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La candidature de Martine Aubry

Enfin ! Le (faux) suspense est terminé. Martine Aubry a déclaré sa candidature aux primaires de la gauche qu’organise le Parti socialiste.

Le suspense existait peut-être tant que D. Strauss-Kahn avait la possibilité de poser sa candidature. Depuis six semaines, il n’existait plus. En fait, ce n’était ni une affaire de suspense ni une affaire d’envie. Les médias ont l’art de rapetisser les affaires de politique et de les réduire à un piètre scénario de théâtre de guignol ou à de la psychologie de bazar.

La grande question était d’abord de mettre au point un projet qui soit le socle d’un programme présidentiel accepté par tous les socialistes. Ce qui a été réalisé dans les meilleures conditions il y a un mois sous la houlette fédératrice de Martine Aubry, laquelle a démontré son efficacité politique – et diplomatique – dans la recherche des compromis pour aboutir à une synthèse politique cohérente, responsable et crédible.

Ensuite, il s’agissait de savoir qui avait politiquement les meilleures chances de rassembler une majorité politique pour l’emporter en mai prochain. Chacun, en fait, avait conscience de ses responsabilités devant la gauche. Ni l’un ni l’autre n'ont jamais prétendu devoir rencontrer le destin qui leur serait réservé depuis l'origine des temps. Ni l'un ni l'autre ne voulait se voir reprocher une ambition personnelle démesurée (en dépit de tous les amis qui les poussaient à plus d’ « audace ») qui, en cas d’échec, l’aurait cloué au pilori de l’histoire politique. Et qui l’aurait rendu responsable d’une probable explosion du PS. Ce qui est un peu plus important que les histoires d’ « envie » – comme s’il s’agissait de satisfaire des désirs de femme enceinte ou des besoins de sexagénaire prostatique.

L’un comme l’autre voulait maîtriser le temps politique. Le calendrier du PS, les exigences du FMI leur permettait d’opposer une fin de non recevoir aux médias toujours à l’affût de l’indice permettant d’affirmer plus tard péremptoirement : « Je l’avais bien dit ». A ce petit jeu finalement frivole, Martine Aubry jouait le rôle de la coincée, DSK celui du taiseux qui profite de son silence pour emporter le morceau à la dernière minute, comme pour une enchère à la bougie.

En réalité, chacun se préparait. Et ils se préparaient ensemble quoique séparément. Les discussions dont la presse a pu faire écho (à Marrakech, qui frappe tant les esprits) étaient des discussions éminemment politiques sur les grands problèmes du monde, de l’Europe, de la crise. S'ils ne se laissaient pas aveugler par leurs schémas aussi simplistes que préétablis, les journalistes auraient pu le savoir. Il suffit d'interroger. Il est très probable que le candidat aurait été DSK si son voyage brutalement interrompu avait permis de trouver avec l’UE une solution satisfaisante. En son absence en tout cas, ce ne fut pas le cas. Il n’était même plus question de rester au FMI avec un travail « passionnant ».

Heureusement, Martine Aubry était prête. Une politique avertie sait que la première responsable d’un parti doit être, toujours et à tout moment, en mesure de relever les défis, tous, y compris les plus improbables, ce qui en l’occurrence n’était pas le cas.

L’annonce officielle de sa candidature ce matin montre sa maîtrise de la situation. Certains, comme moi, ont pu ressentir dans sa voix quelques petits moments de trac. A un jeune débutant qui affirmait ne jamais connaître le trac, Louis Jouvet (si ma mémoire ne me trahit pas) répondit qu’il ferait peut-être mieux de choisir un autre métier. Martine Aubry sait qu’elle doit se montrer comme une grande artiste de la politique dans les mois à venir. En tout cas, on peut être sûr qu’elle donnera le meilleur d’elle-même.

Tous les commentaires

28/06/2011, 15:18 | Par Vingtras

Je suis évidemment d'accord pour tout ce qui concerne les réactions intempestives de la presse dont la seule préoccupation semblait être le froncement de sourcil ou un petit dérapage verbal de la candidate Aubry. Mais je me demande si elle va être en mesure de gagner ces primaires et, dans le cas où elle les perdrait, quelle pourrait être sa légitimité de 1ère secrétaire pour la campagne présidentielle ?

29/06/2011, 18:52 | Par rené lorient en réponse au commentaire de Vingtras le 28/06/2011 à 15:18

Parmi les candidats socialistes, - opinion personnelle - elle n'est sans doute pas la seule à pouvoir remporter les présidentielles, mais elle est la seule à avoir la volonté et la persévérance pour opérer un changement et réintroduire le progrès social grâce à une réorientation de l'économie se dégageant de la prééminence de la financiarisation (horribler mot).

Il y a une différence entre "promettre ce que l'on peut tenir" (discours de Hollande, par exemple) et savoir qu'on ne pourra pas tout faire mais qu'on veillera à réenclencher le progrès.

Pour ce qui me concerne, la question n'est jamais de se demander avant d'avoir commencé ce qui se passera en cas de non-investiture, mais de tout faire pour que l'investiture apparaisse comme une nécessité à une majorité lors des primaires.

H. Emmanuelli ne fut pas investi mais il se mit au service de Jospin, en déclarant que l'avenir du PS se trouvait désormais entre les mains du vainqueur.

Imaginez la même démarche si Hollande ou S. Royal l'emportait... Je suis sûr que vous viendrez voter les 9 et 16 octobre.

Bien cordialement.

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

30/06/2011, 08:38 | Par JNSPQD en réponse au commentaire de rené lorient le 29/06/2011 à 18:52

"...mais elle est la seule à avoir la volonté et la persévérance pour opérer un changement et réintroduire le progrès social grâce à une réorientation de l'économie se dégageant de la prééminence de la financiarisation (horribler mot)."

Franchement, j'ai de l'estime pour le personnage politique mais mon blocage à son niveau vient précisément de ce manque de volonté et de persévérance que je constate, par exemple? dossier des 35 heures dont l'idée porteuse a en partie échouée à cause de sa mauvaise préparation, présentation et finalement gestion.

Et comment oublier la gestion de Reims? Et comment accepter que rien n'ait été changé de ces mauvaises habitudes en trois ans? Et la précipitation à l'encontre de Frêche et la passivité face à Guérini? Et comment accepter le "non présidentiable?

A quoi bon continuer... si nous tenons, et c'est effectivement une priorité, à vouloir faire dégager Sarko je me refuse en revanche à participer à un changement qui remettrait à la place magouilles et cie. (Je ne pense pas que Aubry soit l'instigatrice mais elle se laisse porter, alors pour ce qui est de la volonté, à mes yeux, cela reste à prouver et je ne me sens pas de déposer ma confiance en une probabilité aléatoire)

Derrière Aubry il y a les groupes de pression qui ne veulent pas dire son nom et à sa tête le sieur Fabius qui se promène déjà sur les plateaux TV comme si son heure était arrivée... Nous ne voulions pas de Fabius? nous aurons Fabius...

 

"H. Emmanuelli ne fut pas investi mais il se mit au service de Jospin, en déclarant que l'avenir du PS se trouvait désormais entre les mains du vainqueur. "

Bien dommage pour la République qu'il n'ait pas fait de même en 2006... Que de régressions sociales et désespérances d'évitées !

30/06/2011, 09:23 | Par Anne Gentry en réponse au commentaire de JNSPQD le 30/06/2011 à 08:38

Bien d'accord avec ce commentaire.

28/06/2011, 15:29 | Par [email protected]

Bien. Nous retenons:

 

1) que Martine Aubry est candidate à la candidature ( ce qui constitue une énorme surprise et va faire chavirer le landerneau),

 

2) qu'elle était interchangeable avec DSK, ce qui signifie que leur lecture de la situation et du programme est plus que grosso modo la même.

 

Bon, avec ça, en avant pour le renouveau, vache, cochon, couvée.

28/06/2011, 15:32 | Par Le Concombre Masqué en réponse au commentaire de [email protected] le 28/06/2011 à 15:29

Vous avez bien raison Melchior et quand on pense qu'une autre candidate à la candidature envisageait très sérieusement de prendre le même DSK comme 1er ministre, on ne sait vraiment plus à quelle sainte se vouer...

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

28/06/2011, 15:59 | Par Le Concombre Masqué en réponse au commentaire de passifou le 28/06/2011 à 15:45

Franchement Paul-François Siméoni je trouve votre explication un peu tirée par les cheveux et guère convaincante pour tout dire...

De toute manière, qui que soit le candidat sorti des primaires socialistes, il sera quasi-obligé de choisir son 1er ministre parmi les éliminés et de confier des ministères importants aux autres ne serait-ce que pour rassembler les différents courants en vue du scrutin présidentiel...

Donc, si DSK avait participé et s'il avait été éliminé, il aurait sans-doute fini 1er ministre (ou à l'économie et aux finances) pour pas mal de candidats à la candidature...

Et Ségolène, comme les autres, ne pourra pas échapper à ces calculs politiciens, sinon c'est déroute assurée face à Sarkozy, qu'on le veuille ou non...

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

30/06/2011, 08:48 | Par Le Concombre Masqué en réponse au commentaire de passifou le 30/06/2011 à 00:29

Toujours pas convaincu Paul-François Siméoni, MDR ou pas...

Ségolène Royal, si elle est élue, ne gouvernera pas avec les citoyens, mais avec des députés issus de différents courants or tous n'appartiennent pas au sien, donc elle aura besoin d'alliances de circonstances...

L'assemblée nationale et le sénat ne sont pas le conseil régional...

Ce sont les limites, pas forcément négatives d'ailleurs, de notre système et je crois ce que je vois, même Sarkozy est obligé parfois de composer avec d'autres courants que le sien, on le voit avec le dernier remaniement...

Ségolène Royal, si elle est élue, sera obligée d'en tenir compte, qu'on le veuille ou non...

Et elle sera obligée de composer dès la fin du 1er tour des primaires si elle en sort devant.

C'est de la basse politique politicienne mais il faut en passer par là pour arriver au sommet et nous dire le contraire relève, excusez-moi du terme, de l'enfumage.

Si Ségolène Royal ne négocie pas au sein de son parti, en cas de qualification pour le 2nd tour des primaires PS, elle va dans le mur, que ça plaise ou non...

28/06/2011, 15:36 | Par elisa13

Bon on peut quand même dire : ouf !! exit DSK ! ? Pour moi, ça sonne bien. Et je sais bien vers qui voter aux primaires si j'y vais.

30/06/2011, 09:30 | Par françois périgny

Monsieur Lorient,

si Martine Aubry est élue, qu'est-ce qui va changer pour qui ?

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