, pour le présent perpétuel de l'immédiateté.

Belle époque, humaine. Comment en douter ? 

___________________________________________

NOTES, SOURCES & LIENS

1 - Une sorte de hiatus dans le scénario, en quelque sorte, quand l'acteur prévu n'est pas au rendez-vous sur les planches pour y décliner son texte et qu'il faut bien trouver un remplaçant crédible. Une victime peut en remplacer une autre, à la manière de ces pilotes US qui, le jour où ils durent larguer leur bombe sur le Japon qu'ils devaient soumettre, furent très ennuyés de constater que leur cible prévue était sous la pluie et le brouillard. N'ayant pas assez de carburant pour revenir, ils la larguèrent, donc, à défaut, sur Nagasaki.

75.000 Des 240.000 habitants de Nagasaki sont morts instantanément.

Après l'explosion de celle d'Hiroshima, Le mercredi 8 août 1945, on put lire à la une du journal Le Monde : "Une révolution scientifique: Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le japon. " L'unanimité fut assez parfaite dans l'ensemble de la presse. L'ampleur du désastre, ces êtres vivants qui, en quelques millionièmes de seconde, furent "sublimés " et ne laissèrent qu'une ombre sur les murs, loin de déclencher horreur et indignation, fut reçue comme la preuve objective d'un avenir radieux pour une humanité qui allait enfin être débarrassée à tout jamais des contraintes du travail.

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/hiroshima_a_tchernobyl.html

 

2 - NOTE du 28/03/12 - Deux liens qui me semblent édifiants de la toute-puissance de cette "vision du monde" qui s'impose aux esprits et leur font réellement tourner la tête, avec les conséquences que cela suppose :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/03/28/un-avion-americain-deroute-en-raison-du-comportement-erratique-du-commandant_1676630_3222.html

"Le théorème de Thomas a cette simplicité déconcertante qui risque de laisser dubitatif et incrédule : « Quand les hommes considèrent certaines situations comme réelles, elles sont réelles dans leur conséquence » Thomas, W. I. and Thomas D. S., « The Child in America : Behavior problems and programs », Knopf, 1928, p. 572.

http://blog.mondediplo.net/2012-03-27-La-production-de-la-croyance-politique#nb1

 C'est bien sur ce conditionnement de l'opinion, sa fabrication, les outils qui la permettent, qu'il conviendrait de s'interroger pour comprendre comment celle-ci se laisse emporter sur des registres dont non seulement elle ne sait que ce que l'on voudra bien lui en rapporter - sans qu'elle cherche d'ailleurs le moins du monde à approfondir, à s'arrêter un temps, emporté dans sa consommation compulsive -, mais encore, et c'est peut-être le fond de la question, qui ne la concernent en rien, sinon que cela lui permet de combler, de manière transitoire un vide existentiel, une séparation grandissante d'avec toute réalité.

  

3 - Un article intéressant du Monde diplomatique nous fait part de ce que "les individus isolés qui s’autoradicalisent, hier par des lectures, aujourd’hui par la fréquentation de forums Internet, et qui passent à l’action sont extrêmement rares. (...) Ce n’est pas la propagande des organisations clandestines qui attire les futurs membres. Comme l’écrit Silke, « les individus ne se radicalisent pas à cause des efforts d’un recruteur d’Al-Qaida, le processus intervient de manière presque indépendante des djihadistes établis». Les auteurs des attentats du 7 juillet 2005 à Londres entretenaient un rapport assez distant à la religion, et ils ne seraient allés demander une caution aux dirigeants d’Al-Qaida qu’au moment de réaliser leur projet."

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/BONELLI/20854

Suite aux révélations du journal berlusconiste Il Foglio sur les liens entretenus par les services français et le jeune Merah, le site du NouvelObs, par ailleurs, publie deux articles dans l'un desquels  "l'ancien patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST) Yves Bonnet, qui n’a pas participé à l’enquête, a souligné à son tour dans le quotidien "La Dépêche" mardi 27 mars la possibilité d’une "collaboration" de Mohamed Merah avec les services de renseignement : "Le garçon avait manifestement des relations avec la DCRI comme on l'a appris à travers les déclarations de Bernard Squarcini lui-même. C'est-à-dire qu'il avait un correspondant au Renseignement intérieur. Alors appelez ça 'correspondant', appelez ça 'officier traitant'… je ne sais pas jusqu'où allaient ces relations, voire cette 'collaboration' avec le service, mais on peut effectivement s'interroger sur ce point".

(...) il existe "un fichier officiel des indics qui sont payés en tant que tels. La justice peut le consulter puisque c'est un magistrat qui dirige ce fichier. Et toutes les sources qui sont payées y figurent".

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120327.OBS4685/merah-avait-manifestement-des-relations-avec-la-dcri.html

 

4 -La quête de sens d'une jeunesse déboussolée, déroutée, lui fait se construire ses références dans ce qu'elle trouve de "propositions", comme c'est le cas, par essence, de la jeunesse. Celles que lui indiqueraient de prétendues "origines", sans cesse remontées au jour comme s'il s'agissait de fixer les serfs dans leurs pots (et les colons dans leurs terres), sont le plus souvent fantasmées, importées, elles aussi, comme autant d'images manipulées, déformées, refabriquées dans le sens d'intérêts qui échappent totalement à leurs destinataires supposés. Le message de l'émetteur ne saurait être celui du récepteur.

Par ailleurs, "simple bénéficiaire du RSA (Revenu de solidarité active), soit 475 euros mensuels, le tueur se serait procuré pour environ de 20 000 euros d’armes et de munitions. Un pistolet-mitrailleur Sten, un revolver Python, un fusil à pompe et un fusil mitrailleur Uzi ainsi que trois pistolets Colt 45 (...). Provenant souvent des pays de l’ex-Yougoslavie, ces fusils-mitrailleurs se négocient entre 1 000 et 2 000 euros au marché noir, suivant leur état. En plein essor, les trafics risquent fort de s’amplifier encore, favorisés par la chute de régimes surarmés comme par exemple celui de Mouammar Kadhafi en Libye."

http://www.rfi.fr/france/20120324-france-inquietante-proliferation-armes-illegales-le-territoire

 

5 - Pour des raisons de sécurité et pour le respect des familles des victimes, il serait préférable que les obsèques se déroulent dans la discrétion. « On n’est pas obligé de crier tambour battant : 'on va l’enterrer tel jour, à tel endroit'. On ne va pas appeler les gens à venir se recueillir sur sa tombe », affirme Abdallah Zekri. 

Pour l'instant, les autorités françaises n'ont pas encore remis le corps de Mohamed Mehra aux siens. 

http://www.rfi.fr/france/20120326-obseques-mohamed-merah-font-debat

Newsletter