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28
Nov

MEDIAPART

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Un ancien de la DST parle

 

Monsieur Urvoas accorde un entretien à Médiapart après l'émotion suscitée par la publication de « l'espion du président ». Les commentaires d'un ancien de la DST, composant l'actuelle DCRI.

 

 

" Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'existe ce dévoiement du ministère de l'interieur par le politique.

L'émotion n'a pas été à la hauteur du scandale que révèle le livre. Il n'y a eu aucune conséquence à l'égard d'une personne déjà mise en examen (quand d'autre font l'objet de procédures disciplinaires pour moins que ça), et que, sans enlever aucun mérite à ce livre, tout ce qu'il confirme était déjà connu et dénoncé (fadettes, Tarnac, Stic,...) dans la presse ou par des fonctionnaires. Ces derniers se débrouillant seuls face à l'acharnement administratif que leur vaut leur comportement citoyen. Monsieur Urvoas ne s'est pas préoccupé de leur situation ni de leur combat, qu'il doit donc juger inutile.

 

 

Le souvenir des difficultés que la police a faite au juge Thierry Jean-Pierre à enquêter sur l'officine URBA et les sanctions prise contre Antoine Gaudino d'avoir dénoncé l'impossibilité de poursuivre son enquête montrent que ce qui déplaît à l'opposition d'aujourd'hui, satisfaisait bien à la majorité d'hier. Lucienne Bui Trong n'a pas connu plus de succès sous la gauche que le commissaire de la SDIG dont parle Monsieur Urvoas.

 

 

Les « espions » sont les égoutiers du secret et de la rumeur, loin des images du cinéma grand public et des romans de gare.

 

 

L'espion est un affidé. Un domestique soumis au silence et confident des turpitudes de son maître.

La fonction ne favorise pas l'initiative et l'intelligence.

Bien au contraire, de tels caractères ont une forte probabilité de connaître des déconvenues (Matelly, Pichon, …).

L'Etat se satisfait du pire et n'aime pas les bons esprits.

L'histoire l'a montré avec l'affaire Papon et les mémoires du général Aussarès.

L'Etat se satisfait avant tout et remercie ceux qui ont le sens de la domesticité silencieuse.

Le général Aussarès n'a pas été poursuivi pour avoir torturé, mais pour avoir brisé l'omerta insitutionnelle.

Il n'est donc pas exclu que l'Etat protège encore aujourd'hui des tortionnaires tout en persécutant ceux qui menacent leur sérénité. Cela démontre l'existence d'une solidarité confraternelle des bourreaux et de l'administration. L'immunité de Monsieur Bousquet, protégé de l'Elysée, vaut celle d'un Papon.

L'Etat n'est pas plus fréquentable aujourd'hui qu'hier parce que les candidats ne se sont jamais engagés à le faire. Et ils n'e s'y engagent pas.

 

 

Pour preuve, les scandales financiers ont connu un égal succès du temps du PS. Ce parti prenait opportunément des lois d'amnistie à un tel point d'écoeurement de l'opinion que cela n'est plus possible, même pour l'UMP. Le problème a été résolu différemment. La police financière n'a plus de moyens.

 

 

La France des hommes opulents, souteneurs de « putains de la République », n'est pas l'apanage d'une seule idéologie, ni d'une époque. Elle témoigne d'une faiblesse identique, celle qui révèle à l'opinion l'imposture d'une élite composées de brutes jouets de leurs instincts. Les petites gens ne l'acceptent pas. Ils ne l'accepteront jamais et ce genre politiciens décrédibilise les institutions. Une police gardienne de confidences n'est plus efficace parce qu'elle passe plus de temps à gérer les comérages qu'à assurer sa mission. Détourner ainsi la police est une faute politique.

 

 

La politique est dévoyée par ceux qui la détournent de l'intérêt général dans le souci de leurs seuls appétits. Reste aux autres de rétablir la confiance. Il leur faut de la fermeté. Le dévoiement d'une solidarité confraternelle couvrant les débordements d'une vie privée tombant sous le coup de la répression pénale est du recel de malfaiteurs. Plus l'eau est trouble, plus le mauvais poisson prospère.

 

 

Voilà le tableau général de la mentalité qui règne et que Monsieur Urvoas ne prend pas en compte dans ses commentaires sur la DCRI. Il néglige la cause du ressentiement de l'opinion. Ce n'est pas contre les politiques, mais contre l'immobilisme, l'absence de rigueur et d'exigence citoyenne règnant au sommet. Le "tous pourris" est à relativiser au sommet de la pyramide.

 

 

Monsieur Urvoas préfère parler technique. Son propos n'est pas forcément limpide pour les néophytes, les non-initiés.

 

 

Il parle « d'information ouverte » et « d'information fermée ». C'est du baratin. Au mieux des réminiscences de l'IHEDN ou de l'IHESJ.

 

 

90% de l'information technique pouvant intéresser un service de renseignement se trouve dans la presse et les publications accessibles à tous. C'est ce qu'on appelle « information ouverte ». Il n'est donc pas besoin d'une Mata Hari pour recueillir l'essentiel.

Il suffit pour les 10% restant de suivre quelques dirigeants, faire leurs poubelles, entretenir leurs photocopieuses, leurs préférences sexuelles, leurs (mauvais) goûts du luxe, leurs prétentions, …

 

 

Pour ce faire, l' « agent secret » (on parle d'officier traitant) n'a même pas besoin de s'impliquer personnellement. Le service engagera du personnel d'entretien qu'il gratifiera pour chaque papier intéressant trouvé dans une poubelle, chaque sac de déchiqueteuse. Il séduira une secrétaire ou agira sur elle en faisant pression sur son mari ou son amant. Il engagera une prostituée pour séduire sa « cible », ou séduira le conjoint ou la conjointe de la « cible ». La cible rend d'autant plus vulnérable l'information qu'elle détient qu'elle connaît des faiblesses (alcool, sexe, drogue, jeu, dettes, …) où qu'elle est animée d'ambition et de prétentions (décorations, grade, honneur, …) qu'un autre Etat est susceptible de satisfaire. Plus simple et souvent très efficace, avoir une table dans quelques bons restaurants de Paris, où on entend tout.

La mythomanie et la prétention font le sel de ce petit milieu. Le film « Le tailleur de panama » en fait une comédie très proche de la réalité.

 

 

Internet rend aujourd'hui l'espionnage accessible à tous. N'importe quel hacker de génie visite le site de son adversaire et fait en sorte d'être averti dès que celui-ci modifie quelque chose ou agit. C'est ce que fait l'Etat lui-même sans en avoir la flexibilité.

 

 

Quant à « l'information de proximité », elle relève de la police dans ses missions générales, si tant est que les chefs de service sachent le faire ou l'autorise. Ce qui ne semble plus être le cas ou une préoccupation majeure même si l'actualité récente a montré leur propension à faire de la formation transatlantique.

 

 

La nature humaine, à quelques rares exceptions, présente un telle palette de faiblesses que les services secrets eux-mêmes sont infiltrés. Le service secret qui dément l'être et prétend l'avoir jamais été est à coup sur un service incapable de débusquer une taupe.

 

 

Contrairement à ce que semble vouloir dire Monsieur Urvoas, le but d'un service de renseignement moderne dans une société d'information ouverte n'est donc pas de chasser l'espion mais de prévenir son action en sensibilisant les personnes qui la détiennent et dont la préservation est une garantie de succès économique, d'emploi et de progrès social.

 

 

Monsieur Urvoas parle de la SDIG et de la DCRI en matière de terrorisme sachant que tout le monde a travaillé ou travaille sur le sujet sans s'informer ou échanger les informations. La police judiciaire y travaille aussi, la police de l'air, la sécurité publique (qui accueille la SDIG). Sans parler de la gendarmerie.

 

 

La question que pose la DCRI n'est donc pas tant celle du secret-défense (NdR : son invocation est limitée par la jurisprudence Stoll de la Cour européenne des droits de l'homme qu'aucun parlementaire français ne paraît connaître) qui est inhérente à un service « secret ».

 

 

 

 

Compte-tenu de son comportement quand il était au pouvoir, le PS ne peut pas convaincre dans la critique du présent ou du passé s'il ne s'engage pas aujourd'hui à dire comment il va organiser et contrôler les services de police, donner des moyens à la justice pour le faire, limiter l'emploi du secret défense dans les instructions. Et en cela, Monsieur Urvoas ne dit rien. Alors que c'est l'essentiel."

La DCRI pose problème par la révélation des dévoiements qui contrarient la confiance de l'opinion. Cette confiance est d'autant plus atteinte que le directeur est mis en examen d'espionnage de journalistes, à la demande du directeur général de la police nationale.

 

 

 

 

La liberté d'expression et le droit à l'information sont un pilier de la démocratie selon la Cour européenne des droits de l'homme.

 

 

 

 

Au delà de la violation de la loi, du statut d'une profession et du libre exercice de la presse en France, l'institution policière a donc porté délibérément atteinte à une garantie fondamentale de la société démocratique.

 

 

 

 

Ces considérations suffisent à Monsieur Urvoas à les dénoncer et demander la démission du ministre de l'intérieur, du directeur général de la police et du directeur de la DCRI.

 

 

 

 

Le PS n'en a pas tiré les conséquences.

 

 

 

 

Il devrait appeler l'opinion à manifester dans la rue jusqu'à la démission de ces personnes comme les Italiens l'ont fait pour faire partir le directeur de la Banque d'Italie, Antonio Fiazzo. Ce qu'ils ont réussi à faire malgré le fait qu'il s'agissait d'un poste inamovible.

 

Enfin, s'il est possible d'aider Monsieur Urvoas dans sa réflexion, les évènements à propos de l'IGS révélés par le Monde permettent d'imaginer qu'il serait opportun de proposer que le poste de directeur général de la police nationale soit tenu par un magistrat du siège de la Cour de cassation, la direction de l'inspection générale de l'administration à un conseiller référendaire de chambre de la cour des comptes, les services d'inspection de la justice judiciaire et de la police dévolus chacun à un magistrat du Conseil d'Etat. Il serait également utile de réfléchir à l'inégibilité à la présidence de la République de tout ministre de l'intérieur, l'actualité démontrant le dévoiement de l'institution dès qu'elle pénètre le pouvoir.

 

Mise à jour :

François Hollande a rendu public les 60 propositions de son programme. La justice est évoquée dans la proposition 53. Il n'y parle pas des moyens. Il parle de l'indépendance de la justice mais pas de celle du parquet.

S'il s'engage à créer 1000 postes supplémentaires tous les ans pour la justice, la police et la gendarmerie - soit une augmentation de 150 magistrats et de 150 greffiers tous les ans ((1000/3)/2) - cette proposition d'augmentation des effectifs se trouve dans la proposition 52 in fine consacrée à la police, montrant que le candidat fait prévaloir la police sur la justice dans ses priorités.

Il ne parle pas de la revalorisation de l'aide judiciaire ni de l'élargissement de son assiette.

 

Tous les commentaires

25/01/2012, 21:28 | Par jplees74

Article très intéressant (certains passages sur les faiblesses humaines m' ont rappellé les cours du fonctionnaire sécurité du CNRS....) et merci pour la Video c'est toujours un plaisir de revoir ce bon vieux Austin.....

25/01/2012, 22:00 | Par Annie Lasorne

On pourrait mettre ce billet dans l'édition "doléances". Rien à retoucher !

26/01/2012, 14:34 | Par POJ en réponse au commentaire de Annie Lasorne le 25/01/2012 à 22:00

@ Annie :

Quelques autres idées :

Un garde des Sceaux extérieur au gouvernement élu par une majorité qualifiée de l'Assemblée comme le propose Bayrou ou Eva Joly (pourquoi ne pas confier ce poste à un membre de l'opposition). Cela affirmerait l'indépendance du pouvoir judiciaire soumis au vote parlementaire pour son budget voté indépendamment de celui de l'Etat (comme cela se fait pour la sécurité sociale). Il appartiendra au ministre et à son cabinet d'évaluer le budget et de le gérer sous le contrôle de la Cour des comptes.

Un parquet indépendant dont le but est de veiller au respect de la loi dans le respect de son obligation d'impartialité.

Rattacher la police judiciaire au ministère de la justice.

Placer un magistrat à la têtre de la police nationale et de la gendarmerie.

In terdire les détachements de magistrats pour préserver leur indépendance. Leur allouer un capital formation à l'université pour suivre les formations permanentes qu'ils souhaitent.

Multiplier par trois les effectifs des magistrats et des greffiers en France pour arriver à un niveau équivalent de garantie d'accès à un tribunal d'autres pays d'Europe.

Rouvrir des tribunaux afin de permettre aux plaideurs d'accéder à la justice sans se déplacer.

Interdire les décisions non motivées (ordonnances de renvoi, de non admission, etc.)

Obliger les tribunaux de remettre le jugement écrit au moment de son prononcé, accompagné des conclusions du parquet ou du rapporteur public.

Ouvrir la composition du CSM aux justiciables (tirés sur les listes électorales), aux syndicats de la magistrature, aux professionnels du droit (et faire de même pour les ordres professionnels).

Supprimer l'opposition du secret défense aux magistrats instructeurs en les habilitant tous au secret défense.

Permettre à 20 députés qui le souhaitent (nombre nécessaire d'élu pour un groupe à l'Assemblée) de former une commission d'enquête parlementaire.

Rétablir la constitution de partie civile sans condition.

Elargir l'assiette de l'assistance judiciaire, alléger les conditions et en augmenter le montant pour permettre aux avocats de travailler décemment et défendre effectivement les intérêts de leurs clients.

Affirmer l'impunité du prétoire.

 

26/01/2012, 08:27 | Par d samarbakhsh

Un cmmentaire honnête,riche et limpide; par un spécialiste honnête,courageux et intègre.Cela fait plaisir.Rien à retoucher.Face aux Mafias;lesqelles, avec la connivence tacite des politiciens opportunistes et véreux, dévastent le pays et démoralisent les citoyens,ce commentaire réaliste et précis,devrait nous servir de carnet de route... 

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