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Le café, un commerce pas très équitable…

Le café pousse au Sud, les bénéfices se font au Nord. Avec 8 millions de tonnes par an, la deuxième denrée la plus échangée dans le monde après le pétrole n’a pas ses émirs locaux. Le cultivateur de caféiers vit souvent avec moins d’un Euro par jour. Le kilo de café (cru Sidamo) se négocie en Ethiopie à environ 2,15 €. Pourtant, Neslé vend son Nespresso à environ 45 € le kilo.

 

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Les prix du café sont fixés par la bourse de New-York pour l’Arabica (70% du marché) et celle de Londres pour le Robusta.

 

Les cours y sont fixés sans adéquation avec le travail fourni par les agriculteurs. Seul le volume des stocks disponibles chez les négociants occidentaux agit sur la bourse. Les stocks des torréfacteurs sont considérés comme retirés du marché et n’influencent plus les cours.

 

Afin d’entretenir une politique de bas prix, torréfacteurs et négociants ont imaginé une stratégie : la gestion partagée des approvisionnements (GPA).

 

La GPA est une convention qui oblige les négociants internationaux à détenir et gérer une proportion croissante des stocks autrefois détenus par les torréfacteurs. Le marché enregistre ainsi une augmentation du volume des stocks du négoce qui entraîne la chute des cours à la bourse de Londres et New-York.

 

Ce tour de passe-passe est rendu possible par l’extrême concentration du marché des négociants et torréfacteurs : 2 négociants contrôlent 50% du marché mondial du café vert et 5 torréfacteurs 87% du marché mondial de café torréfié.

 

Et tandis que la faim, l’illettrisme, les amibes, la tuberculose ravagent les populations des régions productrices, le chiffre d’affaires et les profits nets des seigneurs du café explosent.

 

torrefacteurs1.jpg

 

Le commerce équitable

 

C’est dans ce contexte que le café est devenu un des produits phare du commerce équitable. Les négociants se référant à ce label s’engagent à acheter le café vert à un prix minimum sensé soutenir les cultivateurs.

 

Pourtant, au cours de l’année 2008, les cours de la bourse de New-York ont été sensiblement les mêmes que ceux pratiqués par le commerce dit « équitable ». Les négociants ont ainsi acheté le café « traditionnel » et le café « équitable » au même prix.

 

Pire, le commerce équitable étant souvent lié à des labels (Bio – Max Havelaar – Rainforest etc.) dont les frais de certification sont supportés par les agriculteurs, on peut affirmer que les prix d’achat des organisations « équitables » sont parfois inférieurs à ceux du commerce traditionnel.

 

Désormais, le commerce équitable du café s’apparente aujourd’hui beaucoup plus à un moyen marketing efficace qu’à un véritable avantage accordé aux agriculteurs.

 

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Conclusion

 

Le café est en situation de libre marché où les prix répondent de moins en moins aux signes d’une réalité économique et de plus en plus aux phénomènes de spéculations financières. Sauf catastrophe climatique, l’évolution tendancielle des prix à l’achat du café vert est à la baisse alors que les prix à la vente du café torréfié sont à la hausse. La petite paysannerie se trouve confrontée directement à un marché qu’elle ne comprend pas et le manque de rentabilité entraîne une baisse générale de la qualité du traitement du café vert.

 

Sources d’information

 

Je recommande le site www.terra-kahwa.com qui résume l’ensemble de la chaîne de traitement du café, son histoire, sa consommation, etc. Le café vendu sur ce site s’affranchit de l’ensemble de la chaîne de commercialisation (importateurs, négociants, torréfacteurs, grandes surfaces) et des cours de la bourse, offrant ainsi un revenu minimum de 40% du prix de vente TTC aux cultivateurs éthiopiens et un excellent café cru Sidamo et Yirga Cheffe aux consommateurs.

 

www.terra-kahwa.com

http://fr.wikipedia.org/wiki/Caf%C3%A9

www.museum.agropolis.fr/pages/savoirs/cafe/index.htm

www.b-a-bar.com/ficheproduithtml/boissonchaude/cafe/cafe.htm

 

Tous les commentaires

01/02/2009, 12:38 | Par fiche_doublon_601@gmail.com

Bonjour Dire que les prix des organisations équitables sont parfois inférieurs à ceux du commerce conventionnel n'est pas exact. Les standards Max Havelaar définissent un prix d'achat minimum plancher qui est appliqué quand les cours mondiaux sont en dessous. Quand les cours mondiaux sont au dessus du prix minimum défini, les standards imposent de payer 0,10 USD par livre supplémentaires en plus du prix mondial (voir http://www.fairtrade.net/fileadmin/user_upload/content/Coffee_SF_January_2008__FR.pdf). Ce mécanisme est avantageux en cas de cours bas, il l'est moins quand les prix mondiaux sont élevés. Dans tous les cas ils ont l'avantages d'offrir une garantie de prix et donc de permettre de prévoir à long terme. La question label ou pas label équitable est une vraie question. Les couts de certification sont élevés (1000 euros environ par an et par coopérative). Le système fonctionne pour les grosses coopératives de producteurs exportant de gros volumes de cultures d'exportation (banane, café, cacao, coton ...), les frais de certification pouvant être largement amortis dans ces conditions. Les petits groupes de producteurs et les cultures à faible volume (plantes médicinales par exemple) sont de facto exclus du système. Mais cela offre une certaine forme de garantie que n'offre pas le site dont vous parlez et qu'il faut croire sur parole. Le commerce équitable est multiple dans ses formes, encore très jeune, plein de défauts c'est sur. La critique est une bonne chose pour le faire évoluer, mais elle doit être précise et constructive sinon vous terminez faisant le jeu des processus que vous dénoncez. Bien cordialement Daniel

01/02/2009, 13:22 | Par plank en réponse au commentaire de fiche_doublon_601@gmail.com le 01/02/2009 à 12:38

Merci d'avoir rectifié... Vous avez raison. Le prix offert par des organisations équitables n'est pas inférieur à celui offert par le commerce traditionnel. C'est le montant qui reste aux producteurs après avoir acquitté le coût des labels qui peut-être inférieur... Quant à la réalité éthique des labels, je pense qu’il est beaucoup plus facile de contrôler les informations d’une petite organisation (par exemple en demandant une copie des factures… Je l’ai fait) que celles d’une grosse organisation compliquée et opaque… Pour mémoire, Max Havelaar a perçu sur son label plus de 40 millions d'€ en 2008...

01/02/2009, 13:59 | Par Fantie B.

Intéressant- encore plus avec les rectifications de Daniel J. Si quelqu'un en a -autrement que par leur site - j'aimerais bien avoir des informations supplémentaires sur "Rain Forest" (que je connaissais par le thé, et non le café).

01/02/2009, 14:58 | Par fiche_doublon_601@gmail.com

@Plank Pour moi, MH a de nombreuses limites : - des critères definis au nord que seul le sud se doit d'appliquer (ex : les cooperatives doivent avoir un fonctionnement démocratique, promouvoir l'égalité des chances mais pas grand chose n'est demandé aux autres acteurs de la chaine) - un système d'évaluation lourd et assez cher - un système pas du tout adapté aux cultures à faible volume et aux petites structures - une pression sur le niveau d'exigence des standards du à des droits d'utilisation du label proportionnels aux volumes d'achat des produits (comment resister a de gros clients souhaitant faire du commerce equitable avec label mais trouvant les conditions trop exigeantes ?) - une course au volume au nom de l'impact local délaissant le travail de fond sur le changement des régles du commerce international etc. - une certaine volonté d'hégémonie et un défaut de représentativité des producteurs dans les décisions Quelques avantages : - le mécanisme de garantie des prix qui semble marcher grosso modo (que j 'ai constaté dans une coopérative de café au perou) - c est reproductible a large echelle - MH a beaucoup contribué à l'émergence du commerce équitable en France (certe avec de l'argent public mais quand meme) L'évaluation de l'équité directement par le consommateur me parait une très bonne chose comme dans le cas que vous décrivez. Mais est ce vraiment tenable si l'entreprise grandit ? diversifie ses sources d'approvisionnement et augmente son nombre de clients ? Quid de l'évaluation sur le terrain qui est la seule qui compte vraiment au final (avec des factures vous ne pouvez vérifier que le prix d'achat entre l'entreprise et la coopératives mais que se passe t-il au delà, entre la coopérative et les producteurs ?...). Ce sont des sujets compliqués et je ne suis pas sur qu'il y ait vraiment de solutions idéales pour le moment ... Toutes les expériences à ce stade sont intéressantes mais c est sur qu'il faudra trier.

01/02/2009, 16:04 | Par plank en réponse au commentaire de fiche_doublon_601@gmail.com le 01/02/2009 à 14:58

Bonjour Daniel et merci pour votre contribution. Je pense que le contrôle des petites structures est plus facile. Demande de factures mais aussi vérifications par un peu de recherches, de demandes, de participation et, pour ceux que l'Ethiopie intéresse, par un voyage sur place. C’est la participation à… la Vie de notre Monde… Terra-Kahwa propose le terme nouveau « Alter-Responsable » : le consommateur est responsable du bien-être de son cultivateur ; le cultivateur est responsable (en direct ou presque) de la qualité de son café auprès de ses clients. La chaîne entre le client et le producteur est réduite à un minimum. Je trouve cette idée de responsabilité les uns envers les autres plutôt intéressante car elle nous oblige à ne pas nous décharger totalement sur des organisations dont nous ne contrôlons rien. J'ajouterai que Terra-Kahwa propose de grands crus de café à des prix très raisonnables et que l'idée de les torréfier soi-même à l'aide d'un petit torréfacteur domestique simple est aussi novatrice qu'excellente (café toujours frais et torréfié au goût du consommateur). De plus, ce système s'extrait de l'empire actuel régit par les plus gros torréfacteurs mondiaux.

01/02/2009, 19:15 | Par fiche_doublon_601@gmail.com en réponse au commentaire de plank le 01/02/2009 à 16:04

Merci pour votre réponse Je suis d'accord avec vous sur l'obligation de vigilance des consommateurs et la nécessité de s'informer. Mais je pense que la capacité d'un consommateur d'avoir de vraies informations est limitée (dans un temps raisonnable) et je ne suis pas sur qu'un visiteur ne connaissant pas le pays et sa culture soit capable d'évaluer l'équité entre un groupe de producteurs et une entreprise. Je pense que des labels peuvent avoir du sens pour les consommateurs pressés a condition que les producteurs y soient bien représentés et que ceux ci evaluent l'equite de la relation plus que le respect d'hypothetiques criteres remplis par le sud uniquement. Apres avoir fait un tour sur le site de l'entreprise que vous citez. Je trouve le concept intéressant très dans l'air du temps. Mais pour être complètement sincère, j'ai du mal à distinguer la différence entre le commerce équitable et ce que cette entreprise définie comme "l'Alter Responsabilite" (marque qu'elle a déposée !). Je trouve que pour une entreprise annoncant grosso modo plus d'equité, il y a en définitive peu d'informations qui permettent d'y croire (quelle coopérative, quel volume acheté, quelle connaissance locale, qui est derrière ...). Je suis surpris également qu'elle annonce faire du café bio sans qu'il soit certifié. Cela sera sans doute corrigé avec le temps et je ne doute pas que les informatiosn soient disponibles sur simple demande ... mais je trouve qu'elle gagnerait à etre plus modeste. Bien a vous

01/02/2009, 22:30 | Par plank en réponse au commentaire de fiche_doublon_601@gmail.com le 01/02/2009 à 19:15

Bonsoir Daniel, Pour le BIO, ce n'est pas compliqué... Tous les caféiers d''Ethiopie sont sauvages. Ils poussent parmi d'autres arbres dans la forêt. Ce ne sont pas des plantations et de ce fait, tout traitement est impossible. C'est aussi une volonté du gouvernement Ethiopien de ne faire que du BIO. Payer un label serait dans le cas des cafés éthiopiens superfétatoire. Quant au manque d'informations, je suis d'accord. Je sais que des économies ont été engagées sur place pour la construction d'une école dans le Sidamo mais rien n'est sur le site. A suivre... Bien amicalement

01/02/2009, 15:02 | Par fiche_doublon_601@gmail.com

@Fantie B. Je connais assez peu le label Rain Forest. Il y avait eu des rumeurs à sa création que des grands groupes alimentaires étaient derrières pour proposer et marketer un label qui soit moins exigeant que ceux qui étaient entrain d'émerger (dont MH, ...). Mais je n'en sais pas beaucoup plus et je n'ai pas vérifié ces infos ...

01/02/2009, 15:20 | Par Fantie B.

En farfouillant sur le Net j'ai vu qu'il y avait une affaire entre RainForest et la RDC. Mais rien de criticable à première vue.
@ Mediapart : ce que je me suis dit en fouillant : Ce serait intéressant que Mediapart nous fasse un de ces jours une enquête, comme elle (il) sait le faire, sur le fonctionnement des grandes ONG. Je verrais même bien une série en plusieurs volets.

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