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Un collage pour la liberté de passage aux frontières!Un collage pour la liberté de passage aux frontières! © pol

Ce mardi 3 Janvier 2012, à 18H30, l’excellente émission d’Hervé Gardette nous a donné du grain à moudre sur France Culture. Pour commencer l’année en beauté la question posée - Dans quel Monde vivons-nous ? – nouspermet de mettre les choses en perspective. Et la réponse éclaire. Ce Monde est bien différent d’avant, il pourrait même être réjouissant. Jean Viard reprend ses propos paru le matin même dans La Croix : La durée de la vie s’est allongée de 40 % en cent cinquante ans. De surcroît, on ne passe plus que 10 % de notre existence à travailler, soit quatre fois moins qu’au XIXe siècle. Rien d’étonnant, du coup, à ce qu’on organise nos vies en fonction de nos loisirs tout autant que de nos activités professionnelles. En règle générale, au sein du couple, homme et femme travaillent. Et comme on change d’emploi tous les onze ans en moyenne, ce n’est plus le travail qui dicte le lieu de vie. On choisit d’abord l’endroit où on a envie de résider, avant d’y chercher un emploi.http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Jean-Viard-Les-Francais-vivent-une-revolution-du-rapport-a-l-espace-_EP_-2012-01-03-753628Pour l’émission il élargit son propos, et précise, alors avec un gentil optimisme que nous rentrons dans un monde à quatre générations. Rendez-vous compte les chiffres sont révélateurs 53% des bébés naissent hors mariage, c’est une société complétement différente. Les familles bourgeoises acceptent tout à fait que la jeune femme vienne avec le bébé dans ses bras. (…) En 1974 les femmes n’étaient salariées qu’à 50% aujourd’hui elles le sont à 80%.

Il cite intelligemment tout un tas de chiffres et fait des comparaisons réjouissantes qui esquissent comme une vision optimiste. Et puis on se met à penser aux discours des hommes politiques qui se présentent à nos suffrages, ils devraient visiblement lire le livre de Jean Viard qui sort demain ; Nouveau portrait de la France, aux Éditions de l’Aube,

Bertand Badie lui explique que les frontières sont vaincus par les communications (la télévision, Internet, les téléphones portables) que tout le monde peut se comparer à tout le monde, et que cela fait naître des revendications, des frustrations, comme chacun peut joindre instantanément n’importe qui à n’importe quelle bout de la planète, ces différences sont d’autant plus criantes. L’humiliation est plus motrice que la puissance, le grain de sable plus efficace que le pavé. Tout est en mouvement, tout bouge, les idées, les images, les capitaux, les marchandises etc. La mobilité est un état de fait. Tout bouge dans le Monde, sauf les hommes. Cette nouvelle géographie dans laquelle nous baignons au quotidien n’est pas validée par l’ouverture des frontières. Il y a une tendance à l’entrée en force des sociétés comme vecteur de changement de l’ordre du monde, l’équilibre ne se joue plus dans un rapport de force dialectique entre un diplomate et un soldat. Bertand Badiedénonce le décalage entre la réalité du terrain, et les modes de gouvernance. Nous sommes dans un monde de l’hyper-mobilité et la politique ferme par exemple les portes aux migrants. Alors qu’il faudrait accompagner le processus qui pousse les gens du Sud à venir chercher du travail au nord. C’est un discours d’exclusion, de peur qui est tenu et une politique de répression qui va avec. Quand les Tunisiens quittent leur pays, ce sont les occidentaux qui sont responsables des 2000 noyés dans la traversée de la Méditerranée.

Qu’est-ce qu’on dira de nous dans cinquante ans ? C’est avec cette phrase là que j’essaye de pédagogiquement faire bouger les positions archaïques. Avec les problèmes économiques, financiers, politiques, écologiques nous n’avons plus le choix, le monde est global il faut faire terre commune, pour assurer la mobilité des biens des capitaux, des savoirs, des personnes : réunifier L’humanité. Or tous les candidats aux élections (peut-être pas, je dirais, les candidats avec un accent) sont des candidats de l’immobilité, ils parlent de produire Français, de fermer les frontières, d’édifier des barrières économiques. Bertand Badie explique qu’on aurait besoin d’organiser de l’inclusion, pas de l’exclusion. Or on voit bien que ce sont les anciennes puissances qui tiennent les clefs des organismes de la gouvernance mondiale, que la diplomatie se joue dans des clubs fermés où ne se rencontre que des oligarques. Pourtant les forces des la société civile, on l’a bien vu avec les mouvements arabes, sont bien plus puissantes que les forces traditionnelles. Le grain de sable gagne contre la puissance brutale.

Cette émission que je n’ai pas retranscrite mot à mot évidemment (ce qui fait que mes citations ne sont pas exactes) était proprement réjouissante, je vous invite à aller vite l’écouter. Réunifier l’humanité quel beau programme !

Le programme de François Hollande était bien moins joli, que cela soit sous forme papier dans Libération, ou en vidéo en direct au journal de 20 h sur France 2. Le Pouvoir était lui mobilisé complétement contre le candidat de la gauche, beau joueur, qui prévenait qu’il allait se mettre en campagne. Sur internet une parodie circulait déjà Lhibernation. La mise en scène de France 2 était vraiment à charge. Sous l’image du visage de François Hollande, était incrusté des sous-titres sympathique : Des débuts laborieux ? Un programme fantôme ? On ne demande même pas ce que sera la réaction du CSA ! Jean-François Copé venait, en direct, porter la contradiction, affichant une insolence, un mépris et une impolitesse de bon aloi. François Hollande était déjà engoncé dans son costume de présidentiable, rigide et immobile. Tout bouge on vous dit sauf la vie politique Française ! Ils en sont tous encore à discuter du budget de la ligne Maginot alors que nous devrions préparer le vol pour une planète de rechange.

http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-dans-quel-monde-vivons-nous-2012-01-03

 

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