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Retour dans le passé
Vous vous souvenez de Cinéma-Cinémas? Michel Boujut, blogueur ici sur Médiapart, vous en parlerait mieux que moi. Quand je regarde ce matin la livraison de Télérama, sur la toile, je me souviens de son émission. Je me souviens de Claude Ventura, et d'Anne Andreu, et de mes débuts à la télévision, chez eux. L'évocation du voyage fantastique d'un homme adulte dans sa vie d'adolescent me trouble! Les extraits commentés par le réalisateurSam Garbarski de son adaptation du manga deJirô Taniguchi, Quartier Lointain me rend nostalgique. Je dois dire que ma lecture doit être particulière, mais en regardant le site de Télérama j'avais l'impression de voir l'émission, et pourtant je suis à jeun, ce n'est pas comme dans le film, je n'ai aucune hallucination. Je ne tire pas souvent mon chapeau à l'hebdomadaire... Mais peut-être aussi que je projette beaucoup sur cette page-là, et sur le film qui doit être aussi formidable que son modèle le manga.
Le commentaire des images du film sur le site de Télérama, ressemble vraiment aux analyses de film de mes années d'étude à l'IDHEC et puis à ces séquences à la table de montage qui était filmées dans cinéma-cinémas. J'ai beau être sage, calme et comprendre pourquoi à la télévision d'aujourd'hui, cette émission n'existe plus. Je me mettrais bien en colère, juste un peu, mais comme dit, à cette heure, 6h, France Culture,Pas la peine de crier. Quel gâchis, tout de même...
La culture, n'a plus sa place à la télévision, comme avant. Pourtant il y a une quantité d'émissions anciennes reprise à l'antenne. On reprend Champs-Élysées, mais pas Cinéma-cinémas. C'est justement parce que Michel Drucker nous fait mieux nostalger? C'est vrai que Claude Ventura rêvait dans son émission du cinéma classique américain et que son émission nostalgeait déjà pas mal.
Mais, je ne l'écrirais pas ici, d'autres éléments personnels font que le sujet me touche.
Et puis moi aussi je suis comme le personnage du film, enfin presque. Je suis adulte, 55 ans, et pourtant j'ai toujours le même regard d'adolescent - j'en entends certain ricané, mais c'est comme cela.
Hier j'ai dîné avec un grand journaliste, qui travaille dans un grand journal, et qui voulait que je lui parle d'un sujet dont il tirera un brillant article. Je lui ai apporté de la documentation, des adresses email etc... Mais ce dîner rituel, une fois tous les deux ou trois ans, a une tout autre fonction, pour lui, pour moi. Nous nous regardons tous les deux, comme des anthropologues. Je l'ai connu en 1973, nous réalisions ensemble, un petit journal de lutte très propre sur lui, moi les dessins, la maquette, lui les articles - il devait y en avoir d'autres, mais je ne m'en souviens absolument pas - . Je ne décline pas - ce n'est pas le sujet.
Et depuis 1973, nous sommes resté ami, comme sur Fesse de bouc, vous savez cette amitié bienveillante mais un peu distante. On s'aime bien, mais nous ne sommes pas du même monde. Il doit me regarder un peu comme le copain de régiment qu'on fréquente toujours, mais qu'on ne présente surtout pas à sa femme. Dans ce genre d'amitié, ce qui est important c'est la duration. Donc moi je l'aime bien, lui prend ses lunettes d'ethnologue qui ne reste pas trop longtemps dans la tribu- parce que tout de même...
Il me voit pour prendre le poux de sa jeunesse.(non je sais que je fais des quantités de fautes d'orthographe mais là, c'est volontaire)
Je n'ai pas trop changé d'idées - il n'y a que les cons qui ne changent pas d'idée - et lui fait semblant de croire que je suis toujours le type d'extrême gauche que j'étais à 18 ans. Comme si on disait qu' Edwy Plenel était toujours, ici, un membre infiltré de la Quatrième Internationale.
Et donc, je le regarde comme s'il était l'adulte que j'aurais pu être - bon lui, vu son origine de classe, il a eu des facilités - et lui me voit comme le petit con qu'il aurait pu rester. Chacun, content d'être à sa place, lui dans l'assurance de sa réussite et moi dans ma précarité garantissant mon indépendance artistique.
Un jour il m'a avoué - il a oublié - qu'il enviait ma liberté et ma joie - il s'ennuyait. Et moi je lui ai dit que quelque fois j'en avait marre de mes deux euros en poche.
Mais hier - pas la peine de crier - il était charmant - je me suis dit tout de même que j'en avais un peu assez de son conformisme confondant. Le monde bouge. Et lui, comme l'ensemble de ces camarades, refuse de voir ce qui nous crève les yeux. Ils sont dans leur confort. Moi depuis que j'ai quatorze ans, j'ai compris que nous etions, par exemple, rentré dans la sixième extinction, c'est un fait scientifique. Mon copain, il se met à hurler de rire. Je me sens bien impuissant. Un peu comme le personnage du manga qui regarde partir son père, et l'abandonner... Il le comprend.
Un jour problablement, et assez vite, on parlera d'insconscience criminel. Je me mettrais bien en colère, mais je l'aime bien, mon vieux copain, même si lui il me trouve si exotique...


Tous les commentaires
Ah bon si il ne s'agit que d'un copain et non d'un ami cela me rassure!
Sinon je vous aurais dit grand journaliste ou pas ,avec moi il aurait pu aller se mirer seul devant sa glace!
Vous espérez peut être qu'il se reconnaisse?
Désolée mais j'ai pu vérifier ce proverbe "les amis se comptent sur les doigts d'une main! "et parfois même pas la peine d'avoir cinq doigts!
Je n'espère pas qu'il se reconnaisse, je lui ai dit que je parlerais de lui. Je peux écrire ce que je dis ici, déplorer ce que j'appelle son aveuglement et le respecter tout de même. Moi ma dégringolade financière, m'a permis de me rendre compte que j'avais beaucoups plus d'amis que je pensais. J'ai appris que j'aidais certains et que c'étaient d'autres qui me le rendaient. Je crois comprendre que mon aveuglement personnel est grand sur d'autres choses. Et je cherche constamment à me frotter à ceux qui ne pensent pas comme moi. C'est beaucoup plus drôle que d'entendre ce que je connais déjà.
Pour une fois j'aime bien les violons dans ta scène snif snif (je ne parle pas du film)
mais pas le piano tout de même ;-)
Bises
J'aime bien cet hommage à l'émission-culte que fût "cinéma/cinémas".Et je partage votre colère devant l'inculture et l'insignifiance des programmes de la télévision dite de service public.
Mais il faudrait aussi rappeler quelques uns des documentaires (excellents) qu'un certain POL réalisa à l'INA...