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03
Sep

MEDIAPART

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Politique Criminelle ?

Le Dauphiné Libéré titre aujourd'hui : "Marcel Egéa, le sniper présumé de la maison d'arrêt de Varces, s'est donné la mort par pendaison dans sa cellule de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas cette nuit." Maître Ronald GALLO, l'avocat d'une famille de victimes des règlements de comptes grenoblois, déplore ce suicide et s'étonne qu'on ait laissé Marcel Egéa sans surveillance : "Ceux qui ont commandité le crime de mon client se frottent sans doute les mains" (France 3).

Comment expliquer ce dernier avatar étonnant de l'histoire criminelle de Grenoble ? "C'est une culture, la culture grenobloise, parce que cela remonte loin les règlements de compte à Grenoble (...) il y a aussi une culture de l'impunité (...) un procès retentitssant où les personnes sont acquittées deux fois" répond Maître Ronald GALLO dans un documentaire sur la criminalité à Grenoble.

Il y a eu plus de 200 morts violentes dans la seule agglomération grenobloise, depuis les années 60, selon André Veyret, grand reporter. Au-delà d'une question de moyens, réelle, se pose aussi celle de la volonté.

La prospérité de cette "culture" s'explique soit par la connivence, soit par l'incompétence. S'agissant de Lyon, le fils du juge Renaud, assassiné, a évoqué l'existence d'une collusion entre le politique et le banditisme.

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L'alternance politique, à Grenoble comme à Lyon, montre que l'idéologie n'y change rien. C'est une question de mentalité. 

La disparition de Marcel Egéa, le matin même de son procès peut étonner. Une disparition opportune comme la mort de Roger Patrice Pelat à la clinique américaine de Neuilly la veille de son audition par un magistrat, ...

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Le suicide de Marcel Egéa - en prison pour avoir assassiné lui même un prisonnier qui devait comparaître comme témoin dans les affaires grenobloises - relance la question de la crédibilité des responsables politiques en Isère, notamment en matière de sécurité publique, de bandistime (Lire aussi Dauphiné Libéré) et de son corollaire, la corruption, qui, se décline très bien en col blanc, quand la mentalité s'y prête. L'histoire l'a montrée.

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Une saga criminelle aussi durable amène à s'interroger sur Grenoble, la mentalité de ses élites et sa gestion. Pour rejoindre Maître Gallo dans ses propos, une telle délinquance ne peut pas s'affirmer sans une certaine mansuétude. L'ADES locale invite d'ailleurs François Hollande à s'assurer de la fiabilité de ses futurs ministre, notamment celui de l'industrie. " Un conseil gratuit à F. Hollande : s’il veut gagner la présidentielle, surtout qu’il ne se montre pas trop avec M. Destot. " (source ADES).

Ce facteur "sociopsychologique" du phénomène criminel (la manifestation de la pensée de la classe dominante ?) devrait interpeler MM. Bauer et Rauffer. Le quinquennat ne manque pas de sujet d'étude. La volonté à combattre le crime dépasse la simple posture à le dénoncer. L'actualité criminelle persistante de Grenoble, qu'elle ait été dirigée par un ami du président ou un baron de l'opposition, témoigne de l'inconsistance du discours sécuritaire au reagrd de la richesse criminologique. Cette agglomération - laboratoire et défi à la justice - mériterait plus d'attention, ne serait-ce que pour la sécurité des gens qui y vivent.

 

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PROLONGER :

 

Eclairages d'ambiance :


Un billet précédent : Claire Thibout, Eric Woerth, le procureur Courroye, la garde à vue, Grenoble, la démocratie et le milieu

Le Point : Le chef de l'antenne PJ de Grenoble nie avoir fait des prélèvements de stupéfiants dans les saisies de son service.

Médiapart : Prud’hommes: le sénateur PS Vallini évite la condamnation (le prochain garde des Sceaux ?)

ADES : CORYS, success story ou dégringolade story ? :

Sébastien Thomasson " Fait marquant, la Police Judiciaire choisit d’enquêter sur CORYS depuis le départ de Michel Destot, le mettant ainsi d’emblée hors de cause dans la faillite foudroyante qui avait suivi ce départ. Notons également que le premier septembre 1998, l’un des deux enquêteurs, Sydney Ziméro, quitte son service de police pour être recruté au cabinet... du Maire de Grenoble, où il est chargé des relations avec les Renseignements Généraux et la sécurité publique.  " (Pièces et main d'oeuvre : site de bricolage pour la constructiond 'un exprit critique grenoblois)

Observatoire de la dépense publique 

Affaire Dauphiné News

Alain Carignon, le fantôme de l'UMP

Etc.

 

Les articles du Dauphiné Libéré publiés sur l'affaire  Egéa :

 

 MEURTRE À LA PRISON DE VARCES
"Cet assassinat est bien la preuve que plus personne n'est à l'abri !"

par La Rédaction du DL | le 01/10/08 à 20h31

"On vient de franchir un cap, là ! Pour moi, à présent, on est vraiment dans le très grand banditisme". Quelques jours après l'assassinat de Sghaïr Lamiri, ce détenu de 29 ans, abattu dimanche par un tireur extérieur alors qu'il se trouvait dans la cour de promenade de la maison d'arrêt de Varces où il purgeait une peine de huit ans pour vols à main armée, Amor Kaak rappelle qu'il avait été l'un des premiers à crier "au loup" !
Ce Tunisien, venu s'installer à Grenoble voilà plusieurs années, avait été le principal témoin à charge dans un procès qui avait défrayé la chronique en janvier 2007 : les cinq hommes suspectés d'avoir tué Lasaad Lamiri (le frère de Sghaïr) en 2003 avaient été acquittés par la cour d'assises de l'Isère *.
"Le jour du verdict, quand j'ai su qu'ils allaient ressortir libres, j'ai non seulement su que j'étais en danger de mort permanent mais j'ai également prédit qu'on allait assister à un véritable bain de sang !", se souvient Amor Kaak, joint par téléphone à l'étranger où il se cache toujours.
Il avait malheureusement vu juste : dix hommes _parmi lesquels deux des cinq accusés en question_ ont depuis été assassinés et neuf autres blessés plus ou moins grièvement dans une série de règlements de comptes plus sanglants les uns que les autres.
"Quand j'ai su que Sghaïr avait à son tour été tué, en prison de surcroît, je me suis dit : «Là, ils ont vraiment frappé fort ! C'est bien la preuve que les acteurs de cette guerre des gangs, quel que soit leur camp, sont extrêmement déterminés et que rien ne peut les arrêter. Ils avaient déjà démontré qu'ils pouvaient disposer d'armes de guerre comme des kalachnikov ou qu'ils pouvaient se procurer de grosses voitures, des tenues de policiers ou des gilets pare-balle... mais là, ils viennent de montrer que quand ils veulent la peau de quelqu'un, ils trouvent toujours le moyen d'arriver à leurs fins et que même les murs d'une prison ne sont plus un obstacle. Il faut être drôlement bien informé pour atteindre sa cible dans l'enceinte d'une maison d'arrêt ! Cela montre une organisation ultra-sophistiquée. S'ils arrivent à convaincre des snipers d'accomplir ce genre de crime, cela veut dire que plus personne n'est à l'abri nulle part. : ni les voyous, ni les policiers, ni les juges. Personne !"

* Le parquet général a fait appel de cette décision. Un nouveau procès - déjà reporté à plusieurs reprises en raison des "événements" successifs - devrait se tenir en janvier à Valence, avec plus que trois accusés sur cinq : les deux autres ayant été assassinés.

Propos recueillispar Vanessa LAIME Paru dans l'édition 38H du 02/10/2008 (51578)

 

Vidéo : MEURTRE A LA PRISON DE VARCES
Marcel Egea, principal suspect : récit d'une arrestation

par La Rédaction du DL | le 30/09/08 à 07h20

Emeute à la maison d'arrêt de Varces (Isère) après l'assassinat d'un détenu par un sniper

Voir la vidéo

Varces

Marcel Égéa, 58 ans, n'en démord pas : il était allé cueillir des champignons sur les hauteurs du hameau du Grand-Rochefort, une colline broussailleuse et particulièrement escarpée surplombant la maison d'arrêt de Varces. C'est pourtant armé d'une carabine de chasse à lunette, encore chaude, que les gendarmes de la brigade de Vif l'ont interpellé, dimanche soir, peu après qu'un détenu eut été mortellement touché de plusieurs balles tirées de l'extérieur de l'établissement pénitentiaire.
Bien avant le drame, les gendarmes patrouillaient aux abords de la maison d'arrêt, comme ils le font très régulièrement afin d'empêcher d'éventuels "parloirs sauvages" ou le jet d'objets (drogue, téléphones portables...) par-dessus les murs d'enceinte de la prison. Peu avant 17 heures, ils ont été intrigués par la présence d'une moto immatriculée à Paris, de marque Yamaha, et grossièrement dissimulée dans des buissons. Les militaires étaient en train de vérifier l'immatriculation du deux-roues _et de s'apercevoir qu'elle correspondait à celle d'une moto volée dans l'Hérault..._ lorsqu'ils ont entendu les détonations. Une demi-douzaine, selon des témoins. Dans la cour de promenade de la maison d'arrêt, Sghaïr Lamiri, 29 ans, s'est alors effondré sous les yeux d'un autre détenu _Nordine Agaguena, 45 ans, en détention provisoire pour trafic de stupéfiants_, qui, lui, a été grièvement blessé au bras par un projectile de calibre 7,65.

Une arme de précision et un angle de tir idéal...

Marcel Égéa a été interpellé par les gendarmes quelques instants plus tard, alors qu'il rejoignait la moto volée.
Placé en garde à vue _laquelle a été prolongée de 24 heures_ il nie donc toute implication dans cet assassinat qui semble vraisemblablement commandité. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les ennemis de Lamiri étaient très déterminés. Jamais, en effet, un détenu n'avait jusque-là été abattu au sein même d'un établissement pénitentiaire par un intervenant extérieur. La prison était même, pour certains malfaiteurs se sachant en danger de mort, le dernier "refuge" où ils étaient certains au moins d'être protégés de leurs rivaux.

Pour autant, selon une source proche de l'enquête, on ne saurait considérer le tueur de Sghaïr Lamiri comme un tireur d'élite. La grande précision de l'arme qu'il a utilisée et l'angle de tir qui a été le sien ne rendaient apparemment pas la tâche si difficile. C'est précisément ce qui émeut les représentants syndicaux des surveillants, qui considèrent Varces comme le pire établissement de la région en matière de sécurité (nos informations en pages France-Monde). C'est aussi ce que dénonce Me Ronald Gallo, défenseur de Sghaïr Lamiri depuis près de dix ans : « Je suis très en colère. Je ne comprends pas. On essaie de rassurer la population en disant : "L'homme qui a été tué en prison n'était pas un voleur de pommes", comme si cela pouvait justifier le meurtre dont il a été victime. Mais si mon client faisait partie du grand banditisme, comme on tente de nous le faire croire, comme Madame Dati l'a elle-même affirmé, pourquoi était-il détenu dans une maison d'arrêt comme Varces où il semble si facile de tuer quelqu'un de l'extérieur ? », s'interroge l'avocat grenoblois. « Si Sghaïr Lamiri avait été écroué à Lyon ou dans n'importe quel autre établissement pénitentiaire de la région, il serait encore en vie ! Ce qui s'est passé est proprement scandaleux », poursuit-il.
Sghaïr Lamiri avait été incarcéré à Varces en juillet dernier après avoir été condamné à huit ans d'emprisonnement pour une série de braquages commis en 2001. Il avait également comparu dans deux affaires criminelles _une tentative d'assassinat et un vol à main armée_ pour lesquelles il avait été acquitté.
Mais les policiers de la PJ de Grenoble semblaient le suspecter d'être impliqué, de près ou de loin, dans la guerre des gangs qui a fait neuf morts en 2007 à Grenoble et dans sa région. Il était le frère de Lasaad Lamiri dont le meurtre sur fond de trafic de stupéfiants, en janvier 2003, est considéré par certains observateurs comme le point de départ de cette série de règlements de comptes sanglants (lire ci-dessous).

Vanessa LAIME Paru dans l'édition 38H du 30/09/2008 (51584)

 

EXCLUSIF : MEURTRE DE LA PRISON DE VARCES
Le suspect arrêté s'appelle Marcel Egea

par La Rédaction du DL | le 29/09/08 à 17h19

Emeute à la maison d'arrêt de Varces (Isère) après l'assassinat d'un détenu par un sniper

L'homme arrêté dimanche en possession d'une carabine de chasse à lunette derrière la maison d'arrêt de Varces est un Fontainois de 58 ans. Marcel Egea, dont la garde à vue doit être prolongée ce lundi après-midi, est suspecté d'avoir abattu Sghaïr Lamiri, 29 ans, dans la cour de promenade de la prison, dimanche vers 17 heures. Le suspect possède un passé judiciaire chargé: il avait été arrêté en 1970 à Fontaine pour une série de cambriolages, pour un vol de fusils de chasse et de carabines dans une armurerie de Nimes et pour un hold-up dans une bijouterie de cette ville. Il avait été condamné à 20 ans de réclusion criminelle et était sorti après 18 années et demie de prison. Depuis, il avait été condamné dans les années 1990 pour divers cambriolages.
Marcel Egea a été interpellé dimanche par les gendarmes peu après les coups de feu, alors qu'il tentait de s'enfuir sur une moto. Marcel Egea est actuellement entendu par les policiers grenoblois de la Direction inter-régionale de Lyon.

Denis MASLIAH Paru dans l'édition 38H du 30/09/2008 (51715)

 

ISERE
La maison d'arrêt de Varces, symbole du malaise pénitentiaire

par La Rédaction du DL | le 30/09/08 à 08h45

La maison d'arrêt de Varces / Grenoble: une prison surpeuplée, exposée aux projectiles venant de l'extérieur, dans une région où sévit une guerre des gangs sans précédent: le cocktail était explosif. Pour la première fois sur le territoire français, un détenu a donc été tué dimanche par un sniper posté à l'extérieur d'un établissement pénitentiaire. Dans la nuit qui a suivi, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a fait le déplacement à Varces pour annoncer le renforcement rapide de la sécurité: surélèvement des murs, mise en place de grillages supplémentaires, études portant sur la construction d'une double-enceinte, ajout de caméras de surveillance et de brouilleurs de téléphone portable.

"Il faut embaucher du personnel"

Une annonce accueillie fraîchement par les organisations syndicales de surveillants. FO pénitentiaire assurait hier avoir dénoncé en juin dernier par courrier adressé à Rachida Dati "l'état lamentable" de l'établissement. "Cette communication (la déclaration de la ministre) est un vrai scandale quand on sait que la situation de la maison d'arrêt est catastrophique depuis plusieurs années", accuse FO. Le représentant régional de l'organisation, Stéphane Mazuyer, estime même que Varces est "le pire établissement de la région", tandis que la CGT, dans un communiqué, explique que "le manque de personnels, la surpopulation pénale, les prisons délabrées et inadaptées ne permettent pas une surveillance pointue des détenus".

De fait, la maison d'arrêt de Varces a toujours été au coeur des mouvements de contestation et de grève des surveillants. Hier, elle est devenue le symbole de la situation catastrophique des prisons françaises.
Selon Lionel Perrin, de la coordination régionale de l'Observatoire international des prisons, Varces comptait, en juillet 2008, 354 détenus pour 233 places: une surpopulation significative (globalement identique à celle de la plupart des établissements français) mais moindre, cependant, qu'à Bonneville (193 détenus pour 90 places à la même date) et Lyon Perrache (805 détenus pour 364 places) par exemple. "Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que la surpopulation pénale et le manque de surveillants sont les deux causes directes de l'insécurité carcérale. On ne peut pas détecter les comportements dangereux et l'on ne peut pas surveiller efficacement les gens lorsqu'il y a surpopulation. Aujourd'hui, les prisons françaises sont devenues inhumaines. Ce n'est pas en acquérant des terres pour faire des glacis ou en surélevant les murs que l'on va améliorer les choses: c'est en embauchant du personnel et en donnant aux détenus un cadre de vie compatible avec les droits de l'Homme!" conclut Lionel Perrin.

Denis MASLIAH Paru dans l'édition 38H du 30/09/2008 (91862)

 

MAISON D'ARRÊT DE VARCES
Sur les traces du tireur

par La Rédaction du DL| le 30/09/08 à 07h16

Du haut de la petite colline qui surplombe la maison d'arrêt de Varces, la cour de promenade des détenus ressemble à un terrain de base-ball. Un espace vert de quelques centaines de mètres carrés coupé en deux par un chemin de terre, délimité par des grillages, bordé par le bâtiment principal de la prison à l'ouest et le mur d'enceinte à l'est. Un mur d'enceinte qui semble bien bas depuis cette petite montagne. Un mur d'enceinte trop bas depuis cette petite montagne pour empêcher, dimanche, le tireur de repérer et de tirer sur sa victime.
Escarpé, ce terrain est très facilement accessible par le chemin rural qui relie Varces et le hameau du Grand-Rochefort. Une petite route sur laquelle les voitures sont arrêtées par une barrière rouge et blanche. Les piétons, les vélos et les motos peuvent, eux, facilement contourner l'obstacle. Il suffit ensuite de quitter ce sentier et de s'enfoncer dans la forêt pour prendre un peu de hauteur et dominer, après quelques minutes seulement, la cour de promenade de la prison. C'est sans doute le parcours qu'a suivi le tireur dimanche soir, grimpant doucement au milieu d'une végétation dense. C'est aussi le chemin que les enquêteurs ont suivi hier, avec le soutien "logistique" de la CRS Alpes, pour effectuer des prélèvements et rechercher des indices.
Les gendarmes de la brigade territoriale de Vif, dont dépend la commune de Varces, connaissent bien la topographie des lieux. Ils n'ignorent bien évidemment pas que le chemin communal du hameau du Grand-Rochefort se transforme régulièrement en parloir sauvage; et que, de cette traverse, sont souvent jetés divers objets à destination de détenus. Des patrouilles passent donc quotidiennement sur ce chemin et procèdent parfois à des interpellations. C'est l'une d'elle qui a découvert, dimanche après-midi, une moto suspecte et procédé à l'interpellation du tireur présumé.

Matthieu ESTRANGIN Paru dans l'édition 38H du 30/09/2008 (51778)

 

 

MEURTRE À LA MAISON D'ARRÊT
Une soirée sous haute tension !

par La Rédaction du DL| le 29/09/08 à 08h01


La tension était palpable, hier soir, aux abords de la maison d'arrêt de Grenoble-Varces où l'impensable s'est produit vers 17 heures.
Alors qu'ils se trouvaient dans la cour de promenade, deux détenus ont été touchés par des balles tirées par un sniper, lequel s'était posté à l'extérieur de l'établissement pénitentiaire (lire en page 26). L'une des victimes a été sérieusement blessée à la main mais l'autre a eu moins de chance : Sghaïr Lamiri _ un Fontainois âgé d'une trentaine d'années, récemment condamné à huit ans d'emprisonnement pour une série de braquages commis entre 2001 et 2002 _ a été mortellement touché.

Une "première" en France !

Cet assassinat semble s'inscrire dans la série de règlements de comptes qui a fait une dizaine de morts entre le 11 février et le 24 décembre 2007 dans l'agglomération grenobloise.
L'événement d'hier soir a provoqué un début de mutinerie dans l'établissement pénitentiaire où plusieurs détenus ont refusé de regagner leur cellule et sont allés jusqu'à allumer des feux en plusieurs endroits. À l'extérieur, l'ambiance n'était pas moins tendue : de nombreuses personnes _ familles ou amis de détenus _ sont venues se masser devant les grilles pour avoir des nouvelles de leurs proches et manifester leur indignation. « J'ai vu ça à la télé et je suis très inquiet ! Comment c'est possible ? Mon fils de 23 ans est incarcéré ici, je ne sais même pas s'il est en bonne santé, personne ne nous dit rien », s'insurgeait un père de famille.
La colère était aussi vive du côté du personnel pénitentiaire : « Cela fait des années que nous interpellons l'administration sur les problèmes d'insécurité qui existent à la maison d'arrêt de Grenoble-Varces. Actuellement, c'est le pire établissement de la région ! », affirmait Stéphane Mazuyer, délégué régional FO.
« Il faut absolument faire en sorte qu'aucune vue sur les bâtiments ne soit plus possible de l'extérieur. Nos collègues vivent une grande souffrance. Tout à l'heure, ils se sont retrouvés spectateurs d'une terrible scène : six à huit coups de feu ont été tirés sans qu'ils puissent comprendre d'où ils venaient ! Nous avons connu une prise d'otages à la centrale de Moulins dans l'Allier, des commandos sont venus libérer des détenus à Villefranche-sur-Saône, aujourd'hui, nous avons à faire à un meurtre commis par une personne extérieure à la maison d'arrêt ! Je veux dire ma colère par rapport à nos conditions de travail mais aussi par rapport aux conditions de détention des personnes incarcérées : aujourd'hui la maison d'arrêt de Varces héberge près de 350 détenus alors qu'elle ne dispose que de 250 places. En France, il y a environ 60 000 détenus pour environ 40 000 places ».

Paru dans l'édition 38H du 29/09/2008 (52142)

 

 

MEURTRE A LA PRISON DE VARCES
Shaïr Lamiri abattu de cinq balles

par La Rédaction du DL| le 01/10/08 à 06h10

Ce sont bien des munitions d'arme de chasse qui ont servi à tuer Sghaïr Lamiri, ce Fontainois de 29 ans abattu dimanche soir dans la cour de promenade de la maison d'arrêt de Grenoble/Varces _où il était incarcéré depuis le mois de juillet_ par un tireur posté à l'extérieur, sur une colline surplombant l'établissement pénitentiaire (nos éditions de lundi et mardi).
L'autopsie de son corps, pratiquée hier matin, a révélé que la victime avait été atteinte de cinq projectiles : quatre au niveau de la poitrine et de l'abdomen, le dernier au bras. On sait donc désormais que le sniper a bien tiré au moins cinq fois, une balle ayant également grièvement blessé au bras un autre détenu qui se trouvait près de Sghaïr Lamiri à ce moment-là.

Un suspect sous bonne escorte

Les enquêteurs de l'antenne grenobloise de la DIPJ de Lyon poursuivent quant à eux leurs investigations sur cet incroyable assassinat, épaulés par les gendarmes de la section de recherches et de la brigade de recherches de Grenoble. Ils ont notamment poursuivi, hier, l'audition du principal suspect, un Fontainois âgé de 58 ans que les gendarmes ont interpellé peu après le drame, une carabine de chasse à lunette encore chaude à la main, au moment où il s'apprêtait à s'enfuir au guidon d'une moto volée.
Mais, en dépit des éléments qui semblent l'accabler, Marcel Égéa _qui connaît bien la maison d'arrêt de Varces pour y avoir été écroué par le passé_ continue à nier farouchement toute implication dans cet homicide manifestement commandité.
Hier soir, à l'issue de son audition, c'est équipé d'un gilet pare-balle et accompagné d'une escorte solidement armée qu'il a été conduit à Lyon pour y être présenté aux magistrats de la juridiction interrégionale spécialisée, chargée d'instruire la série de règlements de comptes qui a fait dix morts et neuf blessés en un peu plus d'un an et demi sur Grenoble et son agglomération.
Mis en examen pour meurtre en bande organisée, tentative de meurtre en bande organisée et recel de vol de moto, Marcel Egéa a été placé sous mandat de dépôt et écroué... très loin de Grenoble !

Vanessa LAIME Paru dans l'édition 38H du 01/10/2008 (50851)

 

MEURTRE A PRISON DE VARCES
Un suspect au lourd passé judiciaire

par La Rédaction du DL| le 30/09/08 à 07h19

L'homme suspecté du meurtre de Sghaïr Lamiri connaît bien le monde carcéral pour y avoir passé plus de dix-huit ans de sa vie.
À la fin des années 60, malgré son jeune âge, Marcel Égéa était considéré par les services de police comme un "chef de bande" spécialisée dans les cambriolages et le vol d'armes à feu, notamment dans la région de Nîmes dans le Gard.
En 1970, alors qu'il n'avait que 20 ans, ce Fontainois d'origine avait été condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour le braquage d'une bijouterie nîmoise, au cours duquel il avait tiré, visant la commerçante mais ne l'atteignant heureusement pas.
Sorti de prison en juillet 1989, il a ensuite été impliqué dans d'autres séries de cambriolages et des délits mineurs mais c'est la première fois qu'il se trouve soupçonné de meurtre. Rien ne semble pour l'instant le relier directement à la victime et il n'est même pas sûr que les deux hommes se connaissaient, sinon par leur commune d'origine. Si son implication dans le meurtre de dimanche soir devait être avérée, cela pourrait accréditer la thèse d'un acte commandité.

V. L. Paru dans l'édition 38H du 30/09/2008 (52213)

 

 

RÈGLEMENT DE COMPTE
L'enquête

par La Rédaction du DL| le 30/09/08 à 07h18

L'enquête sur ce nouveau règlement de comptes a été confiée aux policiers de l'antenne grenobloise de la DIPJ de Lyon; les gendarmes de la Section de recherche et ceux de la brigade des recherches de Grenoble étant co-saisis de l'affaire pour les assister.
Mais les juges grenoblois jusque-là chargés d'instruire l'épineux dossier de l'actuelle "guerre des gangs" ont pour leur part été récemment dessaisis du dossier : désormais, l'instruction concernant la série de règlements de comptes qui ensanglantent Grenoble et son agglomération depuis début 2007 a été délocalisée et confiée à la juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS) de Lyon qui traite de la délinquance organisée au niveau interrégional.

Paru dans l'édition 38H du 30/09/2008 (52154)

 

RÈGLEMENTS DE COMPTES
Dix morts en vingt mois

par La Rédaction du DL| le 30/09/08 à 07h16

Sghaïr Lamiri semble bel et bien être la dixième victime (si l'on exclut du triste décompte les personnes plus ou moins grièvement blessées) d'une série de règlements de comptes qui a commencé au début de l'année 2007 et qui semble trouver au moins une partie de son origine dans le meurtre resté impuni de Lasaad Lamiri, un jeune Fontainois de 23 ans, tué par balle le 13 janvier 2003 à Fontaine.
Quatre ans après ce meurtre, le 27 janvier 2007, cinq suspects _Medhi M'Sallaoui, son frère Rochdi, Miloud Hairane, Amine Henchour et Tark Boudieb_ sont acquittés par la cour d'Assises de l'Isère et remis en liberté.
Le 11 février 2007, un groupe d'hommes _pour certains des proches de Lasaad Lamiri_ sont la cible de tireurs armés de fusil à pompe sur le parking du parc Karl-Marx à Fontaine. Sabil Dhibi _23 ans_ trouve la mort et deux autres hommes, Ahmed Bellabes _35 ans_ et Charles Aprile _27 ans_ sont grièvement blessés.
Le 24 février 2007 à Sassenage, Medhi M'Sallaoui _23 ans_ et deux de ses amis, Azouz Atallah _23 ans_ et Houssam Nigri _25 ans_ sont abattus dans la Z.I. de l'Argentière par au moins deux tueurs également armés de fusils à pompe.
Le 28 avril 2007, Ali Khadraoui _38 ans_ est tué de trois balles en plein thorax, chemin du Reflet à Champagnier. L'un des hommes qui l'accompagnent, Oualid Mokrane, est grièvement blessé dans la fusillade. Un autre, suspecté de l'avoir volontairement attiré dans ce guet-apens, est écroué. Une trace de sang, qui s'avérera plus tard appartenir à Ahmed Bellabes, est par ailleurs retrouvée sur les lieux du meurtre : ce dernier est à son tour incarcéré.
Le 28 juillet 2007 à Eybens, Bilel Boualita, un jeune Grenoblois de 22 ans apparemment sans histoires est tué par des inconnus qui l'ont abordé en lui demandant où se trouvaient plusieurs personnes. Il n'a pas voulu répondre...
Le 31 octobre 2007, place des Géants à Grenoble, Christophe Morival _35 ans_ et son cousin Frédéric _30 ans_ sont abattus par trois inconnus encagoulés, portant des gilets siglés "police" et venus jusque-là à bord d'une berline équipée d'un gyrophare. Le frère de Christophe Morival, Stéphane, _32 ans_ et l'un de leurs amis, Mauricio Tores _27 ans_ sont grièvement blessés dans la fusillade. Des éléments matériels relevés sur place permettront de confondre un suspect, Hamdi Khadraoui _le frère d'Ali, tué à Champagnier_. Mis en examen, il est écroué.
Le 24 décembre 2007 à Fontaine, un homme se présente au domicile fontainois de Miloud Hairane _33 ans_ vers 9h30 et le tue de plusieurs balles au moment où ce dernier ouvre la porte. Un suspect, habitant le quartier et dont les vêtements présentent des traces de poudre compatible avec les tirs mortels, est rapidement arrêté et incarcéré.
Le 28 septembre 2008, le frère de Lasaad Lamiri, Sghaïr _29 ans_, est assassiné dans la cour de promenade de la maison d'arrêt de Grenoble-Varces où il purgeait une peine de huit ans de prison pour braquages. Le tireur était posté à l'extérieur, sur une colline surplombant l'établissement pénitentiaire, et a utilisé un fusil à lunette. Un suspect a été arrêté dans les minutes suivant le meurtre.

V.L. Paru dans l'édition 38H du 30/09/2008 (51116)

 

 

Lyon/Grenoble

Jugés pour une tentative d’évasion sur fond de guerre des gangs

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Depuis mardi et durant trois jours, dix personnes sont jugées à Lyon pour une tentative d’évasion en lien direct avec le lourd contexte des règlements de comptes de la région grenobloise.

Selon l’accusation, le projet visait à sortir de prison Hamdi Khadraoui, 32 ans, dont le frère figure parmi les premières victimes de la série sanglante de Grenoble.

Dans le cadre des enquêtes menées par la JIRS de Lyon, une écoute téléphonique capte une conversation entre Khadraoui et Oualid Mokrane, 34 ans. Le premier est détenu dans la maison d’arrêt du Pontet (Vaucluse), suspecté d’avoir pris part à la fusillade vengeresse de la place des Géants qui a fait deux morts et deux blessés en octobre 2007. Le second téléphone depuis une cabine de son quartier. Au bout du fil, Khadraoui s’impatiente. « Je pars pour perpète », rappelle-t-il à son interlocuteur, conscient d’une situation judiciaire compromise. Il précise : « une K ça suffit, trois calibres, ni plus ni moins. »

Dans le flot du dialogue, ponctué de « zobi » et de « tête de ma mère », on peut comprendre qu’il s’agit d’un fusil-mitrailleur Kalachnikov et de trois revolvers pour armer un éventuel commando.

Dans le box, Hamdi Khadraoui, visage rond cabossé, cernes sombres, fait de grands gestes, parle fort et abondamment. Il reconnaît ses propos, mais toute cette affaire d’évasion n’était qu’un « rêve », le rêve de « tous les prisonniers ». Selon d’autres interceptions, notamment la sonorisation d’un parloir, le détenu avait évoqué six gars qui attendaient dans un hôtel, prêts à passer à l’action. Tous les hôtels de la région ont été visités, aucune trace de gangsters. En revanche, des armes ont été retrouvées dans un box, près de Grenoble. Les écoutes sont diffusées dans le prétoire. Des minutes saisissantes. Lorsque deux fournisseurs d’armes reconnaissent l’arsenal sur une photo dans le journal, ils sont hilares. Avant de se raviser : « On va trop loin sur ce téléphone. »

Tout est à l’avenant. Les Grenoblois alternent le chaud et le froid, le rire faussement badin et les remarques grinçantes. Khadraoui prend tout sur lui : « Les armes, c’est tout pour moi. » Le président du tribunal : « Gourmand… ». Le prévenu, sérieux : « Je les mange pas, je les fais manger, les bastos. »

par la rédaction du DL le 07/10/2010 à 05:00

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