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Que faire ?
Que faire ? C’est là une question que tout parti se pose après de grands événements, de grandes crises, de grandes déceptions. Elle se pose, lancinante, au PS depuis quelques années. C’est une question qui touche au fond même de sa politique. Elle appelle des réponses de fond. "<!--break-->" Quiconque se contente des formules toutes faites, des slogans qui sonnent bien – et ne sont pas toujours faux, – des mots censés discréditer ou élever au pinacle, n’aidera guère à sortir du marasme politique qui touche aujourd’hui l’ensemble du système politique français. S’agissant du PS le marasme dans lequel il est pris depuis quelques années est en même temps celui de la social-démocratie européenne. Il y a donc des raisons à la fois européennes – voire plus larges – et des raisons spécifiquement nationales.
I
Des raisons européennes voire mondiales. La mondialisation de la vie contemporaine connaît aujourd’hui une globalisation de l’économie d’autant plus remarquable que cette économie est une économie libérale de marché pour l’essentiel : les économies planifiées, les frontières douanières ont cédé du terrain voire disparu. La Chine dernière grande puissance communiste a mis en place une économie largement ouverte, tandis qu’en Europe les services publics industriels et commerciaux relevant de la puissance publique sont soumis à des exigences concurrentielles, les capitaux publics étant désormais compris comme des capitaux pervertissant la vie économique. La financiarisation du capitalisme, la recherche d’une profitabilité à deux chiffres, a entraîné un nouveau partage de la valeur créée en faveur du capital et au détriment du travail.
Les révolutions reagano-thatchériennes ont fasciné d’autant plus la social-démocratie européenne qu’elle avait, dans le cas de la guerre froide, partagé les responsabilités dans la construction de l’Union européenne avec la démocratie chrétienne et d’autres conservateurs. Les conservateurs d’inspiration chrétienne s’étant ralliés au libéralisme, – oublieux le plus souvent de la doctrine sociale de l’Eglise jusque dans les ex-pays communistes où celle-ci avait joué un rôle de résistance sociale parfois majeur, – la social-démocratie a cru trouver une solution dans le « social-libéralisme » qui s’est coupé de ses « valeurs », c’est-à-dire de ses sources de pensée politique et sociale vivifiantes, celles qui mettent l’homme (en premier lieu le travailleur) au centre de ses préoccupations.
Comme le disait Tony Blair à son époque, si proche et déjà si ancienne, l’essentiel n’est pas de savoir si c’est socialiste ou libéral, mais de savoir si ça marche. Quand il a passé la main à Gordon Brown, la presse quasi unanime vantait ses succès économiques. On voit aujourd’hui ce qu’il en est. Ce n’est pas par hasard qu’aujourd’hui on réfléchit à de nouveaux instruments de mesure de la prospérité – et du bien-être de la société.
Avec le Royaume-Uni, ont été à l’avant-garde de ce social-libéralisme l’Allemagne de Schroeder et de la grande coalition finissante, l’Espagne de Zapatero qui a puisé sa force politique dans sa révolution sociétale, l’Italie de Prodi, ex-président de la Commission exécutive européenne, persuadé que l’avenir était à une alternance entre centre-droit et centre gauche, et quelques autres. Le PS français n’a pas été à l’écart de ce mouvement : la période jospinienne, commencée avec les 35h, s’achève avec l’acceptation, dans le cadre de la cohabitation, des privatisations qui lui aliènent des couches sociales attachées au respect du service public et du rôle de modèle social que le service public jouait face aux entreprises capitalistes « ordinaires ».
La social-démocratie européenne qui, il y a une dizaine d’années, était au pouvoir dans treize pays sur quinze de la CEE, est désavouée dans la quasi-totalité de l’UE aujourd’hui. Les refus référendaires de France, de Hollande et d’Irlande ne sont pas l’effet du hasard. Le PSE s’en est si bien rendu compte que depuis bientôt deux ans il a entrepris un (trop) discret aggiornamento qui s’est traduit par l’adoption du Manifeste du PSE. L. Baumel et J.C. Cambadelis ont écrit une brochure pertinente qui mérite d’être discutée, approfondie (voir mon précédent billet). Pour moi, ce Manifeste n’est qu’une première étape. L’échec du 7 juin ne remet pas en cause sa validité : comment en six mois l’électorat peut-il comprendre qu’il y a une nouveauté vraiment crédible, quand le PSD au même moment continue à gouverner avec la CDU ? J’étais à Berlin en mai. Des affiches géantes présentaient le président du groupe PSE au parlement européen aux côtés du prochain candidat SPD à la chancellerie avec ce mot d’ordre : « Und jetzt soziales Europa ! », « Et maintenant l’Europe sociale ! » Voilà qui était saisissant – et qui fut peu convaincant. En même temps que Brown, Zapatero annonçaient leur soutien à Barroso, les candidats PSE de ces mêmes pays s’engageaient à œuvrer pour son remplacement ! Les périodes de transition sont ravageuses.
Il faut dire que le passage d’une Europe de consensus à une Europe de parlementarisme politique fondé sur le principe d’une majorité et d’une opposition (ce qui n’empêche pas dans une assemblée élue à la proportionnelle la recherche de compromis majoritaires) est compliqué. Depuis trente ans, pour les électorats, l’Europe c’est le partage alterné du pouvoir entre la droite chrétienne et la gauche social-démocrate. Les esprits n’ont pas la mémoire courte, ils ont besoin de voir pour croire. Et en temps de crise éprouvante pour les classes populaires et les couches moyennes les moins aisées, l’histoire a toujours montré que les partis les plus progressistes ne sont pas immédiatement les mieux entendus. Comme on me l’a dit dans un marché où je distribuais des tracts : « Avec tout ce que je viens de prendre, si vous croyez que j’ai envie de voter.. ! »
Aller plus loin quand 27 partis socialistes et sociaux-démocrates sont partie prenante, c’est une affaire délicate. D’autant plus que les partis de l’Europe occidentale se sont développés en s’appuyant sur le mouvement syndical tandis que les populations d’Europe centrale et orientale pendant cinquante ans ont lutté contre la fossilisation du syndicalisme officiel, fascinés par une image idyllique du capitalisme. Trouver une politique commune à partir de deux imaginaires politiques si différents, c’est une gageure. L’Allemagne à elle seule le montre bien. La réunification a bouleversé le système politique : elle est passée du tripartisme à la démocratie à 5. La gauche ne parvient pas à s’unir en raison du poids des représentations passées liées à Die Linke (« La gauche ») qui n’a pourtant rien d’un parti à vocation totalitaire. Il faut donc du temps pour progresser vers une social-démocratie européenne ouverte à de larges alliances, tant vers les Verts que vers la gauche radicale prête à exercer les responsabilités du pouvoir à tous les niveaux. Même dans des pays où le retour à la social-démocratie d’anciens communistes a été ratifié par les électeurs, la droite en difficulté tente de ranimer les douloureux souvenirs et diviser la gauche (on l’a vu il y a peu en Pologne).
II
Il faudra du temps, hélas ! Mais chaque parti national peut aider à l’accélération du processus à partir d’une appréciation lucide de ses propres expériences confrontées à celles des autres partenaires.
La France, en raison de son élection présidentielle quasi cinquantenaire et de son scrutin législatif à deux tours, est installée dans un système politique bipolaire. Ce qui donne au PS et aux autres partis de la gauche à vocation gouvernementale l’obligation de rechercher des alliances. Depuis 40 ans, un pôle de gauche s’oppose à un pôle de droite que ce soit au niveau national ou local. Cela n’a jamais empêché l’ouverture à des personnalités différentes sur la base d’un programme soit de gauche soit de droite, ce que les communistes eux-mêmes appelaient les républicains ou les démocrates de progrès. Les élections du 7 juin ont à nouveau montré que cette bipolarisation perdure sous des formes évolutives.
Les présidentielles avaient donné l’impression qu’un pôle centriste émergeait « ni gauche-ni droite ». Les électeurs ont bien compris que le « meilleur opposant à Sarkozy » n’était guère crédible. En fait, ce qui se produit depuis dix ans, et qui concerne prioritairement le PS français, c’est l’existence d’un électorat mobile très sensible aux insuffisances des partis incarnant les grands courants politiques traditionnels. En 2002, le PS se retrouvait à 16 % tandis que l’extrême droite faisait un score inédit ; en 2007, F. Bayrou obtenait 18% en raison des carences politiques de la candidate du PS ; en 2009, les Verts sont à 16% comme le PS en raison d’un programme socialiste peu visible et surtout d’un programme qui a semblé ajouter l’écologie à ses thèmes habituels au lieu de réorganiser sa politique autour de la défense de la planète dans tous les domaines de la politique. Ce qui est déjà réclamé dans certains cercles du PS, ne serait-ce que du côté de chez Fabius et de son désir de social-écologie, – et ce que certains socialistes font très bien parfois au niveau local.
La rénovation politique du PS passera donc par là. C’est à la fois simple et compliqué. Simple car l’essentiel des propositions sont à portée intellectuelle. Compliqué car c’est tout une révolution des esprits militants qui est à acquérir, de la base au sommet. Si le PS n’est pas en mesure d’exercer un attrait politique sur des générations plus jeunes et installées dans cette vision nouvelle du monde, – c’est-à-dire dans la vision d’une société luttant à la fois pour son bien-être et le bien-être des générations futures sur une planète « vivante », – sa rénovation, qui doit être une refondation prenant la suite d’Epinay à 40 ans de distance, restera un vœu pieux. Le PS connaîtra le sort du PCF qui a clamé à tous vents son désir de rénovation mais a constamment déçu ses électeurs quinze ans durant, après quoi, il était trop tard. Il peut connaître aussi – les deux ne sont point incompatibles – le sort du vieux parti radical incapable de sortir de l’encroûtement de la notabilité politique : un siècle après, divisé, il est réduit à l’état de parasite des forces qui l’ont supplanté.
Les déboires du 7 juin sont aussi le résultat de partis désormais configurés pour aller à une élection présidentielle. L’avantage de Cohn-Bendit et Eva Joly est d’avoir vécu à un moment ou un autre de leur vie dans un pays parlementaire. Or le Parlement européen, en dépit de sa souveraineté limitée, a un fonctionnement parlementaire que nos assemblées n’ont plus depuis longtemps. C’est là aussi un handicap du PS français qui a des difficultés à choisir entre le pire des présidentialismes et le parlementarisme tant décrié de 1870 à 1958. Un nouveau parlementarisme me semble devoir être mis au plus vite à l’étude – tant pis pour les nouveaux Mitterrand.
On est loin des reproches parfois fort justifiés sur les égos, relatifs à la fixation maladive des uns ou des autres, jeunes ou vieux, quadras, quinquas ou sexas, sur les mandats électifs à enlever. Le jour où le PS présentera un programme à la hauteur des enjeux du moment, ces reproches passeront à l’arrière-plan. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas à traiter le problème. Qu’il y ait des ambitions dans un parti politique, rien de plus évident. Dans une société qui voit l’allongement de la vie des individus et surtout l’allongement du temps où ils peuvent être utiles à la société, le cumul des mandats, leur pérennisation parfois outrancière, deviennent insupportables (quelles difficultés a rencontrées Martine Aubry pour appliquer ce bon principe aux européennes !) . Seulement dans le système actuel, marqué par la nécessité de consacrer un temps de plus en plus important au travail de l’élu, il convient de remettre sur le chantier un statut de l’élu permettant à ce dernier de reprendre un métier interrompu sans dommage de carrière. Les mandats les plus nombreux sont des handicaps professionnels et financiers. Du coup, c’est la course aux mandats et à leur cumul, avec toutes les formes peu estimables qu’elle peut prendre. La démocratie a son prix, et un coût.
Pour en terminer, le PS ne pourra faire l’économie d’une vraie refondation sur le plan symbolique. L’impasse dans laquelle il risque de se trouver à court terme l’oblige à s’ouvrir. Le problème pour le PS, c’est qu’il est une passoire. Il subsiste à travers les années toujours un noyau de fidèles – vieillissant d’ailleurs. Le renouvellement de ce noyau est le fait d’ambitieux (je ne donne pas un sens péjoratif à ce mot ici) qui souhaitent être élus et qui le cas échéant partiront plus ou moins vite. Tout autour, il y a une série d’adhérents éphémères qui ne sont sollicités pour aucune formation politique, qui découvrent avec stupeur parfois des sections où les discussions sont d’un niveau affligeant ou qui se réunissent fort peu. Comment fidéliser ces adhérents venus avec plein de bonne volonté ?! Il ne suffit pas de baisser les cotisations pour renforcer le PS.
La transformation symbolique, qui doit compléter la refondation programmatique, doit viser à montrer que les débats internes au PS ne sont pas des polémiques stériles. Il faut tordre le coup à un cliché journalistique selon lequel un parti qui débat se divise ou se déchire, tandis qu’un parti qui ne débat pas sommeille ou se trouve sous la chape d’un plomb monolithique. Mediapart n’est pas exempt de ce cliché. Après bien des réflexions, j’en arrive à l’idée qu’il conviendrait d’organiser, en des moments forts, des consultations largement ouvertes. Le PS, tel qu’il est, n’est pas apte à faire ses choix politiques de la manière la plus efficace. Ces dernières années, les résultats des consultations internes étaient connus quelques semaines à l’avance à partir du moment où les responsables « référents » avaient pris position. On faisait les comptes de ceux qu’ils influençaient et tout était dit. C’est ainsi, en particulier qu’on est arrivé au calamiteux référendum de 2005. S’ouvrir pour le choix des options programmatiques ou pour le choix des candidats aux postes essentiels, à des citoyens de gauche (il y a quelques dizaines, voire quelques centaines de milliers d’adhérents à des associations, syndicats ou autres mouvements), me semble une possibilité à explorer sérieusement. Les différences d’approche apparaîtront mieux comme celles de la société elle-même.
Sans doute faudrait-il aussi faire comme en 1969-71, changer en même temps le nom du parti. Non que le socialisme soit obsolète, mais il doit apparaître définitivement comme écologique.
Faudrait-il donc que le PS refasse immédiatement un congrès ? Que non. Depuis Reims, deux questions ont été réglées en réalité. L’ancrage à gauche du PS semble acquis surtout depuis le 7 juin et le score normal du centrisme politique. La discussion sur le type de parti (un parti « démocrate » à l’italienne ou « blairiste ») est elle aussi réglée compte tenu des résultats européens calamiteux pour tous ou presque. Le rassemblement de l’ensemble des socialistes est facilité : il est possible de discuter sur des problèmes concrets et éminemment politiques. Les décisions ne sont jamais faciles à prendre, mais nous pouvons trouver hors du PS des interlocuteurs pour nous aider. C’est à mon sens ce que la Première secrétaire a voulu dire. On peut lui reprocher sa prudence. Mais qu’aurait-on dit, même à Mediapart, si deux jours après un scrutin détestable, elle avait sorti de sa poche des solutions toutes faites ? Que chacun se rappelle le temps qu’elle a consacré pour imposer son style à Lille. Patience et longueur de temps…
A condition de ne pas traîner.


Tous les commentaires
La couverture est rouge : allusion à l'illustre best seller aujourd'hui plus que centenaire ?
Le titre de "l'illustre best seller" était lui-même une allusion à un livre plus ancien (de Tchernitchevsky je crois). Il y a dans le Que faire ? de Lénine des choses qui restent intéressantes sur le rapport du parti aux travailleurs...
"Que faire" de Tchernychevsky, sous-titré l'homme nouveau, que Lénine admirait et qui eut beaucoup d'influence sur les socialistes libertaires...
Le système blairiste a t-il sombré lors des élections du 7 juin au tout simplement avec la crise due à un modèle soutenu par Blair. L'élection du président au suffrage universel entraîne une personnalisation du pouvoir qui ne permet pas de faire l'impasse sur un candidat leader et locomotive d'un parti. Et cela demande du temps : l'émergence d'un homme (ou du femme bien sûr), sa faculté à réunir, sa crédibilité vis à vis de l'opinion. Peut on imaginer un seul instant que les candidats potentiels et connus du PS et qui ont tant investi sur cet objectif laisseront s'installer une procédure qui risquent de briser leur élan alors que la présidentielle est dans 3 ans et que tout est à reconstruire. Il est par contre intéressant de remarquer que dans un système présidentiel comme celui des USA les candidats désignés par des primaires sont le plus souvent des politiques qui n'ont pas été les plus médiatisés, ni même dans les instances de direction du parti mais qu'ils émergent au moment où s'amorce la dernière ligne droite pour les élections. Les exemples sont nombreux. Par ailleurs un échec à la présidentielle voit rarement un candidat se représenter une seconde fois sauf exception ( exemple Nixon). Il semblerait que tout cela dépende plus d'une culture politique que d'un système présidentiel ou parlementaire car même dans un système parlementaire c'est bien le leader reconnu du parti à qui revient la direction de l'exécutif en cas de victoire aux élections.
Tout parti se doit d'avoir un leader, vous le constatez vous-même. Ce n'est pas lié à l'élection du président de la république au suffrage universel. Les partis communistes l'ont compris très vite - et jusqu'à la caricature quand ils ont été au pouvoir. Dans tous les régimes parlementaires, le premier responsable d'un parti est le candidat naturel à exercer le pouvoir s'il est en mesure de constituer une majorité. Partout la question première est celle du projet politique ou du programme (ce qui n'est pas toujours identique). La nouveauté perverse - on en voit maintenant les conséquences avec cinquante ans de recul, - c'est que l'on prétend que le futur président de la République doit être au-dessus des partis, pour reprendre l'expression de De Gaulle. Aujourd'hui être au-dessus des partis, c'est avoir de bons sondages de popularité. Ce n'est pas prioritairement avoir un bon programme ou projet. Au lieu de réfléchir sur des mesures cohérentes et en phase avec ses valeurs, on se demande trop souvent si on a bien pris en compte tel sondage sur tel sujet. Comme si le combat politique devait être réduit au minimum. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il faut savoir être impopulaire. C'est une expression qui a trop souvent camouflé la rupture avec le monde du travail et ses organisations représentatives. C'est de celles-ci, c'est du lien avec les associations que peut venir l'attention, l'attrait politique et la popularité non point évanescente mais aussi solide que possible. Je ne tirerais pas nécessairement les mêmes conclusions que vous des primaires américaines. D'abord, il faut avoir su trouver son trésor de guerre électorale. Ce qui signifie avoir des soutiens politiques (et économiques) sérieux - ce qui ne peut se faire en France sous cette forme si primaire. Et les candidats des deux partis ont toujours déjà exercé des responsabilités de premier plan. Quant à Obama, il avait été remarqué de toute la classe politique quatre ans auparavant. En plus, il a su profiter d'un désir de changement profond au terme de vingt ans de Bush/Clinton/Bush et de huit ans catastrophiques. Selon moi, à l'étape actuelle de ma réflexion, des "primaires" en France devraient concilier le travail au sein d'un parti en liaison avec des partenaires occasionnels ou permanents, et la validation, après un temps de "discussions citoyennes", par un large corps électoral, inévitablement aléatoire, composé d'acteurs sociaux volontaires venus d'organisations syndicales, politiques (celles qui sont sollicitées et l'acceptent), associatives. Bref, pas n'importe qui, mais des électeurs engagés à tous les niveaux. C'est là un type de compromis permettant de répondre aux demandes des uns et aux réticences des autres.
Je partage entièrement votre vision : un leader oui mais sans programme cela n'a aucun sens. Il n'en reste pas moins que dans le cas des primaires il ne saurait y avoir 20 candidats avec le risque d'un éparpillement des voix préjudiciable à la crédibilité du gagnant. Peut- on espérer qu'un candidat "obscur" prenne le dessus, j'en doute. Les poids lourds finiront par écraser les autres avant d'arriver sur le ligne d'arrivée. Nous serons conduits avec un électorat élargi à devoir départager les mêmes ambitions. Quant aux Etats Unis certes Obama s'était fait remarquer. Un ami issu d'Harvard et ayant été le seul non américain a diriger l'association des anciens qui gère l'uni versité (et oui le seul cas depuis la création de cette université et dont personne ne s'est fait l'écho en France à cette époque 1998 - 1999 - 2000 alors qu'il s'agissait d'un français pour une présidence de 3 ans et que depuis le poste élu est revenu à un américain )me disait récemment qu'à l'époque les grosses têtes de cette association et des anciens se demandaient quel était cet étudiant qui avait remporté la direction de la revue des étudiants, poste ou il faut batailler et avoir du talent pour l'atteindre. Mais sortons du cas Obama, croyez vous que Carter, Clinton et j'en passe aient été des poids lourds du parti démocrate. Non bien sûr. Ils ont émergé à la dernière minute comme c'est la règle aux USA. Le président du parti démocrate n'est d'ailleurs jamais candidat. Il s'agit bien pour moi d'une différence de culture politique à laquelle je faisais référence. C'est la raison pour laquelle je pense qu'une fois de plus avec l'organisation de primaires on cherche à singer le modèle US sans en avoir la culture. Même si à priori je ne suis pas contre je pense que cela ne changera pas grand chose à l'arrivée.
1. Autant que je me souvienne, Clinton n'en était pas à son premier essai d'investiture présidentielle en 1992. Il y a eu au moins une tentative antérieure qu'il a vite arrêtée. Il avait été plusieurs fois été élu gouverneur de l'Arkansas. Quant à Carter, il avait fait sensation en se faisant élire gouverneur avec l'appui des ségrégationnistes avant de dire très vite ensuite que l'époque n'était plus à la ségrégation. Un gouverneur aux USA est un homme important, bien plus qu'un président de région en France, et même à ce que je crois, qu'un Ministerpräsident de Land outre Rhin. Ce ne sont pas des inconnus. 2. Les candidats aux primaires américaines sont bien aussi nombreux que le trio socialiste de 2006. 3. Ceci dit, la culture politique est effectivement très différente, la notion de parti aussi. J'ai la faiblesse (si c'est une faiblesse) de préférer les partis dans la forme que notre pays et quelques autres du continent européen leur ont donnée depuis un siècle environ.
1°Certes, ils sont bien plus nombreux, et également plus nombreux comme candidats à l'élection présidentielle (hors les deux grands partis, donc hors primaires dont aucun n'a jamais été élu). Mais toute campagne est une question d'argent . Les campagnes coûtent très chères y compris lors des primaires. Le parti ne finance pas les primaires, se sont les supporteurs des candidats (particuliers ou entreprises, surtout bien sûr les entreprises) où les candidats eux mêmes s'ils en ont les moyens.. Les "sponsors" investissent sur ce qu'ils croient être "le bon cheval". on en revient toujours hélas et de plus en plus aux moyens financiers et à la couverture médiatique. 2°Il ne me semble pas que Clinton ait été dans une course de primaires avant son élection. 3° Il est vrai qu'un poste de gouverneur compte tenu de l'indépendance de la gestion des états est un poste important et pourtant la plupart sont des inconnus (mis à part dans leur état) par l'ensemble des citoyens américains. La fonction de sénateur reste la plus prestigieuse bien plus que celle de député. 4°Je pense également que jusqu'à ces dernières années la notion de "parti" était plus cohérente en Europe. Les deux grands partis américains sont des voiture balais où l'on trouve de tout. Jusqu'à il y a environ 25 ans les conservateurs racistes du sud votaient traditionnellement démocrates (héritage de la guerre de sécession) (ils viennent de revoter démocrates d'où l'élection plus facile pour Obama) et l'on trouve des modérés républicains très proches du parti démocrate. C'est un peu vers cette tendance que nos politiques ont voulu nous conduire sous prétexte de modernité (création de l'UMP) : des grands partis attrapent tout. Est ce vraiment un progrès ? Il semble que la France offre une résistance particulière, les citoyens souhaitant pouvoir exprimer leur sensibilité au moins à un premier tour lorsqu'ils en ont la possibilité. 5°Pour en revenir aux primaires, je n'ai rien contre sauf que cela me semble très loin de la culture française et que la couverture médiatique risque d'en favoriser certains. Dans le cas de la France, seraient-elles financées par le parti ? Tout citoyen serait-il appelé à voter. Dans ce cas, la tradition n'étant pas celle des USA, y a t-il un risque de manipulation et que le camp adverse fasse voter ses sympathisants pour brouiller les résultats en choisissant ainsi son adversaire. Tout me semble à construire dans un temps raccourci compte tenu de l' élection présidentielle très proche (3 ans). La réflexion , la construction d'un programme crédible me semble être le plus urgent. Bien entendu tout ceci est subjectif. Qui sait ! Bien à vous
Nous sommes d'accord sur l'essentiel. Je viens de faire une rapide recherche sur B. Clinton. Il avait été sollicité pour se présenter aux primaires de 1988 et avait décliné publiquement (devant caméras) cette perspective. Preuve qu'il avait déjà été repéré pour sa stature politique. (Vous avez raison de dire que les sénateurs ont un poids politique majeur : c'est une chambre "haute" comme il y en a peu.) Je suis d'accord avec vous sur les partis attrape-tout qui sont de plus des abris pour ce que nous appelons des écuries présidentielles. La forme italienne de parti démocrate n'a guère montré son efficacité. Dans mon billet, je suggérais des primaires ouvertes aux citoyens membres d'organisations politiques, syndicales, associatives pour tenir compte des appréhensions des uns et des autres. Il serait bon, me semble-t-il, de sortir les discussions du PS, car elles sont vécues comme des oppositions internes ; il serait préférable qu'elles soit vécues comme de vrais débats au sein du "peuple de gauche" et par delà de la société elle-même. Évidemment, la question sous-jacente, pour les présidentielles, est celle d'une "candidature unique de la gauche". Le PCf, sous l'impulsion de G. Marchais, avait enterré cette notion après 1974 parce qu'il estimait qu'elle était nuisible à son avenir politique. Les trente dernières années ont montré que là n'était pas la cause du déclin. Avec la dispersion des organisations de gauche, une candidature unique est plus problématique, mais il est peut-être possible de réduire le nombre des candidats en allant vers des primaires à gauche pour ceux qui le veulent bien. Mais cela signifiera des discussion politiques et programmatiques de fond avec les partenaires. C'est, je crois, l'idée de la "maison commune" avancée par M. Aubry. Bien à vous
Cher René Lorient, même réponse qu'à CFO ... Cher CFO, un parti doit s'incarner dans un leader. Vous avez crû bon de rejeter S Royal. Il a été démontré qu'aucun autre ne le pouvait, au PS. Il n'est pas trop tard pour réagir... Bonne journée.
doublon.
"tandis que les populations d’Europe centrale et orientale pendant cinquante ans ont lutté contre la fossilisation du syndicalisme officiel, fascinés par une image idyllique du capitalisme." J'aime bien comment est résumé le communisme concentrationnaire.