Les mots pour le dire
"Espingos, polaks, ritals"... Dans ces années-là, après la deuxième guerre mondiale, on pointait l'étranger sans ambages, mais souvent avec une pointe de bienveillance. Il n’y avait pas que mépris ou condescendance dans ces argots-là, mais aussi une humanité solidaire malgré tout, entre gens sains, ceux du peuple, du même bord, du même quartier, du même boulot, français de souche – souvent récente, deux trois générations – et étrangers naturalisés ou pas.
Aujourd’hui, entre la bien-pensance, la bienséance, et les interdits de tout poil, se terre la haine de l’autre. "Maghrébin, Israélite", termes sémantiquement jugés corrects (bien qu’historiquement erronés), ne sont pas considérés comme une insulte, même postillonnés par la bouche d’insanes tribuns, ce qui ne serait pas le cas de « youpin » ou « raton ».
Oh, je ne veux pas faire de nos aïeux des saints à l’abri de sentiments mesquins, xénophobes ou racistes, et céder au syndrome « que la république était belle sous l’Empire ». Mais le refoulement des réflexes verbaux efface-t-il la rancœur fétide envers l’étranger "qui prend notre travail", envers l'autre "qui impose son mode de vie" ?
Aujourd'hui la bonne conscience est confortée, les nécessités économiques ont bon dos, et le débat sur l’identité nationale est en marche… Mais vers où, vers quoi ? Des mots nouveaux peut-être ?...
