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Le manque de soleil
Un temps d'attente© polJe ne vois pas le soleil. Il pleut. Mais si je ne vois pas le soleil, c'est que je suis toute la journée enfermé dans une salle de montage, sans fenêtre. J'y arrive vers 9 heures et à 19 heures, je quitte le boulot, et j'entame l'heure de transport du retour. Comme tout banlieusard - mais dans le sens inverse.
Sur l'abribus, il y a une affiche qui vante le journal qui se disait Libéré : De toutes façon, les marques de maillot c'est moche. Et puis plus bas, à la gare du RER, une autre affiche de la même campagne, raconte que le sable ça gratte.
J'ai toujours souri devant les campagnes du Parisien. La mise en scène de la muflerie légendaire des habitants de la capitale me paraissait opportune, j'allais écrire rafraîchissante. Je n'aime pas la pub, mais cette série là, me plaisait. Elle était critique, m'apparaissait juste, et offrait dans ses versions multiples, des petites fictions publicitaires précurseurs du site vie de merde. Un jeu d'humour grinçant salutaire ne passe plus. J'y lis du mépris. Et puis cette affiche, me parle surtout de place au soleil. Ce n'est pas la pluie qui me dérange. Ce n'est pas parce que je ne pars pas en vacances que je suis en colère. Cela me renvoi au fait que je suis devenu un travailleur précaire un peu comme tous les autres, comme vous et moi (Même si - quand je touche un salaire - il est vraiment haut). J'attends l'autobus qui ne vient pas. Et je pense à Paris Plage, comme un ersatz. Un mot du temps de l'occupation. Juste une phrase sur une trace de maillot et me voilà en train de penser aux phrases xénophobes de ceux qui gouvernent, que je travaille beaucoup plus, pour gagner beaucoup moins, qu'il faudrait que cela change. Et que, quitte à dire que c'est une vie de merdre, comme dirait le père Ubu, je préférerais lire cette phrase à propos de la plage sous forme de graffiti. Y en a marre que tous soient récupérés. C'est de la manipulation, j'aurais envie de dire à mon voisin. Mais à Paris seul les étrangers parlent dans les transports. Et me voilà indigné encore une fois.
Je me mets à rêver d'une loi qui obligerait la société Decaux à installer des reproductions d'œuvres d'art à la place des pubs. Et puis je me souviens que c'est déjà, quelquefois, en pratique. L'absence du soleil c'est peut-être aussi, l'absence de débouchés politiques à la crise, aux luttes, ou même de simple perspective. Je n'arrive pas à me dire qu'après Emily Joly, c'est chouette qu'Éva Joly soit sur l'affiche. Je me dis qu'elle va donner un bon coup de balai dans le paysage politique, nettoyer le monde de toutes ces fraudes. Et puis je m'aperçois du sexisme de la métaphore! Pourquoi transformer un juge en femme de ménage? DSK lâche moi !
Peut-être que les publicitaires et les hommes politiques devraient engager une équipe de sociologue, pour mesurer le niveau d'exaspération provoqué par l'omni-présence de l'affichage commercial dans les transports en commun?
Alors je me console en lisant dans le RER. La mode (Les petites conférences, éditions Bayard) où Marie-José Mondzain écrit - page 30 et 31: Louis XIV était petit, n'avait pas dit-on, un très joli crâne, et était fier de ses jambes. Il se fait peindre: montre la beauté de ses jambes tout en cachant son crâne sous de colossales perruques et masque sa petite taille en mettant des talons. Cela doit vous rappeler quelqu'un qui ne nous montre pas trop souvent ses jambes.
J'écris cela, juste pour parler du roi soleil, mais celui-là, il ne nous manque pas.


Tous les commentaires
J'adore ce billet ! à cette heure-ci, avant le petit dej, avant d'écouter les nouvelles moches des radios propagande, avant d'aller bosser alors que c'est même pas la peine de penser "maillot" parce qu'il fait froid (et que ça va continuer, tous les chats sont à la maison
) un sourire sur médiapart, de l'humour grinçant, mais génial !
Merci
J'aime ce regard désabusé, l'écriture mordante et surtout le seul traitement que mérite Bling 1er, la dérision.
Meric de votre commentaire si élogieux, permettez-moi de vous contredire, ce n'est pas le premier de sa dynastie et ce serait bien par contre qu'il soit le dernier
amicalement
POL
Yeap, Pol ! Vous voyez que c'est mieux quand vous prenez quand même le temps d'écrire des billets..... Un grand merci pour celui-ci, que je n'ai pu recommander qu'une fois, à mon grand regret !
Oui merci à vous, je n'avais pas cinq minutes. Là je les prends.
Vous lire est sur*, prenant et surprenant, cher pol.
* Comme l'oseille qui vous manque.
Un régal de vous lire ! merci..