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La dialectique ne suffit pas: mais où est passée la sagesse des philosophes ?

 

Si la philosophie, spécule sur ce que doit être "la vérité", pour engager l'homme vers une plus grande lucidité (voire Platon et le mythe de la caverne), elle semble avoir pour tâche première de dessiner le chemin de la sagesse. Or, dans une société qui devient de plus en plus « savante » et de plus en plus « folle », domine le tragique et le sentiment de l'absurde ; il est parfaitement légitime d'interroger les philosophes contemporains. Où est passé leur belle sagesse ? J'avais évoqué Camus, dans un précédent billet, avec sa manière de faire face à l'absurde...je voudrais ici, avec ce billet évoquer la pensée d'Edgar Morin, à partir d'un petit livre intitulé « amour, poésie, sagesse », publié en 1997, dans la collection points, Seuil.

 

Folie ou sagesse ?

 

Si nous trouvons une sagesse à la phrase de Shakespeare : « Le fou se croit sage, et le sage reconnaît lui même n'être qu'un fou », c'est précisément qu'en tout être humain le fou (demens) et le sage (sapiens) cohabitent. La folie ne se résume pas à une simple déviance pathologique. La domination des techno-sciences a fini par accréditer une sorte d’idéologie de la raison toute-puissante, conduisant à une folie, que rien ne semble pouvoir empêcher. Cette domination des techno- sciences a été rendue possible par un travail d'objectivation, et de mise à l'écart du sujet, de sa fantaisie, de ses affects, de sa singularité. Mais, à travers ce que Freud appelle le retour du refoulé, l’occident n'a pas réussi à se débarrasser de la folie. Si la sagesse est la raison, et la folie la déraison, il n'en demeure pas moins que la raison peut conduire à la folie (délire de rationalisation) et que la déraison peut avoir un rôle essentiel dans la créativité et la recherche, en osant sortir du conformisme, de la rentabilité, et des vérités établies. La phrase de Castoriadis « L'homme est cet animal fou dont la folie a inventé la raison » prend ici tout son sens.

 

 


Histoire de la sagesse

 

Par définition, la philosophie est l'amour de la sagesse. Que l'on prenne Socrate, le stoïcisme ou l'épicurisme, ce sont autant de règles pour une vie que l'on pourrait appeler « sage ». la question demeure de savoir si par être sage, il faut se détacher des plaisirs ou au contraire en jouir. Les modèles de sagesse diffèrent, mais ils comportent inévitablement une règle de vie, une volonté de lucidité, et l'incitation à ce que l'on pense être le bien. Au Moyen-Age, l'idée antique de sagesse s'estompe au profit de la piété, de la charité et de la sainteté. On peut étudier l'évolution du concept de sagesse dans la philosophie, de l'antiquité jusqu'à nos jours, mais il semble que « l'hégémonie de l'activisme et de la praxis dans le monde contemporain a éliminé toute idée de sagesse » E. Morin (op. Cité)

 

 

Un monde sans sagesse ?

 

Le monde occidental a inventé un modèle prométhéen de maîtrise, de conquête de la nature, qui écarte toute idée de sagesse. Le problème de la vie et de la mort est occulté. L'individualisme possède une face illuminée et claire : ce sont les libertés, les autonomies, la responsabilité. Mais il possède une face sombre, dont l'ombre s'accroit, chez nous : l'atomisation, la solitude, l'angoisse. Le mal-être s'accentue...dans le même temps on découvre que les relations entre l'esprit et le corps peuvent être perturbées. On a recours aux psychothérapies et aux psychanalystes mais également aux pratiques orientales, (yoga, méditation...). Et nous finissons par apprendre de l'une et l'autre de ses pratiques, l'importance d'une certaine distanciation part rapport à soi-même, d'un effort pour se désagripper de ce que l'on veut tenir compulsivement dans ses mains. Le « lâcher prise » du psy ou la pratique d'une méditation, qui, en orient, consiste à faire le vide ou le silence en soi, serait-elle la sagesse ?

 

 

Homo sapiens / demens

 

Il est devenu impossible de parler d'homo sapiens. On ne peut pas faire comme si l'homme se définissait par rapport aux autres animaux uniquement par ce mot « sapiens », qui signifie au minimum « raison » et au maximum « sagesse », impliquant que tout ce qui n'est pas raison et sagesse devait être considéré comme égarement provisoire, accidentel ou perturbateur, dû à l'insuffisance de l'éducation. Si on définit uniquement homo comme sapiens, on en occulte l'affectivité et on la disjoint de la raison intelligente. Or, il n'y a pas d'intelligence sans relation (voire Victor, l'enfant sauvage de l'Aveyron, décrit par Jean Itard, qui a tenté d'effectuer une rééducation sans grands résultats, et au sujet duquel Truffaut a fait un film) Et il n'y a pas de relation sans affects. Intelligence et affectivité sont corrélées..L'affectivité est à la fois ce qui nous aveugle et ce qui nous éclaire... Homo sapiens est donc aussi homo demens. (p.59)

 

 

L'exemple de la rationalité et de la rationalisation

 

« Rationalité et rationalisation sont issues de la même source, c'est-à-dire du besoin d'avoir une conception cohérente, justifiée par une argumentation fondée sur l'induction et la déduction. La rationalité recherche et vérifie l'adéquation entre le discours et l'objet du discours, mais la rationalisation, elle, s'enferme dans sa logique. A partir d'un postulat ou d'un constat limité, elle tire des conséquences logiques absolues en perdant, en cours de route, le support empirique. La rationalisation s'auto-confirme sans tenir compte de l'expérience ou des évènements du monde réel, par la seule cohérence de son propre discours. La rationalité, en revanche, accepte que ses propres théories soient « biodégradables », qu'elles puissent être éventuellement renversées par des arguments ou des évènements qui la contredisent.
Nous devons savoir, qu'il y a toujours un risque du délire de la raison. (P.64)

 

 

La dialogique : une prise en compte de la complexité

 

Être rationnel, ne serait-ce pas comprendre les limites de la rationalité et de la part de mystère du monde ? La rationalité est un outil merveilleux, mais il y a des choses qui excèdent l'esprit humain. La vie est un mixte d'irrationalisable et de rationalité. (p.66)... Tout comme l'homme est un mixte de sapiens et de demens. Il convient de prendre en compte cette complexité. Le concept dialogique évoque la fusion en une unité complexe de deux logiques différentes, complémentaires et antagonistes. Ce mot n'a pas d'héritage philosophique, scientifique ou épistémologique connu. Il apparaît comme réponse au défi de la complexité du réel qui met en échec nos logiques coutumières (aristotélicienne, cartésienne,etc...); il nécessite une révolution de la pensée et des mentalités. Un des apports majeurs de la pensée complexe est de faire surgir au cœur de notre conscience le problème de la contradiction au sein du réel, problème résolu dans la pensée classique soit par la liquidation de la contradiction comme voile de la simplicité du réel, soit par la hiérarchisation de diverses logiques débouchant sur une synthèse dont la teneur n'est rien de plus que l'élimination de la contradiction, donc de la diversité, soit encore par l'isolement ou l'enfermement de chaque logique. La dialogique va au-delà de la dialectique

 

 

Assumer les dialogiques humaines

 

a - Il y a une dialogique bonheur/malheur

Assumer les dialogiques humaines c'est assumer les contradictions. L'aptitude au bonheur, c'est l'aptitude au malheur...Aimer, c'est aussi souffrir...Si on a peur de souffrir on ne peut pas aimer vraiment...le Tao-tö-king dit « le malheur marche au bras du bonheur, le bonheur couche au pied du malheur »..

 

 

b- Il y a une dialogique prose/poésie.

« La vie est un tissu mêlé de « prose » et de « poésie ». On peut appeler « prose » les activités pratiques, techniques et matérielles qui sont nécessaires à l'existence. On peut appeler poésie ce qui nous met dans un état second (la poésie, la musique,, la danse, la jouissance, l'amour) Nous sommes dans une société qui tend à disjoindre prose et poésie et il y a une très grande offensive de prose liée au déferlement technique, mécanique, glacé, chronométré, où tout se paie.

 

 

c- Il y a une dialogique savoir/non-savoir

J'ai besoin de connaître, d'autant plus que les sciences apportent des révélations sur la vie, sur l'univers, sur la réalité...Mais jusqu'où mon besoin de connaissance est-il raisonnable ? Je sais qu'acquérir un savoir total est une tâche impossible. Je vois et je vis cette contradiction.

 


Finalement je crois que les grandes lignes de la sagesse se trouvent dans la volonté d'assumer les dialogiques humaines : la dialogique sapiens/demens, la dialogique prose/poésie.... (p76)

 

Tous les commentaires

Un cheminement éclairant qui se conclut par trois propositions dialogiques dont l'une me paraît lumineuse et tout à fait significative ( la b ).

. Bien sûr ! c'est Nietzsche qu'on trouve là-dessous... . jpylg

J'aime beaucoup Nietzsche, même si je ne le suis pas sur "tout"...pour la beauté de sa langue où se mêle philosophie et poésie ...pour le plaisir du texte comme aurait dit Roland Barthes, pour son audace, aussi...Ce que nous appelons "génie" est bien au cœur de cette dialogique "sapiens"/ "demens"

Merci pour ce commentaire, cher Claude

Cher Renard, Il y a beaucoup de choses avec lesquelles je suis en accord dans ce billet. Et même, à vrai dire, si l'on pouvait passer outre le voile des mots, je serai sans doute d'accord avec la quasi-totalité des idées. Seulement, comme les mots emportent les idées, leur usage constestable peut entrainer des raisonnemments contestables. Or il me semble qu'il y a bien un usage contestable des mots dans tout cela. D'abord, il me semble fort réducteur de nommer "folie" tout ce qui s'oppose à la raison technicienne qui se croit toute puissante (alors que c'est cette prétention qui, en réalité, est folle et irrationnelle). Il est aussi un autre usage de la raison, que l'on va alors devoir occulter, sauf à dire que la raison peut être "folle", et que c'est bien - ce qui n'est pas loin de rendre beaucoup plus obscur le discours! Pour le coup, l'opposition "sapiens/demens" me semble, présentée ainsi, fort binaire. "Rationalité et rationalisation sont issues de la même source, c'est-à-dire du besoin d'avoir une conception cohérente" ==> J'applaudis, puisque c'est personnellement tout ce que je demande. "Il apparaît comme réponse au défi de la complexité du réel qui met en échec nos logiques coutumières (aristotélicienne, cartésienne,etc...)" ==> J'applaudis encore, puisque je défends la logique platonicienne, qui n'a que très très peu été mis en application, Aristote ayant tout de suite tout emporté. "Un des apports majeurs de la pensée complexe est de faire surgir au cœur de notre conscience le problème de la contradiction au sein du réel, problème résolu dans la pensée classique soit par la liquidation de la contradiction comme voile de la simplicité du réel, soit par la hiérarchisation de diverses logiques débouchant sur une synthèse dont la teneur n'est rien de plus que l'élimination de la contradiction, donc de la diversité, soit encore par l'isolement ou l'enfermement de chaque logique." ==> Ici, je n'applaudis plus, et je suis même désolé qu'Edgar Morin soit resté Hegelien (et qu'il en ait gardé ce qui est tout simplement faux). Il croit que la réalité est réellement contradictoire et qu'il faut donc une logique de la contradiction... (ce qui, soit dit en passant, est contradictoire avec l'exigence précédente de cohérence - puisque la cohérence est l'absence de contradiction). Il est vraiment étonnant qu'il ait, lui aussi, confondu contradiction et complexité... La logique n'exclut que l'une, pas l'autre. Sauf à penser, par exemple, que la mécanique quantique ou la théorie de la relativité ne sont pas des choses complexes! J'attends toujours que l'on me montre où il existe une contradiction dans la réalité. Ce n'est pas ce qui est dit ensuite qui en montre. "Assumer les dialogiques humaines c'est assumer les contradictions. L'aptitude au bonheur, c'est l'aptitude au malheur...Aimer, c'est aussi souffrir...Si on a peur de souffrir on ne peut pas aimer vraiment...le Tao-tö-king dit « le malheur marche au bras du bonheur, le bonheur couche au pied du malheur »." ==> Il suffirait d'analyser chacun de ces exemples pour montrer qu'il y a peut-être des paradoxes, mais aucunement des contradictions. Par exemple, il n'est pas dans la définition d'"aimer" de ne pas souffrir, je ne vois donc pas en quoi il y a une contradiction à dire que l'on souffre d'aimer... Mais je vous renvoie à mon prochain billet qui montrera pourquoi la réalité ne peut pas être contradictoire.

1- « D'abord, il me semble fort réducteur de nommer "folie" tout ce qui s'oppose à la raison technicienne qui se croit toute puissante (alors que c'est cette prétention qui, en réalité, est folle et irrationnelle). Il est aussi un autre usage de la raison, que l'on va alors devoir occulter, sauf à dire que la raison peut être "folle", et que c'est bien - ce qui n'est pas loin de rendre beaucoup plus obscur le discours! Pour le coup, l'opposition "sapiens/demens" me semble, présentée ainsi, fort binaire. » ==> J'emploie les termes d'Edgar Morin....Il se peut comme vous le soulignez, que l'opposition sapiens/demens est présentée de manière fort binaire, mais elle a le mérite d'être présentée... J'entends pour ma part dans cette notion : l'opposition cognitif/affectif, raison/passion, sagesse/folie "Nous devons savoir, qu'il y a toujours un risque du délire de la raison." (P.64)

Cher Marc Lefrère, Vous êtes extraordinaire, il y a peut-être des paradoxes, mais jamais des contradictions dites-vous, or : Le paradoxe (substantif masculin) est une proposition qui contient ou semble contenir une contradiction logique, ou un raisonnement qui, bien que sans faille apparente, aboutit à une absurdité, ou encore, une situation qui contredit l'intuition commune. Le paradoxe est un puissant stimulant pour la réflexion. http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe On peut estimer, mon avis à juste titre, que la réalité n'est jamais contradictoire, le tout formant un ensemble impossible à dissocier, mais il en est bien sûr autrement de la perception de la réalité. Ainsi nous avons le malheur des uns qui fait le bonheur des autres, et toutes les palettes des goûts et des couleurs. La contradiction apparente, c'est le fondement du monde, l'étude l'évacue, la poursuite de l'étude admet sa nécessité pour qu'il y ait à la fois un étudiant, et quelque chose à étudier... Le petit a) de Renard blanc. Et il y aurait peut-être une fin de l'étude qui retrouve l'unité de tout cela, mais c'est une autre histoire.

"Et il y aurait peut-être une fin de l'étude qui retrouve l'unité de tout cela"... Passifou vous nous mettez l'eau à la bouche et la puce à l'oreille...

Cher Pierre, On s'intéresse sûrement aux même sujets, mais l'étude, parfois, ne fait qu'éloigner du sujet. Par exemple, à vouloir une vue globale, on s'écarte, jusqu'à ne plus rien distinguer, si l'on s'avance, c'est l'effet inverse. "Il faut voir les choses petites avec un regard vaste, et les choses grandes avec un regard étroit." Je retrouve mal la citation exacte de mémoire, Miyamoto Musashi, le livre des cinq roues. Bon, on est dans le sabre des épéistes japonais, mais on parle surtout d'esprit. Et rien qu'une telle phrase, si l'on veut accorder un minimum de foi à l'expérience d'un tel homme, est presque insoluble. A mon idée, je trouve déjà extraordinaire de pouvoir reconnaître une partie d'un problème. Bien à vous.

Merci pour votre billet qui éclaire ainsi d'une façon plus académique l'ignorant, sur certaines expériences vécues, mais ni pensées, ni mûries et analysées, pour être vraiment intégrées utilement. La dialogique, telle que vous la rapportez permet de penser autrement la conjonction, et la confrontation, entre l'acceptation, et le refus, entre la rencontre, et la séparation. Ce que nous ne cessons de vivre pratiquement à chaque instant. Là où la raison fait l'opposition, irréconciliable, et incline à une rigidité qui finit, toujours, mal, pour un des termes de l'opposition, on a enfin une possibilité d'harmonie. Votre a) prend alors tout son sens. L'aptitude au malheur fait l'aptitude au bonheur, en effet, indépendamment de la logique qui fait qu'être capable de résister au malheur, permet de le dépasser et d'atteindre ainsi à un bonheur, on saura que dans le malheur existe le germe du bonheur, qui fleurira dans la victoire de le dépasser. Ainsi, on saura que le bonheur, peut disparaître, et que sa fugacité est toujours prête à s'épanouir, par une extinction, à la naissance du malheur qui couvre si facilement ce sentiment dès lors que son objet peut-être modifié. La vie ayant pour vocation de s'écouler, qui ne peut songer à l'évanouissement de la jeunesse, et goûter la tristesse de perdre par avance, ce que l'on goûte si facilement de vitalité, dès lors qu'on le met en action, et qu'on chasse les idées noires? Il y a une logique qui voit l'unité partout, et surtout dans la diversité. Elle agglomère et sépare, et donne au chaos un ordre qui rassure, et permet ainsi de vivre mieux, et plus en accord avec la vérité de ce monde qui ne se présente que sous formes d'apparences, qu'on met un temps fou à démonter, avant de reconnaître leur vérité. Ainsi, par exemple, dans le zen, avant la pratique, la montagne est la montagne, pendant la pratique, la montagne n'est plus la montagne, et à la fin de la pratique, la montagne est à nouveau la montagne. Il y a donc une vérité, cette vérité est épuisée, une vérité nouvelle prend sa place. Or la vérité est égale à elle-même. Ainsi du voyageur qui revient à son point de départ, tout est pareil, mais pourtant le voyageur a changé.

2- " Il croit que la réalité est réellement contradictoire et qu'il faut donc une logique de la contradiction." - ==> La réalité n'est pas contradictoire puisqu'elle est « une »... Mais elle contient en elle, la contradiction de deux logiques qui cohabitent...En découlent « un compromis » entre ces logiques nécessaires à l'unité, et non l'effacement d'une logique au bénéfice d'une autre...

3- " Il n'est pas dans la définition d'"aimer" de ne pas souffrir, je ne vois donc pas en quoi il y a une contradiction à dire que l'on souffre d'aimer..." - ==> Le bonheur est-il possible sans amour ? Il est dans la définition du bonheur de ne pas être le malheur. Or, "le malheur marche au bras du bonheur, le bonheur couche au pied du malheur »."

4- "Je suis même désolé qu'Edgar Morin soit resté Hegelien (et qu'il en ait gardé ce qui est tout simplement faux). Il croit que la réalité est réellement contradictoire et qu'il faut donc une logique de la contradiction"... - ==> Le principe dialogique explique Edgar Morin « unit deux principes ou notions antagonistes, qui apparemment devraient se repousser l'un l'autre, mais qui sont indissociables et indispensables pour comprendre une même réalité ». Le phénomène de la dualité onde-corpuscule l'illustre selon lui. Il cite Blaise Pascal qui dit : « Le contraire d'une vérité n'est pas l'erreur, mais une vérité contraire » ou encore Bohr : « Le contraire d'une vérité triviale est une erreur stupide, mais le contraire d'une vérité profonde est toujours une autre vérité profonde. » Le problème est selon lui « d'unir des notions antagonistes pour penser les processus organisateurs et créateurs dans le monde complexe de la vie et de l'histoire humaine ».

"Le principe dialogique explique Edgar Morin « unit deux principes ou notions antagonistes, qui apparemment devraient se repousser l'un l'autre, mais qui sont indissociables et indispensables pour comprendre une même réalité » ==> Si l'antagonisme n'est qu'apparent, les deux principes peuvent en effet exister dans la réalité, mais cela n'est donc pas contraire au principe de non-contradiction, et ne requiert pas de sortir de ce principe logique fondamental. Si les extraits que vous donnez sont bien significatifs (ce dont je n'ai pas de raison de doute), le problème, vous le voyez, c'est l'ambiguité du langage : il emploie "contradiction" pour dire "contradiction apparente cad paradoxe", et en conclut ensuite qu'il faut apprendre à penser les contradictions réelles, donc sortir de la logique qui va avec le principe de non-contradiction - ce qui n'est pas de bonne conséquence et sera toujours impossible.

1- « Si l'antagonisme n'est qu'apparent, les deux principes peuvent en effet exister dans la réalité, mais cela n'est donc pas contraire au principe de non-contradiction, et ne requiert pas de sortir de ce principe logique fondamental. » - ==> Je vois l'antagonisme comme deux forces contraires, ayant chacune leur logique propre, qui agissent au sein de l'unité... Il y a forcément une logique qui constitue l'unité, mais cette logique est dialogique, elle est le fruit de l'affrontement de ces deux logiques, contraires et complémentaires, et elle ne peut se réduire à l'élimination d'une logique au détriment d'une autre, ce que propose la dialectique - 2- Le langage emploie "contradiction" pour dire "contradiction apparente cad paradoxe", et en conclut ensuite qu'il faut apprendre à penser les contradictions réelles, donc sortir de la logique qui va avec le principe de non-contradiction - ce qui n'est pas de bonne conséquence et sera toujours impossible. - ==> Ici, nous employons les termes de "logiques contradictoires et complémentaires" au sein de l'unité...ce qui oblige à penser l'unité comme soumise à un rapport de forces contradictoires d'où émerge une dialogique qui ne peut pas être appréhendée par l'élimination de l'une de ses logiques interne au détriment de l'autre.

la gauche et la droite, le haut et le bas par exemple participent entre autre à notre orientation dans l'espace ?

"aimer, c'est souffrir", dites-vous. Cela suppose qu'il est dans l'essence même de l'amour de faire souffrir. Or ce n'est pas le cas. La souffrance vient des circonstances qui entourent l'amour. Ensuite, vous dites : le bonheur n'est pas possible dans amour. Or le bonheur n'est pas possible dans la souffrance. Puisque l'amour fait souffrir, le bonheur est contradictoire. Admettons : vous avez démontré que le bonheur parfait est impossible. Et non pas qu'il existe dans la réalité, que la réalité est contradictoire, et qu'il faut abandonner la logique de la non-contradiction.

Aimer c'est "aussi" souffrir, ai-je dit... L'important est dans le "aussi" que vous occultez. Je pense plutôt avoir suggéré l'existence d'une dialogique bonheur/malheur lié au concept d'amour en montrant que ce concept ne pouvait se réduire ni à la seule logique du bonheur, ni à la seule logique du malheur...La contradiction est au cœur même du concept d'amour

de la chimie l'amour, rien de philosophique la dedans, c'est purement cartésien.

"La réalité n'est pas contradictoire puisqu'elle est « une »... Mais elle contient en elle, la contradiction de deux logiques qui cohabitent...En découlent « un compromis » entre ces logiques nécessaires à l'unité, et non l'effacement d'une logique au bénéfice d'une autre..." ==> Je ne vois pas pourquoi il y aurait "deux logiques" irréductibles à une unité supérieure si : - elles doivent trouver un compromis (elles seraient donc alors en fait complémentaires) - la réalité elle-même est une et non contradictoire (pourquoi alors faudrait-il dépasser la logique de non-contradiction? Pour penser l'irréel?)

" Je ne vois pas pourquoi il y aurait "deux logiques" irréductibles à une unité supérieure si : - elles doivent trouver un compromis (elles seraient donc alors en fait complémentaires) - la réalité elle-même est une et non contradictoire (pourquoi alors faudrait-il dépasser la logique de non-contradiction? Pour penser l'irréel?)" - ==> Il y a une logique (dialogique) résultant d'un rapport de force entre deux logiques contradictoires. Si bien qu'il n'est pas possible d'accéder à la la logique de l'unité, en privilégiant une seule logique, au détriment de l'autre...ce que nous propose la dialectique

. Pointer, pour revenir me nourrir l'esprit, après la sustentation du corps.

Voilà un billet très riche Renarblanc. Votre vision de l'oeuvre d'Edgar Morin est ici articulée avec une grande clarté. Toutefois je ne comprends pas cette phrase : - "Tout comme l'homme est un mixte de sapiens et de demens." Cette hypothèse, je la considère comme vraie. " Il convient de prendre en compte cette complexité." Je l'entends bien. - Mais là franchement, je cale sur le concept dialogique: - Le concept dialogique évoque la fusion en une unité complexe de deux logiques différentes, complémentaires et antagonistes. Je comprends qu'il s'agit ici de la "logique" du sapiens et la "logique" du demens. - La logique du sapiens s'entend dans sa définition de l'étude visant les implications rigoureuses du discours ou encore dans l'étude des concepts, jugements et raisonnements considérés abstraitement et sans considération des objets qu'ils désignent. - Alors que la "logique" accolée au mot "demens" échappe totalement à cette définition. J'ai l'impression que l'on ne peut donc parler ici de logique mais de fonctionnement propre au demens... - Je en vois pas en quoi on pourrait alors parler de la fusion de deux logiques différentes, le démens par définition n'est et ne reste le demens que parce qu'il ne répond pas à la logique. Pourquoi vouloir mettre du rationnel dans ce qui par définition n'en a pas? - Je ne comprends pas.

Excellent question Brocéliande... Il y a dans toute folie une cohérence, qui parait à l'homme raisonnable incohérence... Il faut entendre dans le terme "dialogique", une logique soumise à deux principes contradictoires ayant chacun leur logique propre. Il ne s'agit pas de parler de la fusion de deux logiques contradictoires, mais de considérer que la logique de l'ensemble (la dialogique) doit "faire avec" ces deux logiques contradictoires, et qu'il n'est pas possible de décrire le réel en ne conservant qu'une seule logique après en avoir éliminé l'autre.

.

il faut qu'il y ait un avant et un aprés, le présent n'est rien qu'un instant illusoire entre ces deux instants illusoires.

"Il y a dans toute folie une cohérence, qui parait à l'homme raisonnable incohérence.." C'est joliment dit, toutefois. Comment pouvez vous trouver de la cohérence dans ce qui est part définition incohérent? vous pouvez être en droit de soupçonner une cohérence qui ne vous est pas encore connue. je dirais une certaine cohésion entre les éléments de cette même incohérence qui laisserait entrevoir une possible cohérence, sortant alors ce que jusqu'alors vous appeliez la folie. Quant à faire avec le demens... on fait ça tous les jours, Y compris de décrire la part de folie du réel qui se compose aussi de ce qu'on ne maîtrise pas, ce qu'on ne connait pas. ce qu'on a pas encore amené à la raison.

Le propre de la psychanalyse, Brocéliande, c'est d'aller chercher une cohérence cachée derrière les actes apparemment incohérents du sujet...La cohérence est à chercher à travers une configuration d'éléments liés à l'histoire du sujet, à sa manière de donner du sens à ce qu'il est en train de vivre, à sa manière d'organiser ses systèmes de défense, et à sa personnalité....peut-être aussi à sa culture, etc..

@Renarblanc, - Le propre de la psychanalyse, Brocéliande, c'est d'aller chercher une cohérence cachée derrière les actes apparemment incohérents du sujet...La cohérence est à chercher à travers une configuration d'éléments liés à l'histoire du sujet, à sa manière de donner du sens à ce qu'il est en train de vivre, à sa manière d'organiser ses systèmes de défense, et à sa personnalité....peut-être aussi à sa culture, etc.. Je suis ravie de vous l'entendre dire Renarblanc. Si donc la psychanalyse cherche un système cohérent afin d'expliquer ce qui peut sembler à première vue incohérent, c'est qu'elle entend rationaliser - rendre à la raison, au logos - ce qui peut être perçue à première vue comme fou -demens. Elle entend bien elle ainsi s'en référer à une pensée cohérence, appartenant à la raison. La folie n'a donc pas de cohérence en soi. - C'est pour cela que je ne vois toujours pas où se trouve la "logique" du demens, logique, comme elle est définie plus haut. Les définitions ont de la valeur. Quel intérêt à partir de cela, y aurait-il à construire, comme l'entend le faire Edgar Morin un "concept dialogique" de deux logiques où je n'en vois toujours qu'une et une immense méconnaissance du monde qui lui échappe encore, sinon pour toujours. Reconnaître que je ne peux compter jusqu'à l'infini, ne remet pas en cause mes tables de multiplication. C'est reconnaître que l'infini est une donnée qui m'est nécessaire pour compter mais qui n'est pas accessible par définition. Reconnaître que la logique ne peut pas encore m'aider à tout expliquer, ne veut pas dire que l'idée de logique n'est pas bonne mais que pour l'instant, elle ne peut tout expliquer au vu de l'état de mes connaissances. Mais je reste toujours dans le logos.

@ Brocéliande 1- La psychanalyse entend « rationaliser », je ne vois pas qui aurait prétendu le contraire. Décrire les « limites » de la raison, dire notamment qu'il n'y a pas de « raison pure » et que plusieurs « logiques » sont à l'œuvre dans la raison, puisque « sapiens » est liée à « demens » pour faire homo, ce n'est pas négliger la raison -- 2- La logique du demens n'est pas celle du sapiens...Il y a une cohérence de la passion, ou du délire. Une très forte angoisse entraine tout à fait logiquement des comportements défensifs qui semblent incohérents aux yeux de l'homme ordinaire...Les relations d'implication de causes à effets, présentes dans le raisonnement du demens ne sont pas les mêmes que celles qui habitent le raisonnement du sapiens, mais ce sont bien des relations d'implication logique.... -- 3- Le concept « dialogique » permet de prendre en compte la complexité du réel. Si je décris l'homme uniquement comme sapiens, je ne décris pas la réalité de l'homme...Je décris un « idéal » et non une « vérité »...ce faisant je m'aveugle à toute une partie de la vérité

Cher Renard, pour répondre à votre 2. vous dites La logique du demens n'est pas celle du sapiens. Je vous répondrais : la nature du demens n'est pas celle du sapiens... par définition. "des comportements défensifs qui semblent incohérents aux yeux de l'homme ordinaire"... mais pas à ceux du savant qui a pour objet la folie, qui lui sait. Il y a donc pour lui une cohérence qui tient du sapiens (raison), du raisonnement, lorsqu'il observe un homme fou. Il peut dire, il y a une logique (au sens commun du terme) dans tout cela, parce que j'ai démontré ceci ou cela. mais il ne parle pas de logique formelle du demens. Je ne décris absolument pas l'homme comme uniquement sapiens. J'entends rendre à César ce qui lui appartient, et la logique au sapiens... toujours par définition. Rire. Une chose est sûre en tout cas. Nous n'avons absolument pas la même façon de raisonner. Et je ne décris pas l'homme uniquement comme sapiens, - je le trouve aussi fou que vous - sans pour cela passer par le concept "dialogique" qui me semble en lui-même contenir une aberration : celle d'une logique du demens qui serait comme prétendre qu'un invertébré possède une colonne vertébrale, ou qu'une vérité peut être relative. C'est une affaire de domaine, de classement... rire.... et laissons donc "l'homme idéal', autre aberration, à Hitler.

Chère Brocéliande Ce n'est pas si simple...Il y a l'homme soumis à deux pôles antagonistes (sapiens / demens) « Homo est sapiens-demens. Il n'est pas seulement raisonnant, raisonnable, calculateur, il est aussi porté à la démesure et au délire. Il n'y a pas de frontière claire entre rationalité et délire car l'affectivité les recouvre tous deux. Il n'y a pas non plus de frontière à l'intérieur de l'affectivité qui puisse indiquer à quel moment celle-ci devient immodérée et délirante. Kostas Axelos écrit : «L'énorme besoin d'affection et de tendresse qui habite l'homme depuis son enfance et jusqu'à sa mort se mélange quasi inexorablement avec des manifestations de violence, de cruauté et de sauvagerie. [Kostas Axelos, "Pour une éthique problématique", Minuit, 1972]» Aussi, sagesse et folie, rationalité et démence ne voisinent pas «sagement» en nous. Il n'y a donc pas de frontière claire entre sapiens et demens parce qu'il n'y a pas de frontière claire entre l'affectivité, la passion, la démesure, le délire. Il nous faut donc assumer la dialogique raison -passion. Assumer la dialogique raison-passion signifie garder toujours la raison comme veilleuse, c'est-à-dire entretenir toujours la petite flamme de la conscience rationnelle jusque dans l'exaltation de la passion. C'est vivre, sans jamais le laisser se dégrader, un jeu en yin yang entre raison et passion, qui non seulement les maintient l'une en l'autre, mais où l'excroissance de l'une stimule la croissance de l'autre. La rationalité est nécessaire pour pouvoir détecter l'erreur et l'illusion dans la passion, lui donner la lucidité qui lui évite de chavirer dans le délire, mais seule peut le faire une raison qui réfléchit et agit sur elle-même. La passion est nécessaire à l'humanisation de la raison, qui l'empêche de sombrer elle-même dans une abstraction devenant délirante. Raison et passion peuvent et doivent se corriger l'une l'autre. Nous pouvons à la fois raisonner nos passions et passionner notre raison » (Edgar Morin, "La Méthode", Livre VI, "Ethique", éditions du Seuil, Paris, novembre 2004, page 153).

folie ou sagesse, l'une et l'autre sont semblables, seul la réussite dans l'action permet de disctinguer l'un de l'autres. il ne faut pas se fier au discours, l'homme un crétois qui ne sait que dire des mensonges, même quant il croit-être dans le vrai. l'idée vaux ce qu'elle vaux pour le sages ou pour le fou, ce qui est certains est que l'un commme l'autre en ont beaucoup.. mais seul le sage triomphe des difficultées, là ou le fou ne fait que s'embourber dans ses fausses idées vraies. . comme vous le dites, la raison ne préserve pas de la folie, et la folie ne signifie pas forcément quel'on soit stupide... le sage est l'homme prudent, qui a apparis bien se connaitre lui-même, les autres et le monde pour toujours de tel manière qu'il ne nuise pas à autrui pa hasard, ou sans de très bonne raison. le fou lui parle beaucoup trop, agit sans réfléchir de trop et finit avec les deux pieds dans les fers de ses propres passions, la ou le sage ayant appris a se connaitre, n'est pas duppe de sa propre bétise, ou de son carractère, et ne en concience sais savoir dire "non" au piège délicieux que lui tend la vie. . contradiction, parradoxe? le parradoxe est une contradiction qui tourne en rond à l'infini, un oeuf et une poule qui se regarde tout en se dispustant à jamais la prenière place. la contradiction est l'éssence du monde, c'est un principe premier qui sous-tend toute la dynamique du monde, de l'univers,enfin presque, si l'on accepte les brisures de symétries. . la logique du monde est une symétrie inverse simple, le mal s'oppose au bien, bomme la douleur au plaisir, de même les bornes positives et négative d'un aimant, l'homme et la femme, l'hémisphère droit et notre hémisphère gauche. la terre elle même est en équilibre dynamique, le vent tourne dans un sens dans l'hémisphère nord et dans l'autres dans l'hémisphère sud... mais que l'on retourne la terre dans l'autre sens et l'on s'appercevra que les vents du sud tournait en vérité dans le même que ceux du nord et vice-versa. il y a tant d'exemple, le noir ne vaux que par le blanc, et ce sont les ombres et les brillance qui font toute l'illusions de volume en peinture. . là est l'idée de relativité donc de subjectivité dans les équations de physique, tout s'oppose a tout mais au final tout est la demi-part manquante de sa demi-part inverse. quels bon amis font homme et femmes, quel bon amis font mes mains toujours prette à s'aider l'une l'autres, au besoin. position relative, gauche et droite ne que deux versants d'une même montagne et l'on ne peux connaitre l'une sans connaitre l'autre en même temps. . folie déraison, ou sont les sages, il est sans doute avec une lampes à la main courant les rues en cherchant parmit tous ceux digne d'être appellé Homme. n'est-ce point pure folie que cela chez ce grand singe tueur qu'est Sapiens??

"Je vois l'antagonisme comme deux forces contraires, ayant chacune leur logique propre, qui agissent au sein de l'unité... Il y a forcément une logique qui constitue l'unité, mais cette logique est dialogique, elle est le fruit de l'affrontement de ces deux logiques, contraires et complémentaires, et elle ne peut se réduire à l'élimination d'une logique au détriment d'une autre, ce que propose la dialectique" ==> la dialectique se propose uniquement de détruire toute pensée dont le contenu correspond à une impossibilité (un mort vivant, un cercle carré, du blanc noir, de la neige chaude, bref : ce qui est proprement contradictoire, au sens logique du terme). La seule "logique" qui s'opposerait à elle (mais on ne peut plus appeler cela une logique) serait donc une méthode qui nous autoriserait à penser comme vrai l'impossible. Je veux bien... mais je ne pourrai pas prendre cela très au sérieux. ==> Qu'il y ait des forces contraires à l'oeuvre dans la réalité ne rend pas possible l'impossible, cad le contradictoire. Je relève votre réponse à Brocéliande : "Il y a dans toute folie une cohérence, qui parait à l'homme raisonnable incohérence... " Mais qui peut donc expliquer la cohérence de la folie? Un fou? Et qui pourra donc la comprendre? des fous? Il me semble que la cohérence se comprend toujours par une étude rationnelle des choses. Il n'est pas besoin de supposer deux logiques antagonistes; la logique rationnelle rend compte de l'autre.

@ Marc 1- « La seule "logique" qui s'opposerait à la dialectique (mais on ne peut plus appeler cela une logique) serait donc une méthode qui nous autoriserait à penser comme vrai l'impossible. » -- ==> Je suis absolument d'accord avec vous. La dialogique n'est pas une logique c'est un concept qui permet de prendre en compte la complexité du réel. Cela montre que le réel ne peut pas se réduire à une seule logique ; il y a de l'impossibilité à saisir ce réel dans sa totalité. Voilà ce que dit Edgar Morin. « Premier type de malentendu. A de nombreuses reprises, il m'est apparu qu'on avait de moi la vision d'un esprit se voulant synthétique, se voulant systématique, se voulant global, se voulant intégratif, se voulant unifiant, se voulant affirmatif, se voulant suffisant. On a l'impression que je suis quelqu'un qui a élaboré un paradigme qu'il sort de sa poche en disant : « Voilà ce qu'il faut adorer, et brûlez les anciennes tables de la Loi ». Ainsi, à plusieurs reprises, on m'a attribué la conception d'une complexité parfaite que j'opposerais à la simplification absolue. Or, l'idée même de complexité comporte en elle l'impossibilité d'unifier, l'impossibilité d'achèvement, une part d'incertitude, une part d'indécidabilité, et la reconnaissance du tête-à-tête final avec l'indicible. Cela ne veut pas dire pour autant que la complexité se confond avec le relativisme absolu, le scepticisme du type Feyerabend... » et encore « Si je commence à m'analyser, il y a en moi une tension, soit pathétique, soit ridicule entre deux pulsions intellectuelles contraires. C'est, d'une part l'effort infatigable pour articuler les savoirs dispersés, l'effort vers le remembrement et, d'autre part, en même temps, le contre-mouvement qui détruit tout cela. A de nombreuses reprises, et depuis très longtemps, j'ai cité cette phrase d'Adorno : « La totalité est la non-vérité », parole merveilleuse venant de quelqu'un qui s'est formé dans la pensée hegelienne, c'est-à-dire mû par l'aspiration à la totalité. Je crois que l'aspiration à la totalité est une aspiration à la vérité, et que la reconnaissance de l'impossibilité de la totalité est une vérité très importante »

2- « Il me semble que la cohérence se comprend toujours par une étude rationnelle des choses. Il n'est pas besoin de supposer deux logiques antagonistes; la logique rationnelle rend compte de l'autre. » - ==> Absolument...La cohérence se comprend toujours par une étude rationnelle des choses... mais dans le réel, il y a des cohérences qui répondent à des principes différents ; et nous pouvons imaginer ces principes, comme des forces antagonistes à l'œuvre sous l'unité...Étudier les différentes cohérences nous renseigne sur les différents principes...Cela rend bien évidemment problématique votre affirmation, « dialectiquement démontrée », selon laquelle « la connaissance est possible » ; non pas que toute connaissance soit illusion, erreur, mirage ou falsification, mais que les bribes de connaissances ne sont pas « la connaissance », en ce qu'elle ne peuvent rendre compte du tout.

Cher Renard, Je vous redonne une nouvelle fois la définition de la logique à laquelle je me réfère, définition appliquée ici à la philosophie : "Science relative aux processus de la pensée rationnelle (induction, déduction, hypothèse p. ex.) et à la formulation discursive des vérités." Je soupçonne fort que nous n'ayons pas la même. Pourriez-vous, s'il vous plaît me donner la vôtre, ou plus exactement celle à laquelle se réfère Edgar Morin., lorsqu'il parle sa dialogique, ce "concept qui évoque la fusion en une unité complexe de deux logiques différentes, complémentaires et antagonistes". Il se pourrait que nos deux définitions enfin mise l'une en face de l'autre, nous levions un coin de burka.

Chère Brocéliande, Nous partageons, je crois la même définition de la logique. Il s'agit de l'étude des règles formelles que doit respecter toute déduction correcte, ou de la « science relative aux processus de la pensée rationnelle et à la formulation discursive des vérités. » Mais il apparaît à la suite des travaux du mathématicien Gödel, que la logique trouve ses propres limites en s'appuyant sur ses propres méthodes. La logique est effectivement condition nécessaire de l'efficacité pratique de la pensée car une pensée incohérente est pratiquement nulle ; mais la logique n'est pas condition suffisante de la pertinence de la pensée. Le caractère logique d'un système ne prouve pas sa pertinence face à une situation particulière : un délire peut être cohérent et avoir sa propre logique

Une fois encore, Renarblanc, un excellent billet que vous nous sortez là et une nouvelle piste de réflexions : je ne sais plus quel grand penseur a déclaré "on ne peut pas être sage si on n'a pas déjà connu la folie", mais je sais ce que La Rochefoucault déclarait : "qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit". C'est dire que la dichotomie homo sapiens/demens n'est sans doute pas si dichotomique que cela. Homo sapiens ne signifie d'ailleurs pas à proprement parler "homme sage" mais "homme qui pense" (= qui creuse dans sa tête). Il ne s'oppose donc pas à la folie (car de nombreux hommes pensants ne sont pas pour autant empêchés de sombrer dans la folie) mais à l'"homo erectus", homme définitivement redressé par rapport au singe. Pour les paléontologues, L'homo sapiens se caractérise par l'apparition d'une pensée complexe, pas par la sagesse : réalisations techniques et artistiques, langage articulé, etc... La démence est en revanche un trouble psychologique grave qui peut affecter des personnes dotées d'une pensée élaborée mais qui entraine une conduite aberrante et déraisonnable : ex. vouloir couper la tête de son voisin pour lui remettre les idées à l'endroit. peut-être un lien avec la définition d'Einstein : "la folie est de toujours se comporter de la même manière et de s'attendre à un résultat différent" ? cordialement

j'apprécie beaucoup votre commentaire cher Lincunable. Il est toujours bon, sinon indispensable de revenir au sens des mots. J'aime beaucoup l'image de "d'homme qui creuse dans sa tête" et celle d'Einstein. C'est fort drôle... et j'aime bien la malice et le rire

A la suite de votre commentaire, Lincunable, il est intéressant d'aborder le personnage du savant fou à travers la littérature. Personnage complexe, le savant fou renvoie à une opposition remontant à l'Antiquité qui perçoit folie et génie comme deux notions complémentaires. Cette complémentarité perdure et se nourrit des crises épistémologiques qui bouleversent la perception que l'être humain a du monde et de lui-même. La figure du savant fou cristallise de nombreuses peurs diffuses qui peuvent être d'ordre politique, social, religieux, économique ou idéologique et qui ont trait à la possibilité même de se définir en tant qu'être humain (Collins, Doyle, Stevenson, Stoker, Machen, Wells, voire les alchimistes de Hawthorne).

Oui, c'est bien à tous ces apprentis-sorciers que je pensais, Renarblanc : l'homme artificiel du Dr Frankenstein ou l'île artificielle du Dr Moreau dont la science est conduite sans conscience. Mais on pourrait aussi parler de tous ces penseurs et créateurs qui ont un jour ou l'autre sombré dans la folie, ce que le professeur Jacques Rogé appelle "Syndrome de Nietsche" = Artaud, Althusser, Nerval, Van gogh, Hölderlin, Strindberg, voire le musicien Robert Schumann... http://www.ammppu.org/litterature/nietzsche/syndr_nietzsche.htm

Merci à vous Brocéliande pour votre bonne humeur ...et votre sens de la rigueur !

@ Renard 1) Vous dites : "il y a de l'impossibilité à saisir ce réel dans sa totalité." Mais vous avez dit avant : "La dialogique n'est pas une logique c'est un concept qui permet de prendre en compte la complexité du réel." ==> N'y a-t-il pas contradiction à prétendre à la fois que le réel ne peut pas être saisie dans sa totalité et, pour "combler" cela, élaborer un "nouveau" concept? Il me semble que si c'est impossible, c'est impossible, point. Et aucun concept n'est à rajouter pour essayer de "penser" malgré tout cette complexité du tout. ==> Ce concept, comment l'utiliserons-nous, si ce n'est pas "avec logique"? Faudra-t-il chercher à dire des absurdités avec? ==> En ce cas, comment savoir si on a raison de le faire? 2) "l'idée même de complexité comporte en elle l'impossibilité d'unifier, l'impossibilité d'achèvement, une part d'incertitude" ==> Il est heureux qu'il le précise, car ce n'est pas du tout le sens littéral du terme. Et on voit alors que c'est la pensée seule qui peut essayer d'être "complexe" en ce sens, mais pas la réalité. Car celle-ci est toujours une. 3) .".. mais dans le réel, il y a des cohérences qui répondent à des principes différents"==> Je ne vois pas comment il peut y avoir cohérence s'il y a contradiction logique. Vos "forces antagonistes" ne sont pas contradictoires, au sens logique, sinon elles ne pourraient pas exister ensemble : ce n'est pas la même chose qui pousse dans un sens, et qui pousse dans le sens contraire. Par exemple, la pulsion de mort et la pulsion de vie sont bien des pulsions contraires, mais ce n'est pas la même pulsion qui porte à la mort et qui en même temps, envisagée sous le même rapport, porte à la vie. Parce que si c'était la même chose dans le même temps, envisagée sous le même rapport, bref si tout est identique, on ne pourrait pas dire qu'elle porte à des choses contraires. Ce ne sont donc pas des pulsions contradictoires. Et c'est donc en vain que vous vous opposez à la dialectique. C'est simplement un malentendu sur le mot "contradictoire". De toute façon, sans cela, on ne peut plus rien penser, même la complexité. (Puisqu'après tout, si la contradiction et l'absurdité sont permises, je peux bien vous dire que la réalité n'est pas du tout complexe et je ne vois plus ce qui vous autorise à soutenir davantage le contraire - comme à soutenir davantage n'importe quelle proposition sur n'importe quel sujet).

@ Marc 1- Il y a une tragédie de la pensée condamnée à affronter des contradictions sans pouvoir jamais les liquider, et ce sentiment tragique va de pair avec la recherche d'un méta-niveau où l'on puisse « dépasser » la contradiction sans la nier. Mais le méta-niveau n'est pas celui de la synthèse accomplie ; le méta-niveau comporte, lui aussi ses brèches, ses incertitudes et ses problèmes. Nous sommes emportés dans l'aventure infinie de la connaissance... Il n'y a pas prétention à réussir la mission impossible. Il s'agit juste de chercher à défricher un cheminement où il serait possible qu'il y ait une réorganisation et un développement de la connaissance. « Vient un moment où les choses changent et ce qui semblait impossible devient possible. Ne vous moquez pas trop des Icare de l'esprit. Mon idée est que nous sommes dans la préhistoire de l'esprit humain. C'est une idée très optimiste » (p.134)

2) « l'idée même de complexité comporte en elle l'impossibilité d'unifier, l'impossibilité d'achèvement, une part d'incertitude" - Il est heureux qu'il le précise, car ce n'est pas du tout le sens littéral du terme. Et on voit alors que c'est la pensée seule qui peut essayer d'être "complexe" en ce sens, mais pas la réalité. Car celle-ci est toujours une. » - La complexité du réel n'est pas à démontrer et c'est pour prendre un compte cette complexité qu'Edgar Morin nous invite à une pensée complexe. ==> La pensée complexe ne conduit pas à l'élimination de la simplicité. Elle apparaît où la pensée simplifiante défaille, mais elle intègre en elle tout ce qui met de l'ordre, de la clarté, de la distinction, de la précision dans la connaissance. Alors que la pensée simplifiante désintègre la complexité du réel, la pensée complexe intègre le plus possible les modes simplifiants de pensée mais refuse les conséquences mutilantes, réductrices, « unidimensionnalisantes » et finalement aveuglantes, d'une simplification qui se prend pour le reflet de ce qu'il y a de réel dans le monde... ==> La pensée complexe est animée par une tension permanente entre l'aspiration à un savoir non parcellaire, non cloisonné, non réducteur, et la reconnaissance de l'inachèvement et de l'incomplétude de toute connaissance

3- a) Par exemple, la pulsion de mort et la pulsion de vie sont bien des pulsions contraires, mais ce n'est pas la même pulsion qui porte à la mort et qui en même temps, envisagée sous le même rapport, porte à la vie. ==> A ceci près qu'on peut dire aussi que la pulsion porte en elle la pulsion de vie et la pulsion de mort, Eros et Thanatos s’affrontant pour l’éternité : « toute activité psychologique est de nature conflictuelle » écrit Freud. Les 2 pulsions restent étroitement intriquées, jamais l’une sans l’autre : « une opposition entre une théorie optimiste de la vie et une théorie pessimiste n’entre pas en ligne de compte, seule l’action conjuguée et antinomique des 2 pulsions Eros et Thanatos explique la bigarrure des manifestations de la vie, aucune de ces 2 pulsions n’agit jamais seule » écrit-il en 1937 dans les “Nouvelles conférences”.

3-b) « Et c'est donc en vain que vous vous opposez à la dialectique. C'est simplement un malentendu sur le mot "contradictoire". » - ==> Dire que la dialectique ne suffit plus, ce n'est pas s'opposer à la dialectique, c'est en reconnaître les limites pour prendre un compte la complexité du réel

Ce n'est pas sous le MEME aspect que la pulsion est pulsion de vie et pulsion de mort. Il n'y a donc pas de contradiction qui nécessiterait, pour être pensée (comme si on pouvait penser quelque chose dans une contradiction) de dépasser la dialectique. Ce qui est identique ne peut pas être différent à ce à quoi il est identique, sous l'aspect où il lui est identique. De même, ce qui est différent ne peut pas être identique à ce à quoi il est différent, sous l'aspect où il lui est différent. En revanche, ce qui est identique peut aussi être différent, mais sous un autre point de vue que celui où il est identique. Et ce qui est différent peut aussi être identique, mais sous un autre point de vue que celui où il est différent. Sinon il faut dire que "identité" signifie la même chose que "différence" -et à ce moment là en effet on prétendra "assumer" une contradiction, mais en fait on ne pensera plus rien. Car refuser cela c'est refuser non seulement la dialectique mais toute pensée qui puisse avoir un sens compréhensible.

Le principe de plaisir est au service de Thanatos puisqu'il veut la mort de la pulsion ; le principe de réalité est au service d'Eros, puisqu'il oppose un interdit à la pulsion de mort, pour conserver la vitalité du désir...

Cher Marc, Un mot, identité ne signifie pas la même chose que différence, oui, d'accord, mais c'est la même chose, ce qui est très différent. Signifier n'est pas être. Refuser la parenté de l'identité et de la différence, empêche l'existence. C'est parce que nous sommes à la fois identiques et différents que nous sommes, dans ce monde. C'est parce que ce monde n'existe pas encore comme il est, qu'il cesse d'exister comme il était, qu'il existe maintenant. une identité de nature, trois états d'être, et pourtant, en fait un seul. "Car refuser cela c'est refuser non seulement la dialectique mais toute pensée qui puisse avoir un sens compréhensible." Pas question de refuser la dialectique, bien au contraire. Mais elle s'arrête à moment donné. Et votre proposition est tout à fait recevable: on se met à refuser des pensées qui ont un sens compréhensible. En fait, c'est aussi l'inverse, on commence d'accepter des pensées qui puissent avoir un sens incompréhensible. Une cacophonie de représentation, ou un délire, cela ne vous rappelle rien, par exemple, le langage des rêves, ou simplement ces instants parfaits, où si l'on ne pense pas, on agit pourtant dans l'exact sens que demande la situation? Bien sûr il y a la psychose, possible, ou pas très loin dans ces parages. Il y a un risque.

Passifou, votre message est sage.

Merci, bien, trop d'honneur, Lincunable

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