Confessions d'un pirate ordinaire.

S'il y a bien quelque chose que Nicolas Sarkozy voudra que la postérité retienne de son - espérons le - unique mandat, mis à part sa fâcheuse tendance à vouloir légiférer dès que l'émotion due à un fait divers sordide se pointe dans des médias avides de sensations fortes, c'est bien son action en faveur de la sauvegarde des industries culturelles - et par extension - sa lutte acharnée contre les "pirates".
Ces voyous qui, planqués derrière leurs écrans n'ont aucun scrupule à voler, piller, dérober, détrousser, dévaliser, extorquer, rapiner, razzier, dépouiller les industries culturelles de leur précieuses ressources financières, car comme il s'en convainc lui même, le piratage c'est le mal.
Il y a peu de temps est apparu aux quatre coins du web un rapport émanant du GOV, Government Accountability Office, l'équivalent US de notre vénérable cour des Comptes.
Dans ce rapport intitulé « Observations on Efforts to Quantify the Economic Effects of Counterfeit and Pirated Goods » (à vos souhaits), le GAO dénonce notamment le caractère purement imaginaire de chiffres pourtant longtemps relayés par les gouvernements et les industriels alors qu’ils ne reposent sur aucune donnée concrète.
De même, il pointe des lacunes fondamentales dans les différentes études en matière de contrefaçon et de « piratage » issues de l’industrie culturelle. Ainsi, la RIAA et la MPAA, puissants lobbys américains de la musique et du cinéma, prétendent généralement sans la moindre justification qu’un CD « piraté » équivaut à une vente perdue, bien que des chercheurs aient démontré que ce taux de substitutition de un pour un est erroné.
Le GAO souligne également que l’argent économisé par les « pirates » n’est pas perdu mais au contraire réinvesti ailleurs dans l’économie, créant ainsi de l’emploi. Le mythe de la vente « perdue » est régulièrement utilisé pour monter de toutes pièces des études partiales, voire mensongères, en faveur des ayants droit.
Accablant, n'est-il pas?
Mais ce n'est pas tout.
Sachez qu'aucune étude d'impact* n'a été menée avant la mise en place d'Hadopi, la très newbie Albanel et le sinistre ministre Mitterrand ayant justifié la création du mécanisme Hadopi par le seul constat d'une baisse du chiffre d'affaire des industries culturelles.
Et comme Internet est devenu le nouveau terrain de chasse des politiques en mal de contrôle et aussi parce qu'il faut bien s'assurer que le compte en Suisse des copains du Président reste bien fourni, d'un bouc émissaire on a besoin.
Ça tombe bien, je suis là!
Parce que mon FAI sera tenu de livrer des données (les fameux logs) à l'Hadopi, données qui jusqu'à présent ne sont livrées qu'à la brigade de lutte contre le terrorisme, je suis obligé de me considérer moi-même comme une menace à la sécurité de l'Etat.
Alors voici mes confessions.
Oui! Je télécharge.
Pas mal de trucs d'ailleurs. Des films, des jeux vidéos, un peu de musique, des logiciels, des cracks, etc...
Pourquoi?
Premièrement parce que techniquement, je suis pauvre. En fait, avec une conjointe qui gagne tout juste le smic et moi qui malgré des dizaines de candidatures spontanées ne trouve aucun poste dans mon domaine, nous sommes à la limite du seuil de pauvreté.
Du coup, entre bouffer et payer 20€ à deux pour aller au cinoche, le choix est vite fait.
En plus c'est con, je suis cinéphile...
Je télécharge environ une dizaine de films par mois. Le plus souvent en HD (mkv), tant qu'à faire...
Et encore, je ne télécharge que ceux qui me plaisent vraiment.
Pour les autres, je me contente de les regarder en streaming et en général la mauvaise qualité d'un rip en Divx est largement à la hauteur de leur médiocrité.
Ensuite, si dans cette sélection de films téléchargés, il y en a que je trouve réellement géniaux, c'est simple, j'achète le DVD.
Sur Internet, on en trouve facilement à moins de 5€, du moins pour les plus anciens.
Idem pour la musique.
Par contre j'ai du mal avec sa dématérialisation. Non seulement la qualité sonore des morceaux/albums disponibles sur l'offre légale (ou pas) est généralement en dessous de tout, mais j'aime l'objet en lui même, son rapport physique, son livret. C'est mon côté collectionneur.
Et comme les groupes que j'écoute sont dans leur écrasante majorité sur des labels indépendants (donc beaucoup moins fricovores que les majors), cela ne me pose absolument aucun problème d'acheter leurs albums. Parfois même, je les fais importer.
Si je téléchargeais leurs albums, j'aurais vraiment l'impression de les voler.
Voler des majors, c'est voler des voleurs. L'équilibre cosmique est sauf.
Pour les logiciels, c'est un peu différent.
Ça n'a plus aucun rapport avec la culture, c'est uniquement "pratique". Moi par exemple, je suis graphiste. Pendant mes études, j'ai toujours eu besoin de m'exercer chez moi et même encore maintenant, évidemment.
En fait je passe plusieurs heures par jour devant certains logiciels de graphisme, Photoshop en tête. Vous savez combien coûte la dernière version de Photoshop hors "pack"?
Quasiment 1500€
Trois mois de loyer, quoi.
Alors qu'en téléchargeant tout à fait légalement la version d'essai de 30 jours et en la crackant, je ne dépense pas un rond. En outre c'est extrêmement simple, puisque les cracks viennent de chez Adobe...
Cette entreprise a les mêmes méthodes qu'un vulgaire dealer.
Elle sort un logiciel ultra performant, le meilleur, que tous les pros utilisent. Mais elle le vend à un prix complètement surréaliste.
Ensuite, quelques ingénieurs balancent la .dll ou une partie du crack nécessaire à son piratage sur certains forum et bam, les hackers n'ont plus qu'à se régaler.
Moi, simple lycéen (à l'époque), je télécharge le logiciel avec son crack prêt à l'emploi et je m'émerveille devant les possibilités de création infinies qu'il offre.
Et comme il n'existe rien d'aussi performant (certains m'opposeront The Gimp, mais soyons sérieux...) et que c'est la norme chez à peu près tous les graphistes, j'en deviens accroc.
Le problème maintenant, c'est que j'ai fait de ma passion un métier. Et si Adobe est totalement laxiste envers les amateurs, les pros n'ont vraiment pas intérêt à travailler sur des versions piratées.
Conclusion:
Ils raquent. Comme je vais devoir raquer lorsque je me mettrai à mon propre compte.
L'analogie avec le dealer est parfaite.
Un dealer vous offre une petite dose de came, parfois deux ou trois et une fois que vous êtes accroc, vous fait payer le prix fort.
CQFD
Bref, en six ans d'apprentissage du métier de graphiste, j'ai volé environ 15000€ à Adobe. Sans compter toutes les personnes à qui j'ai permis d'acquérir ses logiciels. Là on pourrait quintupler cette somme.
Pour en revenir aux raisons pour lesquelles je télécharge illégalement, je dois aussi bien admettre que j'entretiens une complète aversion envers ces tartuffes de pontes des industries culturelles.
En effet, c'est facile d'accuser ces vilains "pirates" de plomber ses bénéfices quand on a été littéralement incapable de prendre le virage des nouvelles technologies...
C'est facile de considérer l'internaute lambda comme un potentiel criminel parce qu'il trouve complètement sidérant le prix d'un CD (20/25€), d'un DVD (30/40€) ou d'un jeu (70€!) dans le commerce "physique" et qu'il préfère garder son fric pour payer ses factures.
Les "industries culturelles" (ça sonne comme un bel oxymore, non?) sont radicalement passées à côté de la formidable opportunité qui s'offrait à elle lorsqu'Internet est devenu le plus gigantesque réseau de communication jamais exploité.
Elles s'obstinent à se complaire dans un système économique obsolète et si elles en viennent à prendre vraiment la flotte, ce sera de leur seul et unique fait.
Le plus drôle dans cette histoire, c'est qu'elles ont beau tout tenter pour criminaliser les "pirates" (Novlangue) à l'aide du gouvernement, toutes les mesures, toutes les usines à gaz, toutes les lois qu'elles arriveront à mettre en place avec la complicité imbécile de nos dirigeants ne serviront jamais à rien.
Fliquer le p2p à coup de DPI (deep packet inspection), de labels intégrés et de ramassage massif d'IPs?
J'ai envie de dire, d'une manière très triviale : mais lol...
Le p2p n'est qu'une étape dans l'évolution du partage de fichiers sur Internet. La suite - et elle est déjà là - c'est le DDL (Direct DownLoad). Lorsque quelques péquins pas trop au courant se seront faits avoir par l'Hadopi - mais encore faudrait-il que ça arrive un jour -, tous les politicards qui ont défendu cette mesure crieront victoire.
Sauf que moi, peut-être vous, les millions d'autres "pirates" (7 millions parait-il), nous serons déjà bien loin. Protégés derrière nos VPN, nos IPs au Nicaragua et autres Stealthnet, nous n'aurons absolument rien à craindre de ces amateurs.
Et puis franchement, pour être bénévole au JDP, j'ai bien constaté que tout le monde s'en tamponne d'Hadopi. Nous la jugeons tous inapplicable sur le long terme, obsolète avant même d'avoir été mise en place et d'une indécence complète en matière de financement...
Je ne parlerai même pas d'ACTA, qui est carrément la mise en application des pires mesures liberticides jamais imaginées sous prétexte de lutte contre la contrefaçon.
Enfin voilà, je le confesse, je télécharge.
Et je pense que tant que les marchands de culture en conserve n'auront pas changé d'attitude envers leurs clients et continuerons à les considérer comme la pire des lies, je téléchargerai.
Pour autant que je sache, les carottes sont déjà cuites...
*Il il y a bien eu une étude. Cette étude fut commandée par la BASCAP (Business Action to Stop Counterfeiting and Piracy) et a chiffré, entre autres absurdités, à 1,2 million les pertes d’emploi occasionnées par le piratage d’ici 2012. Donc ça ou rien...
PS: Le visuel a été fait par mes soins et vous êtes libre de le prendre, de vous en servir pour n'importe quoi, de l'imprimer sur des stickers à coller rue du Texel, de le modifier et même le manger si ça vous chante. Je m'en fous. :)


Tous les commentaires
Excellent article dont je partage l'analyse sur "l'industrie culturelle".
Je suis auteur compositeur interprète, je diffuse mes créations sur internet au risque d'être piraté ce dont je me moque bien. Pourquoi ?
Je suis aussi militant en tant que musicien et citoyen pour changer le modèle économique de la production musicale, penser une autre façon de produire, diffuser la musique, et rémunérer autrement les créateurs auteurs compositeurs interprètes.
Il est évident que les majors du disque se sont gavés sur le dos des artistes d'une part, et qu'elles ont faussé pendant des années l'accès à la création artistique car elles faisaient (et continuent) avant tout à faire du marketing, en imposant des "produits culturels" formatés à grands coups de lancement média du genre "A la recherche de la nouvelle tare" ou "Tares academy".
L'époque du "ONE TO ALL" (un diffuseur pour la masse) est révolue grâce à internet. Et c'est tant mieux.
Je suis membre de l'AIMSA (Association de l'Indépendance Musicale Solidaire et Autonome) qui se substitue à la SACEM. Avec AIMSA tout artiste peut protéger GRATUITEMENTson oeuvre sans avoir à déposer à la SACEM qui reste inaceessible économiquement pour beaucoup de musiciens. J'y ai déposé deux titres dans le catalogue "chanson française".
De l'autre côté du système proposé par AIMSA, des diffuseurs (cafés, restaurants, salles de concert, bibilothèques, radios internet, lieux culturels divers, ou même entreprises) peuvent diffuser gratuitement sans reverser de droits à l'AIMSA.
Revenons un instant à la SACEM et son "ticket d'entrée" :
Il faut déposer un minimum de 5 oeuvres au format papier musique (donc se payer les services d'un copiste si vous voulez écrire les partitions et que vous ne maîtrisez pas l'écriture de la musique). Le total (frais de copiste plus coût du dépôt à la SACEM) revient à 750 euros... 10 chansons, un album, prévoyez 1500 euros. Vous me direz quand on aime on ne compte pas, mais le problème est déjà là :
- Rassembler de 750 euros à 1500 euros aujourd'hui n'est pas à la portée de toutes les bourses, de tous les talents. Alors comment fait-on ? On cherche un producteur en tournant sur les scènes de MJC ? Par exemple un type qui vit en Suisse parce que payer ses impôts en France c'est trop cher ? Mauvais plan qui pue la dépendance au fric contraire à la liberté créatrice.
Selon moi l'artiste musicien aujourd'hui doit être polyvalent :
Chanter, composer, écrire, jouer d'au moins d'un instrument certes...
Mais il doit aussi s'intéresser à la production au sens technique du terme.
Connaître un peu les techniques d'enregistrement.
Avec 300 euros on peut créer un mini studio d'enregistrement chez soi avec une carte sons numérique 4 pistes (Les Beatles n'avaient que quatre pistes pour enregistrer leurs chefs d'oeuvre... pas besoin de plus !).
Un bon copain ingénieur du son ça peut servir aussi... c'est plus rare, et c'est plus cher si vous passez dans un studio (Comptez 400 euros minimum pour une prise de son en studio pour une demi-journée).
Ensuite, il suffit de transformer son master numérique au format mp3, et diffuser sur internet, puis avoir une stratégie de communication pour tenter de sortir de l'océan d'accès à la création qu'est internet...
Certes on ne peut pas plaire à tout le monde, et la qualité des oeuvres est inégales. Mais, il y a aujourd'hui de véritables talents méconnus en marge du circuit classique de "l'industrie culturelle", qui mériteraient le soutien populaire.
Bref, il faut substituer le concept "d'artisanat de la création" à celui "d'industrie culturelle" réducteur, inhibiteur. D'ailleurs, artisan et artiste, ne proviennent-ils pas de la même étymologie ?
Enfin je finirais en parlant de ma façon de faire de la musique, de ce que j'y recherche. Je me moque de faire du business avec la musique. Ce qui m'importe avant tout c'est de m'exprimer. J'essaye d'être utile aussi à ma façon, d'où ma chanson sur les lorrains de Gandrange qu'on a pris pour des "c...". Là il s'agit d'un message citoyen, politique, et il serait indécent de percevoir un quelquonque droit d'auteur en parlant du sort des aciéristes de Gandrange.
Si un jour j'accèdais à une notoriété qui me permettrait d'en vivre, je me fixerai un seuil de rémunération (entre 5000 et 10 000 euros nets / mois, faut pas déconner c'est assez pour vivre plus que décemment) au delà duquel je réinvestirai dans la production artistique ou reverserai intégralement mes droits à des associations.
Un artiste a un rôle social. Il faut qu'il soit utile à la Société dans laquelle il vit.
Merci pour ce commentaire particulièrement intéressant et instructif.
"Un artiste a un rôle social. Il faut qu'il soit utile à la Société dans laquelle il vit."
Je suis absolument en phase avec ces propos...
C'est pourquoi je considère que l'Hadopi n'a pas pour vocation de protéger des artistes, mais les monstrueux revenus émanants de véritables produits marketing, de chanteurs en boite, de machines à sous.
Je ne remets pas en question le talent de certains d'entre eux, j'imagine que signer avec une major offre des perspectives de diffusion plus qu'intéressantes et une logistique à toute épreuve.
Seulement, cela se fait le plus souvent au détriment d'une démarche artistique qui n'appartient qu'à soi, pas à son manager, et les majors faisant la pluie et le beau temps sur tout ce que la culture de masse "vomit" en terme de musique, il n'est pas bien compliqué de se figurer la perte de cette démarche première, nourricière, au profit d'un formatage qui autorisera la diffusion par la radio et la télévision.
Est-ce que vous connaissez Melampyre?
Melampyre est un groupe de - on va dire - Downtempo, qui a produit et diffusé sur son propre site six albums.
Tous en totale autonomie (via leur association de loi 1901, Milk Box) et d'une qualité technique évidente.
Et bien ce groupe propose l'acquisition de ses six albums de deux manières différentes.
Soit en téléchargement gratuit et direct, soit moyennant la modique somme de 5€ (4€ pour les trois premiers).
Somme ridicule comparée aux galettes d'Universal & co qui comme je l'ai constaté des centaines de fois, descendent rarement en dessous de 20€.
Pourtant Melampyre continue de produire des albums. Et plus ça va, plus j'ai l'impression que la qualité sonore des enregistrement va crescendo.
C'est quand même assez incroyable, à un moment où on nous dit que la "création" et les "artistes" ont absolument besoin du maximum de pognon pour survivre à ces salauds de "pirates", de trouver des groupes qui comme Melampyre - et j'en connais et soutiens des tas d'autres - assouvissent leur soif de création dans la marginalité la plus complète.
Alors certes ils ne se pavanent pas aux victoires de la musique, certes ils ne se déplacent pas en jet privé et ne fournissent pas des sujets aux torches-culs que sont les magazines people, mais putain, que ça fait du bien de les savoir aussi prolifiques, aussi insoumis aux diktat de l'industrialisation culturelle, aussi proches de ce que doit être la diffusion de la musique en 2010...
Bonjour replikart et bienvenue sur Médiapart,
Ce billet trouverait bien sa place dans l'édition Internet !
Vous abordez avec franchise et courage (car c'est un peu risqué) ce qui est une pratique largement répandue (Cette pratique est d'ailleurs largement, mais discétement, encouragée par les entreprises ...), selon moi. Alors même que beaucoup considèrent le piratage tel qu'il fut présenté par Christine "Anéfé" Albanel, sans plus se poser de questions.
Alors que la liberté d'expression et d'information n'a jamais été autant menacée partout dans le monde, du fait de groupes de lobbys inadaptés au monde actuel. Chez nous Hadopi pour le piratage, Loppsi pour le filtrage ; ailleurs sous différentes appellations et pour chapeauter le tout l'Acta ou Acac (Accord Commercial Anti Contrefaçon) dont on parle mais qui semble laisser de marbre la plupart de nos concitoyens. Certes la communauté des geeks (je n'aime pas trop ce mot fourre-tout et excluant) est mobilisée, mais dans les médias plus généralistes (et y compris Médiapart) le sujet ne passionne pas...
Bonjour.
Tout d'abord, si quelqu'un m'invite dans l'édition Internet, je veux bien en être...
Ensuite, je ne sais pas si on peut vraiment parler de courage. C'est vrai, je ne suis que le reflet du comportement de centaines de milliers de personnes dont les situations me semblent similaires.
En outre, je n'ai pas l'impression de donner un gros coup de pied dans la fourmilière puisque chaque personne un tant soit peu au courant de la situation d'Internet dans notre pays sait pertinemment que mon cas est le plus "basique" qui soit.
Et à moins que l'Hadopi vienne débusquer ses criminels jusque dans les blogs de Mediapart, je me sens dans une relative sécurité...
Du moins pour le moment.
Anéfé, comme vous dites...
Hello replikart,
Pour s'inscrire dans l'édition Internet il suffit de s'y rendre et de cliquer sur "devenir rédacteur" en haut à gauche. L'entrée y est libre
Bouge pas, j'enfourche mon <-o-> et j'arrive! (désolé, la fatigue...)
Article très intéressant et plutôt décapant.
Je signe des deux mains la plupart des conclusions.
Un petit point me chagrine tout de même.
En ce qui concerne le piratage des logiciels, si je suis entièrement d'accord sur la responsabilité des Adobe, Microsoft et autres
(le piratage rentre de manière évidente dans leur stratégie marketing, les "pirates" ne sont rien d'autre que des commis voyageurs et pas du tout comme ils le croient naïvement des Robins des Bois)
une parade me semble évidente
(mais elle nécessite un mouvement collectif),
c'est l'utilisation des Logiciels Libres et Open Source.
Pour 95% des utilisateurs personnels ou professionnels il existe des alternatives libres aux logiciels propriétaires.
Alors messieurs les graphistes quand vous pouvez utiliser GIMP, INKSCAPE, SCRIBUS, faites le et surtout faites le savoir.
Un exemple à suivre la revue Le Tigre http://www.le-tigre.net/ entièrement réalisée avec des logiciels libres.
Merci de votre réponse.
Comment dire? Vous prêchez un converti en ce qui concerne le petit monde du logiciel libre.
Je suis passé à Ubuntu il y a quelques mois et par la force des multiples manipulations (et bourdes!) que j'ai opéré sur ce système, je me suis bien rendu compte qu'il était aux antipodes de Windows et Mac OSX (sur lequel j'ai fait mes quatre années de formation).
Plus de failles de sécurité, plus de virus, plus de BSD et une communauté hyper active qui a toutes les solutions à mes problèmes de geek.
Mais voilà, comme je joue pas mal, je suis obligé de passer par Windows. Idem pour...Photoshop.
En fait j'aimerai bien utiliser davantage Gimp et cie et d'ailleurs je l'ai déjà fait, mais sans vouloir rentrer dans un débat technique vraiment pointu, il me semble que Photoshop lui est supérieur par bien des égards.
Pareil pour Scribus et InDesign (ou Quark Xpress), itou pour Inkscape et Illustrator.
Et puis j'ai toujours été habitué à l'interface très froide et monolithique de Photoshop, je le maîtrise honorablement et par conséquent, je me vois mal passer à autre chose, aussi libre et gratuite soit cette chose.
Hélas, je me rend bien compte que mes multiples appréhensions vis à vis des logiciels d'édition libres sont partagées par beaucoup de graphistes. Je crois qu'on a tous été formés, depuis que Adobe existe, sur Adobe (faute d'une concurrence sérieuse) et version après version, nous sommes confortés dans notre pratique par le fait qu'il n'existe rien de mieux.
D'ailleurs je vois très mal qui pourrait sortir des logiciels aussi puissants que ceux d'Adobe...
Nous sommes un marché de niche, c'est un fait.
En revanche, les administrations, les écoles et la plupart des entreprises n'ont absolument pas besoin de Windows ou Mac.
Tout ce qui existe sur ces OS existe sur Linux, parfois même en mieux.
Là je suis parfaitement d'accord.
J'hallucine !
En lisant ce papier précis et riche, je me suis vu ! Tel un miroir, j'ai retrouvé les tendances et les reflexions que je peux faire en petit comité ! Je vis aussi de mon habileté à manipuler les outils Adobe et quand, dans ma boîte, on m'a demandé si je voulais utiliser "After effects" ou "Combustion", je n'ai pas hésité une seconde vu que l'un d'eux, je le manipulais depuis quelques années !
Moi aussi je télécharge ces films parceque je ne peux me les payer et j'achète le dvd quand un me plait vraiment. Remarquez, il y a d'autres sources de provision pour les bons films: Les puces, Ebay mais c'est quand même beaucoup plus dur de trouver UNE référence que par l'entremise de Spekly ou Isohunt!
Le problème du partage, (comme celui du logiciel libre, c'est un même combat) c'est que les tenants du pouvoir de ce domaine sont assis sur un pactole qui n'a pas raison d'être: De tout temps, dans toutes les sociétés, les loisirs et la culture se sont toujours répandus par l'échange, la contagion, l'enthousiame. Quand on aime on ne compte pas, on transmet, on donne.
Et les anciens qui tentent par tous les moyens de retenir l'eau du fleuve avec leurs petits doigts répressifs n'arriveront jamais à endiguer son chemin inexorable...
C'est joliment dit...
Et c'est bien vrai.
Ça fait un bon moment que je n'utilise plus le p2p, sauf à de rares exceptions, lorsque je trouve un bon tracker privé, par exemple.
Non moi en fait, je vais sur certaines boards warez récupérer des liens Megaupload, Hotfile, etc et avec un débrideur je télécharge ce qui me chante.
J'ai une connexion qui m'autorise une bande passante en descente de 1.05Mb/s, ce qui est largement suffisant pour télécharger un film en moins d'un quart d'heure, un jeu en une heure et demi et un album en cinq minutes.
J'utilise un vpn gratuit qui me semble t'il, fonctionne bien, et comme l'Hadopi ne s'occupe absolument pas du ddl et ne le fera sûrement pas dans l'immédiat parce que pas assez rentable médiatiquement et trop casse-tête juridiquement, je suis encore plus tranquille.
Tout cela est de toutes façons vain, puisque les "pirates", bien plus avancés techniquement que les technocrates qui les traquent, auront toujours une longueur d'avance sur la répression.
Toujours.
Donc en effet, à part faire flipper Mme Michu au 20h parce que deux ou trois newbies se seront faits piqués, ça ne changera absolument rien à la seule et unique question qui vaille:
Doit-on vendre un rein pour se payer une place de cinoche?
Moi qui ne connais rien aux dernières prouesses techniques et ne télécharge jamais, je vous donne raison de vous débrouiller.
Tout ce raffut de la ministre Albanel à l'époque interpellait, on se demandait si c'était légitime, on pesait le pour et le contre, c'était difficile à cerner...
Maintenant, cette loi Hadopi se pointe pour coincer les gens les plus pauvres là où il leur restait une petite latitude pour contourner le marché. Permettre les jeux d'argent et supprimer une petite privauté de cet ordre : il y a dans ce paradoxe quelque chose de scélérat.
Magnifique "coming out" !
Concernant Hadopi, je crois qu'il faut bien comprendre le but de la manoeuvre. Ou plutôt "les buts" car il y a deux aspects : le volet politique et le volet médiatique.
Hadopi relève d'abord de la pure stratégie politicienne. Sous couvert de lutte contre le piratage, Sarkozy a utilisé ce projet pour tenter de diviser politiquement l'etablishment artistique qu'ont dit ancré plutôt à gauche. On a vu ainsi plusieurs artistes (re)connus se désolidariser de la position socialiste en s'autoproclamant défenseurs des valeurs de gauche (Arditi, Le Forestier, signataires parmi d'autres de la "lettre au PS").
Un beau bordel qui a bien dû faire marrer Sarkozy. Maintenant, on peut s'interroger sur les véritables bénéfices politiques qu'il pourra en retirer sur le long terme, notamment pour l'échéance de 2012.
Ensuite, Hadopi n'a jamais été pensé pour être un outils de répression efficace. C'est un outils de communication dont l'efficacité supposée relève surtout de la prévention.
Hadopi est l'épouvantail brandi par les gardiens de la Culculture pour effrayer le "bon père de famille", celui qui a suffisamment de (mé)connaissances pour utiliser le ptop mais pas assez pour juger de la réalité de la menace ou adopter les "contre-mesures" technologiques déployées par les méchants terroristes du Oueb.
Bien entendu, on finira par communiquer sur des cas réels d'internautes "sanctionnés". Ils seront pendus haut et courts en place de Grève pour l'exemple. On en parlera dans les JT de 13H puis de 20H. On tremblera dans les chaumières. Papa ira vérifier si la petite lumière verte de la box clignote toujours quand il tape "Carla Bruni nue" dans Gueugueule. Et, on ira tous se coucher en se promettant de ne plus jamais télécharger ... enfin dès qu'on aura recup le dernier Cameron ou la saison 6 de Dr Mouse.
Mais là aussi, l'effet à long terme paraît plus que réduit. Lorsque l'inefficacité répressive sera manifeste même pour le quidam d'Internet, l'effet préventif s'écroulera de lui-même.
Surtout que l'offre d'accès aux contenus numériques évoluant pour s'adapter de mieux en mieux aux attentes des consommateurs de culture (!), il sera difficile de connaître la part réelle d'Hadopi dans la migration du téléchargement illégal vers le téléchargement légitime.
Enfin, à mon avis, de tout ça aujourd'hui, Sarkozy, il s'en bat les c...
Je vous rejoins sur tous les points donc je ne vais pas renchérir.
Pour ma part, cependant, je crois que les politiques s'en contrefoutent du piratage mais ils ont saisi la balle au bond.
Je pense qu'il ne faut pas prendre Hadopi à la légère. Il me semble que ce n'est qu'un fallacieux prétexte pour venir fouiner dans nos ordinateurs. Sait on réellement ce que sera ce fameux logiciel de sécurisation?
Le meilleur moyen de savoir ce que l'on fait est de surveiller l'activité de notre ordinateur, les programmes qui tournent, ce qui s'affiche à l'écran... alors à quoi serviront VPN et IP en Uruguay? Et pour les récalcitrants pas de problème : on injecte la petite bête au passage sur un site officiel (les impôts par exemple). Et puis d'abord vous n'avez rien à cacher, alors pourquoi refuser de l'installer hein?
Curieusement le cahier des charges de ce logiciel est secret c'est qu'il doit vraiment sentir mauvais ce petit. BB arrive parmi nous peut-être plus vite qu'on ne le pense...
Et la licence globale à 5 ou 10 euros /mois? C'est bien dommage qu'ils aient abandonnés l'idée; elle était tout à fait applicable, aurait généré à peu près l'équivalent des pertes des pauvres petits industriels, tout en donnant au plus grand nombre la possibilité d'accéder à un bel éventail culturel.
Pour la loi Hadopi, elle est déjà lourdement obsolète...un disque dur d'un ou deux tera ça voyage très bien physiquement et certains font même serveur privé...
Pour le petit logiciel espion, je n'ai pas trop d'inquiétude: si on peut capter un flux de données en temps réel (voir un certain add-on sous firefox) on peut aussi le "traiter" en sortie.