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Faire de l’enseignement supérieur un véritable bien public.

Les systèmes d’enseignement supérieur, à travers leur massification, ont entamé une mutation qui amène aujourd’hui la question de leur financement, à travers des débats sur les frais d’inscription, la place des financements privés ou plus largement les montants qui sont alloués à leurs budgets. Pour gagner les lourdes batailles qui s’annoncent, et assurer un financement public de l’enseignement supérieur permettant sa démocratisation, nous devons amplifier cette mutation pour faire de l’enseignement supérieur un véritable bien public.

 

Les politiques d’austérité frappent l’Europe de toute part. Plus généralement depuis les années 80 les politiques néo-libérales cherchent à réduire le champs d’action de l’état social. Ce contexte idéologique frappe de plein fouet des systèmes d’enseignement supérieur dont la massification, à travers l’augmentation des niveaux d’éducation, avait entraîné la nécessaire mutation. La dette colossale des étudiants étasuniens envers leur banque en est l’un des révélateurs.

Pour défendre un enseignement supérieur public et gratuit, les syndicats, dont j’ai fait partie, plaident pour la reconnaissance de l’éducation comme bien public. Cette revendication légitime apporte une réponse claire à la question du financement de l’éducation : puisque celle-ci profite à l’ensemble de la société, c’est la société dans son ensemble qui doit la financer. 

Dans le cas de l’enseignement supérieur, cela suppose que les activités des universités aient des retombées sur l’ensemble de la société, directement ou indirectement. C’est bien-sûr le cas à travers les emplois qualifiés dont notre société a besoin pour fonctionner. Mais d’un point de vue théorique comme d’un point de vue politique il serait extrêmement réducteur de se limiter à cet aspect. Il est notamment fondamental de ne pas négliger le rôle des universités auprès du grand public et celui des étudiants comme citoyens éclairés.

Car aujourd’hui comment sensibiliser l’opinion publique à la limitation des frais d’inscription et à l’augmentation des budgets de l’enseignement supérieur et de la recherche ? Comment limiter le développement des discours individualistes dans les débats sur le financement de l’enseignement supérieur, alors que les universités sont des espaces fermés sur eux-mêmes et que la majorité des étudiants accumulent leur savoir à titre individuel tel que le propose la théorie du capital humain ? 

Pour que ces débats, dont les plus violents sont à venir, aient l’issue que nous leurs souhaitons, il est fondamental de faire de l’enseignement supérieur un véritable bien public, dont les retombées sur la société sont indiscutables pour l’opinion publique. Les axes majeurs cités auparavant fourmillent de possibilités pour y participer.

 

Le rôle de l’université vis-à-vis du grand public d’abord. Les universitaires manquent de financements. Ils nous le disent souvent, notamment en sciences humaines et sociales. Mais quand est-ce que ces mêmes chercheurs ouvrent les fruits de leurs recherches au grand public ? Qui sont les universitaires qui font l’effort de la vulgarisation ? Pourquoi l’université n’est pas un lieu ouvert de débat et de culture, participant ainsi directement à la démocratisation du savoir ? 

Les universitaires doivent transmettre ce savoir en faisant l’effort de la vulgarisation et en faisant vivre leur université au sein de leurs territoires. Conférences, cours ouverts, débats, interventions dans les lycées etc.. Des exemples tels que les Children Universities en Grande-Bretagne ou la diffusion de cours en vidéo telles que le font certaines universités américaines montrent que les possibilités sont multiples pour faire de l’enseignement supérieur un véritable bien public capable de toucher toutes les classes sociales. Les technologies d’information et de communication sont d’ailleurs sur ce point un outil incroyable, que nos universités ne font pas l’effort d’exploiter.

 

C’est également aux étudiants de faire de l’enseignement supérieur un véritable bien public. Trop nombreux sont ceux qui défendent la gratuité de l’université en oubliant qu’être le détenteur du savoir qu’elle produit est un privilège qui donne la responsabilité de l’utiliser en citoyen éclairé. 

Je m’adresse ici aux étudiants, et notamment à ceux qui se destinent à la recherche en sciences humaines et sociales, et qui sont sensibilisés à ces enjeux. Il est si simple de critiquer les manques de financement dans la recherche et de ne garder ses fruits qu’entre initiés. Dans une société où le travail social est de plus en plus divisé, vous avez la chance d’occuper la place de ceux dont le temps est dédié au développement des outils nécessaires à la réflexion de la société sur le projet qu’elle souhaite. Ce privilège vous donne les armes qui permettent de faire vivre le débat public, et il vous donne par conséquent la responsabilité de les utiliser en vivant activement votre rôle de citoyen, ce que vous pouvez faire par une infinité de moyens.

Engagez vous en politique, à droite, à gauche. Créez votre association, rejoignez-en une, qu’elle soit de tarot ou de soutien scolaire. Organisez des débats, allez manifester, parlez de politique autour de vous, donnez votre avis et écoutez celui des autres. En un mot, faites de l’université un bien public en utilisant pleinement ce qu’elle vous transmet. Vous prendrez alors vos responsabilités envers la société et par la même occasion vous donnerez à vos représentants la légitimité de vous défendre.

 

Pour assurer un financement public durable de l’enseignement supérieur qui permette sa démocratisation, en faire un véritable bien public est la seule voie cohérente. De manière directe elle renforcerait considérablement la démocratisation du savoir, et, sur le long terme, elle est la seule piste sérieuse pour pouvoir revendiquer un financement public important et durable auprès de l’opinion publique.

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