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L'Allemagne à la pointe de la transition énergétique

Une production d'électricité d'origine éolienne et solaire parmi les premières d'Europe, une sortie assumée du nucléaire, des avances technologiques (sur la méthanisation par exemple), l'Allemagne est probablement le pays d'Europe et du monde qui est le plus avancé dans la transition énergétique, dans la sortie d'un système énergétique centralisé et dépendant de ressources d'origines fossiles. Elle est aussi le pays qui est le plus avancé dans la mise en place des "smarts grids", cet internet de l'énergie qui multiplient les infrastructures décentralisées de production et de distribution d'énergie.

 

Prenons un exemple (1) qui illustre la révolution silencieuse que connaît actuellement l'Allemagne et qui semble bien loin de notre point de vue hexagonal.

Un immeuble à Hambourg où habitent une cinquantaine de personnes. Au sous-sol, une machine, grande comme une grande chaudière. C'est une microcentrale à cogénération dotée de moteurs à gaz, d'une puissance de 34 kw thermiques pour 20 kw électriques, fabriqué par ... Volkswagen.  Elle produit de l'eau chaude pour un total de 4500 litres. De quoi alimenter tout l'immeuble en eau chaude sanitaire et en chauffage. Mais elle produit aussi de l'électricité pour l'équivalent de 13 foyers allemands moyens.

L'appareil est relié au réseau global électrique et contrôlé par le réseau de téléphonie mobile. L'entreprise qui la gère (Lichtblick) l'utilise pour produire de l'électricité quand la demande est la plus forte, quand son prix est au plus haut.

500 de ces machines sont déjà installées, l'équivalent d' 1 MW. Mais le but est d'installer à moyen terme 100 000 d'entre elles pour cumuler à 2 GW de puissance, l'équivalent de deux réacteurs nucléaires.

Ainsi, ces microcentrales se révèlent complémentaires de l'éolien et du solaire. Elles compensent l'irrégularité de leur production: une microgénération met une minute pour monter en pleine puissance quand une centrale nucléaire met 50 heures pour y arriver.

 

A terme, ces microcentrales vont se multiplier et compléter une offre d'énergies renouvelables de plus en plus diversifiée. Le courant produit est consommé à proximité limitant les pertes en lignes.

Ces microcentrales utilisent du gaz naturel d'origine fossile mais aussi -de plus en plus- du biogaz, du méthane renouvelable d'origine agricole le plus souvent. Elles utiliseront à l'avenir une part croissante de "gaz éolien", un méthane de synthèse produit à partir de l'électricité excédentaire produit en période creuse par les éoliennes et les parcs photovoltaïques. 

 

Cet exemple stimulant est aux antipodes de notre système français ultra-centralisé. Il préfigure une économie nouvelle où chacun s'y retrouve: l'exploitant gagne de l'argent avec ces microcentrales installées partout mais la copropriété de l'immeuble touche aussi une contrepartie pour la production électrique de sa centrale.

 

Ce n'est donc pas un hasard si le "pape" de la troisième révolution industrielle, le défenseur de l'internet de l'énergie (l'"internet energy"), Jeremy Rifkin, est un proche d'Angela Merkel. L'Allemagne constitue pour lui un laboratoire représentatif de ce qu'il imagine pour l'avenir de la planète : une production d'énergies décentralisée et renouvelable partout et pour tous.

 

L'exemple allemand a pourtant ses limites. Peut-on espérer voir ce modèle s'étendre aux autres pays européens? A court terme, la réponse est négative.

La transition énergétique a en effet un coût particulièrement important : installer partout des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, des cogénérations, des centrales à méthane représente un investissement qui se compte en milliards dépensés chaque année sur des décennies.

 

Or, l'Allemagne constitue une exception économique, particulièrement sur deux points (2).

-1-Avec un gonflement de l'excédent courant, atteignant 80 milliards d'euros au premier semestre 2012, soit 6% du PIB, avec un équilibre des finances fédérales permettant des marges de manoeuvres équivalant à 0,5% du PIB, notre voisin Outre-Rhin possède des leviers et des moyens financiers qui lui permette de continuer son investissement dans la transition énergétique, particulièrement par une fiscalité avantageuse. 

Ce n'est pas le cas de ses voisins et particulièrement de la France qui se débat avec un déficit budgétaire conséquent et une balance commerciale dramatiquement déficitaire.

 

-2-Le vieillissement accéléré de la population de notre voisin outre-Rhin a eu un effet inattendu : la stabilité des prix de l'immobilier. 

La France a gagné 4,9 millions d'habitants entre 2000 et 2012. L'Allemagne en a perdu 370 000 pendant le même temps. L'hexagone a vu, entre 1996 et 2010, les prix de l'immobilier multiplié par 2,5. L'Allemagne a connu, pendant la même période, un coût du logement stable.    

En 2011, en moyenne, un logement coûtait 1300 euros le mètre carré en Allemagne pour 3800 euros en France !

Conséquences de ce phénomène : les Allemands vivent bien mieux que les Français la période de modération salariale actuelle. 

Mais surtout, les Allemands ne sont pas aussi écrasés que les Français par des prêts immobiliers qui consomment une partie importante de leurs revenus. Les propriétaires allemands ont donc davantage de possibilités d'investir dans la transition énergétique que des propriétaires français moins fortunés et/ou plus endettés. 

L'Allemagne ne se contente donc pas d'avoir les moyens financiers de son ambitieuse transition énergétique. Cet avantage se conjugue avec une culture germanique plus favorable à l'écologie, plus perméable aux idées décentralisatrices. Au contraire, le scepticisme envers l'écologie et le Jacobinisme français facilitent le maintien d'un système énergétique centralisé.

 

Malthusianisme et décentralisation Outre-Rhin contre Jacobinisme et politique nataliste, la culture française ne nous prépare pas aussi bien que la culture allemande aux défis du futur. 

On peut raisonnablement s'en inquiéter. On peut aussi regarder en arrière. L'Histoire abonde de périodes où la France semblait en retard puis a su le combler ensuite très rapidement. Le Jacobinisme  a en effet l'avantage de permettre d'agir sur la totalité du territoire de manière concertée. 

Mais pour cela, il faudra que la France  retrouve des couleurs du point de vue économique,  que ses élites acceptent la nécessité de la transition écologique et que l'Etat imagine des politiques publiques efficientes qui ne pourront pas faire l'économie d'une stratégie fiscale environnementale innovante.  

 

Conclusion: dynamisme économique et modération des prix de l'immobilier constituent des atouts pour l'Allemagne.  Ces avantages lui permettent d'investir dans la transition énergétique.  La France devra faire preuve d'imagination si elle veut réaliser le même chemin.

 

 

 

 

(1) Cet exemple est tiré d'un excellent article de Vincent Boulanger de l'excellente revue la maison écologique (N° 71).

(2) Ces chiffres proviennent du N° 318 du mensuel Alternatives économiques.

Tous les commentaires

11/06/2013, 13:03 | Par lio_sit

Encore un article biaisé lire plutôt :

http://manicore.com/documentation/transition_allemagne.html

 

beaucoup plus objectif

11/06/2013, 13:13 | Par XipeTotec

En fait l'Allemagne vient d'exploser son bilan carbone...

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