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Petite métaphysique des tsunamis

Pour regarder la situation en face.Pour regarder la situation en face.© pol

J'avais lu, à sa sortie, l'excellent ouvrage de Jean-Pierre Dupuy, Petite métaphysique des tsunamis, aujourd'hui, j'ai eu besoin de le relire. Comprendre, réfléchir est une manière de se consoler. Dans son précédent ouvrage Pour un catastrophisme éclairé, quand l'impossible est certain, il écrivait: Le catastrophisme éclairé consiste à penser la continuation de l'expérience humaine comme résultant d'une autodestruction - une autodestruction qui serait comme inscrite dans son avenir figé en destin. Sur TF1, je vois un reportage, où un japonais raconte qu'il y a une très grande différence entre ce que raconte les médias et une personne qu'il connaît qui travaille dans la centrale. Le journaliste de TF1 ne nous restitue pas le contenu du récit de la personne sur place. Nous ne pourrons pas vérifier cette différence. Un autre témoin, un Français, vivant à proximité de la centrale, marié avec une japonaise, parle de l'oncle de celle-ci qui est ingénieur dans la centrale Nucléaire: Il aurait envoyé un message d'adieu à tout le monde, en précisant que la totalité de sa famille avait été évacué par hélicoptère. Voilà un indice de la violence du drame. Je pense à ces techniciens, ingénieurs et pompiers qui savent aller à la mort en accomplissant leur devoir, en tentant de réduite les effets de la catastrophe! Je pense au silence autour de leur sacrifice, il faut minimiser les dangers, ne pas effrayer plus encore! La différence entre les propos en Autriche, en Allemagne, des hommes politiques et celle des Français est èdifiante. Seul les Verts et bizarrement Dominique Marie François René Galouzeau de Villepin sont au diapason des Germains.

Comme l'écrit Hans Jonas: La prophétie de malheur est faite pour éviter qu'elle se réalise; et se gausser ultérieurement d'éventuels sonneurs d'alarme en leur rappelant que le pire ne s'est pas réalisé serait le comble de l'injustice: il se peut que leur impair soit leur mérite. Notre problème aujourd'hui c'est que la catastrophe se déroule devant nos yeux, et que nous n'en voyons que les ombres au travers de nos divers écrans où de la fumée sciemment diffusée nous empêche de voir.

Pour tenter d'expliquer le fait que de nombreux juifs d'Europe aient refusé jusqu'à l'extrême fin, même sur le quai d'Auschwitz-Birkenau, de croire à la réalité de l'extermination industrielle, Primo Levi citait le vieil adage allemand: "Les choses dont l'existence paraît moralement impossible ne peuvent exister." Jean-Pierre Dupuy ajoutait: Notre capacité à nous aveugler nous-mêmes face à l'évidence de la souffrance et de l'atroce est l'obstacle principal que le prophète de malheur doit sinon franchir du moins contourner.

Je comprends aujourd'hui que je me suis moi-même voilé la face, après les USA, l'URSS, et le Japon, comment un accident de ce genre ne pourrait-il pas se dérouler en France!

Le prophète de malheur n'est pas entendu parce que sa parole, même si elle apporte un savoir ou une information, n'entre pas même dans le système des croyances de ceux à qui elle s'adresse. Il ne suffit pas de savoir pour accepter ce que l'on sait et agir en conséquence. Cette vérité de base, les promoteurs du principe de précaution ne l'ont toujours pas comprise, eux qui pensent que l'on n'agit pas devant la catastrophe parce qu'on n'est pas sûr de son savoir. Or, même lorsque nous savons de source certaine, nous n'arrivons pas à croire ce que nous savons.

La catastrophe mêlant des causes naturelles à des causes humaines est en marche, pourrions-nous collectivement prendre conscience qu'il s'agit - à terme - de la même question celle de notre survie entant qu'espèce.

À celui qui entre en psychanalyse et se prépare à une aventure spirituelle hautement risquée pour tenter de donner sens et cohérence à son existence, on déconseille fortement de prendre des décisions précipitées qui engagent sa vie future. Il serait bon que l'humanité, avant d'entreprendre quoi que ce soit lorsque, dans la panique, elle découvrira l'étendue du désastre, se donne les moyens de marquer une pause et de contempler le prodige qu'elle est en train de vivre; elle accède à la conscience de soi au moment même où sa survie est en question. Ce qui est déjà presque une tâche impossible pour un sujet individuel a-t-il la moindre chance de réussir dans le cas d'une collectivité de plusieurs milliards d'individus? Seul un miracle pourrait le permettre, à condition surtout que nous ne l'espérions pas.

Tous les commentaires

Un lien intéressant sur les mangas qui avaient déjà dessiné ce genre de catastrophes

http://blog.slate.fr/des-bulles-carrees/2011/03/14/les-mangas-ont-deja-dessine-le-seisme/

Merci Pol pour ton article qui incite à la réflexion. C'est devenu rare aujourd'hui alors que, face à une telle catastrophe, il faut, comme tu le fais, réfléchir au refus de voir la vérité en face (même si la vérité n'est jamais toute); réfléchir à la prétendue maîtrise de la Nature, que les technocrates prônent au nom d'un progrès factice.

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