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Raymond Aubrac et la libération de Marseille

J'apprends la mort de Raymond Aubrac que j'ai cotoyé lors du tournage de mon film, Le Refus, à propos de la Résistance, en 1995. Je veux juste, en forme d'hommage, reprendre quelques-unes de ses paroles, à propos de la mission que lui confia le général de Gaulle, comme Commissaire de la République à la libération de Marseille.

Raymond Aubrac, Lyon, Janvier 1995Raymond Aubrac, Lyon, Janvier 1995 © pol
Je prends délibérement le récit d'une anecdote, parce qu'elle est probablement oubliée aujourd'hui. Une petite leçon d'histoire a méditer en ce jour, tout en se disant que l'esprit de Résistance - toujours nécessaire, est une conquête quotidienne. Je suis heureux d'avoir appris de lui lors nos trop courtes rencontres. Raymond Aubrac : J’ai été rappelé d’urgence à Alger le 6 août 1944. Le 7 août, le général de Gaulle m’a reçu pour me faire savoir qu’il me confiait cette mission – pour laquelle je n’étais pas du tout volontaire. C’était une mission très lourde. J’étais très jeune, j’avais juste trente ans. Pas d’expérience administrative, et… Mais je savais ce qu’impliquait cette mission, mais on n’avait pas l’occasion de discuter, c’était comme une mission militaire, il fallait l’accepter. La seule instruction que m’ait donnée le général de Gaulle était la suivante : « En aucun cas vous ne laisserez les autorités militaires alliées s’occuper des affaires de la population civile. »  En fait, le terrain était déjà assez déblayé, parce que, à ce moment-là, le gouvernement français n’est pas reconnu par les Alliés. Il ne va être reconnu que fin octobre. Mais déjà en Provence, en Normandie, de Gaulle a mis en place un commissaire de la République dans la tête de pont de Normandie, et en fait les Alliés ont accepté sa mission.

J’arrive donc à Marseille dans l’après-midi du 24 août, accueilli par le comité départemental de libération, qui est en même temps l’état-major insurrectionnel de la ville depuis cinq jours. Et la bataille continue. Immédiatement, le président du comité départemental de libération me cède le pouvoir – qu’il détenait réellement, car les comités départementaux de libération, dans tous les endroits qui ont connu l’insurrection, ont réellement disposé du pouvoir pendant la période insurrectionnelle. Et le comité départemental devient un organisme consultatif, ce qui est symbolisé par le fait qu’il quitte le bureau du préfet, qui m’est attribué, et il va s’installer dans la salle du conseil général. Et les problèmes se posent. Dans les premiers jours, les problèmes sont brûlants, parce que la bataille de Marseille va durer jusqu’au 28 août. Autrement dit, cette bataille aura durée neuf jours, neuf jours pendant lesquels il n’y avait réellement aucun pouvoir… dans cette ville. Et je crois que l’insurrection marseillaise, avec l’insurrection parisienne, a été la plus importante, dans une grande ville, de cette période de la Libération. Naturellement, il y a des différences entre l’insurrection marseillaise et l’insurrection parisienne, et ces différences m’étaient d’autant plus sensibles que j’étais chargé de rétablir la légalité républicaine, à commencer par le rétablissement de l’ordre. Or, dans une période insurrectionnelle, l’ordre public c’est une notion un peu lointaine. Un certain nombre d’exécutions ont eu lieu pendant la bataille, et puis un certain nombre de règlements de comptes sommaires ont eu lieu. Des enquêtes qui ont pu être faites après, on a conclu que dans un grand nombre de cas, dans la plupart des cas, les gens qui ont été exécutés étaient réellement des salopards qui méritaient le sort qui leur est advenu. Mais nous voulions rétablir un État de droit, et il fallait le faire rapidement. Or, tandis qu’à Paris, en mars, la police parisienne avait rejoint l’insurrection, il n’en a pas été de même à Marseille. Autrement dit, la police marseillaise n’avait pas l’autorité sur l’opinion et sur la partie dynamique de l’opinion, la Résistance, la population ouvrière, les organisations de Résistance, les F.F.I., le même genre d’autorité, le même genre de prestige qui lui permettait de faire ce travail de maintien de l’ordre. C’est ce qui m’a conduit très vite à constituer ce que nous avons appelé les « forces républicaines de sécurité », constituées en « compagnies républicaines de sécurité », qui étaient faites à l’origine par un mélange de policiers ayant contribué à la Résistance (il y en avait heureusement un nombre important), avec des F.F.I. volontaires pour ce genre de travail. C’est ainsi qu’ont été constituées les premières compagnies républicaines de sécurité

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12/04/2012, 08:41 | Par Vingtras

Votre témoignage, mon cher pol, rejoint le mien. Et cela ne m'étonne pas. A ce propos, j'ai beaucoup apprécié ce qu'écrit Edwy Plenel à la une de ce journal en ligne que nous aimons tous les deux.

Par contre, je n'avais pas du tout aimé le film de Claude Berri (complaisant et partiellement erroné) et je l'avais dit à Raymond.

11/04/2012, 19:14 | Par belle lurette

C'est grace à ce grand Monsieur... Raymond Aubrac et à cette grande Dame qu'était sa femme Lucie..... que la mémoire ne s'éteindra pas, malgré tous ceux qui actuellement tentent de nous anesthésier....

J'ignorais ces évènements racontés par Raymond Aubrac.... même si j'avais eu la chance de rencontrer Lucie lorsqu'elle était venue dans mon Lycée..... Quelle aura !

Merci à eux.....

11/04/2012, 19:19 | Par a6parterre

Je descend d'un résistant copain de chambrée de De Gaulle, et ça fait 40 ans que je ne m 'intéresse pas aux salamalecs. Avant même d'avoir atteint l 'âge de Guy Mocquet.
Vous avez du temps à perdre.

12/04/2012, 09:27 | Par pol en réponse au commentaire de a6parterre le 11/04/2012 à 19:19

Je ne sais pas dans quelle chambrée votre père - sauf son respect - a pu rencontrer le Général, et si je suis heureux pour lui, cela devait se passer à un autre moment que la deuxième guerre mondiale. Que vous vous référiez ici à une descendance de voisinage de lit, me paraît être une nouvelle noblesse tout à fait intéressante. Mais je m'interroge sur les capacités d'éducation de votre auguste père, ne vous a-t-il pas enseigné qu'il y a des personnes qui peuvent être ému à la mort d'un autre être humain.

Par contre je ne comprends pas ce que vient faire le pauvre Guy Mocquet? Et cela me paraît bien étrange de le nommer ici.

Quand à mon temps, merci de me permettre de l'user comme je le désire.

11/04/2012, 19:55 | Par Jean-Claude POTTIER

Je te salue Raymond Aubrac. Tu es l'honneur de la France. Je ne suis rien, tu es plus fort que la mort. Repose en paix, camarade...

11/04/2012, 20:20 | Par a6parterre en réponse au commentaire de Jean-Claude POTTIER le 11/04/2012 à 19:55

Plus fort que la mort....
Faut arrêter l 'alcool et les charentaises.

11/04/2012, 20:30 | Par Olivier Timbaud

Que voulez-vous nous raconter POL ? 

12/04/2012, 01:21 | Par pol en réponse au commentaire de Olivier Timbaud le 11/04/2012 à 20:30

Et bien je veux dire- entre autre - ce qui est écrit. Aujourd'hui on ne voit pas les CRS de cette manière là, et on ne parle pas de la police de cette façon... non?

11/04/2012, 21:10 | Par Claude Paris

@ A6PARTERRE et OLIVIER TIMBAUD

Je crois que vous vous êtes trompés de plateau, le film dans lequel vous figurez se tourne ailleurs. Vous ne pouvez, à lire vos commentaires, pas comprendre.

Alors... ne commentez pas. Point.

Cordialement. 

 

11/04/2012, 21:21 | Par a6parterre en réponse au commentaire de Claude Paris le 11/04/2012 à 21:10

"Vous ne pouvez"
Vous n 'êtes pas.

12/04/2012, 08:22 | Par a6parterre en réponse au commentaire de Claude Paris le 11/04/2012 à 21:10

Sur l’écran noir de mes nuits blanches,
Moi je me fais du cinéma
Sans pognon et sans caméra,
Bardot peut partir en vacances:
Ma vedette, c’est toujours toi.

Pour te dire que je t’aime, rien à faire, je flanche:
J’ai du cœur mais pas d’estomac
C’est pourquoi je prends ma revanche
Sur l’écran noir de mes nuits blanches
Où je me fais du cinéma.

Claude Nougaro.
Charlot va.

11/04/2012, 23:19 | Par Pascale Fourier

J'ai un autre petit bout sur Raymond Aubrac et Marseille.... Il y est question de réquisitions, et c'est assez sympahique...

"PF : Vous m’avez raconté, hors micro, une anecdote qui montrait qu’en 1944 on pouvait prendre une décision politique telle qu’on mettait en avant l’intérêt général plutôt que la recherche du profit. Est-ce que vous pourriez la réévoquer?

Raymond Aubrac : En réalité, ce à quoi vous faite allusion, c’est la péripétie des réquisitions des entreprises à Marseille. En quelques mots : au moment de la Libération, le port de Marseille, à 60 - 70 % détruit, se transforme en une grande base américaine pour alimenter la campagne d’Europe. Et cette base américaine a besoin d’un très grand nombre de services annexes qui se traduisent par des groupes d’entreprises indispensables au fonctionnement d’un grand port, à la réparation des matériels, à la remise en état du matériel ferroviaire, etc..Les patrons de ses grandes entreprises ont disparu. La plupart d’entre eux ont été très largement collaborateurs avec les Allemands; et au moment de la Libération, quelques uns se retrouvent en prison, et les autres quittent Marseille et s’en vont. Par contre les ouvriers, sous l’égide de leurs syndicats, la CGT, ont pris une part importante à la Résistance. Ce sont eux qui ont été le fer de lance d'une insurrection qui a durée huit jours! Et surtout, tout de suite après la capitulation des Allemands, ils rentrent dans leurs usines et veulent que leurs usines fonctionnent. A l'époque, je me trouvais être Commissaire de la République et chargé de rétablir la légalité, mais aussi d’assurer, autant que possible, le fonctionnement de la vie économique. Devant une situation où les ouvriers sont dans les usines et veulent travailler mais les patrons sont partis, eh bien j’ai appliqué la loi de la République, la loi de 1938. Et j’ai réquisitionné une quinzaine de grandes entreprises groupant plus de quinze mille ouvriers au total. Et à partir de ce moment-là, les ouvriers ont eu le sentiment qu’ils ne travaillaient plus pour apporter des bénéfices à un patron, mais qu’ils travaillaient pour l’effort de guerre et pour le bien collectif. Et quand je visitais les ateliers et les halles d’usines, je trouvais des grandes banderoles: «  la notion de service a remplacé la notion de profit ». Et on a constaté une grande vague d’enthousiasme. Je dois dire que sous l’inspiration du Programme du CNR, nous avions mis en place un système dans lequel la main d’œuvre, les salariés des entreprises participaient réellement à la gestion. Ils n’étaient pas simplement consultatifs comme dans les actuels comités d’entreprises; ils participaient réellement à la gestion au côté d’un directeur nommé en qui ils avaient toute confiance. Et cette participation des ouvriers, des cadres et des ingénieurs à la gestion a donné des résultats fonctionnels tout à fait remarquables.


Quand j’ai été écarté de ce poste de Marseille et remplacé par un préfet de métier, mon successeur avait reçu l’instruction formelle de révoquer ces décisions de réquisitions. Il ne pouvait pas le faire, et il a refusé de le faire, en motivant son refus par des exposés au gouvernement, en disant que la machine qui fonctionnait fonctionnait bien. Elle donnait satisfaction à la population mais aussi aux autorités militaires, au commandement américain, et il a refusé de révoquer ces arrêtés de réquisitions qui n’ont été annulés que fin 1947 après le vote d’une loi spéciale et après un débat parlementaire. Lorsque ces entreprises ont été rendues à leurs conseils d’administration, qui ont fait tout ce qui pouvaient pour prendre la plus grande partie possible des bénéfices acquis en leur absence, ils ont liquidé toutes les avancées sociales qu’on avait réalisé dans ces entreprises. Notamment un magnifique centre d’apprentissage, des cités ouvrières modernes... Tout cela a été mis sur le marché et bradé. Et actuellement, quand les militants des syndicats des grands services publics qui sont menacés par la privatisation regardent le petit film qui a été fait sur ces réquisitions, ils ressentent beaucoup d’émotion et je crois que ça renforce leur volonté de lutte et leur volonté de résistance."

L'ensemble est là http://dsedh.free.fr/transcriptions/Aubrac101.htm et là http://dsedh.free.fr/emissions_passees.htm en MP3, émission 101 )

12/04/2012, 11:25 | Par Crossing_News en réponse au commentaire de Pascale Fourier le 11/04/2012 à 23:19

MERCI Pascale FOURIER de bien rappeler par cette partie d'interview du trés honorable Raymond Aubrac que la RESISTANCE a aussi perduré avec le travail qu'il a fait à Marseille après guerre avec le programme de la CNR pour redresser la France et la sortir de la ruine avec la reprise en main des outils de production par les ouvriers, employés et cadres.
Oh combien prémonitoire et d'avant garde si on compare cette situation d'après guerre, ou toutes les entreprises anéanties ou mise à genoux sous le joug de l'envahisseur ont été sauvées par leurs salariés dans leur intérêt et celui du pays, avec par exemple les SCOP d'aujourd'hui où des salariés veulent et peuvent encore intervenir sur leur avenir et sur celui de leur entreprise qui ont été mis sous le joug de la finance internationale et de fait sortir le pays et l'Europe de la crise.

Oui nous sommes en guerre aujourd'hui et notre ennemi la finance internationale avec son principal collaborateur qui plus est Escroc national a conduit les avancées sociales héritées des différents combats qu'a mené le peuple vers leur anéantissement et l'économie du pays et son outil de production au désastre pour son seul profit présent et futur et celui de ses amis du capital !

Oui nous devons reprendre en main l'économie du pays et ses outils de production !

Oui par expérience nous devons les sauver des charognards et les protéger encore plus de ceux qui ne pensent qu'à récupérer leur actif !

Oui les ouvriers et employés d'ArcelorMittal de Florange sont des exemples par leur action et crient haut et fort le mot RESISTANCE !

Oui nous devons relancer et continuer le combat qu'a initié Raymond Aubrac et c'est le plus grand hommage que nous pouvons lui rendre !

Le moment est venu, notre démocratie nous a encore et heureusement laisser l'outil adéquat, dans 10 JOURS exactement nous pouvons encore sauver notre avenir et celui de nos enfants en votant Front de gauche !

                                                                                                  melenchon-8-df0f9.jpg

 

11/04/2012, 23:32 | Par PUYVERT

A lire sur R AUBRAC par le seul historien sérieux sur la période ,l'homme, les lieux,les forces politiques etc..  :

ROBERT MENCHERINI

LA LIBERATION ET LES ENTREPRISES SOUS GESTION OUVRIERE  (Marseille1944-1978 ) L'HARMATTAN ,1994 

Et les 3 vol  du même auteur chez SYLLEPSE :  MIDI ROUGE ,OMBRES ET LUMIERES (histoire politque et sociale de Marseille et des Bouches du Rhône de 1930 à 1950) sur R.AUBRAC le tome 3 en particulier. GP

12/04/2012, 01:18 | Par pol en réponse au commentaire de Quoique le 11/04/2012 à 23:52

Je me souviens d'avoir parler un jour avec Serge Ravanel, Raymond Aubrac et Maurice Kriegel-Valrimont et je leur ai dit, une phrase du genre: On parle beaucoup du Parti Communiste dans la Résitance, mais pourquoi ne dit-on pas que la résistance française est aussi une résistance juive? Cela les a beaucoup amusé... et ils ont dit que ce n'étaient pas correct politiquement. L'article de Marianne est lui aussipeu correct. Et c'est dommage de sortir cela au moment d'un enterrement. Où est la vérité? Je ne suis pas juge, ni historien. Cela me paraît juste déplacé et polémique. Je pense que c'est bien plus contraté que ce que raconte ce papier.

12/04/2012, 14:10 | Par JP Chenet en réponse au commentaire de pol le 12/04/2012 à 01:18

Pourquoi ne dit-on pas aussi que la résistance française fut ausssi accessoirement espagnole et maghrébine  sinon arménienne, catholique encore parfois   et protestante assez sensiblement et puis noire aussi dans les colonies.Il est par contre assez correct de dire que les français, eux, ont plutot collaborés.

12/04/2012, 20:19 | Par pol en réponse au commentaire de JP Chenet le 12/04/2012 à 14:10

Vous avez répondu vous même, les résistants, dont Aubrac, ne voulaient surtout pas que nous commencçions à nous réclamer d'une quelconque minorité visible ou pas.

 

12/04/2012, 22:32 | Par JP Chenet en réponse au commentaire de pol le 12/04/2012 à 20:19

J'avais cru que la remarque d'Aubrac et des autres sous-entendaient le contraire!

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