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Du mépris de la langue et de la culture à l'idéal totalitaire
On connaît le mot du président sur la « Princesse de Clèves », ses écarts de langage (« casse toi, pauvre con», « si y en a qu'ça les démange... »), son usage de la confusion des concepts, celui de la manipulation de l'histoire ... Il faut voir dans cette pratique, non un simple effet de style, mais un véritable glissement vers l'idéal totalitaire
La culture, pourquoi faire ?
La culture est un héritage, transmis par les ancêtres...Cet héritage sert de contenant à nos représentations, qu'il s'agisse de nous-mêmes, de nos affects, ou du monde...Bien entendu cet héritage n'est pas figé, et il appartient à chaque génération de le faire évoluer, de l'enrichir, de l'adapter pour faire face aux situations nouvelles auxquelles nous sommes confrontés...et il nous appartient également de le transmettre à la génération suivante...
La culture nous aide a comprendre, à penser, à donner du sens à ce que nous vivons...Avec elle nous restons en relation avec les ancêtres que nous n'avons jamais connus...avec elle, nous avons un cadre pour échanger avec nos contemporains...avec elle nous sommes un sujet singulier en lien avec les autres...
Décontenancer la pensée
Le mépris de la culture chez un homme politique a un but : décontenancer la pensée (au sens de Gibello) et renvoyer les sujets singuliers au vide vertigineux du non-sens, pour les pousser vers le « tout en un », la fusion dans le « grand tout », si chère aux dictateurs.
Souvenons -nous de la phrase de Goebbels « Lorsque j'entends le mot culture, je sors mon revolver »...Souvenons-nous de la novlangue du dictateur, Big Brother, décrite par Georges Orwell... il faut donner au concept le sens de son contraire...ainsi « la liberté, c'est l'esclavage, la guerre c'est la paix, etc... »... Cette dé-construction de la langue a pour but d'anéantir son contenant pour laisser son contenu se répandre dans le grand Tout. Les mots perdent alors leur sens en entrant dans la confusion et en disant la même chose que ce qu'ils ne disent pas... Il s'agit de priver les sujets de parole en les laissant interdits. Comment peut-on alors penser, si l'on est privé des mots et de la « représentation » dont ils sont porteurs ?..Le dictateur peut alors poser sa propre pensée comme étant celle de tous, et le tour est joué...Il s'agit bien de dé-construire la langue symbolique qui reconnaît le sujet singulier pour élaborer un objet commun, avec lequel il est possible de rencontrer les autres en créant un sentiment d'appartenance commune, pour y substituer une langue diabolique, qui supprime l'altérité pour confondre dans le tout, en écrasant le sujet. Attaquer la langue et la culture peut rencontrer un certain écho chez l'homme, car il renvoie à l'ambivalence amour/haine avec laquelle il s'attache à elles.
La haine de la culture
La haine de la culture ne fait que traduire la blessure narcissique éprouvée dans la rencontre avec l'autre, ce semblable-différent, qui, par son existence même, renvoie au sujet « l'interdit de son propre désir de toute-puissance »...Ce désir, dont nous n'avons jamais fini de faire le deuil, qui est enfoui dans l'inconscient et qui menace à tout instant de faire retour. On voit comment notre président souffre de cet interdit, et comment le retour du refoulé s'exprime, chez lui, de manière totalement décomplexée : il veut être tout, il est à la fois l'opposition et la majorité, les ministres et les députés, les ouvriers et les milliardaires, etc...La haine de la culture est donc une haine de l'autre qui renvoie l'homme aux limites de sa puissance, et à une angoisse, décrite par Winnicott, chez le petit enfant comme « inimaginable ».
La haine de l'enseignant
L'enseignant est chargé de transmettre la langue et la culture. Il est forcément l'objet du mépris du pouvoir...Comment peut-il enseigner lorsque le modèle identificatoire donné par le premier personnage de l'état, est celui de l'inculte, qui parle une langue détruite ?
La résistance se joue aussi ici, sur la défense de la langue et de la culture


Tous les commentaires
Très beau billet. Mais, qu'est ce que "la langue" et "la culture"? Quelles critères définissent ce qui est "langue" ou "culture", et ce qui ne l'est pas, ou pas vraiment? Les échanges en langage MSN entre ados font-ils partie de la langue, de la culture, ou pas? Et de quel droit pourrait-on dire qu'ils n'en font pas partie? Là ou je vous rejoins parfaitement, c'est sur l'inclinaison totalitaire projeté par l'utilisation de la novlangue chez Sarko, Bush, Kim Jong-Il ... Mais les causes sont, pour ces trois exemple, sans doute assez différentes: autant chez Sarko il s'agit d'un style visant à constamment déséquilibrer le public (et surtout ses adversaires politiques) lui conférant ainsi une posture à géométrie variable difficile à combattre, autant chez Bush c'est (c'était) du vrai crétinisme sous manipulation néoconservatrice, et que seul Kim Jong-Il peut réellement se vanter d'appliquer la méthode orwellienne en connaissance de cause.
Très bon billet. Mais les résistances ne viennent pas que du pouvoir. "La culture est un héritage, transmis par les ancêtres" Voilà un autre aspect du problème ; la culture suppose que "les ancetres" aient encore quelque chose à nous apprendre et qu'il vaille la peine de le transmettre. Cela suppose encore que ce que produit spontanément une génération n'est pas nécessairement de valeur égale à ce qui devrait être transmis et est le fruit de la maturation des temps. Autant de suppositions qui semblent de plus en plus inadmissibles à une certaine mentalité moderne (on pourrait dire "progressiste", au sens où une certaine croyance au progrès induit une dévalorisation du passé au profit de la foi en l'avenir, mais comme ce terme est fort connoté politiquement, je risque d'être mal compris).
Quelle que soit notre approche de la culture, qu'elle soit conservatrice (peur du changement et sacralisation des acquis, freinant l'évolution au risque d'inadéquation à l'actuel) ou progressiste (l'héritage se modifie, évolue, s'enrichit, en vue d'une meilleure adaptation à l'actuel), la culture a toujours la même fonction : elle nous aide à comprendre, à penser, à donner du sens à ce que nous vivons, à être un sujet singulier capable d'entrer en relation avec les ancêtres et avec les contemporains. Elle constitue un « contenant de pensée ». Et nul ne peut s'en passer pour comprendre et agir sur soi et sur l'environnement. Cela dit, c'est un héritage que l'on doit s'approprier, ce qui ne peut se faire dans la magie de l'immédiateté. La quête du savoir culturel oblige à une quête toujours inachevée, souvent laborieuse (qui demande un effort), incapable de supprimer l'incertain, parce que le savoir humain n'est pas absolu... Les résistances à la culture sont de plusieurs ordres mais elles reviennent tous à la haine de l'interdit de la toute-puissance, au rêve d'un savoir total et immédiat, supprimant le doute et l'effort, c'est-à-dire à la haine de l'autre (qu'il soit ancêtre ou contemporain). Ce n'est donc pas sur la fonction de la culture et du langage que s'opposent progressistes et conservateurs, c'est sur la possibilité de modifier l'objet dont on hérite et le risque alors encouru. En revanche les forces destructrices contre la culture, sont liées au désir de toute-puissance, présent en chacun, et dont il convient de faire le deuil. On comprend l'ambivalence (amour/haine qui en résulte – voire Mélanie Klein), et la tentation de son refus
"la culture a toujours la même fonction : elle nous aide à comprendre, à penser, à donner du sens à ce que nous vivons, à être un sujet singulier capable d'entrer en relation avec les ancêtres et avec les contemporains. Elle constitue un « contenant de pensée ». Et nul ne peut s'en passer pour comprendre et agir sur soi et sur l'environnement." Je suis tout à fait d'accord avec cela. Mais qu'il est difficile de le faire comprendre! Pour parler de mon petit cas personnel, je suis aussi professeur de latin, et vous imaginerez facilement, je pense, quelles réticences fréquentes je rencontre de la part de certains élèves qui se demandent bien en quoi il peut encore être utile d'apprendre cette langue! Comme vous le dites par ailleurs, la culture dévoile ses trésors en dehors de l'immédiateté. Il y faut de la patience et des efforts (et un peu de bonne volonté). Les technologies de communication rapide et de "zapping" permanent n'y aident pas toujours (ceci pour faire un petit lien avec le sujet de mon billet où vous avez eu l'amabilité de laisser un commentaire!). D'un point de vue psychologique, il est bien possible, comme vous l'expliquez, qu'il y ait derrière le refus de la culture un désir de toute-puissance. Sans doute à lier à l'idée de l'efficacité. Tout doit être immédiatement efficace et opérationnel, pour ne pas déranger cette volonté de puissance. La frénésie des "évaluations" (des autres) de notre président peut peut-être y trouver aussi une explication.
Le désir de toute-puissance nous porte vers un savoir absolu et immédiat. L'interdit de ce désir permet une sublimation, c'est-à-dire un déplacement de ce désir vers un autre objet, un savoir relatif et médiat...mais cela ne se passe pas sans blessure narcissique ni « angoisse inimaginable »...dans ce contexte il convient de faire un travail de deuil de l'objet total, pour que ce désir puisse s'investir sur l'objet « symbolique » permettant le rêve d'un savoir en perpétuelle évolution... L'exemple donné par le pouvoir est précisément celui du zapping permanent, des technologies de communication (la communication prime sur le travail de la pensée), de la rentabilité immédiate, etc... La recherche fondamentale, non immédiatement rentable est attaquée...En tant que professeur de latin, vous vous heurtez à des réticences fréquentes de la part de certains élèves, que le pouvoir actuel peut renforcer et reprendre à son compte ! Il me semble que l'omniprésident se pose en modèle et en partisan de la toute-puissance, et du zapping, contre la culture... Quant à la frénésie des évaluations, elles font parties d'une stratégie développée par Dardo Dardot P. et Laval C., dans "La nouvelle raison du monde", Ed. La Découverte, 2009, pour produire un néo-sujet...Le néo-sujet suppose une dé-construction de l'ancien par la mise en situation de vulnérabilité, et l'élaboration d'un nouveau Surmoi...Cette dé-construction consiste à affirmer de manière péremptoire la nullité des personnes (les profs sont nuls, les chercheurs sont nuls, les magistrats sont nuls, etc...), avant d'annoncer des évaluations tous azimuts, tout en affirmant l'obligation de résultats, et en se défaussant d'une obligation de moyens à mettre en œuvre... Or, précisément si je prends l'exemple de la recherche et de l'enseignement, il ne peut y avoir d'obligation de résultats... La pédagogie n'est pas toute puissante, et la recherche peut très bien ne pas aboutir, ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas avancée de la science, par élimination des hypothèses...Mais la nullité posée au départ part les diatribes du président et de ses relais renvoie le sujet à une culpabilité, associée à l'obligation de résultats, le fragilise et le culpabilise au moment de l'évaluation... Il y a de plus un déplacement des valeurs...La culture n'est plus au centre de l'enseignement... on se gausse de la « princesse de Clèves », on cherche à expliquer aux profs d'histoire ce qu'il faut enseigner – même si cela à peu de choses à voir avec l'idée que se font les historiens de l'Histoire –, on supprime les réseaux d'aides spécialisées, on désavoue le résultat des cinquante dernières années de recherche en Sciences de l'éducation... La quête de savoir n'est plus au centre de la recherche scientifique...on y place la rentabilité... ce faisant on diminue dans le même temps les moyens... Dés lors le sujet est aux prises avec sa culpabilité...il ne sait plus très bien ce qu'on évalue...on lui demande à son tour d'évaluer...il ne sait plus très bien ce qu'il doit évaluer...et petit à petit, il s'isole...ne peut plus résister sans se désigner lui-même comme « mauvais professionnel ». Il se soumet à l'idéologie ambiante...D'où l'importance d'organiser la résistance.
Je vous remercie vraiment de votre observation, Vincent Verschoore... Comment vous répondre sur "les critères" ? J'en suis bien incapable...Je souligne simplement que c'est la fonction symbolique de la langue et de la culture, qui se trouve attaquée. La langue évolue sans cesse et il y a plusieurs niveaux de langue (soutenu, courant, familier). Parler un langage « familier » en exerçant une fonction de président est une manière de se présenter comme étant à la fois « de la France d'en bas » et « de la France d'en haut », c'est-à-dire comme étant « tout ». Ce brouillage des niveaux de la langue traduisent le mépris de la fonction linguistique. D'autre part utiliser un concept dans le sens de son contraire, avec l'intonation de l'évidence, vise à annihiler la langue dans sa « fonction symbolique » : l'objet culturel commun permet à des sujets singuliers, tous différents, de se parler et de se comprendre, malgré cette singularité inhérente à leur subjectivité. L'objectif de l'attaque de cette fonction est d'y substituer une autre fonction, « diabolique », ou il est question de nier la singularité pour confondre chacun dans le tout, ce qui est exactement la forme du totalitarisme. Enfin, le mépris de la culture ne se contente pas des attaques contre la littérature dont la fonction est de permettre au sujet de s'identifier, de contenir ses affects, de se les représenter, etc... Il s'attaque également au savoir (mépris de le recherche et de la connaissance – en Histoire, en Biologie, en Sciences de l'Education, etc... Pour vous répondre, donc : ce que j'appelle "culture" ici, c'est le "patrimoine commun constitué à travers le savoir et l'art" (je sais qu'on peut élargir le concept, mais c'est cette dimension qui me semble attaquée), et ce que j'appelle "langue", c'est "l'objet culturel commun dont la fonction est de reconnaitre les sujets singuliers pour leur permettre de se parler et de se comprendre"
Existe t-il alors une langue et une culture totalitaire? Les citoyens des pays totalitaires utilisent eux-même une langue à tiroirs leur permettant de communiquer précisément sur le fond, en utilisant une forme détournée n'ayant à priori rien à voir avec ce fond, pour éviter de se faire remarquer par les autorités. Ne trouve t-on pas déjà les prémices de la .novlangue dans le politiquement correct?
Oui, il existe une langue et une culture totalitaire, niant l'individu, lui refusant le statut de sujet/acteur de sa propre vie en l'enfermant dans une pensée collective, basée sur la magie de l'évidence, du simplisme et de l'immédiateté... Les citoyens des pays totalitaires, peuvent utiliser une « contre langue », si et seulement si, ils parviennent à ne pas intérioriser la langue officielle...Mais il ne s'agit alors que d'un petit nombre de citoyens...Car la novlangue a pour effet le « lavage de cerveau » et l'empêchement de penser. On trouve des traces du désir de toute-puissance dans de nombreux discours...y compris dans une société démocratique, chez les personnes de pouvoir (certains professeurs, politiques, médecins, scientifiques, etc...), mais également chez le citoyen lambda... Cela est dû à l'ambivalence (amour/haine) liée à la culture, et à l'autre, qui représente l'interdit du désir de toute puissance... Dans ce contexte, le « politiquement correct » est un avatar de cette tendance, et est à dénoncer comme tel...mais ce n'est pas encore la novlangue...les prémices ? Peut-être...
Oui, la langue et la culture totalitaire ont un nom : les cotes d'écoutes (l'audimat). Elles nivellent au plus petit commun dénominateur et relèguent à « l'élitisme » l'essentiel tout de ce qui peut être apprécié en compagnie de têtes bien faites. Disparaissent de nos antennes et de nos écrans un savoir essentiel avec le départ des porteurs parce que pas assez vendeur.
ce constat me semble juste, je pense toutefois qu'il convient de distinguer deux choses : le fond et la forme la forme putassière de l'exercice du pouvoir selon sarkozy reflète-t-elle concrêtement une stratégie d'atteinte à l'intelligence, à la culture, aux notions qui permettent de construire une cohésion complexe ou bien cette forme d'expression non préméditée est-elle simplement l'incapacité à formuler une approche complexe des choses les réduisant à une certaine forme d'autoritarisme et de barbarie. la volonté de puissance est au centre du projet libéral et capitaliste, cette volonté de puissance s'exprime alors par la négation de ce qui lui permet d'exister, ou par la volonté d'un compromis d'une force qui s'exprime par une recherche d'harmonie et non de dirigisme. la volonté de créer de la confusion et de nuire au sens , à la compréhension, notamment par le populisme dont certains discours font preuve, renvoient à l'idée de simplismes qui se voudraient être synonymes d'un certain bon sens pour valider une vision du monde se voulant plus simple mais qui devient simpliste.
Pour vous répondre, Jlamo je suggèrerais qu'une action humaine peut être consciente et/ou inconsciente en fonction du Surmoi ou de l'autorité du sujet, chargée de l'interdit à intérioriser. Si elle est consciente, c'est une stratégie, si elle est inconsciente elle n'est pas simplement incapacité à formuler une approche complète des choses, mais elle traduit un désir caché à soi-même. Il importe peu ici de connaître le niveau d'intentionnalité consciente ou non. Le résultat de cette pratique est un glissement vers le totalitarisme et ce glissement relève soit d'une stratégie, soit d'un désir secret que nous appellerons un retour du refoulé, le désir de toute puissance. Au concept nietzschéen de « volonté de puissance », je préfère celui de Freud de « désir de toute-puissance ». Il convient bien à notre "omniprésident". Ce désir là est présent en chacun, et il nous faut en faire le deuil pour accepter une vie sociale. Il peut être sublimé vers le symbolique, mais demeure présent dans le travail du rêve, et fonctionne alors comme le moteur de la quête de savoir. Le risque est qu'il peut toujours faire retour dans le réel... D'où l'importance de contre-pouvoirs. Je suis entièrement d'accord avec vous lorsque vous évoquez le populisme comme moyen de créer la confusion et de nuire au sens en flattant la simplicité pour faire du simplisme et s'aveugler à la complexité..
la part de conscience ou d'inconscience est utile à prendre en compte dans cette critique du sarkozysme je veux dire par cela que d'aprés la crainte d'un totalitarisme qui se construit dabord essentiellement dans les esprits soit l'expression de cette politique est symptomatique de notre difficulté à penser le monde, et de construire un discours cohérent soit elle affirme concrêtement nous en empêcher, en créant de la confusion, en méprisant le savoir et la connaissance rien de tel pour avoir une main d'oeuvre serviable et docile de lui empêcher de se construire une conscience la question pour moi revient de savoir si cette volonté est délibérée de construire une image du monde bling bling, c'est à dire arrogante, creuse, et autoritaire ou bien si réellement, ces personnes n'ont d'autres ambitions, d'autres moyens. de toute façon, le niveau intellectuel et d'intérêt pour la culture des gens de droite étant ce qu'il est, on ne peut que conclure d'avoir affaire à des thénardiers, la plupart du temps incultes et autoritaires , que de préférer à ces responsabilités des personnes imaginatives et riches de valeurs humaines.
Cher Jlamo, L'UMP est le parti de l'Ordre. Au pays de l'Ordre, la culture sert avant tout à occuper (et si possible lobotomiser) les masses pendant leur temps libre, et accessoirement aux élites pour paraître intelligent et "cultivé" lors des soirées mondaines.
c'est consternant, le monde avance à reculons , avec de nouvelles possibilités de communiquer, de créer, de partager et vivre ensemble, de mieux comprendre le monde et de comprendre notre existence d'être libres on assiste à l'inverse, plutot que de partager des films et des produits culturelles, de la connaissance on se retrouve à devoir se défendre de ne pas être un pirate de l'internet , c'est à dire potentiellement tout le monde. plutot que de permettre un nouvel élan pour se libérer collectivement de tout ce qui rend l'existence difficile à savoir le travail, la pauvreté, l'ennui, la différence la société française semble prendre le chemin contraire, incompréhension, stigmatisation, cloisonnement, restriction des libertés, et retour en arrière de la pensée.
Avons-nous une difficulté à penser le monde et à élaborer un discours cohérent ? Sommes-nous déjà emprisonnés dans la novlangue ? Je ne sais...Je pense que la novlangue fascine et tétanise, mais qu'elle ne nous a pas encore emprisonnés, et qu'il nous appartient de trouver des parades et d'élaborer un discours...mais, il y a urgence...l'espace se réduit, l'air devient de moins en moins respirable...
en ce qui me concerne , je souhaiterais être au delà des clivages politiques tout en prenant en compte leur héritage et enseignement libéralisme ? capitalisme ? communisme toutes ces différentes façons de voir le monde résument notre modernité qui se définit avant tout par la marchandisation et au sein de cette marchandisation malheureusement aucune morale, la question de l'humanisme est laissée au rencard philosophiquement et politiquement peu nous importe de piller les richesses naturelles ou de spolier des populations ou des catégories de population dès lors que la machine économique et technologique, administrative semble se maintenir avec malheureusment des terribles conséquences comme on l'observe actuellement le capitalisme en fait prétend construire le bonheur de façon unilatérale et insolente, bornée, par une compétition permanente et un dépassement de notre condition communiquer vitesse lumière, avec le monde, voyager à 500 km/h, rester infiniment jeune, sans cesse justifier d'une effervescence qui serait la clef de notre émancipation science sans conscience n'est que ruine de l'ame d'une certaine façon le projet de notre société est toujours celle du surhomme , de l'eugénisme, de la bio génétique notre équilibre synonyme d'émancipation se pourrait et se devrait d'être différent, nous pourrions devenir maitre de notre destin et de notre nature non pas en souhaitant en dompter les principes, se faire dieu à la place de dieu, devenir l'équivalent de demiurges par la science, mais de comprendre le fonctionnement de cette nature et de notre place au sein de ce mécanisme.
la révolution morale et intellectuelle qu'initie l'esprit des lumières et de la révolution française, de l'humanisme consiste avant tout essentiellement à se défaire du dogme de la religion , qui est la question centrale de notre fonctionnement politique jusqu'alors nous étions des créatures de dieu, et puis vient la raison, qui nous permet d'avoir la foi mais de croire également en la science, de douter, de se permettre de demander des explications, de ne plus être dans une situation d'obscurantisme béat dès lors l'homme possède la possibilité de remettre en question ce qui semblait une chose établie, l'ordre morale et transcendant du religieux. ainsi également se définissent les libertés, la liberté de ne plus être l'instrument d'un dieu-créateur mais de pouvoir s'en détacher, de n'être qu'une créature au sein d'un univers ou " on croit ce que l'on voit ". la religion est toujours source de déséquilibres au sein de notre société, puisque l'humanisme et la liberté de chercher et de comprendre n'ont pas permis d'apporter des réponses satisfaisantes qui pourraient contredire les différents dogmes et leur influence. sans la présence de ces béquilles morales et métaphysiques l'homme est livré à lui-même sans un ordre transcendant autre qui guide son développement. quel but représente la vie ? d'attendre le jugement dernier, de souhaiter atteindre le paradis ? on ne sait pas trop je pense que la raison première de la vie est relativement pernicieuse elle nous encourage à vivre dans un monde imparfait, tout en nous proposant d'améliorer ce monde ou de souhaiter trouver le bonheur dans un ailleurs relativement fictif. la liberté pourrait être de concevoir que notre but n'est autre que de construire un équilibre, un paradis dans le monde que nous connaisssons, qui nous est offert sans trop savoir pour quelle raison, et dont nous devenons progressivement responsables pour construire notre bonheur, celui de permettre à la vie de se maintenir et de s'améliorer pour l'ensemble de notre humanité.
Plus aucun politique ne peut prétendre construire le bonheur... Je ne pense pas que le bonheur soit une « affaire politique »... le bonheur n'est-il pas une affaire personnelle, protéiforme, différente pour chacun, et, donc, non généralisable ? Capitalisme, libéralisme, néolibéralisme les systèmes politiques visent à gérer l'angoisse, issue du « manque » et de la « confrontation à la rareté » à travers la répartition des biens... les nuances se font, et ce n'est pas mince, dans le système de répartition des richesses, dans les règles édictées, dans les valeurs mises en avant... Les hommes sont portés par le désir certes, refoulé, mais qui fait constamment retour, de la toute-puissance...Et c'est contre ce désir qu'ils doivent constamment se battre pour y opposer un interdit...qu'il s'agisse de la politique ou de la science...vous le dites vous-même, il ne s'agit pas de se faire dieu à la place de dieu...or, le rêve de l'homme, plus ou moins enfoui, plus ou moins caché, c'est bien de se faire dieu...et c'est bien ce qui lui est interdit...C'est bien là que s'inscrit la fonction de la loi. La loi des hommes doit se substituer à la loi de la jungle, qui est l'absence de loi, c'est-à-dire la loi du plus fort, chacun cherchant, pour être tout, à supprimer l'autre, qui, par définition, constitue une menace, puisqu'il désire également être tout. Il nous faut donc travailler au deuil de ce désir, pour pouvoir investir dans des valeurs qui puissent prendre en compte l'altérité, la reconnaissance de l'autre, ce semblable-différent, toujours emprunt d'une « inquiétante étrangeté » (Freud), pour développer une « capacité de sollicitude » (Winnicott), débouchant sur une véritable solidarité... Les lumières nous conduisent vers ce difficile combat et les droits de l'homme constituent le germe d'une critique de soi..., même s'ils ne constituent pas une politique, même s'ils sont parfois utilisés par des faussaires, même si le désir de toute-puissance peut quand même faire retour de manière perverse.
il ne sagit pas tant de l'idée de se faire dieu que d'être ce que nous sommes nous sommes individuellement et collectivement une partie de la création qui nous a prévu perfectibles le but de la vie est : la vie nous sommes relativement imparfaits et de plus en plus perfectibles pour quelles raisons ne parvenons nous pas à définir un ordre commun, une morale de fonctionnement qui nous garantisse une amélioration et nous protège de nos angoisses, de nos désordres. cette morale est chaotique, non linéaire, l'ensemble de nos interactions s'organisent d'aprés un fonctionnement chaotique, comme la vie elle même contrairement à l'un tout ce qui existe n'existe que par, justifié par, tout semble posséder une fonction, dès la naissance de l'univers , l'explosion du big bang si cette théorie est crédible, se déclenche par la fonction de développer l'énergie, de donner un espace-temps à une énergie. tout est lié, une plante sert à transformer les gaz carboniques, et permettre de créer de l'oxygène, oxygéne qui permettra de créer des amibes, puis des protozoaires, qui créront par la suite un biotope qui fonctionne par quelquechose pour quelquechose les animaux mangent pour vivre , ils ne vivent pas pour manger, le but est donc la vie . permettre de créer une conscience au sein de la vie, du fonctionnement biologique qui nous précède pour faire éclore et maintenir une conscience. ce que nous sommes ? est donc un système complexe chaotique interrelié à un organisme biologique au sein du monde physique pour permettre un fonctionnement qui tend vers la perfectibilité d'une harmonie. cette perfectibilité et cette harmonie existent au sein de notre humanité, de façon naturelle, tout est équilibré, possède un ordre, cet ordre est chaotique, au sens non linéaire, c'est à dire que l'ensemble du système dans lequel nous vivons influe et se modifie selon les actes individuelles et les comportements collectifs qui définissent notre équilibre politique et biologique. on ne s'en sort pas , il n'y a pas de porte de sortie, si vous voulez traverser l'espace pour trouver des réponses et un équilibre il nous faudra puiser de l'energie et construire des machines, cela demandera une action pour créer ces machines et puiser cette énergie, on déshabille paul pour habiller jacques, et puis votre quantité d'énergie sera limitée et votre voyage au confin de la galaxie le sera également, en revanche si vous trouvez le moyen de générer cette énergie , le voyage pourra être infini l'humanité fonctionne grace à l'énergie, tout ce qui nous fabrique est énergie et nous permet de vivre également , l'équilibre de cette énergie est chaotique, on ne peut pas en puiser indéfiniment sans en comprendre le principe qui nous organise et s'équilibre , nos interactions se contredisent, alors que notre recherche est commune et collective, ces interactions se contredisent parceque la recherche essentielle d'énergie est vitale pour tous et définit notre survie, ce pourquoi les conflits et les incompréhensions. si l'on parvient à comprendre que cette énergie n'est pas limitée, l'énergie est partout dans l'univers et devrait amplement suffire à permettre à l'humanité de se maintenir, qu'il nous serait préférable de ne pas se battre pour s'en partager une infime quantité mais d'en comprendre le fonctionnement pour la mettre à notre service. il n'y aurait plus de guerres, plus de haines, nous serions libres de vivre ensemble et de partager tout ce dont la vie a mis à notre service.
Dans le prolongement à votre réflexion, je vous suggère de parcourir Le Malaise dans la civilisation, de Sigmund Freud (1929)
Dans le prolongement à votre réflexion, je vous suggère de parcourir le Malaise dans la civilisation, de Sigmund Freud (1929)
A propos de culture et de transmission de celle-ci, et de son utilité pour la citoyenneté : Que serait un pays qui, actuellement, ne développerait plus le secteur des sciences humaines ? En pleines mutations planétaires, réfléchir sur l'humain et le social, avec d'autres buts que le marketing, ce serait de trop, inutile, pour ce pays là ?
L'avis de Xavier Lafon**, vice-président du secteur lettres et sciences humaines de l’Université de Provence : «Le CNRS est en train d’être démantelé du côté des équipes de lettres et de sciences humaines ; sur le plan international, nous allons nous faire doubler par les Suisses et les Belges : il y a de quoi être désespéré pour l’avenir du secteur des sciences humaines, dit-il. La responsabilité des politiques est énorme, pas seulement du côté du gouvernement mais aussi du fait du silence assourdissant de l’opposition.»
** relevé dans l'article de Mediapart : http://www.mediapart.fr/journal/france/090509/bras-de-fer-autour-des-examens-l-universite-de-provence-aix-marseille-i
Et bien, Chère Fantie B., je partage votre inquiétude... Un pays qui ne développerait plus le secteur des sciences humaines ne pourrait pas aller bien loin. La nature ayant horreur du vide, les sciences humaines seraient remplacées par des pseudo sciences, dont la fonction seraient de confirmer le désir du pouvoir (repérage des délinquants à 3 ans), retour du la religiosité ("la république a besoin de croyants"), falsification de l'histoire, etc... C'est exactement ce vers quoi nous glissons
Merci pour ce billet. Peut-être faut-il insister sur le fait que la culture et la langue ne se transmettent pas comme des objets physiques (tels des draps ou des couverts) mais à travers la réappropriation et la regénération par les nouvelles générations (voire les redécouvertes). D'où l'importance sociale particulière des institutions plus spécialement chargées de cette transmission.
En un sens, il faut remercier Sarkozy: il aura beaucoup fait pour la lecture de La Princesse de Clèves au début du 21ème siècle, et c'est en cela un véritable bienfaiteur des lettres.
Je partage tout à fait votre commentaire sur le travail d'appropriation, de réappropriation et de regénération de l'héritage culturel, ainsi que sur l'importance sociale des institutions chargées de la transmission, qui sont aujourd'hui tellement malmenées. Vive la Princesse de Clèves...
excellent billet . juste une petite remarque très mineure destinée au rétablissement de la vérité historique : La phrase " lorsque j'entends le mot culture je sors mon revolver !", n'est pas de Goebbels mais a été prononcée par Baldur von Schirarch, chef des Jeunesses du Reich allemand dans un meeting autour de 1939. L'auteur véritable en serait un écrivain allemand Hanns Johst qui la plaça comme réplique dans une de ses pièces de théâtre. On l'attribue généralement à Goebbels, ce que vous faites, mais aussi à Goering.
Il me semble bien avoir vu un film montrant Goebbels "aboyant" cette phrase et joignant le geste à la parole en sortant vraiment son revolver de son étui, sous les acclamations d'une foule hystérique... Mais il est probable devant "la force de la formule" que celle-ci ait été reprise à différents endroits et par différents orateurs...Je ne savais pas que l'auteur véritable en était Hanns Johst...
Billet et fil tout à fait intéressants et justes, dans leurs nuances. Mais ... puisque vous parlez aussi de l'école, des enseignants, je me permets de glisser que je suis très pessimiste. Je ne vais pas être politiquement correcte ! sorry. Moi même qui enseigne les lettres, je sens un écart de plus en plus fort entre (pour dire vite) : ce qui est enseigné et une certaine idée, une certaine densité de culture - entre les positions explicites du monde enseignant et la pratique professionnelle, entre le discours et les faits, (les expériences culturelles innovantes, les vraies curiosités demeurent très rares). Lors de la formation des profs, peu de chose valorise la curiosité et l'invention,.... Remarquez que ceci se vérifie aussi dans d'autres institutions culturelles, s'il en est, (les bibliothèque de prêt) , l'appétance culturelle est limitée, plutôt conventionnelle .... Pourtant les élèves sont parfois étonnamment réceptifs. Alors si je suis politiquement d'accord avec votre analyse, je suis en même temps très en colère (colère calme et durable) contre l'asphyxie en règle de certaines institutions, ce qui ne gêne personne finalement. C'est fou de voir que des centaines de choses passionnantes se sont faites dans ce domaine et que cela n'a presque jamais influencé les choses, toutes ces tentatives gardent toujours avec un statut "expérimental", ce qui est la garantie que rien ne se fasse. C'est comme si l'air du temps infiltrait tout, chacun dans sa cellule répète et reproduit et de fait, en lettres par exemple, la technicité, le discours critique (ou pseudo) ne laissent presque rien transpirer du sens, de la chair des textes ... Il faudrait peut être que les enseignants, les inspections et tout le toutim ouvrent un peu les yeux. Pour finir sur une note souriante (ou presque), connaissez-vous le film L'Esquive ? qui montre un magnifique essai de transmettre ...et une réflexion sur la langue tout à fait intéressante.
Je partage tout à fait votre colère Marielle Billy... La casse systématique de l'école a été préparée idéologiquement depuis fort longtemps : mépris pour les Sciences de l'Education, attaque en règle contre les pédagogues (accusés de pédagogisme), etc...Comme si le savoir et sa transmission ou son apprentissage, pouvait être déconnecté de la relation pédagogique, comme si, il était sans importance de connaître le niveau des savoirs de celui à qui l'on s'adresse, ses processus de pensée, son style cognitif, ses points forts, ses faiblesse, etc...Merci de rappeler ce très beau film "L'esquive"... Nous n'avons pas été assez vigilants...Aujourd'hui les enseignants sont écrasées entre la culpabilité, la révolte, et l'anéantissement...Les inspecteurs ne font pas correctement leur travail de résistance...Nous assistons à la création d'un néo-sujet... Nous avions d'ailleurs il me semble échangés sur ce thème
Merci Renardblanc de votre réaction. Oui, néo-sujet, on est en plein dans l'affaire. Parfois j'ai l'impression d'avoir à faire à des gens contents d'être emprisonnés ...(mais cette formulation est douteuse car in dirait que je veux me dédouaner, ce n'est pas exactement ça car moi aussi j'y vais de mes petits compromis ...) Mais n'oublions jamais la responsabilité non plus. On est à la fois ce que l'air du temps fait de nous et ce que nous faisons ce "ce que l'air du temps fait de nous" (glups!).
Il y a bien, comme vous le dites, Marielle Billy, des gens « contents » d'être emprisonnés...Un texte fait écho à cette formulation : « le discours de la servitude volontaire » d'Etienne de La Boëtie, le copain de Montaigne...Il y a en chacun de nous une ambivalence (amour/haine) concernant la liberté...désir, peur et évitement...Dire cela n'est pas se dédouaner...Kierkegaard parle ainsi : "l'angoisse est le vertige de la liberté". La liberté entraîne inévitablement la nécessité de choisir entre plusieurs solutions (le courage ou la lâcheté par exemple dans une situation donnée, plus généralement le Bien ou le Mal) et d'assumer ses choix donc d'assumer sa pleine et entière responsabilité (remords de la conscience morale , punition de la société en cas de faute ou de crime, angoisse, solitude... mais la liberté, c'est l'honneur et la dignité de l'homme (voire Camus, Sartre). C'est de cette ambivalence là dont jouent les démagogues...
Oui, l'Esquive, magnifique, méritait 3 fois plus la palme d'or que "Entre les murs". Quel bonheur. Olivier
Bravo pour ce billet mon cher renardblanc, Sauf que pour moi la culture est un contenu, et non pas un contenant, vu que le contenant c'est nous tous, les récepteurs du Leg. Sarkosi comme Bush Jr. aux USA, avant lui d'ailleurs, sont d'une nature éminemment révolutionnaire à cet égard. A savoir que les points d'ancrage à atteindre leur paraissant si inabordables, tant du point de vue intellectuels (NS et Bush), que du point de vue consensuels (Bush et même NS finalement) qu'ils s'attachent à en saper tous les fondements, Clèves et "les sachants" pour NS, et les accords de "Bretton Woods" pour Bush à l'époque. Au-delà de ce seul aspect révolutionnaire, ils sont également des pragmatiques, qui considèrent que le gros problème en ce qui concerne les ancêtres, c'est que par définition, ils ne sont plus là, mais bornent toujours une grande partie de nos réflexologies sociales. Et qu'avec certains de nos ancêtres, l'urne devient réellement très lourde, pour vraiment que nous avançions tous à l'unisson aujourd'hui. @ +NEO-
Sur les concepts de « contenant » et de « contenu » je me réfère à Nicolas Abraham et Maria Török, « l'écorce et le noyau », éd. Poche, 1999, à Didier Anzieu « Le moi-peau », Paris, Ed.: Dunod, 1995, et Bernard Gibello, « La pensée décontenancée » Ed. : Bayard... Je vous conseille d'aller y faire un tour
Je sais mon cher Renardblanc, mais notre Président est quant à lui, manifestement resté au seul palier du contenu en matière de culture. A savoir celui que l'on reçoit à la naissance, et qui peut constituer un obstacle réel lorsque celui ci est soit trop élevé, ou bien lorsque le récepteur n'est pas en capacité de l'assimiler, voire même la combinaison des deux. Ce handicap qui vaut pour notre Président, vaut également pour une partie non négligeable de la jeunesse Française d'aujourd'hui. La tentation est alors grande de balayer l'existant d'un revers de main et d'un trait de plume et de tout reconstruire, plutôt que de s'y adapter. Votre billet est donc au coeur d'une vraie problématique de civilisation. @ +NEO-
Je ne comprends pas le sens de votre "contenu" ni de votre "récepteur", vertubleu... nous ne parlons pas de la même chose...balayer l'existant d'un revers de main c'est être dans le déni du réel !
Bonjour Renarblanc, Je trouve intéressant ce retour à la Princesse de Clèves par le biais du questionnement sur la culture et sur la langue. J'ajouterai peut-être un point : la culture n'est pas qu'héritage du passé (= approche diachronique) elle est aussi relation avec le monde contemporain qui passe aussi par relation avec les autres cultures (= approche synchronique) Cordialement.
Ravi de vous retrouver sur ce fil, Lincunable...La culture est un curieux héritage, puisqu'il nous faut d'abord nous « l'approprier » par un « travail d'apprentissage » en entrant en relation avec d'autres (les ancêtres et les contemporains – qui nous enseignent) ; puisque nous pouvons l'enrichir, le modifier, ou le faire évoluer, pour faire face aux différentes situation créées par l'actuel, avant de le transmettre à notre tour à la suivant génération. La diachronie et la synchronie, comme vous le soulignez très justement, y trouvent leur compte.
Mais je vois que vous avez aussi abordé cet aspect pour la culture de relation avec le monde contemporain dans une réponse à une remarque.
Il y a aussi le mot de Jean-Luc Godard, paraphrasant celui de Goebbels: "Lorsque j'entends le mot culture, je sors mon carnet de chèques". Cela peut viser un certain mécénat très "intéressé"; une politique outrancière de grands travaux (prestige politique); la production démentielle de navets destinés au plus grand nombre (mépris du public). Cela peut aussi signifier notre culpabilité par rapport au fait culturel en tant que tel (compensée parfois par l'Etat au moyen d' aides sur des critères souvent mystérieux). ll y a aussi la culture oubliée et privée d'aide suffisante car ne rapportant aucune voix à nos élus: la poésie par exemple. Enfin, il y a le prestige culturel: hier Paris, aujourd'hui New York, Londres et Berlin. D'où l'organisation de manifestations prestigieuses avec déplacements d'auteurs comme récemment à New York par notre ministère des Affaires étrangères à seule fin de montrer aux américains qui en doutent que notre culture existe encore... alors qu'une information régulière et sérieuse sur nos parutions (par internet ou papier) seraient suffisante et beaucoup moins onéreuse, destinée au public francophone en priorité. Il faut dire que ce qui est peu prestigieux mais efficace a tendance à être supprimé par les pouvoirs publics. "Lorsque j'entends le mot culture, je sors le champagne".
Rire..vous avez raison, cher Grand Parent, il y a aussi cette dimension de la culture...celle qu'on achète pour le prestige, pour se faire voir, pour laisser son nom, pour se vanter, pour faire « chic », pour fanfaronner pharaonesquement avec quelques grands chantiers...Mais vous décrivez là le rapport de "certains" à la culture et non la culture elle-même et ce qu'elle apporte à l'homme... Je parle de la culture que le pouvoir attaque, moque, méprise, malmène, détourne, manipule... Sur les "à côtés", mine de rien, on peut faire semblant d'être cultivé, associer culture et carnet de chèques, chercher le prestige etc...il y a des faussaires partout... Bon, on peut quand même sortir le champagne...
la culture vient dabord de l'idée de cultiver de cultiver la terre d'extraire du sol, ce dont nous avons besoin pour vivre puis s'est appliqué à l'ensemble de nos pratiques permettant notre subsistance, le commerce, l'art, les sciences ... l'aboutissement possible de la culture serait peut-être de considérer que l'homme ne parvienne par son intelligence à se détacher de cette terre dont nous sommes créés et qui nous fait de ne plus avoir à mettre ses mains dans le cambouis, de ne plus être l'esclave de cette terre, mais d'en être un cultivateur intelligent par l'usage de la technique lui permettant de puiser de quoi garantir son fonctionnement. il faut continuer d'équiper le monde, au début il n'y avait rien, et puis nous avons créer des moyens de voyager, de communiquer, synonyme de notre épanouissement et de notre bonheur mais également de notre mode d'eploitation dans l'idéal , l'aboutissement de notre culture consisterait à permettre de ne pouvoir se consacrer qu'à voyager et communiquer sans avoir à consacrer notre énergie pour puiser de la terre de quoi permettre notre fonctionnement. notre culture s'organise également par la satisfaction d'obtenir ce qui nous permet de maintenir ce fontionnement, ou le désenchantement de ne pas l'obtenir la culture prendra tout son sens en tant que technique et prolongement de l'intelligence humaine, dès lors que nous ne serons plus soumis au contradictions de notre exploitation pour permettre à l'esprit de partager l'ensemble des expériences qui constituent le noos, notre monde nouménale ou noosphérique.
Oui. Il y a plusieurs définitions de la culture...peut-être peut-on se référer avec profit à l'ouvrage de Freud (1929) intitulé "Malaise dans la civilisation", dont la traduction est également "Malaise dans la culture". La culture permet au sujet singulier de rencontrer l'autre. Elle est édifiée sur du renoncement pulsionnel, car la vie en commun suppose une restriction du désir de toute-puissance. Le respect des exigences sociales est assuré par le surmoi (père intériorisé, faculté à s’auto-contraindre, conscience morale). La tension entre le moi (principe de plaisir) et le surmoi (principe de réalité), entre l’égoïsme (amour de soi) et l’altruisme (amour d’autrui), est source du sentiment de culpabilité et de la conscience morale. La culture se trouve donc au cœur d'un conflit entre principe de plaisir (toute-puissance) et principe de réalité (interdit de toute-puissance). Elle contient le conflit...C'est dire que ce contenant est soumis à forte tension. En attaquant la culture, on supprime le contenant, et le désir de toute puissance, pointe son nez
certes, on peut aborder la question de cette façon les us et la pratique de différentes activités culturelles qui façonnent notre vivre ensemble, notre socialisation d'aprés des chémas moraux, religieux, psychologiques dès lors que se crée une confusion dans ce qui permet nos relations et notre communication d'aprés un ordre défini et compréhensible pour tous, on prend le risque de ne ne plus favoriser la part dite civilisée pour donner libre cours à une part plus primaire pour atteindre les mêmes objectifs. il sagit de partager des concepts, d'organiser une sociabilisation par des pratiques, ou des codes qui permettent d'harmoniser les attentes des uns et des autres, dès lors que ce projet permet à tous d'exprimer leur créativité, leur possibilité d'obtenir par des moyens rationnelle une satisfaction, on crée l'ensemble de la culture qui permet de vivre ensemble malgré nos différences.
Oui, nous sommes d'accord...et dans ce sens là, jlamo, il apparait que la culture permette de "cultiver l'homme", de le faire grandir, de l'aider à s'épanouir comme un sujet singulier et acteur de sa vie, en lien avec les autres. Cultivé, un homme peut faire face à ses limites, et se confronter au conflit entre principe de plaisir et principe de réalité...c'est qu'il s'agit de "bien faire l'homme" selon l'expression de Montaigne. Le petit d'homme a besoin d'être cultivé (initié à la culture) pour ne pas être laissé "en friche" d'où l'importance de l'enseignement, de l'éducation...
"malaise dans la civilisation", vous l'avez dit, Renarblanc. Plus qu'un malaise, on parle beaucoup de crise des civilisations, ces derniers temps, justement, mais pas du tout de celle des cultures. La culture permettrait-elle de dépasser la crise ? La civilisation ne serait-elle qu'un paravent pour se protéger de celui qui n'est pas comme nous ?
Le « choc des civilisations » est un concept inventé par un ultra-libéral américain, pour décrire un pseudo état de fait : "il y aurait une incompatibilité entre les cultures, en raison de leurs différences". Nous avons là une négation de l'universalité de la fonction de la culture, défendue ici. En fait, ce concept n'a pour objet que d'exaspérer et de justifier la supériorité d'un particularisme sur un autre, en levant la censure, sur le désir de toute-puissance... C'est un moyen pervers de se réclamer de la culture pour tuer la culture dans sa fonction. L'universalité de la fonction culturelle n'a pas la prétention de nier les différences entres les cultures, encore moins les possibles tensions qui en résultent. Mais, si le rôle de la culture est, comme je le pense, de contenir et de réguler les tensions intra psychiques (principe de plaisir/principe de réalité), et inter psychiques (moi/non-moi), nous comprendrons que les différences culturelles peuvent ne pas être incompatibles, mais source d'enrichissement... à condition d'être à l'affût du retour du refoulé, toujours possible...
Je ne faisais pas référence à proprement parler à Huntington, Renarblanc, mais aux crises des civilisations, vécues comme ayant une naissance, une croissance et un déclin, sans forcément être en conflit les unes avec les autres. Civilisation désignerait ainsi une manière d'être ensemble dans la durée (civilitas = manières de citoyen) alors que culture désignerait plutôt sans notion de durée un travail de production et de création comme le paysan qui creuse la terre et l'ensemence pour en récolter des fruits (cultus = entretien de la terre par le laboureur)
Me convient assez bien, la définition de la culture donnée par le sociologue québécois Guy Rocher dans son article de 1969 intitulé « la crise des valeurs au Quebec, publié dans un ouvrage collectif « le nouveau défi des valeurs » à Montréal, aux éditions HMH: "la culture est un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte." Étant entendu que cet « ensemble lié » et collectif, résulte d'un système de « représentations affectives et cognitives », permettant, comme le disent Deleuze et Gattari dans « Qu'est-ce que la philosophie ? » ed. De Minuit, 1991, de contenir l'inexplicable, ce chaos perçu comme un « abîme indifférencié » ou un « océan de dissemblance ». C'est de ce terreau collectif, à partir duquel « du sens émerge du chaos », que l'homme se cultive en organisant la vie collective. Il existe des cultures différentes selon les différents groupes humains...comme il existe des civilisations différentes, liées à la « manière d'être ensemble » Il m'apparait aujourd'hui que le mot « culture » et le mot « civilisation » sont désormais pratiquement synonymes, au sens où l'une et l'autre contiennent le chaos, permettent au sujet singulier de donner du sens à ce qu'il éprouve, à ce qu'il vit, à ses relations aux autres et au monde, au sens où ni l'une ni l'autre n'est figée...D'ailleurs le livre de Freud est indifféremment traduit par « Malaise dans la civilisation » ou « Malaise dans la culture ». L'une et l'autre évoluent au grès des découvertes, de l'avancée de la technique, de la technologie et du savoir... J'entends votre interrogation sur le mouvement des civilisations (naissance, croissance, déclin), par opposition à la permanence de la culture... le terreau culturel sur lequel s'épanouit la civilisation est soumis à des tensions internes et externes, à des forces centripètes et centrifuges, menaçant l'édifice, puisque le conflit permanent, entre le désir de toute-puissance et le principe de réalité, concerne chaque personne, et chaque civilisation.
Vous parlez du "rôle de la culture", cher Renarblanc, d'accord avec vos propos. Mais je voudrais rajouter : on a tout de même remarqué au fil du temps que les cultures sont intriquées avec les réalités économiques et politiques. Les grands domaines de la culture ont servi, servent une classe dominante. Ne parlons que de la Renaissance italienne ... C'est vrai aussi qu'il y a les cultures populaires, mais les deux ne se rencontrent que fort rarement. Du coup, la culture a un rôle symbolique fort (comme vous dites je pense) et un rôle de pouvoir. Maintenant, il faut examiner à quelle culture on veut tordre le cou (Sarko et sa meute), ce qu'elle représente pour les tenants de cette culture (ex : est-ce la culture qui est aimée pour elle même ou pour la place qu'elle donne ?), s'il y a encore des possibilités pour que les humanités aient un vrai rôle populaire ... Bien sûr que je rage contre ce mépris et cette ignorance de nos puissants actuels, mais je tempête tout autant contre la façon dont la culture fait démarcation sociale, et ce depuis longtemps. Dans les collèges et lycées, au niveau des inspections ....on n'a pas attendu Sarko pour tuer la soif de culture, valoriser les clichés ou les idées toutes faites. Il y aurait sans doute un vrai travail à faire pour étudier sur un demi-siècle ce qui s'est passé en France. Mais je m'arrête, vous devinez que c'est un sujet qui me titille ... Merci à vous.
C'est un sujet qui me titille aussi, chère Marielle Billy... Lorsque Sarkozy, président, manifeste par l'exemple son mépris de la langue et de la culture, tout en organisant la casse de l'école, de l'université, de la recherche, il joue sur le velours de la démagogie en faisant croire que le savoir ne sert à rien et qu'il n'est pas nécessaire de faire l'effort de penser et d'apprendre...mais nous entendons bien, que pour exercer son pouvoir, il maîtrise lui-même un savoir, ne serait-ce que l'art de la manipulation oratoire, au point de fasciner et de tétaniser ses adversaires, et, s'il s'entoure de gens incultes (Bigard, Mireille Mathieu et autres) pour valoriser l'inculture, il s'entoure également de gens « cultivés », pour le conseiller ! L'idée est de permettre à une oligarchie culturelle, économique et financière d'exercer « tout pouvoir sur le peuple » qui, privé d'école, déboussolé par la novlangue, resterait interdit, tétanisé, empêché de penser, exclu du système. Nous avons là un détournement du sens de la culture... Celle-ci n'a pas pour fonction d'écraser l'autre mais de construire du lien entre les sujets... C'est pourquoi il importe de travailler la langue dans ses nuances pour permettre à une pensée critique de se déployer dans toutes les dimensions de la complexité. Il importe de s'approprier les savoirs pour ne pas laisser les puissants penser pour tous. Apprendre demande effort et durée...Il n'y a ni magie, ni immédiateté...et, surtout, il n'y a jamais d'achèvement de la quête : « on ne peut pas tout savoir »... C'est là que Sarkozy enfonce le clou... l'idée d'inaccessibilité du savoir et de l'inachèvement de la quête, prédispose à renoncer à l'effort d'apprendre...
Oui, merci à vous. Votre dernière phrase met l'accent sur l'essentiel : lutter pour que l'impossible fasse encore partie de nos idées, et pas seulement comme utopie mais comme possible en puissance, lutter pour sauver ce sens de l'effort-là .
Marielle Billy, je vous envoie de lien Grand corps malade y chante l'Education Nationale http://www.dailymotion.com/relevance/search/grand+corps+malade/video/x991iq_grand-corps-malade-education-nation_music
Merci cher Renard, je ne connaissais pas ce texte de Grands corps malade. C'est fort, je suis étonnée du résultat (ça aurait pu être très bidon un truc pareil !), il y a une gravité qui nous vrille l'intérieur.
L’avènement du surhomme -De Hitler à Dolly : face aux biotechnologies, l’humanisme est-il « dépassé » ? Mise en ligne décembre 1999 par Luc Ferry Article paru dans Le Point - 10/12/1999 - N°1421 Un philosophe allemand, Peter Sloterdijk, vient de faire scandale en évoquant la possibilité de manipulations génétiques qui permettraient d’opérer une « sélection prénatale », voire une « planification explicite des caractéristiques » de l’espèce humaine en vue d’établir sa « domestication » sur des bases nouvelles. En des temps où le gouvernement de Bonn s’installe à Berlin, symbolisant ainsi le retour définitif à une situation antérieure au nazisme, c’était à l’évidence une provocation. Les plus grands hebdomadaires, Die Zeit et Der Spiegel en tête, ont aussitôt accusé Sloterdijk de vouloir ressusciter les vieux démons de l’eugénisme et de la biologie raciste. Jürgen Habermas lui-même, le principal chef de file de la pensée humaniste et démocratique en Allemagne, n’a pas hésité à déclarer que son jeune collègue avait franchi les limites du tolérable... tandis que ce dernier lui reprocherait d’avoir organisé personnellement la vaste campagne de presse qui s’est déchaînée contre lui. Il s’agissait pourtant au départ d’une intervention ardue dans un colloque universitaire consacré à l’oeuvre, plus ardue encore, de Heidegger et Levinas. A première vue, pas de quoi fouetter un chat. Qu’a dit au juste Sloterdijk qui puisse choquer à ce point et déclencher une polémique qui dépasse maintenant les frontières de son pays ? Il n’est pas inutile d’y revenir dans cette période où, en France même, notre Parlement s’apprête à réexaminer les lois de 1994 sur la bioéthique en y intégrant justement la difficile question du clonage. Premier thème développé par Sloterdijk : nous serions à l’aube d’une ère nouvelle dont les fondements seraient résolument « postlittéraires, postépistolaires et, par conséquent, posthumanistes ». Ce diagnostic s’inscrit dans le sillage de la critique, désormais classique, adressée par Nietzsche aux « prêtres et aux professeurs » chargés d’inculquer les valeurs morales traditionnelles : sous prétexte d’idéaux élevés, ils n’auraient en réalité d’autre but que de domestiquer les instincts sauvages et les pulsions de révolte, persuadés qu’il « existe un rapport essentiel entre la lecture, la station assise et l’apaisement ». Ironie toute nietzschéenne, selon laquelle « le thème latent de l’humanisme est le désensauvagement de l’homme et sa thèse implicite l’idée que de bonnes lectures adoucissent ses mœurs ». Pour le « débestialiser » - pour le « discipliner », aurait dit Foucault, un autre maître à penser de Sloterdijk -, on lui ferait donc ingérer dès sa plus tendre enfance les « grands auteurs » dont la vertu principale résiderait dans les effets calmants. Mais, avec l’apparition de la culture de masse, de la télévision, puis des nouvelles technologies des réseaux numériques, ces psychotropes ordinaires ne fonctionneraient plus, appelant des remèdes autrement efficaces... Qu’on ne s’y trompe pas : Peter Sloterdijk n’a rien d’un nostalgique. Il ne déplore nullement, à la manière d’un Debray ou d’un Finkielkraut, le déclin des humanités ou la déréliction de l’école républicaine face à l’avènement de la vidéosphère et de l’industrie culturelle. Sloterdijk a bien lu Heidegger et, comme lui, il tient l’humanisme - qu’il soit antique, chrétien ou républicain - pour « l’agent de la non-pensée depuis deux mille ans ». Sa liquidation n’est donc pas une mauvaise nouvelle, au contraire : c’est seulement sur ses décombres que pourrait apparaître enfin un « homme nouveau ».
J'aime assez l'article de Daniel Sibony, paru dans Libération le 29 novembre 1999, en réponse à la controverse Habermas / Sloterdjik
Ne pas oublier que les sénateurs français ont refusé en 2008 d’inscrire la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution.
En effet, les sénateurs, par 216 voix contre 103, ont adopté, contre l’avis du gouvernement et de la commission des lois du Sénat, un amendement supprimant la référence aux langues régionales que les députés avaient ajouté au texte initial.
La majorité UMP mais aussi les centristes, les communistes, quelques sénateurs socialistes avec Mélenchon (en bref, le Front des Gauches réacs actuel!), les radicaux, ont voté la suppression du texte indiquant que « les langues régionales (appartenaient) au patrimoine » de la Nation. Honteux !
La majorité du PS, les VERTS et quelques sénateurs UMP ont en revanche voté contre.
A propos des manipulations génétiques, il est inhumain de confier à une autorité supérieure un choix qui relève de la liberté individuelle (habeas corpus). Donc, la vraie question, c'est : des manipulations génétiques pour quoi faire ? S'il s'agit d'empêcher des malformations ou des maladies prénatales genre mongolisme, je n'ai rien contre avec l'accord de la famille. S'il s'agit de faire de l'eugénisme (= amélioration scientifique de l'espèce humaine), je suis contre car on touche à des critères subjectifs concernant le progrès, la beauté, l'intelligence, qui ne dépendent pas d'une définition unique et uniforme. Je ne saurai trop recommander à ce sujet l'excellent dossier du Monde hors série consacré à "Darwin, l'évolution quelle histoire !", lequel aborde les évolutions possibles du vivant dans un avenir proche ou lointain. A propos des langues régionales, il convient de préciser qu'elles ne sont pas méconnues en France ni interdites d'ailleurs. On peut les étudier quand on veut, il y a des cours pour cela de breton, d'occitan, de basque, etc... Même les langues qui ont cessé d'être parlé peuvent être étudiées (latin, etc...). Passer de la connaissance facultative de langues régionales à la reconnaissance obligatoire du multilinguisme est autre chose : c'est nier le français comme langue unique de communication et d'expression de tous les citoyens en le mettant au niveau des langues particulières de quelques citoyens seulement.
ce que l'on pourrait souhaiter concernant la maitrise de la bioéthique est une amélioration et un progrès définitf dans notre combat contre la fatalité de la condition humaine. à terme c'est la quête de l'immortalité. de permettre de résoudre les problèmes de notre diversité, en calibrant chaque être humain représente certes un danger, mais peut-être un futur possible de notre humanité, en réduisant nos différences vers un modèle d'humain unique, ou divers sortes d'humains d'après des caractéristiques différentes mais d'aprés certains critères. la dégénérescence cellulaire étant la cause de notre finitude, la bioéthique en permettant d'agir sur le fonctionnement cellulaire au niveau nanotechnologique, on peut faire le projet que la biogénétique ne permette de résoudre les désagréments de ce fonctionnement cellulaire étant un principe naturel contre lequel l'homme à de tout temps construit la culture et les sciences pour se prémunir des dangers ou des imperfections que la nature a prévu comme perfectibles, et comme condition de base à construire une dynamique pour se renforcer et se construire. je pense que ce projet est différent de l'eugénisme, dont la possibilité des manipulations génétiques demandent à repenser ces questions d'éthiques, mais également de considérer que l'amélioration de notre condition humaine et du fonctionnement de notre organisme biologique puisse s'orienter vers un progrès qui représente le dépassement des conditions de finitude qui représentent une frontière de nos libertés, pour permettre à la conscience humaine de se construire par delà cette composante biologique naturelle contre laquelle nous concevons notre ambition d'émancipation culturelle.
Ou la la, jlamo, comme vous y allez. Quelle illusion que l'affirmation d'un "progrès définitif de la condition humaine". Il y a des goûts et des couleurs différents selon les individus qui font que ce qu'on appelle ici un progrès peut-être là une régression. Quant à l'immortalité, cela ne peut-il pas être un enfer plutôt qu'un paradis ,
certes oui, cela peut appeler des réticences et différents questionnements, pour autant cette recherche de la non-finitude me semble être le sens de l'évolution humaine, peut-être même la seule recherche qui vaille et définit l'ensemble de notre philosophie, de nos sciences, de notre art. dans un espace-temps limité en expansion, voué à s'écraser sur lui même, cette ambition peut sembler toute relative. toutefois , il n'y a guère d'autres frontières qui représentent l'alpha et l'oméga de l'existence humaine, qui en définissent sa raison, en est le dénominateur commun tout en souhaitant dépasser cette organisation des choses. l'homme vit pour mourir, dans un monde dont il ignore les raisons, l'origine, ne sait pourquoi il vit, invente des théories, fabrique des richesses, qu'il transmet aux générations suivantes, dans le but de perpétuer son odyssée. l'odyssée n'a pas d'autre fin que de nous permettre dans cet intervalle entre le début et la fin de notre vie humaine, de construire un espace des possibles pour perpétuer la vie, et notre humanité. l'existence est définit par des cycles, qui rendent l'existence possible, par des opposés qui s'attirent, des contraires qui définissent un sens, un mouvement, un temps, une histoire, sans la notion de début et de fin, d'être et de non être, il n'y a pas de progression possible, mais pour autant l'être ne se définit pas par sa fin, notre finitude étant la frontière de notre existence, cette finitude représente le rempart qui nous fait avancer, causer, chercher à comprendre, souhaiter dépasser cet horizon limite de notre condition humaine, pour comprendre la raison de notre passage au sein de l'aventure humaine. la religion est principalement détentrice de ces frontières, de l'origine de la vie, et de sa finalité, de ce que représente notre existence et ce à quoi cette existence est vouée, à savoir d'atteindre une perfection morale, qui nous permette d'atteindre une conception morale proche du bien, ou se définissant par le mal. dès lors l'existence n'a de valeur morale que pour organiser un ordre transcendant au sein du monde réel afin de préserver un ordre du monde et l'odyssée humaine. le mal existe en opposition au bien, et le bien se conçoit en opposition au mal, la vie ne s'organise que pour lutter contre sa finitude, pour permettre l'existence de quelquechose à l'égard du rien. la question de notre finitude, représente au sein de la vie le seul horizon jusqu'alors indépassable, notre destination vers une fin obligée dont on ignore les raisons, contre lequel tout ce qui définit la vie est voué à contrer et souhaiter résoudre cette part d'inconnue et de fatalisme.
immortalité : l’ultime conquête de la liberté David Nicholas Le fait toujours renouvelé de la mort rend en fin de compte tout discours sur la liberté futile. Des conceptions courageuses de la liberté qui acceptent passivement la certitude de la disparition personnelle sont, de plus en plus, perçues comme une rhétorique creuse. Les dieux nous ont désertés, et nos excuses malines pour oublier sont usées. Dans nos cœurs nous savons qu’il y a un problème réel dans notre condition, et pourtant, confrontés au caractère inéluctable de notre destin, nous reculons devant les conséquences évidentes : se sauver ou périr. Le vide qui approche Ayant perdu la perspective d’une survie par intervention surnaturelle, l’homme laïc occidental est traumatisé. De plus en plus la vie semble absurde, et la peur de la mort et du rien est juste sous la surface de notre conscience quotidienne. Bien que les structures et les institutions de la croyance religieuse subsistent, leur fonction est désormais largement sentimentale et cérémoniale. Ceux qui croyaient se sont enfuis, au profit du supermarché spirituel post-psychédélique, dans une recherche affolée de nouvelles réponses au problème de la mort. Un des prophètes modernes de l’immortalisme, Alan Harrington, défend que l’anticipation de la mort est maintenant le plus important des facteurs déterminant le comportement humain.(2) Les effets sont subtils mais on ne peut pas s’y tromper. En limitant notre horizon à une simple vie humaine, le vide qui approche introduit urgence et désespoir dans nos projets. Il y a une accélération palpable, une sensation de manque de temps. On considère parfois qu’il s’agit d’une réponse à la menace d’une extermination massive suite à une conflagration nucléaire ; mais la mort d’un grand nombre est une abstraction : la mort est seulement compréhensible au niveau individuel où on en fait l’expérience. Dans tous les cas, les soucis quant aux modalités de notre départ sont réduits à pas grand chose face à la certitude grandissante que rien n’y fait suite. Sans la perspective de continuité la vision est tronquée, et le court terme domine dans un monde fébrile. Nos soucis concernant l’avenir commencent à disparaître avec la vraisemblance de notre disparition. Et pourtant, pour éviter l’effondrement émotionnel, nous sommes conduits à mettre en place des stratégies de défense. _____________________________ Devenir des dieux Nous savons que nous devons le faire et que l’effet sera profond. Jonathan Schell, dans Le destin de la terre(21), bien que discutant de l’humanité dans son ensemble, n’en fait pas moins écho à notre projet : « En agissant pour sauver l’espèce, et repeupler l’avenir, nous échappons à l’isolement claustrophobique d’un présent voué au néant, et ouvrons le chemin d’un espace plus grand. » Avec la création d’un avenir ouvert pour les hommes individuels, nous donnons plus d’espace pour la réflexion et la sagesse. Shaw avait vu cela dans Mathusalem et Walford croit qu’un monde avec une population active de bi-centenaires ne serait pas seulement plus sage mais moralement meilleur, plus sain, avec un meilleur contrôle des passions humaines. Il y a peu de doutes que les hérétiques vont commencer à occuper le terrain, que nous allons mûrir et rechercher l’immortalité de la seule façon qui vaille. C’est la science, l’intellect et l’analyse qui seront notre salut, pas le mysticisme. Dans les mots d’Harrington : « Nous pouvons seulement créer nous-même notre affranchissement de la mort, pas prier pour lui… Ayant inventé les dieux nous pouvons devenir dieux. » http://editions-hache.com/essais/nicholas/nicholas1.html
La mortalité est une limite qui oblige l'homme à se penser éphémère, alors qu'il se voudrait éternel… Je ne vois rien d’autre, là, que le conflit entre le principe de plaisir et le principe de réalité. La prise en compte de cette limite ne rend pas futile tout discours sur la liberté, puisque celle-ci se pose à chaque instant, et non d’une manière abstraite, dans l’éternité...
Tout est dit,et dans ce texte clairvoyant , et dans les commentaires qui l'ont accompagné. Mon grain de sel pèsera donc peu...mais j'ai souvent remarqué chez ceux qui ont été des élèves puis des étudiants médiocres, et qui n'ont pas eu, parvenus à l'âge adulte le désir ( et les moyens intellectuels...)de combler leur retard ce mépris affecté de la culture, une façon de se revaloriser à leurs propres yeux peut-être...Et puis, une remarque pour faire le pédant (nous avons tous nos faiblesses ...), la phrase fameuse : "Quand j'entends parler de culture,je sors mon revolver !" n'a pas été prononcé par Goebbels mais par Baldur von Schirach ,responsable des jeunesses hitlériennes,au cours d'un meeting réunissant quelques milliers de nazillons enthousiastes .
Merci ludko, pour votre grain de sel … Il y a deux manières de mépriser la culture : celle que vous décrivez, et qui est une auto-défense de l’image de soi détériorée par l’échec, et celle de ces pédants qui font de la culture un moyen d’oppression sur les autres, en évitant – plus ou moins consciemment – de la transmettre, la transmission semblant signer pour eux, la fin du pouvoir qu’ils se sont octroyés. Dans les deux cas, me semble-t-il, il y a une haine de l’autre, ce semblable différent représentant la limite de la toute-puissance en renvoyant à la blessure narcissique la plus profonde… Dans les deux cas il y a un détournement du sens de la culture… Une culture, qui appartient à tous, dont chacun peut se saisir à sa manière, et qui a pour fonction de contenir les tensions intra et inter psychiques, en évitant le chaos et le vertige qui précipite alors dans l’illusion du tout et dans la dilution de soi… Vous êtes la deuxième personne à me faire la remarque concernant Baldur von Schirach…sans doute avez-vous raison…il m’avait semblé voir un film d’actualités où Goebbles la répétait en joignant le geste à la parole, en sortant son revolver de son étui et en le brandissant en l’air devant une foule hystérique, fascinée… A mon avis, cette phrase choc, exprime si bien la réalité du totalitarisme, qu’elle a pu être reprise par d’autres et prononcée plusieurs fois dans plusieurs lieux
J'ai connu un armurier,spécialiste des armes anciennes et d'un savoir encyclopédique dans ce domaine qui ne manquait jamais de dire :"Quand j'entends parler de révolver,je sors ma culture..."
Rire ! Il y a donc des armuriers poètes ? C'est une belle manière de contrer la formule de ce Baldur van quelquechose...
Le totalitarisme, cette organisation sociale paradoxale où l'homme est de trop, élimine la culture car il doit réprimer l'homme qui parle, soit en le tuant réellement soit en l'enfermant dans l'univers concentrationnaire. Pour mettre en place une telle société, c'est-à-dire traquer et abattre l'homme partout où il se trouve, jusque dans nos pensées secrètes, il faut savoir s'affranchir des produits humains culturels qui permettent la vie en société: institutions, associations, familles, amitiés, lois pénales. Il faut affranchir quelques-uns de toutes limites, celles qui sont précisément ces produits culturels issus du langage, pour que tous les autres n'aient plus d'autres choix que d'avoir peur ou de mourir. La vie humaine, c'est le respect de ces limites. Alors, que se passe-t-il aujourd'hui? Nous vivons une époque où ces limites sont contestées de toute part. L'actualité déborde de la manifestation du désir de s'en débarrasser. Ca fait peur aux gens. Et je crois qu'on a là une clé pour comprendre le succès de la droite et de l'extrême-droite dans nos démocraties occidentales. A tort ou à raison, beaucoup d'entre nous estiment que cette offre politique leur garantit que les digues ne craqueront pas. Certaines des manifestations collectives de cet état d'esprit sont désagréables et condamnables : conservatisme moisi, méfiance envers les étrangers, obession sécuritaire... Mais il faut comprendre que certains préfèrent pour l'avenir ce qu'ils connaissent bien à ce qui n'est pas défini et ce qui risque de condamner des repères sociaux qui rassurent et qui leur donnent une identité voire une fierté. Ce qui est spécial en France, c'est que l'élu de ce mouvement social là a lui-même une tendance à mal supporter ces limites... mon opinion est qu'il ne les transgressera pas au-delà de ce qui mettrait notre collectivité en danger... mais le jour venu, il ne faudrait pas se priver de lui permettre de faire autre chose.
Et oui, Sylvain Lovefab... La liberté fait peur parce qu'elle renvoie à la solitude, à l'obligation de faire des choix, à la responsabilité du sujet... D'où le "Discours sur la servitude volontaire" de La Boëtie... Quant à l'absence de limite, lorsqu'elle ne se heurte pas à la résistance du réel, c'est-à-dire aussi des "citoyens", elle devient incontrôlable, et s'échappe vers l'au-delà en oubliant tous les interdits
Intéressante question que celle des limites (le limes de l'empire romain). Or, ces limites ont été sans cesse repoussées jusqu'au jour où la tendance s'est inversée et qu'il a fallu repenser l'empire. même chose pour la "frontière" que les pionniers américains entretenaient avec les indiens autochtones. Donc, quand on dit "il y a des limites à ne pas franchir", il faut savoir de quoi l'on parle. Il faut dire si le franchissement de la limite est légitime ou non et quelles sont ses conséquences (frontière arbitraire et usurpée ou simple ligne de bon voisinnage empêchant la négation de l'autre)
Il s'agit de reconnaître sa propre finitude, c'est-à-dire la réalité des limites qui me constituent en tant qu'être humain..L'homme ne peut pas être tout, il ne peut pas être partout et il ne peut pas durer sans fin... Il est donc limité dans un espace qui n'est pas celui de l'autre ; et il est limité sur un temps donné, au-delà duquel il n'est plus... vouloir être "tout" c'est se condamner à n'être "rien"...me vient à l'idée l'exemple de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf...Elle en explose...Se situer dans l'espace et dans le temps, c'est se situer face à l'autre. La reconnaissance des limites n'empêche pas l'être humain de rêver à un pouvoir illimité...Ce rêve pousse à la quête de l'inaccessible étoile : repousser la limite le plus loin possible, tout en sachant qu'il y aura toujours une limite... Comme cette limite est bornée par l'autre habité comme tout un chacun d'un désir de toute-puissance, la frontière ne s'établit que par un compromis... (je te laisse ton espace, tu me laisses mon espace)... Au-delà de ce compromis, la limite à ne pas franchir est franchie.
Que s'efforcer de parler clair et précis -voire élégant- soit un acte politique est une de mes découvertes relativement récente finalement. Pour autant, il y a collusion entre le bourreau élyséen et les conservateurs fiévreux et parfois cacochymes de notre langue. L'un lui mène in train fort dur quand les autres l'étouffent au formol.
Merci en tous les cas pour ce billet pointu.