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A Tours, le maire PS décide de changer sa présidente du conseil général (3).

- III Le déboulonnage. Quel PS en Touraine ?

Du coup, le sort de Claude Roiron était définitivement scellé. Jean Germain prend conscience qu’il risque de perdre des voix de gauche sans être sûr de s’être acquis celles des Verts. Comment faire pour être sûr d’être élu sénateur ? C’est simple : déboulonner la bête noire de la droite. Voilà de quoi s’attirer la sympathie d’élus tourangeaux ruraux ou non toujours marqués par un centrisme venu de loin.

Marisol Touraine est celle qui convient. C’est une politique plus qu’habile : à Paris, elle est dans l’équipe de Martine Aubry où elle a porté non sans talent les propositions socialistes pour les retraites ; à Tours, elle évite de dire du bien de la Première Secrétaire. Pendant les trois dernières années passées au Conseil général, elle a fait son travail. Elle est restée discrète dans les périodes de tension. Elle a attendu de voir l’avenir. Elle savait qu’elle surclasse tous ceux qui pouvaient un jour prétendre à la succession de la présidente. Seul Jacques Sauret ne s’en était pas rendu compte – avant.

Quand le maire de Tours a-t-il pris sa décision ? Certains pensent qu'elle remonte à plusieurs mois, sans quoi J. Sauret n'aurait pas été si imprudent. A coup sûr après avoir senti le vent de la rébellion chez des maires divers gauche qui se trouvaient en phase avec la présidente du Conseil général. C’est son leadership qui était remis en cause. Il s’est senti défié par son adjointe de Tours Nord. Claude Roiron gardait encore une certaine ingénuité. Quinze jours avant le scrutin cantonal, elle répétait qu’elle n’avait pas d’opposition avec le maire mais seulement avec le Premier fédéral. Ce qui a suivi lui a ôté toute naïveté.

Marisol Touraine a justifié sa candidature parce qu’aucune majorité ne s’était prononcée pour la reconduction de Cl. Roiron. De fait, l’ex-scissionniste A. Michel avait fait la démonstration qu’il n’arrêterait jamais sa guérilla. Un certain nombre de vice-présidents sortants craignait visiblement devoir continuer dans ces conditions. De même parmi des militants qui pourtant appréciaient le travail accompli. Claude Roiron rassembla seulement 40% des voix des militants socialistes : le score, malgré tout, du congrès fédéral précédent, alors que certains de ceux qui soutenaient sa motion l’ont lâchée – ce qui peut signifier qu’ils ne représentaient qu’eux-mêmes.

Le résultat est injuste si l’on considère que sans elle la majorité de gauche au conseil général ne se serait pas accrue comme ce fut le cas. Mais, d’un point de vue simplement politique, ce même résultat la place pour la première fois en position de prétendre à terme à un leadership. « On m’a volé ma victoire ! » a-t-elle déclaré à La Nouvelle République. La coalition Germain-Touraine-Gille ouverte vers le centre aura fort à faire avec la femme de gauche reconnue désormais comme telle largement au-delà du PS.

La mort et l’enterrement de Jean Royer au moment du 2e tour des cantonales est une aubaine historique pour J. Germain. Lui rendre hommage va de soi pour son successeur. Il le fait en oubliant le « Père-La-Pudeur », celui qui dut interrompre sa campagne présidentielle devant les manifestations des jeunes des années soixante-dix en train de conquérir leurs libertés. On oubliera en même temps que son réformisme était un réformisme « autoritaire » (tiens, tiens !). Et si, comme le suggérait un membre du Bureau fédéral à Tours, Jean Germain était une réincarnation modernisée de Jean Royer ? Toujours est-il que mercredi 30, le maire de Tours rappelait l’œuvre de son prédécesseur mort. Le 31, Marisol Touraine, nouvelle présidente élue, ne disait pas un mot de l’œuvre accomplie par Claude Roiron et son équipe. Une forme de l’antique abolitio memoriae pratiquée dès l’époque des pharaons ?

Il est vrai que Claude Roiron n’est pas morte, elle.

Son bilan est substantiel pour les personnes âgées, pour les handicapés, l’aide à la jeunesse, l’insertion professionnelle, le logement social, les transports en commun, la culture. Accusée de se désintéresser de l’économie, elle a su accorder des soutiens exceptionnels aux éleveurs et arboriculteurs en difficulté, mettre en avant les atouts de la Touraine et leur assurer des perspectives de développement, impliquer le conseil général lui-même dans le développement touristique, commencer une politique de gros travaux pour la rénovation des collèges, sans oublier sa politique d’informatisation des établissements.

Elle a préféré ce type de démarche à celle que souhaitait J. Germain – il le lui a reproché en public début 2011 – qui consistait à subventionner la création d’hôtels quatre étoiles à Tours. Pour elle, le conseil général, en période de crise, devait être « un amortisseur social ». Marisol Touraine a clairement laissé entendre qu’elle partageait plutôt le point de vue du maire de Tours. Déjà il se dit qu’elle sera beaucoup moins exigeante vis-à-vis du président de la Chambre de commerce et de l’Industrie. Son projet de partenariat économique avec la Région Centre, elle aussi étranglée financièrement par les décisions du pouvoir et qui a légalement des compétences économiques, donnera des indications.

Et l’avenir ?

Alors que les élections municipales de 2008 apparaissaient comme un grand succès personnel et politique de J. Germain, le congrès de Reims montrait qu’il était en perte de vitesse dans le PS. L’affaire Dayan a eu des répercussions sur la cohésion de sa majorité. Un certain nombre d’élus n’ont pas bien digéré que Monique Chevet soit sacrifiée aux ambitions d’un adjoint déjà pourvu de responsabilités. Surtout, Claude Roiron pouvait croire qu’elle lui devait beaucoup. Marisol Touraine, elle, sait ne pas avoir nécessairement besoin du maire de Tours pour exister politiquement. Jean-Patrick Gille ne sait pas s’il sera réélu député à cause du redécoupage des circonscriptions et pourrait alors regarder du côté de la mairie dont il a déjà été le premier adjoint. Et comme Claude Roiron a été obligée de montrer ce qu’elle pesait en termes politiques, il est probable que « Jeannot » doit méditer sur le temps qui passe.

Ce ne sera pas un combat des chefs. Ce sera un combat entre une politique de gauche et une politique de centre gauche ouverte au centre. On ne peut oublier que ces derniers mois, J. Germain, avec J.-P. Gille, a fait voter contre une décision nationale, contre une décision demandant la recherche de la parité en politique. Le résultat a été la défaite d’une sortante socialiste au profit d’un Vert (un homme), puis, avec l’élection de Marisol Touraine comme nouvelle présidente du Conseil général, l'installation d’un exécutif où les hommes ont repris une large majorité – avec l’aval de la ségoléniste en chef, Yvette Ferrand. Dans l’électorat, des femmes renâclent.

Si l’on ajoute que J. Germain a déclaré à la presse il y a quelques mois qu’élu sénateur, il ne renoncerait pas à son mandat de maire et préfèrerait quitter le PS, que Marisol Touraine a éludé comme n’étant pas d’actualité la question de son propre cumul des mandats (ce qui se discute, voir de janvier 2010, après les votes militants de ratification de la politique de rénovation :http://mandat-unique.fr/interview-claude-bartolone-sur-le-cumul/), on voit ce qu’il reste à faire en Touraine pour que Martine Aubry gagne son pari de la rénovation du PS.

Tous les commentaires

04/04/2011, 16:44 | Par melgrilab@yahoo.fr

"pour que Martine Aubry gagne son pari de la rénovation du PS"

Demain on rase gratis, tiens pardi. Mais à mon avis, tout ça est de la faute de la "ségoléniste en chef". Haro !

04/04/2011, 17:51 | Par Menez.guen

Malgré l'affirmation entendue dans les couloirs de Solfé comme quoi "jamais une fédé n'a gagné contre la direction nationale"

Tout le monde peut se tromper là haut surtout quand les militants de la base prennent la décision de réagir en s'organisant efficacement pour dire stop à ces scénarios nuisibles à la gauche.

Deux ans de travail de fourmi désintéressé ( nous ne cherchions aucun poste,aucun avantage,c'est notre force) ont abouti au delà de nos espérances.

Nous continuerons et nous réussirons,nous sommes libres et nombreux.

Ce sont les militants en réseaux qui ont imposé ce qui s'est passé.

05/04/2011, 15:22 | Par rené lorient

Information très éclairante. Au moment où J.-P. Gille entrait au secrétariat national, à la demande de M. Aubry soucieuse d'apaiser le PS, vous entrepreniez, avec son accord, de montrer à "Solferino" qu'on pouvait lui dire zut ! (Voyez comme je suis poli !)

11/04/2011, 17:27 | Par Menez.guen en réponse au commentaire de rené lorient le 05/04/2011 à 15:22

Nous sommes assez grand(e)s et résolu(e)s à faire respecter les militant(e)s pour n'avoir besoin de l'aval de personne.

Mais démontrer que personne ne pouvait gagner sans notre travail de fond est maintenant chose faite.

Yvette Ferrand

secrétaire fédérale aux Droits de l'Homme

coordinatrice de DA 37

et bien + encore

PS:il faut lire les autres contes à dormir debout de notre normalien anonyme (les n1 et n2 ) ils valent leut pesant de cacahouètes.

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