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Paradoxe DSK : Dominique Strauss-Kahn offre l'opportunité d'un progrès de la démocratie française

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L'actualité frappe un champion des sondages valant des révélations amenant à s'interroger sur le panel des personnes consultées par les sondeurs. Comment expliquer un score de 60% à propos d'une personne faisant l'objet de telles critiques ? Et réciproquement.

L'exercice du droit à l'information témoigne en l'espèce d'une grave incohérence.

L'Amérique interpelle la France en terme politique, peut-être, mais aussi journalistique.

L'arrestation de DSK révèle bien plus de choses sur la France que la France ne saurait en révéler sur lui.

Ce paradoxe français est connu. Des enquêtes ont déjà alerté l'opinion sur l'omerta ou le délit d'initié des "milieux bien informés".

L'actualité témoigne, une fois de plus, du mépris par lequel l'opinion française est maintenue dans l'ignorance.

On retrouve ce phénomène dans les commentaires de l'affaire, s'attardant sur la couverture médiatique, les pratiques judiciaires et journalistiques sans aborder le fond de ces méthodes.

Je suis contre l'exhibition de personnes entravées ou exposées à la vindicte. C'est contraire au respect de la dignité humaine et cela n'apporte rien à la procédure.

Cependant, et c'est regrettable pour celui qui en fait les frais, l'invocation de la présomption d'innocence, légitime, fait l'objet d'une atténuation juridique concernant les personnes en charges de responsabilités publiques.

Un arrêt de la Cour suprême des USA reconnaît le droit à la diffamation de la presse à l'égard d'une personnalité publique (New York times c. Sullivan). Cette interprétation est également adoptée par la Cour de Strasbourg, jugeant qu'il n'y a pas de démocratie sans information et sans transparence. La démocratie repose dans la confiance de l'opinion dans ses institutions.

C'est toute l'importance que reconnaît la justice aux "watchdogs" (les chiens de garde) de la démocratie que sont les journalistes et aux "wistleblowers" (les lanceurs d'alerte).

Dans un régime démocratique responsable, l'homme politique accepte de s'exposer à l'attention renforcée et légitime de l'opinion en considération de l'incidence de son comportement sur la gestion et la défense de l'intérêt général, qui lui est confiée parce qu'il l'a sollicitée.

C'est en cela que la presse française témoigne d'une grave incohérence en chargeant plus facilement un Julian Assange et un Xavier de Ligonnès, qui n'ont pas de responsabilités publiques, que les personnes qui ont en ont et sur qui elle devrait redoubler de vigilance. L'affaire du Sofitel de New-York et la surprise suscitée dans l'opinion permettent de douter de cette vigilance.

Une presse libre ne peut pas laisser un pouvoir - quel qui soit - culpabiliser ou demander à l'opinion des comportements exemplaires sans vérifier sans cesse que ce pouvoir est en état d'énoncer de telles exigences. Le pouvoir a une obligation d'exemplarité et donc de réciprocité. S'il veut des économies, à lui de faire d'abord l'effort, sachant que la régression sociale est interdite par le droit international.

Voilà le motif du droit à l'information et de la liberté de la presse. Vérifier le discours, le comportement et les actes politiques.

C'est l'opportunité qu'offre Dominique Strauss Kahn à la démocratie française de progresser en reconsidérant l'importance de l'action de la presse et ses responsabilités vis-à-vis d'une opinion ; qui ne doit plus être surprise par des révélations sur la vie publique, puisque, selon le droit, la sphère privée d'un personnage public, se réduit en proportion de l'importance des responsabilités qu'il a sollcitées pour le service de l'intérêt général.

RMC rapporte un alibi des avocats de DSK l'innocentant - Alain Weill, copropriétaire du groupe, considère que « l'information est un produit marketing comme un autre » - voir aussi la déclaration de Patrick Lelay sur la vente de temps de cerveau disponible à Coca-Cola. France Info soulève les incohérences matérielles de l'enquête policière et de l'alibi.

Tous les commentaires

Oui, POJ, il faudrait absolument faire cesser l'omerta sur les pratiques délictueuses du personnel politique.

Cette omerta permet à des relations de pouvoir de se perpétuer sans vergogne.

Il faut évidemment être très prudents quand on touche à la vie privée des gens. Mais si un délit est avéré, sa dénonciation sans ambiguïté protège la démocratie en général et les victimes en particulier, et empêche que se propage le si dangereux sentiment de toute-puissance et d'impunité.

La révélation par la presse de facteurs de faiblesse du personnel polique est également le gage de la protection et de la défense de l'intérêt national dans les négocations internationales, où le chantage et les pressions sont des pratiques usuelles. La menace d'une fuite dans la presse d'un comportement ou d'une faute est un moyen de peser sur les termes d'accords, au détriment de l'économie, des emplois, de la sécurité, ...

Une presse française vigilante garantit donc aux Français une classe politique insusceptible de faire l'objet de telles pressions.

Les fuites dans la presse sont en effet à considérer avec des pincettes.

Toute révélation sert des intérêts très divers, qui n'ont souvent pas grand chose à voir avec les nobles causes mises en avant. L'enfumeur et le désenfumeur peuvent être eux-mêmes enfumés et nous enfumer.

Il faudrait donc vraiment réfléchir, à l'heure d'Internet et de la prétendue "transparence", à la façon dont les révélations par le pouvoir médiatique ajoutent une strate supplémentaire d'enfumage.

Certes, mais en l'espèce, on peut s'inquiéter qu'il n'y ait jamais eu de fuite compte tenu des déclarations d'Anne Mansouret sur FR3. L'agression de sa fille semble être bien connue des milieux bien informés.

La France a signé et ratifié la Convention des Nations-Unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. L'interview d'Anne Mansouret témoigne dramatiquement du retard des mentalités en France. C'est l'aspect le plus inquiétant de toute cette histoire. Un pays misogyne et phallocrate. Les Françaises ont fort à faire.

Espérons que des Français se joindront aux Françaises! Après tout, la lutte contre les discriminations concerne le genre humain.

Regardez, POJ, Jean Quatremer évoque ce problème avec clarté, car il s'était fait taper sur les doigts quand il avait évoqué les pratiques borderline de DSK:

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/05/dsk-inculpé-de-tentative-de-viol-à-new-york.html

Excellente analyse qui rejoint celle de François Bonnet. Je crois effectivement que la gauche pourra élever une statue à Ophélia,cette jeune femme noire qui nous aura permis d'éliminer ce parrain libidineux qui paralysait le fonctionnement démocratique de notre société...

Merci pour votre appréciation. J'ai également relévé cette convergence et j'en suis heureux. Les dates des articles montrent que le parti pris de François Bonnet rejoint mon point de vue. J'espère que son parti pris aura l'écho qu'il mérite, pour le plus grand bien de tous les Français et de toutes les Françaises, afin de les reconcilier et les rassurer sur leurs institutions.

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