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A Tours, le maire PS décide de changer sa présidente du conseil général (2)

II. Scènes de la vie électorale

 

C’est finalement à la veille des grandes vacances de 2010, à l’approche des cantonales de 2011 et grâce à des interventions parfois discrètes, que le groupe scissionniste se décide enfin à rejoindre le groupe de la gauche départementale. Pendant trois mois tout le monde souffle.

Las ! L’ex-scissionniste Alain Michel, devenu candidat à l’investiture pour les élections sénatoriales, se retire (bien obligé, il n’avait aucune chance) …pour se déclarer candidat à la présidence du conseil général à venir ! S’il en est un qui ne pouvait avoir la moindre chance de recueillir une majorité, c’était lui. Alors qu’il fut le premier socialiste à remporter une grande ville de Touraine (et à la conserver), il n’a jamais pu s’imposer comme un leader du PS : question de caractère… N’empêche, et en violation d’une décision du PS départemental, il décida, lui qui n’était pas soumis à réélection, de mener une campagne pendant les semaines précédant le scrutin. Ce fut un flop, mais La Nouvelle République, avec son journaliste attitré, n’oublia jamais de rapporter ses propos hostiles à la présidente sortante. Le premier fédéral Gille ne se sentit pas la force de le rappeler à l’ordre … pour ne pas encore ajouter au désordre ! Quand on sait qu’Alain Michel, au bout du compte, ne déposa pas sa candidature, chacun peut comprendre à quoi a servi ce comportement.

De la désignation des candidats à la victoire de la gauche aux cantonales

A la fin août 2010, l’enregistrement des candidatures pour les cantonales est ouvert. Une réunion du Bureau fédéral du PS se tient. Un des secrétaires fédéraux demande pourquoi on ne réserve pas aux femmes un certain nombre de cantons, en particulier là où il y a des sortantes. Le Premier fédéral Gille, bonasse, déclare qu’il faut laisser sa chance à tout le monde. Quand Jean-Patrick parle, il y a toujours une majorité pour le suivre. De toute façon Yvette Ferrand, la secrétaire à la défense des droits des hommes et des femmes, présidente de Désirs d’avenir 37 (!), déclare que réserver des cantons aux femmes est une insulte pour celles-ci. La charmante Yvette oublie, pour l’occasion, que les femmes ne siègent dans les conseils généraux que dans la proportion de 13,1% (13,8 depuis le 27 mars). Telles sont les pesanteurs sociologiques en politique.

- Scène 1 : le canton de Tours Est

Déjà une candidature masculine – la même qu’en 2004 – est déposée pour le canton de Tours Est où Monique Chevet est sortante. Confiante, elle ne fait pas le phoning systématique de son concurrent. Elle ne s’imagine pas que certains de ses soutiens sont contactés et invités fermement à préférer Alain Dayan « comme le demandent la mairie et la Fédé » - il en est qui le regretteront. Bien sûr, jamais la Fédé ne s’était prononcé pour un tel soutien : c’est contre la morale la plus élémentaire. La Fédé, c’est Jean-Patrick Gille en l’occurrence. La mairie, on ne comprenait pas bien. En fait, le maire n’avait pas voulu de son adjoint Alain Dayan sur la liste des régionales en 2010 : il était pourtant le secrétaire du comité régional, fréquent marchepied au PS vers la candidature. Son nom n’a jamais été prononcé dans les discussions de l’époque. Chacun pourra se demander pourquoi. Jean Germain devait avoir de bonnes raisons.

Ce qu’on ne savait pas, c’est qu’il avait promis à A. Dayan une candidature aux cantonales - sans même en parler à la présidente Roiron. Il aurait pu l’inciter à aller sur un autre canton. Mais c’est le canton de la vice-présidente des Affaires sociales, une fidèle de Claude Roiron, considérée par Y. Ferrand comme une renégate de Désir d’avenir 37, qu’il choisit. Affaiblir la présidente pouvait constituer un coup de semonce.

Monique Chevet se retrouve trois voix derrière A. Dayan. Cl. Roiron rappelle d’abord tout l’énorme travail accompli par sa vice-présidente, puis la politique de parité du PS ; Monique Chevet fait un recours devant les instances nationales qui lui donnent raison. A l’unanimité, tous courants confondus, la commission ad hoc « désigne » Monique Chevet, après avoir entendu Claude Roiron et Jean-Patrick Gille. La voie était ouverte pour que Dayan soit suppléant. Il refuse – ce n’était pas ce qui lui avait été promis. Jean-Patrick Gille rapporte en termes méprisants la réunion de la commission, « huit mecs », – qui cependant défendaient la parité en politique.

Avec l’aide de Jean Germain qui rappelle avec humilité comment il avait accepté sa défaite à l’investiture sénatoriale précédente alors qu’il venait de remporter une éclatante victoire municipale, il demande de confirmer son poulain. Quand « Jeannot » parle, on s’exécute, y compris Marisol Touraine, secrétaire nationale du PS. Désormais il y aura deux candidats socialistes, l’un du PS national, l’autre de la Fédération tourangelle. La Nouvelle République se livre aux gorges chaudes qu’elle affectionne. Quand François Hollande vient à Tours, un journaliste lui demande ce qu’il pense de la situation. Hollande répond « Je ne connais qu’un seul parti socialiste, celui de Solférino ». Harcelé de questions, il se débarrasse de son interviewer par un : « Que le meilleur gagne ! ». La Nouvelle République ne reproduit que cette dernière exclamation.

La campagne commence par donner un net avantage à la sortante. Son avance est estimée à au moins 10% sur A. Dayan. Emoi à la mairie et la fédération. Au milieu de l’ultime semaine, un tract-massue est publié et distribué dans toutes les boîtes à lettres. Il rassemble des fac-similés de lettres manuscrites – cela fait plus personnel, plus authentique, plus crédible que du caractère d’imprimerie, n’est-ce pas ? A côté du maire qui vante les grandes compétences de son pharmacien candidat (il ne les avait pas pour les régionales ?), on trouve la prose louangeuse des députés J.-P. Gille et Marisol Touraine et de quelques autres. Je ne retiendrai que le témoignage d’Arlette Bosch, la première conseillère générale de Touraine, élue jadis sur le même canton : elle avait participé avec discrétion mais détermination au lancement de la campagne de Monique Chevet. Dans le journal de campagne de Dayan, elle figurait sur une photo avec celui-ci, sans que l’on puisse savoir si elle avait été mise ou non devant le fait accompli. Dans le tract-massue, le texte manuscrit révélait un ralliement de dernière heure. Quand on est adjoint au maire, on doit soutienir le candidat du maire (sauf si on est au Modem ou au PC) !

Le tract a renversé la tendance. Le 1er tour place le pharmacien biologiste Dayan devant l’ex-assistance sociale M. Chevet (tout un symbole !), - mais derrière le candidat Vert. On avait oublié que pour faire gagner un socialiste il fallait que l’un distance largement l’autre ! Se produisait le cas de figure dont le maire ne voulait surtout pas : un canton important de Tours était en passe d’échapper au PS.

Le premier fédéral était gêné. Il y avait avec les Verts un accord de désistement en faveur du candidat de gauche arrivé en tête. Il ne pouvait guère le renier. Finalement, le PS, avec le concours actif de la présidente Roiron, se désiste. Mais Dayan se maintient ! Un embarras de plus pour J.-P. Gille : son ami « de trente-cinq ans » ne veut rien comprendre. Il trouve l’astuce : ce n’est pas lui qui soutiendra le Vert à côté de Claude Roiron (Alain sera content et, comme le maire, il ne sera pas signataire) mais l’autre député. Marisol Touraine était ainsi mise sur le même plan que la présidente du conseil général. Tiens donc ! De mauvaises langues disent que le maire n’aurait pas dissuadé son poulain de se maintenir : ou bien il l’emportait et c’était tout bénéfice, ou bien il était battu et il avait une bonne raison de ne plus rien lui devoir. Il a été défait par 62% des voix à 38.

Scène 2 : le canton de Luynes

On peut être énarque et un novice en politique. Jacques Sauret, un des secrétaires fédéraux du PS, préparait fiévreusement sa candidature depuis des mois. La Nouvelle République (toujours elle) mettait en valeur ce nouveau venu en politique, fraîchement débarqué en Touraine – il fut le directeur du GIP-DMP chargé du fameux Dossier Médical Personnel, dont on parle depuis si longtemps, avant d’être relevé de ses fonctions par Roselyne Bachelot. Tout le monde pensait qu’il serait investi haut la main par les militants.

Eh bien non ! Il fut devancé de deux voix par Joël Ageorges, un professeur de collège, zélateur de Benoît Hamon tandis que J. Sauret montre du zèle pour S. Royal. Bien avant le vote d’investiture, J. Sauret se voyait élu et, en énarque accompli, laissait entendre qu’il pourrait présider un jour le conseil général, peut-être plus tôt que prévu. Les socialistes de la campagne banlieusarde, apparemment, n’aiment pas trop ceux qui se voient si vite un destin départemental. Le maire de Fondettes (divers gauche) - dont J. Sauret était l’adjoint plutôt donneur de leçons, - le conseiller général PS sortant (pour cause d’âge et de santé), avaient soutenu le petit prof lui aussi adjoint, qui depuis des années s’occupait des associations du coin.

Le Premier fédéral J.-P. Gille était encore bien embêté. Sauret était l’un des ségolénistes les plus ardents, un de ses piliers sur le plan politique. D’autant plus embêté que son collaborateur, après avoir félicité publiquement son concurrent, faisait un recours, sous la pression insistante de ses amis bien sûr : les horaires du vote avaient été différents des horaires prévus nationalement – mais la décision avait été prise par les deux secrétaires de section en présence des candidats qui avaient acquiescé. Une commission d’enquête fut nommée : le rapporteur conclut à toute absence de fraude, mais il y avait quelques broutilles sur le paiement de telle cotisation en retard payée en un seul chèque avec la cotisation de l’année et non pas en deux. Il y avait aussi un adhérent d’une autre section, votant dans le canton, qui avait déclaré avoir payé, ce qui était inexact mais ne pouvait inverser le résultat. Bref, le résultat paraissait valable à tout le monde sauf aux amis de J. Sauret. Le vote fut entériné.

J.-P. Gille ne soutint pas trop J. Sauret. Mais il commença à annoncer qu’il fallait passer un accord avec les Verts et qu’on pourrait leur donner ce canton qui, de toute façon, lui semblait perdu, compte tenu de l’aura exceptionnelle du sortant. Sauret affirmait qu’un dangereux socialiste de gauche ne pourrait rassembler les voix centristes. Le Premier fédéral, le maire de Tours, commençaient sans doute à souhaiter que Claude Roiron dispose d’une nouvelle majorité étriquée de façon à avoir prise sur elle. Les maires divers gauche et le sortant ne l’entendirent pas ainsi et pétitionnèrent. En vain.

J. Germain, M. Touraine et J.-P. Gille étaient en effet soucieux d’avoir un accord avec les Verts : le premier pour son élection au Sénat, les deux autres, parce qu’en raison du nouveau découpage des circonscriptions législatives concocté par le pouvoir, ils voulaient avoir une assurance de désistement pour l’avenir.

Pour être élu dans un canton, mieux vaut être soutenu par le maximum de maires. Donner le canton de Luynes aux Verts alors que les maires du coin n’en voulaient pas (pas même le maire de St Etienne de Chigny, « rose-vert » selon la presse, qui avait soutenu Europe Ecologie aux régionales), c’était offrir un canton perdu. Sans doute J. Germain et J.-P Gille en étaient-ils conscients – un peu de machiavélisme fait partie de la politique. J.-P. Gille, qui n’est pas un sot, avait déjà entrevu que le duel entre socialistes pouvait permettre à un Vert de l’emporter à Tours Est, ce qui se produisit. Comme premier fédéral et député, il pouvait jouer sur les deux tableaux, ce qu’il sut fort bien faire.

Un accord pour le second tour seulement aurait pu obtenir l’unanimité du PS et l'approbation des Verts à condition de leur offrir un nombre significatif de suppléants. Mais cela ne rentrait déjà plus dans les perspectives de « mettre au pas » la présidente Roiron. Laquelle comprit tout de suite ce qui allait se passer. Les maires et le sortant poussèrent Joël Ageorges à maintenir sa candidature comme divers gauche ; ils menèrent avec lui une campagne tambour battant. Soucieuse de conserver le canton à la gauche, Cl. Roiron leur accorda son soutien. Pour le 2e tour, le PS dut restituer son investiture : l’ex-dissident l’emporta de quarante voix. La droite, toute déconfite, était battue.

En fin de compte, la ligne de Jean Germain, de J.-P. Gille et de la majorité fédérale avait montré ses faiblesses. Claude Roiron, en soutenant J. Ageorges avait montré qu’en s’appuyant sur des maires de gauche non encartés, on pouvait gagner dans un canton où la droite restait forte. Elle s’était engagée vigoureusement dans tout le département. Le pire pour J. Germain, c’est que les maires de gauche du canton de Luynes étaient furieux qu’il ait soutenu quelqu’un d’autre que « leur » candidat. Ils ont refusé de le recevoir personnellement lors de son passage dans leur commune, et, dit-on, lui auraient assuré avoir de la mémoire.

Rappel : I. Les péripéties d’un mandat

A suivre : III. Le déboulonnage. Quel PS en Touraine ?

 

 

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04/04/2011, 16:59 | Par Menez.guen

DiscoursLe discours politique est destiné à donner aux mensonges l'accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l'apparence de la solidarité à un simple courant d'air. George Orwell.

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